mercredi 16 juin 2021

Un tyran à la campagne.

 

 

On m'appelle Tyran tritri. "Tritri" sans doute à cause de mon chant qui consiste en une série de "tritris" aigües et un peu irritants à l'oreille humaine. "Tyran" sans doute à cause de mon caractère belliqueux. Je n'accepte aucun oiseau noir ou aucun rapace volant au-dessus de mon territoire de nidification. Peu importe la grosseur, je le prends en chasse et je le reconduis manu militari aux limites de mon terrain. J'aime les grands milieux ouverts, souvent près de l'eau, où je peux avoir une bonne vision sur mon domaine et où je peux chasser les insectes. Le long des routes de campagne, je passe rarement inaperçu. On me voit souvent à découvert, perché droit sur une clôture ou un fil, ou au sommet d'un arbuste. Je porte un manteau bicolore avec un petit secret bien caché sous les plumes au niveau de mon crâne. En les écartant, je peux exhiber un beau bouton orange qui, selon les humains, serait un trompe l'oeil pour attirer des insectes en quête d'une belle fleur colorée. Qu'ils sont drôles ces humains!

 

Tyran tritri / Tyrannus tyrannus / Eastern Kingbird. Marais Léon-Provancher, Neuville, le 19 mai 2021.
 

 

Le vol du Tyran tritri est lent avec des battements d'ailes rapides et peu amples. On dirait presque qu'il flotte dans l'air. Perché sur le bout d'une tige végétale, il part en vol pour aller capturer un insecte en plein vol. 


C'est un oiseau des milieux ouverts et on l'observe souvent le long des routes de campagne. 04 juin 2016, Baie-du-Febvre, Québec.


Le 06 juin 2015, je découvre ce Tyran Tritri bien assis sur ses oeufs dans la région de Baie-du-Febvre, près de Nicolet. Le nid est plutôt volumineux et il est fait de brindilles et d'herbes, tapissé de poils d'animaux, de radicelles et de fibres végétales. La femelle le place habituellement dans un arbre isolé, un orme, un pommier ou un arbuste bas, proche de l'eau.

 

Ce moucherolle est commun dans le centre et l'est de l'Amérique du Nord. Les Rocheuses semblent constituer une barrière naturelle qu'il n'a pas franchi. J'ai rencontré cet individu le 30 juillet 2014 à Plum Island, Massachussets.

 

 

Les interactions entre les partenaires d'un couple présentent aussi des caractéristiques singulières. Ainsi, au printemps, lorsque la femelle fait son apparition dans le territoire, le mâle se montre quelque peu agressif à son égard. Peut-être faut-il imputer ce comportement au plumage similaire des deux sexes? Photo réalisée le 02 juin 2021 au Marais des Graves, Saint-Joachim.

À l'échelle du Québec, le Bird Breeding Survey < BBS > révèle une situation préoccupante pour cet oiseau insectivore, soit une baisse de population de plus de 60% entre 1990 et 2014, i.e. deux fois plus que pour l'ensemble de l'Amérique du Nord. 


@ bientôt.


 

lundi 31 mai 2021

L'Hirondelle noire : la fin d'une ère.

 

 

Ce n'est un secret pour personne, la population de la grande majorité des espèces d'hirondelles a chuté de façon drastique au cours des dernières décennies. Vers les années 70, il était possible d'observer la nidification de cinq des six espèces d'hirondelles dans les limites du village de Sainte-Croix-de-Lotbinière. Les "rustique", "bicolore", "noire" et "à front blanc" nichaient dans des cabanes ou dans des nids faits de boue, accrochés sous les auvents des maisons privées; la "de rivage" nichait en petite colonie près de la chute, au niveau du fleuve, dans des trous creusés dans la partie supérieure de la falaise, juste en dessous de la frise végétale qui coiffait cette falaise. Un Martin-pêcheur d’Amérique y avait également creusé un trou plus volumineux que ceux des hirondelles. En 2021, il ne reste que la "bicolore" et, surprenamment, la "noire".  Oui, c’est surprenant quand on sait que la « noire » est la moins commune des cinq espèces mentionnées jusqu’ici.

