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mardi 1 avril 2014

Coups de coeur mexicains (2) Les pélagiques.







19 février 2014

En compagnie de notre guide local Eric Antonio Martinez et de deux autres clients en provenance du Chili, Magdalena et Willie, nous quittons Huatulco vers 6h00 en direction nord vers Puerto Angel, un petit village pittoresque situé en bordure du Pacifique. Une embarcation nous attend et son dévoué capitaine nous amène à quelques kilomètres au large afin d'y observer une bonne diversité faunique. Malgré une bonne houle, je réussis quelques clichés que je vous partage ici. Voici donc quelques rencontres mémorables.


Le Puffin fouquet / Puffinus pacificus / Wedge-tailed Shearwater est l'espèce pélagique la plus nombreuse et la plus fréquente au large de Puerto Angel. Sur cette photo, nous voyons bien les narines tubulaires qui ornent la mandibule supérieure des procellariidés. Cette configuration permet un sens de l'odorat très développé qui aide l'oiseau à localiser la nourriture d'après les effluves répandues à tout vent. Il aide également à retrouver le terrier puisque les oiseaux y retournent à la faveur de la nuit.


Le Pélican brun / Pelecanus occidentalis californicus / Brown Pelican est commun le long de la côte et il disparaît à mesure que l'on s'éloigne du rivage. Celui-ci était à côté du bateau lorsque nous avons quitté le port.


Qui dit sortie aux pélagiques, dit automatiquement labbe ! Ces pirates des hautes mers harassent les laridés (mouettes, goélands et sternes) afin de leur subtiliser les proies qu'ils viennent de capturer et même d'ingurgiter. Ici, un juvénile de  Labbe parasite / Stercorarius parasiticus /  Parasitic Jaeger, de forme claire.


Ce Labbe à longue queue / Stercorarius longicaudus sp. / Long-tailed Jaeger s'est révélé une belle surprise lors de cette sortie en mer.


La Frégate superbe / Fregata magnificens / Magnificent Frigatebird est un oiseau d'une grande élégance. Il peut passer des heures à glisser sur les courants d'air sans devoir exécuter le moindre battement d'ailes. Cependant, il ne peut décoller à partir du sol ou de l'eau, à moins de bénéficier de vents forts à ce niveau. Pour cette raison, il se pose et niche sur des branches d'arbres ou sur des rochers. Comme le labbe, il est reconnu pour poursuivre les autres oiseaux marins afin de leur subtiliser les proies qu'ils transportent dans leur bec ou dans leur gésier.


Chemin faisant, notre capitaine repère au loin un immense groupe de Dauphins à long bec / Stenella longirostris orientalis / Eastern Spinner Dolphins. Il s'en approche et nous nous retrouvons bientôt parmi plusieurs centaines de dauphins qui trahissent leur présence par leur nageoire dorsale bien visible lorsqu'ils viennent respirer à la surface. Cette espèce de delphinidé est reconnue pour son habitude d'effectuer de hauts sauts hors de l'eau et de se retourner sur lui-même. Eric me dit que les locaux les appellent le "screw dolphin". À cause de l'instabilité causée par la houle, il est très difficile de les prendre en pleine action.










Nous observons également plusieurs raies qui exécutent des sauts hors de l'eau. Je ne savais pas qu'elles pouvaient faire ça. Nous les repérons de loin grâce à la blancheur de leur ventre dévoilée lors de leurs envolées. Et voilà que nous faisons une rencontre inespérée.


Un couple de Tortues vertes / Chelonia mydas / Green Sea Turtles est en pleine activité de copulation. Le mâle s'accroche du mieux qu'il le peut à la carapace de la femelle. Cette dernière n'a d'autre choix que d'endurer sa présence et elle doit refaire surface périodiquement afin de respirer. Même si cette femelle est déjà prise par un mâle, il peut arriver que d'autres mâles arrivent et essaient d'évincer l'heureux élu. Ces prises de becs peuvent s'avérer très dangereuses pour la femelle qui ne pourrait rejoindre la surface pour reprendre son souffle.


Après cette rencontre, voilà qu'un autre type de reptile vient flotter autour de notre bateau. Il s'agit cette fois-ci d'un serpent marin très venimeux selon notre guide. J'en ai déjà vu un au Costa Rica alors que je me baignais dans la baie de la plage Playa Blanca sur le site hôtelier de Puna Leona, près de Jaco Beach. Il s'agit d'un serpent noir et jaune d'environ un mètre de long. Le mouvement incessant des vagues et la trop grande proximité du reptile m'empêche malheureusement d'en ramener une photo.

Sur le chemin du retour, notre capitaine nous fait longer des gros rochers où nichent des fous et des frégates.



