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dimanche 25 septembre 2016

Jasons jaseurs !




J'ai fait une belle rencontre dernièrement à l'Île-aux-Basques alors que ma route croise celle d'une petite famille de Jaseurs d'Amérique / Bombycilla cedrorum cedrorum / Cedar Waxwing. Ce sont les cris stridents et incessants d'oiseaux immatures qui attirent d'abord mon attention. Je repère sans trop de difficulté une femelle qui nourrit deux jeunes très affamés, en régurgitant fruits ou insectes présents dans son jabot. Ces derniers sont déjà capables d'un vol bref qui leur permet de changer de perchoirs, mais sur de courtes distances.






Et c'est ce qui me permet de retrouver nos deux amis sur une branche un peu plus basse, plus à mon niveau. Ils attendent patiemment le retour du parent parti cueillir des fruits ou attraper des insectes. Maintenant silencieux, ils suivent les allés et venus de leur mère. Lorsqu'elle revient pour les nourrir, ils recommencent ce tapage qui permet au parent nourrisseur de les retracer dans la végétation. Vous remarquerez sur cette photo le jaune à la commissure du bec. Un trait commun aux jeunes oiseaux immatures au stade du nourrissage.






Les jaseurs appartiennent à la famille des bombycillidés qui regroupe un genre (Bombycilla), trois espèces (d'Amérique, boréal et du Japon) et 6 sous-espèces 

Bombycilla garrulus garrulus
Bombycilla garrulus centralasiae
Bombycilla garrulus pallidiceps
Bombycilla japonica
Bombycilla cedrorum cedrorum
Bombycilla cedrorum larifuga


Voici les trois espèces illustrées dans le volume 10 du Handbook of the Birds of the World.






Bien que les jaseurs soient trapus et dodus, tous s'accordent pour leur accorder une élégance peu commune. Cette impression est accentuée par une huppe érectile, un plumage dense, soyeux et coloré, un masque et un menton noirs bien délimités et des ailes longues aux primaires foncées et décorées de marques jaunes ou blanches selon l'espèce. La queue courte porte une bande terminale colorée. Elle est rouge pour le Jaseur du Japon, jaune ou orange pour les deux autres espèces. Chez les adultes des deux espèces américaines, les bouts des rachis des plumes secondaires sont aplatis et d'un rouge brillant qui fait penser à de la cire (wax), d'où la provenance de leur nom anglais.



Des appendices en forme de gouttelettes de cire rouges ornent les plumes secondaires des adultes des deux espèces américaines. Ici, un Jaseur boréal adulte photographié le long d'une rue très achalandée à Sillery, ville de Québec.
 


Et voici un adulte de Jaseur d'Amérique arborant ces mêmes gouttelettes cireuses. Photographié le 8 septembre 2013 au Cap Tourmente, près de Saint-Joachim, Québec



Chez les jeunes qui en sont à leur première année de reproduction, ces appendices cireux sont rarement présents ou sont moins développés et moins nombreux. Leur présence permettrait aux adultes, plus expérimentés et plus âgés, de se reconnaître plus facilement à l'intérieur des groupes et de former des couples plus productifs.



Dès que nous sommes en mesure d'associer les sons émis par le jaseur avec l'oiseau lui-même, il est facile de comprendre l'origine de leur nom français. Que ce soit au repos ou en vol, le jaseur émet très souvent un trille bref, doux et faible. Ce son peut même s'avérer inaudible chez les personnes qui ne sont pas dotées d'une ouïe excellente. Cette incapacité d'émettre un chant fort et audible de loin est assez inhabituelle chez la majorité de nos passereaux. Mais leurs habitudes de vie expliquent ce caractère. L'esprit de territorialité n'est pas très élevé chez les jaseurs qui passent la majorité de l'année en groupes dans lesquels les mâles et les femelles sont déjà en contact étroit dès le début de la période de reproduction. Dès que les groupes se défont, les couples n'ont pas à proclamer leur présence.