La colonie de Sainte-Croix est maintenant reconnue comme étant celle située la plus à l’Est au Québec. Nous devons l’établissement de cette colonie à M. Benoit Garneau qui résidait dans la maison où se trouvent encore les condos offerts aux hirondelles. L’entrepôt situé en arrière de sa maison appartenait à la famille Garneau qui a livré pendant de multiples décennies les produits laitiers dans le comté de Lotbinière. Avec l’arrêt des opérations est venue la vente de la maison et de l’entrepôt. Cependant, un autre membre de la famille Garneau habite dans la cour qui jouxte l’entrepôt et il continue l’œuvre de son frère en maintenant les cabanes à la disposition des hirondelles. Cependant, les nouveaux propriétaires de l’entrepôt ne sont pas chauds à l’idée de voir arriver des véhicules ou des personnes inconnues près de leur commerce. Et c’est bien compréhensible. Il risque d’y avoir de la circulation de leurs propres véhicules ou des véhicules de livraison et c’est par souci de prudence qu’ils préfèrent interdire l’accès aux personnes qui seraient intéressées à observer ou à photographier les oiseaux de plus près. Voici la note qu’ils ont fait parvenir au conseil d’administration du Club des Ornithologues de Québec < C.O.Q. >.

 

La colonie d'Hirondelles noires de Sainte-Croix de Lotbinière, sise au 6572, rue Marie-Victorin, se trouve sur une propriété privée et il importe d'user de discernement et de bonne conduite en allant faire de l'observation.

-- Ne pas stationner dans l'entrée ni ailleurs sur cette propriété privée.

-- Tenir compte du fait que stationner sur la route devant la propriété peut d'avérer dangereux, de même qu'encombrant pour la circulation automobile.

-- Il est idéal de se garer en sécurité à proximité et de marcher un peu avant d'atteindre un bon point d'observation.

-- Dans le respect de la propriété privée, il ne faut pas empiéter sur ce terrain privé.

Merci de bien respecter ces consignes, ce qui permettra au (nouveau) propriétaire de conserver son intérêt à poursuivre le maintien des installations à la disposition de la colonie.

 

Benoit a été mon laitier attitré pendant les 29 années où j’ai habité la maison de Lotbinière. C’était devenu un bon ami et c’était toujours un plaisir mutuel lorsque je me rendais annuellement constater l’état de sa colonie d’Hirondelles noires. Lorsque je me suis rendu sur le site, le 16 mai dernier, j’ai rencontré les deux nouveaux propriétaires. Je ne savais même pas que l’entrepôt avait été vendu et que la famille Garneau n’était plus propriétaire. Nous avons discuté une bonne vingtaine de minutes sur l’historique de cette colonie et mes liens avec la famille Garneau dont je connaissais tous les membres. Eux étaient réticents à l’idée de voir débarquer n’importe qui à n’importe quelle heure. Je leur ai parlé de l’importance de préserver cette colonie pour la biodiversité du coin. Ce que je crois, était le plus important. La présence des condos à Hirondelles noires semble assurée même si l’accès est interdit au public. Il faut respecter cet interdit si nous voulons préserver la colonie.

Voici quelques photos que j’ai pu faire au cours des dernières années de cette belle hirondelle format géant.

 

Hirondelle noire (femelle) / Progne subis subis  / Purple Martin. Le 16 juillet 2013 à Sainte-Croix de Lotbinière,

 

 

Hirondelle noire (transport de matériel pour le nid) et Moineau domestique. Le 13 mai 2017 au parc provincial de Rondeau, Ontario.


Femelle, le 08 juin 2020 le long de la route Janelle à Baie-du-Febvre, Québec.


Mâle, le 16 mai 2021 à Sainte-Croix, comté de Lotbinière, Québec.


   

Mâle cueillant du matériel pour la confection du nid. Le 16 mai 2021 à Sainte-Croix, comté de Lotbinière, Québec.

Si vous êtes de passage à Sainte-Croix et que vous désirez observer cette hirondelle, SVP le faire à distance en demeurant sur le bord de la 132.

 

@ bientôt.