Voici l'un des deux  Fous à pieds bleus / Sula nebouxii nebouxii / Blue-footed Boobies présents sur un immense rocher au nord ouest de Puerto Angel. Eric semble vraiment excité d'en observer à cet endroit.


 
Le Fou brun / Sula leucogaster brewsteri / Brown Booby est le sulidé le plus fréquemment observé. On peut même l'observer, les journées de grands vents, à partir du rivage. Avec une bonne lunette d'approche, bien entendu.

 

Ce Fou de Grant / Sula granti / Nazca Booby ne s'observe qu'ici, au large de la côte ouest du Mexique, et aux Îles Galapagos. Nous nous comptons très chanceux de l'avoir si près de nous. Surtout qu'il est le seul individu de cette espèce à marauder dans le secteur.


Et avant d'atteindre le port, une visite à un autre rocher nous procure une belle vue sur un autre oiseau qui fréquente souvent les côtes.


Un bel adulte de Faucon pèlerin / Falco perigrinus anatum / Peregrine Falcon se tient près de son nid.




@ bientôt.









lundi 31 mars 2014

Escapade ornitho sous le soleil du Mexique.





 "Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu'est-ce que le spasme de vivre
A tout l'ennui que j'ai, que j'ai!..."



Et oui, comme il devait s'ennuyer notre Émile Nelligan national pour écrire ces vers qui ont trouvé écho à travers les âges. Mais peut-être se serait-il moins ennuyé s'il avait été ornithologue et s'il avait passé la saison hivernale à observer les oiseaux venir aux mangeoires qu'il aurait eu la bonne idée d'installer dans son jardin de givre ??? Mais il faut dire que "la neige a neigé" passablement au Québec en cet hiver 2013-2014 et que le tout ne semble pas vouloir s'atténuer en ce 28 mars 2014 alors qu'il neige encore à plein ciel et que les prévisions météorologiques nous en promettent encore dans quelques jours.

On a beau être "fait fort", comme on dit au Québec, il reste que le moral en prend un coup quand l'hiver s'étire obstinément. Une escapade vers des lieux ensoleillés et chauds est plus que bienvenue, mais la question reste toute entière, où aller ?  Comme nous avons déjà un voyage majeur et coûteux prévu pour le mois de novembre 2014, soient le Sud de l'Inde et le Sri Lanka, nous ne pouvons pas investir trop d'argent dans cet intermède hivernal, mais nous ressentons tout de même le besoin de nous changer les idées. Et nous voulons des oiseaux et du soleil assurés. J'ai bien le goût de retourner sur la côte sud ouest du Mexique, donc du côté de l'océan Pacifique, où le soleil promet de luire de tous ses feux à tous les jours et pendant tout notre séjour. C'est certain que le côté Atlantique, avec sa Riviera Maya et Cancun, est tentant, mais la possibilité de temps nuageux est plus envisageable et ça ne me tente pas du tout de prendre le risque.

L'expérience acquise au fil des années au Costa Rica m'a appris que le versant donnant sur l'océan Atlantique était beaucoup plus humide et pluvieux que celui donnant sur l'océan Pacifique. Les vents dominants soufflent d'est en ouest. Quotidiennement, les nuages poussées viennent s'accrocher aux sommets des crêtes montagneuses s'élevant au milieu du pays et ils s'accumulent à mesure que la journée avance. Arrivés à un certain stade, ils crèvent leurs eaux et voilà que la pluie tombe avec force et pendant une durée de temps variable selon les endroits. Véritable pluie tropicale. Du côté Pacifique, la température est chaude et sèche. La végétation qu'on y retrouve est du type "tropicale sèche" et, en dedans de plusieurs kilomètres le long de la côte, les paysages sont constitués en majorité d'arbres bas, de buissons, de cactus et de terre cuite par le soleil ardent. Ici, en saison sèche (i.e. durant notre hiver à nous, nord-Américains), les arbres se départissent de leurs feuilles afin de conserver toute l'humidité et les nutriments emmagasinés par leurs racines au profit des fleurs, des fruits et des graines qui assureront la pérennité de l'espèce. Cette absence de feuilles est fort salutaire pour les ornithologues qui peuvent alors mieux suivre les déplacements des oiseaux dans la végétation.


Habitat de forêt tropicale sèche à moins de 15 minutes de marche de l'hôtel Barcelo Premium à Huatulco. Photo Anne Déry, 14 février 2014.