Aux oreilles du profane, l'oiseau semble toujours émettre le même son, mais des études prouvent qu'il en est autrement. Le répertoire vocal du Jaseur d'Amérique est peut-être le plus connu des trois espèces et il peut servir de référence pour comprendre celui des deux autres espèces. Le son émis le plus fréquemment peut être traduit par un "bzeeee", une structure de base à la naissance d'une large catégorie de sons. C'est ainsi que le "bzee call" de base peut se transformer en "social call", "location call", "contact call", "warbling call" ou "courtship call". Oui, on peut dire que le jaseur aime jaser.



Plusieurs aspects de la morphologie et des comportements du jaseur sont induits par le fait qu'il est frugivore. L'ouverture du bec est très grande et lui permet d'avaler tout rond les petits fruits. 






En hiver, ces derniers ont une haute teneur en sucre, mais peu en eau et en éléments nutritifs. Ceci oblige les oiseaux à boire souvent et à gober une énorme quantité de baies s'ils veulent survivre à la saison froide. Sur une base annuelle, le régime alimentaire du Jaseur d'Amérique est constitué à 84% de fruits. Mais en décortiquant les différentes périodes de l'année, nous arrivons à des pourcentages plus réels. Entre octobre et avril, la proportion de fruits côtoie les 100%, mais en mai, elle peut descendre en bas du 50%. À la fin du printemps, les bourgeons et les fleurs ont la faveur des jaseurs alors que les insectes s'ajoutent de mai à juillet. Quand ils consomment des fleurs, ils se concentrent sur les pétales et les étamines alors qu'ils capturent les insectes en vol ou en inspectant la végétation. 



Sous nos cieux, le Jaseur d'Amérique débute la nidification à la fin mai et il peut nourrir jusqu'en octobre. La très grande majorité de la population migre vers le sud l'hiver, aussi loin qu'au Costa Rica. Quelques individus demeurent au Québec l'hiver et ils se joignent fréquemment à des groupes de Jaseurs boréaux.



Le Jaseur boréal ne niche pas sous nos latitudes et sa présence en saison froide n'est pas certaine d'une année à l'autre. Son ancien nom de Jaseur de bohème lui allait comme un gant. Il peut former des groupes impressionnants pouvant aller à 3 000 individus. Ces groupes sont continuellement à la recherche d'arbres fruitiers qu'ils vident littéralement de leurs fruits avant de quitter.



Le 16 janvier 2016, un groupe de Jaseurs boréaux, évalué à 750 individus, s'est présenté pendant quelques jours devant notre maison à Sillery, ville de Québec. Nous pouvons passer tout un hiver sans en voir un seul. Nous apprécions toujours ces visites impossibles à prévoir.



En espérant que cette petite "jasette" vous fera mieux connaître cette famille spectaculaire.



@ bientôt.

 



vendredi 16 septembre 2016

Île-aux-Basques: du 02 au 05 septembre 2016




02 septembre 2016



Nous accostons sur l'île vers les 14h45. Le temps de déposer nos bagages et de placer les victuailles dans le réfrigérateur au propane ou dans les armoires, nous partons vers le pré une quarantaine de minutes plus tard. La température est tout à fait exceptionnelle. Un soleil réconfortant, aucun vent et une grande abondance de laridés qui sont occupés à gober le plus de fourmis volantes possible.





À la fin août / début septembre de chaque année, nous assistons à des envols massifs de fourmis volantes. Des milliers de ces insectes s'offrent alors en pâture aux goélands, mouettes et engoulevents qui profitent de cette manne. Les prédateurs ne ménagent aucune acrobatie pour saisir ces sources de protéines providentielles. Ici, un Goéland à bec cerclé / Larus delawarensis /  Ring-billed Gull est concentré sur une proie volante que l'on peut apercevoir un peu plus à droite de l'image.