C'est ainsi que notre choix se porte sur une destination couverte par la compagnie aérienne Sunwing, l'hôtel Barcelo Premium à Huatulco. C'est une destination touristique populaire chez les Canadiens de l'ouest du pays. C'est un "tout inclus" et cette formule me plaît beaucoup lorsque je suis en voyage familial. Au Québec, le départ se fait seulement en partance de Dorval. Ce sont les rapports de voyage écrits par Pierre Bannon et Régis Fortin qui me font découvrir cet endroit. Après avoir vu les photos et la liste d'oiseaux qu'ils en ont rapportées, je sens que ce serait un endroit idéal pour allier vacances-farniente-ornitho-photos. Et nous ne sommes pas déçus. Avant de vous présenter des photos des endroits visités, je veux insister sur le fait que environ 130 espèces des 185 espèces recensées par Anne et moi durant notre séjour de 14 jours ont été observées à une distance à pied à partir de notre hôtel. Notre horaire quotidien consiste en une excursion ornithologique entre 6h30 et 9h30, retour à l'hôtel pour le déjeuner et nous passons le reste de la journée à jouer au lézard au bord de la piscine ou de la plage. Et comme il fait soleil les 14 jours de suite, nous avons amples occasions d'observer des oiseaux spectaculaires et généreux dans leurs prestations.


Entrée paysagée de l'hôtel Barcelo Premium à Huatulco. En raison de la présence de gros arbres fruitiers, cet endroit grouille d'oiseaux tôt en journée et en fin d'après-midi. Photo Anne Déry, 12 février 2014.
  

Voici le terrain de golf de Huatulco à environ 15 minutes de marche de notre hôtel. Lors de notre séjour, il est fermé pour cause de rénovation, mais nous pouvons le parcourir sans problème. Nous respectons évidemment les chemins empruntés habituellement par les golfeurs. Malgré qu'il était ouvert au public lors de leurs passages respectifs, Pierre et Régis ont pu parcourir les mêmes chemins. Photo Anne Déry, 16 février 2014.


À environ 20 minutes de marche de l'hôtel se trouve une petite marina qui ajoute un habitat différent qui procure de belles observations. Nous y allons aux deux jours. Photo Anne Déry, 12 février 2014.

Mais, nous connaissant Anne et moi, je sens qu'il serait bon de prévoir quand même quelques jours de sortie avec un guide ornitho local. Il y a des montagnes toute proches et un habitat différent veut dire des espèces différentes. Une couple de mois avant de partir, nous rencontrons au Cap Tourmente nos amis Camille Tremblay et Marcelle Légaré et ils nous disent qu'ils reviennent de la province d'Oaxaca au Mexique où ils ont eu comme guide un certain Eric Antonio Martinez. Camille ne tarit pas d'éloges envers ce jeune homme. Je me dis alors que je tiens le filon et je le contacte par courriel ( mirmidons_1987@yahoo.com ). Nous convenons de louer ses services pour les 17,18,19 et 20 février. Durant ces dates, il guide déjà deux clients en provenance du Chili et ça nous fait plaisir de nous joindre à eux. Eric a grandi à Huatulco où il connaît tous les recoins, mais il vit aujourd'hui dans la ville d'Oaxaca (prononcé OAKA), une ville située à 6 heures de route au nord. Il s'engage à venir nous chercher le matin à notre hôtel vers 5h30, à nous ramener à l'hôtel pour le midi et à revenir nous chercher vers 15h30 pour une autre sortie avant le souper. Il n'y a que la journée où nous nous rendons en montagne à Pluma Hidalgo, à une heure et trente minutes de route, que nous projetons de prendre un goûter sur le terrain à cause de la distance à parcourir pour revenir à l'hôtel. Voici, en images, les lieux visités avec Eric, Magdalena et Willie.


Situé à une vingtaine de minutes de route de l'hôtel, le parc national de Huatulco nous réserve de belles surprises. Nous y passons l'avant-midi du 17 février 2014. L'habitat est la forêt tropicale sèche caractérisée par des arbres aux feuilles petites. Sur cette photo de Anne, nous reconnaissons Eric, Laval et Willie.


La vue près de Pluma Hidalgo est fort panoramique. Cette région est reconnue pour son café. La route de terre sillonne le flanc des montagnes et elle rejoint des petits villages. Un endroit superbe pour faire de belles découvertes. Situé à une heure et trente minutes de route de l'hôtel, nous y passons la majeure partie de la journée du 18 février. Photo Anne Déry.


Le 19 février au matin, nous rejoignons Puerto Angel, à environ une heure trente minutes de route de notre hôtel vers le nord. Vers 7h30, nous empruntons une petite embarcation qui nous amènera au large de la côte. Excursion aux pélagiques de quatre heures où de belles surprises nous attendent. Photo de Anne Déry. Eric, Laval, Willie et notre capitaine.


Au large, nous rencontrons un immense groupe de dauphins, des raies, des tortues, un serpent, des oiseaux pélagiques (puffins, labbes, mouettes, sternes). Nous ne nous ennuyons pas. En revenant, nous nous approchons d'immenses rochers où nichent des fous et des frégates. Photo de Anne Déry.


Le 20 février au matin, nous nous retrouvons à pas plus d'une quinzaine de minutes de route au sud de l'hôtel dans un habitat typique de la région. Encore là, grâce à l'expertise d'Eric, nous ajoutons d'autres espèces intéressantes. Photo de Anne.



Le 20 février, en après-midi, nous nous rendons à l'embouchure de la rivière Copalita. Un endroit fréquenté par les adeptes du surf et les baigneurs, mais également par des oiseaux aquatiques variés. Un site superbe et à explorer absolument dans la région de Huatulco. Photo Anne Déry.



Je sais, je n'ai pas partagé beaucoup de photos d'oiseaux dans ce billet, mais je l'ai écrit à titre d'information pour les lecteurs qui seraient à la recherche d'idée pour une destination alliant vacances familiales, détente et ornithologie.

Voici une dernière photo prise par Anne et donnant un point de vue sur les rochers situés en face de notre hôtel.






 @ bientôt.





  

dimanche 9 septembre 2012

Île-aux-Basques: automne 2012

Et oui, cette année Anne et moi n'accompagnerons pas les ornithologues amateurs du COQ (Club des Ornithologues de Québec) lors de leur sortie automnale à l'Île-aux-Basques puisque nous nous retrouverons, à ces mêmes dates, sur une autre île, en fait la cinquième plus grosse au niveau mondial, soit Madagascar. Nous passerons 32 jours complets en sol malgache, du 26 septembre au 28 octobre 2012. Six vols internes nous permettrons de couvrir l'île dans sa presque totalité puisque l'extrême nord, où une seule espèce endémique peut être espérée, sera volontairement écarté de notre itinéraire. Nous serons alors accompagnés par nos amis ornithologues internationaux, Jean-Jacques Gozard du Costa Rica et Gaétan Duquette de Longueuil. Toute une virée en perspective que je partagerai avec vous à mon retour. C'est promis.

Mais, pour l'instant, allons-y avec un autre séjour inoubliable sur cette petite île magique qui, printemps et automne de chaque année depuis 2005, nous attire comme un aimant totalement irrésistible. Anne et moi décidons donc de réserver le chalet Meredith pour la fin de semaine de septembre qui correspond à celle d'un congé férié québécois (Fête du travail) où le lundi est ajouté à la fin de semaine habituelle. Ceci nous donne donc 3 jours au lieu de 2 et c'est bien suffisant pour nous permettre de profiter de l'île, surtout que nous y ajoutons une quatrième journée en traversant le vendredi (pratique courante pour les mordus de l'île).  C'est donc le vendredi 31 août que nous empruntons le bateau de notre capitaine Jean-Pierre Rioux pour une traversée d'une dizaine de minutes et couvrant les 5 kilomètres qui nous séparent de l'île. En raison de rafales de vent de 25 kilomètres à l'heure, la randonnée est plutôt houleuse, mais quand même agréable. La météo annoncée est rassurante pour les jours qui viennent et nous abordons l'aventure avec beaucoup d'optimisme. Nous accostons l'île vers 15h00 et, quelques minutes plus tard, nous sommes déjà partis à la découverte de quelques précieux trésors ailés:

Sept Courlis corlieu viennent se poser sur la pointe de sable de l'île parmi les trois espèces de goélands communs: Goéland marin, argenté et à bec cerclé. En raison de la marée haute, la pointe de sable est réduite de façon maximale.
En à peine 2h30, nous croisons 34 espèces d'oiseaux et, comme c'est souvent le cas pour une aussi petite île, la vedette d'une journée peut être complètement absente le lendemain. C'est ainsi que nous observons parmi les espèces répertoriées un groupe de 19 Tournepierres à collier, 1 Chevalier grivelé, 2 Bruants de Lincoln et 1 Paruline tigrée en plumage d'automne. De ces espèces, seulement le tournepierre sera revu subséquemment (et seulement 2 ou 3 par jour). Comme je ne veux pas trop étirer ce billet, je vais y aller avec les découvertes intéressantes selon les journées qui suivront.

 Petit aparté:

Vers 19h30, nous observons la deuxième pleine lune du mois d'août 2012 et elle s'appelle la Lune bleue (Blue Moon). La première pleine lune était visible le 2 du même mois.

Une année civile comporte habituellement 12 pleines lunes, parfois 13. Cette treizième pleine lune "supplémentaire" est appelée "lune bleue"; de fait, on appelle "lune bleue" la seconde pleine lune d'un même mois. Contrairement à ce que suggère son nom, elle n'est pas du tout bleue.