Nous passons une bonne trentaine de minutes à observer ce ballet aérien de haut voltige. Nous nous dirigeons ensuite vers la pointe rocheuse qui s'étire au bout du pré, c'est l'endroit idoine pour y trouver les bandes de limicoles à marée haute. Sans grande surprise nous y retrouvons un groupe d'environ 150 Bécasseaux semipalmés / Calidris pusilla / Semipalmated Sandpipers essaimés parmi des petites roches rondes. Ces oiseaux sont au repos, la tête rejetée vers l'arrière, le bec enfoui entre les deux ailes. Ils forment des petites boules compactes qui se confondent parfaitement avec les roches environnantes. En fait, il faut porter très attention à leur présence avant de s'approcher trop près de l'eau.



Lorsqu'au repos, les limicoles se dissimulent facilement parmi les roches et la végétation en bordure de l'eau. Les motifs et les couleurs de leur manteau se marient tellement bien à l'environnement. On parle alors de plumage cryptique.



Cette première découverte fait vite place à une autre activité, celle de trouver l'individu différent présent à travers tout ce groupe de sosies. Couleur des pattes, longueur et forme du bec, subtilités dans le colorie du manteau, rayures ou non sur les dessous, grosseur et forme générale de l'oiseau: tout est scruté en profondeur au télescope et deux fois plus qu'une. Plus il y a d'individus et plus la tâche (lire le plaisir) est grande.



La comparaison de grosseur entre les individus nous permet de vite repérer ce Bécasseau sanderling / Calidris alba / Sanderling qui est plus gros que les autres présents à ce moment-là. La blancheur du plumage est également plus frappante dès le premier coup d'oeil.



Cet oiseau un peu plus gros que les bécasseaux avoisinants, au plumage plus sombre et au bec allongé et courbé vers le bas nous dirige vers une autre espèce de limicole, le Bécasseau variable / Calidris alpina hudsonia / Dunlin.



Le Pluvier semipalmé / Charadrius semipalmatus / Semipalmated Plover est habituellement présent en nombre plus ou moins grand parmi les limicoles qui occupent les vasières lors des migrations.




Dans le but de profiter des derniers rayons du soleil près de notre chalet, nous nous y rendons directement. Dès notre arrivée, notre attention se porte vers une famille très bruyante de Jaseurs d'Amérique / Bombycilla cedrorum / Cedar Waxwings. Un parent est affairé à essayer de remplir le gosier de quelques jeunes affamés.



Le Jaseur d'Amérique est l'une des dernières espèces à nous revenir au printemps. Il est habituel de rencontrer des jaseurs qui se font nourrir encore au début de septembre. Comme c'est d'ailleurs le cas ici. Il est impossible de ne pas entendre ces jeunes alors qu'ils quémandent de la nourriture.




Lorsque le parent s'est éloigné à la recherche de nourriture, je me suis approché des jeunes qui étaient encore perchés sur la même branche. En fait, ils étaient quatre. Ils ne se sont jamais envolés. Même si nous ne connaissions pas l'identité de ces oiseaux, il est facile de reconnaître que ce sont des jeunes à la commissure jaune du bec. Tous les jeunes oiseaux partagent cette caractéristique.



Et pour finir cette journée, ce magnifique Viréo à tête bleue / Vireo solitarius alticola / Blue-headed Vireo vient nous saluer.




03 septembre 2016



Fidèles à notre habitude, les premières heures d'observation se font du côté nord de l'île. Nous pointons nos télescopes vers le large afin de commenter l'activité qui s'y déroule. Ces heures peuvent tout aussi bien être d'une grande intensité que d'une grande tranquillité. Ce n'est jamais pareil. La température est encore fantastique aujourd'hui et c'est sous des rayons de soleil prometteurs que nous nous dirigeons vers le lieu d'observation. Chemin faisant, nous rencontrons un jeune Renard roux / Vulpes vulpes / Red Fox. Baigné dans le soleil bas de début du jour, il est tout simplement magnifique.




Il s'agit en fait de l'un des deux renardeaux présents sur l'île en 2016. Une mère Orignal / Alces alces / Moose et son veau résident également sur l'île. Nous ne les avons pas rencontrés de visu, mais les traces fraîches sont visibles à chaque jour. Nous les avons même entendu un soir à partir de la galerie de notre chalet. Il faut dire qu'ils sont actifs durant la nuit. L'an dernier, c'étaient trois jeunes orignaux âgés de plus d'un an qui ont passé l'été à l'île.