1er septembre 2012

À 7h00, nous faisons notre première session au télescope alors que nous dirigeons nos yeux de cyclope vers le large en direction de la côte nord où les falaises de Tadoussac sont visibles de l'Île-aux-Basques. Je sais, c'est trop loin pour pouvoir identifier quoi que ce soit, mais les eaux intermédiaires peuvent nous procurer quelques surprises. La visibilité est bonne, mais l'activité est quasi nulle. Pas de laridés, donc pas de labbes. Pas de Petit Pingouin, nous sommes probablement trop tard pour le temps de l'année, et pas de Plongeon catmarin, nous sommes trop tôt dans la saison. Du fait que nous sommes six semaines en avance sur notre séjour automnal habituel, nos repères sont quelque peu perturbés. Parmi les espèces observées figurent: 600 Cormorans à aigrettes, 80 Guillemots à miroir, 90 Eiders à duvet, 3 Grèbes jougris, 32 Macreuses à front blanc, 10 Macreuses brunes, 22 Fous de Bassan, 20 Mouettes tridactyles, 1 Sterne arctique et 1 Plongeon huard. Du côté des mammifères marins, une bonne trentaine de Phoques communs se prélassent sur un îlot à plusieurs centaines de mètres de distance de notre position et 5 Bélugas, ces petites baleines blanches qui font la renommée de la région de Tadoussac, passent au large en formation serrée. Nous discernons 3 dos blancs et 2 dos gris, ce qui signifient que deux juvéniles de l'année accompagnent 3 adultes.



Même si l'observation d'un Phoque commun est chose habituelle lors d'un séjour à l'île, le voir d'aussi près relève du fantasme. Cet individu se repose sur les berges de l'île alors que normalement il le fait sur les rochers plus au large.


Quelques minutes après que nos regards se soient croisés, le mammifère marin rejoint l'eau où il se déplace tellement mieux que sur la terre ferme.

Du côté des limicoles, nous observons un groupe de 18 Courlis corlieu, 4 Bécasseaux minuscules, 6 Bécasseaux semipalmés, 7 Pluviers argentés, 11 Pluviers semipalmés, 50 Bécasseaux sanderling et 5 Bécasseaux maubèches.

Le Bécasseau maubèche est une espèce rencontrée moins fréquemment et en plus petit nombre que les autres calidris plus communs.  On le voit plus à l'automne alors qu'il arbore un plumage plus terne, mais quand même intéressant.

Le Bécasseau minuscule affectionne les dépôts de varech. On le reconnaît à son plumage brun, le "V" pâle dans le dos, ses pattes jaunâtres et son bec légèrement courbé vers le bas. Il porte bien son nom puisqu'il est le plus petit de nos calidris.


Ce Bécasseau semipalmé arbore le plumage typique d'un adulte en mue lors de la migration d'automne avec un mélange de plumes noirâtres (plumes nuptiales usées) et de plumes grises (plumes internuptiales fraîches) sur la partie supérieure de l'oiseau. Les adultes retiennent au moins quelques scapulaires et tertiaires nuptiales au cours de la migration automnale. La mue reste incomplète tant que les zones d'hivernage ne sont pas atteintes. (The Shorebird Guide, page 148).


Le Pluvier semipalmé est très vocal et son "piiiviiii" s'entend très souvent et nous indique sa présence. Cet individu est un adulte en plumage internuptial. Ce plumage diffère de celui du juvénile par l'uniformité de la partie supérieure de l'oiseau. Le collier est quelquefois incomplet chez les juvéniles et chez les adultes en plumage internuptial. (The Shorebird Guide, page 51).

Lorsqu'ils se nourrissent, les interactions entre Pluviers semipalmés sont choses fréquentes. Ils foncent l'un sur l'autre, le dos arqué, l'air menaçant. En premier plan, un juvénile reconnaissable aux franges pâles garnissant les plumes de la partie supérieure de l'oiseau; en second plan, un adulte en plumage internuptial.

La température est idyllique aujourd'hui avec un soleil omniprésent et une température au-dessus des 20° C. Nous observons 47 espèces dont 1 seul Bruant des marais. Les parulines sont nombreuses et, tout au cours de la journée, 8 Parulines obscures se présentent finalement devant nous dans leur apparat automnal.

Les plumages déroutants des parulines en automne représentent un défi presque cauchemardesque pour les ornithologues Québécois débutants... et même pour les plus aguerris. Cette Paruline obscure nous a posé quelques problèmes d'identification lors de la première rencontre. Ces boules d'énergie ne cessent de farfouiller dans le feuillage et nous ne voyons bien souvent qu'une partie de l'oiseau à la fois. Heureusement, avec beaucoup de patience de la part de l'observateur, il arrive que l'oiseau passe quelques secondes dans une ouverture dégagée dans la végétation. L'unique bande alaire pâle nous a tout de suite orientée vers cette espèce. Elle peut être très visible chez certain individu et presque imperceptible chez d'autres.

La dernière espèce nouvelle de la journée est une Paruline à couronne rousse (de la sous-espèce palmarum) qui vient nous saluer alors que nous sommes assis sur la petite galerie du chalet vers les 17h30. Ce sera le seul individu de cette espèce que nous verrons de toute la fin de semaine.


2 septembre 2012

Cette femelle de Colibri à gorge rubis se perche
un bref instant avant de retourner se nourrir
dans les fleurs de rosiers sauvages.
Encore une autre belle journée en perspective. Moins de soleil prévu, mais une température plus tempérée et plus confortable. Vent léger et aucune pluie. Ce matin, nous délaissons les télescopes et nous nous dirigeons vers la pointe est de l'île, à l'Anse-d'en-bas. En arrivant à cet endroit vers 7h15, nous savons que le soleil levant aura tôt fait de réchauffer les lieux et que les oiseaux ne tarderont pas à s'activer. Nous comptons bientôt 24 Merles d'Amérique, dans différents plumages, qui se nourrissent en bordure de la plage et dans deux gros sorbiers généreux en fruits. 1 Grive à dos olive et 1 Grive solitaire sont découvertes près du sol, sur le bord de la plage ou à travers les rosiers. Un mâle de Pic flamboyant visite les sorbiers alors que pas moins de 4 Pics mineurs s'activent tout près. 1 Mouette de Bonaparte crie en vol et nous la repérons facilement parmi des goélands.

S'y trouvent également quelques dizaines de Jaseurs d'Amérique, 1 mâle de Crécerelle d'Amérique, 1 Bihoreau gris, 1 Martin-pêcheur d'Amérique, 3 Bruants fauves (nous en aurons 10 dans la journée), 2 Viréos aux yeux rouges, 1 Paruline à gorge noire, 1 Paruline rayée, Paruline à collier  et 1 femelle de Colibri à gorge rubis.

Nous revenons en empruntant le sentier de la falaise où des personnes présentes sur l'île ont observé un petit hibou vers 18h00, la veille. Nos recherches sont vaines, mais nous avons la chance d'entendre les "hurlements" d'un Phoque commun. Pas étonnant que son nom vernaculaire soit "Loup marin". Un très beau moment !

La fin d'après-midi nous réserve nos plus belles surprises alors que nous nous retrouvons sur la pointe ouest de l'île. Aussitôt arrivés tout près de l'eau, vers 16h00, nous repérons un groupe de limicoles. Il doit y avoir environ 50 Bécasseaux sanderlings et 3 Bécasseaux à croupion blanc. Je m'avance lentement vers eux en faisant de nombreux arrêts stratégiques afin qu'ils s'habituent graduellement à ma présence. Je finis par me retrouver assis par terre à environ 5 mètres du premier individu, un Bécasseau à croupion blanc adulte en mue.



Bécasseau à croupion blanc, adulte en mue: des plumes brun-gris remplacent, sur la partie supérieure de l'oiseau, celles usées qui sont noirâtres en leur centre. Quelques minces lignes foncées peuvent être présentes sur la poitrine et les flancs. "Shorebirds: An identification guide. Hayman, Marchant and Prater. Houghton Mifflin Company, 1986". Page 197


Juvénile de Bécasseau sanderling.

Après une quarantaine de minutes à cet endroit, nous décidons de revenir au chalet en passant par la grande pointe de sable. Alors que nous approchons de cette pointe, nous apercevons un petit groupe de limicoles qui la quitte en passant en vol devant nous. J'identifie des Bécasseaux sanderling, mais un des oiseaux est plus gros et je crois reconnaître un Bécasseau à poitrine cendrée. Comme le groupe se dirige à l'endroit que nous venons de quitter, nous décidons d'y retourner. Arrivés sur les lieux, nous avons l'immense bonheur d'observer non pas un, mais bien deux Bécasseaux roussâtres. C'est incroyable de penser qu'ils n'y étaient pas quinze minutes plus tôt. Et le Bécasseau à poitrine cendrée est bien là lui aussi.

Deux juvéniles de Bécasseaux roussâtres se nourrissent ensemble dans le varech.





Juvénile de Bécasseau à poitrine cendrée.

Après toutes ces émotions, nous nous dirigeons vers la pointe de sable, mais des cris de sternes nous font nous retourner et nous apercevons une dizaine de Sternes arctiques qui s'en viennent en vol vers nous. Je sors mon Ipod et je compare ce que j'entends avec les cris de la pierregarin et de l'arctique. Aucun doute possible, c'est bien la Sterne arctique. Ce qui est comique, c'est que je venais de demander à Anne si elle souvenait d'octobre 2010 alors que nous avions été survolés par une vingtaine de Sternes arctiques. En arrivant à la pointe, un autre Bécasseau roussâtre se nourrit dans le varech. Une autre journée tout à fait exceptionnelle.