Près de la rive, un Eider à duvet / Somateria mollissima dresseri / Common Eider nous montre comment il se nourrit. Il se saisit d'un oursin





et, après quelques manipulations du bec, il l'avale tout rond.... Ayoye !!!






Tel que mentionné plus tôt, il y a des matins où l'activité au large est très calme et c'est le cas ce matin. Nous nous rabattons sur les oiseaux des milieux ouverts ou forestiers. Nous rencontrons des petits groupes d'oiseaux à quelques endroits sur l'île. Quelques espèces de parulines, de moucherolles, de viréos, de bruants...



Les viréonidés sont bien représentés sur l'île avec le Viréo à tête bleue, le Viréo aux yeux rouges et ce Viréo de Philadelphie / Vireo philadelphicus / Philadelphia Vireo. Nous avons observé les trois espèces, près l'une de l'autre.



La Paruline flamboyante / Setophaga ruticilla / American Redstart



Je ne sais pas s'il m'a reconnu, mais ce jeune Jaseur d'Amérique sort de l'obscurité du feuillage et il se perche tout près de moi en me scrutant attentivement pendant de longues secondes.

Il n'y a pas que des oiseaux sur l'île. Voilà que nous rencontrons un superbe Morio / Nymphalis antiopa. Non content d'estiver, le Morio est l'un des rares papillons diurnes à hiverner à l'état adulte. Concrètement, l'adulte naît en juillet, puis il va très vite estiver, i.e.fuir les fortes chaleurs en se réfugiant dans la relative fraîcheur de zones plus ou moins ombragées (sous-bois, surplomb rocheux, feuillus, dessous d'arbre tombé) où il restera tapi jusqu'au début de l'automne

Octobre venu, le Morio se réactive brièvement pour reconstituer ses réserves graisseuses, avant de se mettre en quête d'un abri pour hiverner (tas de bois, coin de vieille bâtisse, arbre creux, cavité rocheuse). Suivant les régions, il refera surface début mars, voire fin février, pour reprendre des forces, mais cette fois en vue de la reproduction. Les pontes s'ensuivront, puis les chenilles et les éclosions de juillet viendront boucler la bouche.

C'est au sortir de l'hiver que le Morio s'observe le plus fréquemment. À cette époque, il est attiré par les chatons des saules et il est d'autant plus repérable que ces arbres sont encore très peu feuillus.


Un superbe Morio / Nymphalis antiopa adulte.



04 septembre 2016



Une autre belle surprise tôt le matin. Il est 07h00 et nous nous préparons pour aller observer au large quand j'aperçois un renard qui apparaît à l'arrière de notre chalet. Ma caméra n'étant jamais loin, je prends quelques photos au travers la grande baie vitrée de la salle à manger.


Ce Renard roux nous fait tout un cadeau en venant passer en arrière de notre chalet. Wow !



Et ça continue avec la présence de cet adulte et cet immature de Jaseur d'Amérique tout près de notre site d'observation des pélagiques.


Le large accepte enfin de partager quelques trésors en accueillant une plus grand quantité de Mouettes tridactyles, de Plongeons catmarin, de Plongeons huart et de Labbes parasites. À deux reprises, nous observons même deux labbes qui s'acharnent sur la même mouette. Ça finit toujours de la même façon, la mouette laisse tomber son poisson que le labbe récolte aussitôt. Le spectacle est trop éloigné pour permettre quelque photo que ce soit.



Voici ma paruline préférée, la Paruline à tête cendrée / Setophaga magnolia / Magnolia Warbler. Même en plumage automnal, elle est tout simplement irrésistible.



Les plumages automnaux de nos parulines peuvent nous causer bien des maux de tête. Cette Paruline obscure / Oreothlypis peregrina / Tennessee Warbler est un bon exemple.