3 septembre 2012

Aujourd'hui, nous n'avons que l'avant-midi pour espérer ajouter d'autres espèces à notre liste cumulative qui en est à 70 espèces. Nous aimerions bien atteindre les 75. Nous décidons de commencer par la pointe est, car nous avons bien aimé la diversité des espèces hier matin. Avant de quitter le Meredith, nous jetons un oeil sur le Lac salé et nous observons un Grand Héron juvénile en vol. Et de 71. Chemin faisant, par la route des Basques, nous rencontrons une deuxième nouveauté, une coquette et furtive Paruline couronnée toute en couleurs et muette comme une carpe. Par chance qu'un mouvement trahit sa présence. Et de 72.  En arrivant à l'Anse-d'en-bas, Anne me montre un petit rapace perché dans le haut d'une épinette. Nous pensons avoir affaire avec la crécerelle de la veille, mais non, il s'agit bien d'un Faucon émerillon. Et de 73. Peu après, un Épervier brun vient nous survoler en tournoyant et oups! il fonce vers un petit groupe de fringillidés. L'un deux, qui a échappé à la poursuite, se perche et se met à télégraphier les dernières nouvelles à tous: un Bec-croisé bifascié. Et de 74.

Nous nous dirigeons ensuite vers le quai de pierre et nous sommes surpris de trouver un Pipit d'Amérique. Il nous semble un peu tôt dans la saison, mais nous prenons tout ce qui passe devant nos jumelles. Et de 75. En revenant, nous nous assoyons sur le petit banc, sur le trottoir en bois dans la partie ouest de l'étang. Voilà qu'un son familier attire mon attention. Mais il s'agit d'un Cardinal à poitrine rose. Quelques sifflements et l'oiseau juvénile se présente devant nos yeux ravis. Et de 76.

Ce Pipit d'Amérique apporte de la couleur à un décors plutôt terne.

Et, au large, entre l'île et la rive sud, des milliers de Macreuses à front blanc forment des radeaux impressionnants et leur babillage incessant fait office de bruit de fond. 

Un autre beau séjour à l'île magique. Nous avons déjà hâte à la prochaine. À suivre...



jeudi 8 décembre 2011

Aux antipodes et parmi les puffins.




Nous nous trouvons présentement à quelques milliers de kilomètres à l'est de la région la plus aux antipodes avec le Québec. Malgré ce qui nous a été raconté moultes fois depuis notre tendre enfance, non, ce n'est pas en Chine que nous aboutirions si nous creusions un trou en droite ligne, directement sous nos pieds, et qui traverserait le globe de part en part. Non, ce serait plutôt en Australie, plus précisément à l'extrémité ouest de cette immense île continent.








L'action se déroule en fait en Tasmanie, une île située à 300 kilomètres au large de Melbourne et qui appartient à l'Australie. L'État de Tasmanie comprend l'île de Tasmanie et mille autres petites îles. L'île s'étend sur 364 kilomètres du nord au sud et 306 kilomètres d'ouest en est. Plus du tiers du territoire de la Tasmanie est classé en réserves naturelles, parcs nationaux et sites du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Aujourd'hui, le 6 novembre 2011, nous nous trouvons près de Port Arthur, situé au sud est de l'île, à une heure trente de route de Hobart, pour une balade en mer. Nous sommes une dizaine de québécois bien motivés qui partons pour vivre une expérience unique, dans un endroit qui l'est tout autant. Cependant, cette sortie ne s'adresse pas seulement aux ornithologues et notre groupe constitue environ le tiers du nombre de passagers. L'activité proposée n'est pas très longue, environ trois heures, et il n'est pas prévu de nous rendre bien loin au large. Alors qu'habituellement nous devons nous éloigner d'une trentaine de kilomètres des côtes, ici, c'est différent puisque la limite du plateau continental se trouve à quelques kilomètres seulement de la rive. On sait que c'est à cet endroit que se concentre le plancton, donc les poissons qui s'en nourrissent et les oiseaux qui se nourrissent des deux. Le fait de partager le bateau avec des non ornithologues refroidit un peu nos espoirs de "courir" après les oiseaux, mais nous nous fions à nos guides, Sam et Susan,  qui nous disent que le capitaine s'organise habituellement pour approcher l'embarcation des oiseaux marins quand nous en apercevons.