Les moucherolles du genre Empidonax sont extrêmement difficiles à reconnaître à l'automne. En cas de trop grande ambigüité, leur cri de contact est la même façon de confirmer leur identité. Certains autres caractères sont utilisables et fiables, comme la longueur du bec et l'extension des primaires par rapport aux secondaires. L'habitat joue pour beaucoup, mais en période migratoire tout est possible. Dans ce cas précis, c'est au niveau du bec et de l'extension des primaires que j'ai pu identifier ce Moucherolle tchébec / Empidonax minimus / Least Flycatcher.



Quelques minutes auparavant, j'étais en présence de cet autre moucherolle. Heureusement pour moi, il était vocal en émettant son cri de contact. Et même qu'il nous gratifie de son chant complet. Il s'agit cette fois d'un Moucherolle des aulnes / Empidonax alnorum / Alder Flycatcher


05 septembre 2016



Température toujours aussi clémente. Quel séjour fantastique sur notre île magique !  Voici quelques images prises ce jour là.



À l'anse d'en bas, cette Paruline masquée / Geothlypis trichas trichas / Common Yellowthroat nous salue au passage.



Ce parent Jaseur d'Amérique semble vraiment dire à son jeune ado qu'il est temps maintenant de chercher lui-même sa pitance. Et c'est vrai que l'adulte n'était vraiment pas en mode recherche de nourriture ce jour-là.



Cet immature de Busard Saint-Martin / Circus cyaneus hudsonius / Northern Harrier n'a pas cessé de marauder au-dessus du pré et tout le long du rivage de l'île, autant du côté nord que du côté sud. Nous l'avons également observé à l'est de l'île.



L'Île-aux-Basques est également synonyme de petits fruits, de champignons et d'une flore maritime. Il y a tellement à découvrir.



Je termine ce billet avec cette photo de Anne qui compile assidûment toutes nos observations sur la plateforme électronique Ebird. Elle est d'une fidélité et d'une rigueur qui sont toutes à son honneur.







@ bientôt.




mardi 9 août 2016

Les limicoles en migration.




Nous voici au début d'une vague migratoire qui mettra en vedette les limicoles. Cette appellation de limicole vient du latin limus qui peut être traduit par limon ou par vase. En effet, la majorité des espèces d'oiseaux appartenant à cette catégorie consomme des petits invertébrés vivant dans la vase ou dans l'humus. Nous les retrouvons surtout en bordure de mer, de lac ou de rivière, mais quelques espèces préfèrent les lieux humides comme les marécages ou, tout simplement, les endroits inondés par les pluies automnales dans les champs. Quelques autres privilégient les milieux ouverts où l'herbe est très courte, comme dans leurs lieux de nidification, ou lorsque la terre a été chamboulée sous l'action de la machinerie agricole.


J'ai déjà écrit plusieurs billets sur ces oiseaux fascinants et, si je le fais encore, c'est juste pour attirer votre attention sur ce phénomène qui se déroule présentement et qui atteindra son apogée dans quelques semaines. Quand nous nous mettons plus sérieusement à l'ornithologie, nous nous apercevons très vite qu'il existe des temps forts dans une année pour l'observation de différentes espèces. Les migrations, printanière et automnale, figurent parmi les temps forts. Nous voici présentement à l'aube de la migration automnale. Si pour les passereaux le tout commence en septembre, les limicoles ont terminé leur saison de nidification plus au nord et ils entreprennent un périple qui les mènera, aussi loin que la Terre de Feu, au sud de l'Argentine, du moins pour certaines espèces comme le Bécasseau roussâtre / Tryngites subruficollis / Buff-breasted Sandpiper.



L'élégant et coloré  Bécasseau roussâtre se rend aussi loin que la Terre de Feu, à l'extrême sud de l'Argentine, pour y passer notre hiver.



Pour les intéressé(e)s, voici les endroits où doit se porter votre attention si vous désirez en observer.



Mais d'abord, avant de vous déplacer vers ces lieux, il est important de vérifier s'il n'y aurait pas dans votre région rapprochée un endroit propice aux regroupements d'oiseaux de rivage en migration. Les sites les plus "payants" sont ceux où les décharges des rivières rejoignent le fleuve. À marée basse, l'eau douce apportée par ces rivières contient beaucoup de nouveaux nutriments qui font sûrement l'affaire des oiseaux avides de retrouver des forces en gobant tout ce qui se présente sous leur bec.