Il est 13h00 et nous arrivons en avance à notre rendez-vous. Nous attrapons quelque chose à manger au petit restaurant dépanneur à côté, puis nous nous régalons tout en attendant que les participants à la sortie en mer précédente reviennent avant de commencer la nôtre. Avec quelques minutes de retard, un gros autobus arrive, les touristes en débarquent et nous prenons leur place. Une balade de cinq minutes nous amène au quai où nous embarquons tous. Le bateau est confortable, la vision est bonne peu importe où nous sommes assis et les paysages sont spectaculaires.




Nous commençons l'excursion en longeant les côtes. D'immenses falaises rocheuses nous dévoilent des formations géologiques uniques alors qu'elles sont constituées de strates superposées tantôt à l'horizontale et tantôt à la verticale. Il est facile d'imaginer la pression énorme qu'a dû subir la croûte terrestre pour en arriver à ce résultat. Les rochers ont des teintes beiges ocrées alors que l'eau est bleue turquoise foncée. Même un daltonien comme moi y trouve son compte.




Nous nous approchons ensuite de deux colonies d'otaries qui folâtrent sur les rochers:

l'Otarie à fourrure d'Afrique du sud (sous-espèce d'Australie) / Australian Fur Seal / Arctocephalus pusillus doriferus




l'Otarie à fourrure de Nouvelle-Zélande / New Zealand Fur Seal / Arctocephalus forsteri





Des Baleines à bosse / Humpback Whales / Megaptera novaeangliae, en provenance d'Afrique du Sud (selon le guide naturaliste du bateau), exécutent quelques pirouettes spectaculaires hors de l'eau. Au même moment, un premier Albatros à cape blanche / White-capped Albatross vient vers nous. Je suis le premier à le repérer et je me mets à crier pour que tous mes compagnons se préparent à l'observer. Il se dirige vers nous et il passe sur ma droite. Malgré le tangage du bateau, je réussis à en faire une photo





J'ai la chance de me reprendre avec deux autres albatros et on voit très bien les vagues d'environ un mètre qui compliquent énormément les prises de vue











Un très gros groupe de puffins est repéré au loin et nous nous en approchons. Ils sont là par milliers. Surtout des Puffins à bec grêle / Short-tailed Shearwaters /  Puffinus tenuirostris, mais nous pouvons également identifier quelques Puffins fuligineux / Sooty Shearwaters / Puffinus griseus. Les deux espèces se ressemblent énormément et, hormis la pâleur du dessous de l'aile du fuligineux, le critère d'identification se situe au niveau de la grosseur du bec. Pas évident avec ces grosses vagues et le tangage du bateau. Le capitaine du bateau manoeuvre tellement bien son embarcation que nous nous retrouvons bientôt littéralement parmi les puffins. C'est un moment impressionnant et inoubliable. Du jamais vécu encore par aucun des participants, incluant même notre guide de Tropical Birding,  Sam Woods.


Sous des mauvaises conditions de lumière, les puffins paraissent noirs alors qu'ils sont d'un brun doré lorsque les conditions de lumière sont idéales. Ceci dû à une qualité réfléchissante particulière au plumage de la plupart des procellariidés. Sur la photo qui suit, il est possible de reconnaître un Puffin fuligineux aux grandes plages blanches sous les ailes. Il s'agit d'un oiseau à gauche de l'image.





Grâce à des manoeuvres très habiles, le capitaine réussit à placer son bateau dans la ligne de vol des puffins. Nous sommes bientôt entourés de centaines d'oiseaux qui se posent sur l'eau, prennent quelques secondes de repos et ...





décollent en courant sur l'eau et en battant des ailes.





Sur cette dernière photo, nous pouvons voir un comportement des puffins que je ne connaissais pas. En plein milieu de l'image, nous voyons un oiseau qui semble tout simplement "trébucher" et tomber la tête première dans l'eau. En fait, c'est très volontaire et la plupart des oiseaux le faisait. Les oiseaux ne battent pour ainsi dire jamais des ailes, excepté lors du décollage, et ils volent regroupés souvent à quelques centimètres seulement au-dessus de l'eau. J'ai remarqué qu'ils se déplacent souvent perpendiculairement à la vague. Ils peuvent facilement attaquer cette vague en plongeant tête première et ils utilisent leurs ailes lorsque dans l'eau pour se propulser (à la manière des guillemots) afin d'attraper leurs proies. Après quelques secondes, ils se pointent hors de l'eau et ils reprennent leur course folle. Tout se fait si vite que c'en est presque étourdissant.





Cette photo démontre bien aussi les caractères distinctifs de ce puffin qui sont le bec court et mince (Puffin à bec grêle) et la queue tellement courte qu'elle permet un bon dépassement des pattes (Short-tailed Shearwater).


Cette sortie en mer constitue notre dernière excursion en Australie. Nous ne pouvions rêver mieux pour terminer sur une bonne note un si beau voyage.


@ bientôt,