Pour ma part, dans le comté de Lotbinière, j'ai repéré deux endroits propices. Au niveau de Leclercville, la rivière du Chêne se déverse dans le fleuve Saint-Laurent et j'y ai observé plusieurs espèces de limicoles au fil des ans. La même chose à Sainte-Croix où l'eau s'écoulant de la Rivière du Petit Saut aboutit à une belle chute d'une quinzaine de mètres et s'écoule en un filet plus ou moins mince dans la zone intertidale du grand fleuve. Ce lieu permet la concentration de petits groupes d'oiseaux de rivages en migration. Qu'en est-il pour vous ?  Une recherche sur Google Map pourrait vous aider à faire le point.



Mais une fois que les endroits sont définis, il reste un facteur très important: le niveau des marées. À marée très haute, les oiseaux ne sont pas là. Ils s'éparpillent dans les lieux humides où la nourriture est plus abondante et surtout accessible plus facilement. À marée très basse, les oiseaux sont là, mais les zones de nourrissage sont tellement répandues qu'il n'y a pas une grande concentration d'individus au même endroit. L'heure idéale est deux heures avant la marée haute. En envahissant progressivement la zone intertidale, l'eau pousse les oiseaux vers le rivage. Les zones de nourrissage s'amenuisant, les différents groupes se rejoignent et peuvent former une bande de centaines, voire de milliers d'individus. Quand vous découvrez de tels lieux, c'est le bonheur total. Suffit d'une bonne lunette d'observation et de la patience pour identifier les différentes espèces qui s'activent devant vous.


D'autres endroits qui attirent les limicoles sont les décharges d'eaux usées des villes et villages dans les cours d'eau ou dans les bassins de rétention d'eaux usées. Plusieurs villes et villages utilisent de tels bassins. 


Pour ma part, voici mes places préférées où je fais des visites fréquentes dans ma quête de limicoles.


La baie de Saint-Vallier et la décharge de la Rivière Boyer sont visités régulièrement pour ne pas dire religieusement par une horde d'ornithologues en manque de limicoles. Le niveau d'adrénaline peut augmenter de façon significative lorsque les espèces vedettes sont aux rendez-vous: Bécasseau de Baird, Bécasseau roussâtre, Barge marbrée, Barge hudsonienne...



Le Bécasseau de Baird passe souvent inaperçu. Plus furtif que les autres petits limicoles, il se dissimule plus fréquemment dans la végétation riparienne.



Le quai Boulanger à Montmagny est un endroit idyllique pour observer de très bons rassemblements de limicoles. Situé tout près des chutes de la Rivière-du-Sud, ce quai a été aménagé de belle façon et les oiseaux sont très près des observateurs. C'est l'endroit de prédilection pour y retrouver les espèces suivantes:



Alors que le Bécassin à long bec volète d'un rocher à l'autre, un Bécasseau à échasses se dresse bien droit, alarmé par un Faucon émerillon qui passe en vol. Le bécasseau est à l'extrême gauche avec une couronne très foncée, un trait sourcilier blanc et un bec mince et recourbé vers le bas. Sa poitrine est plus colorée que les autres (légèrement beige). Photo réalisée le 29 août 2015 à partir du quai Boulanger, Montmagny.



Le Bécassin roux est une espèce sûre au quai Boulanger de Montmagny.



Bécasseau minuscule (en vol) et Bécasseau variable.



Phalarope de Wilson au centre, Bécasseau à échasse à gauche et Grand Chevalier à droite. Prise réalisée en digiscopie, au quai Boulanger, Montmagny, le 15 août 2010.



Le Phalarope à bec étroit est un des fidèles au quai de Montmagny. Il passe cependant très vite. Réalisé en digiscopie le 12 septembre 2009 au quai Boulanger.



Le Bécasseau semipalmé forme des groupes pouvant atteindre la centaine d'individus. Photo réalisée le 08 septembre 2007 à partir du quai Boulanger à Montmagny.


Les rivages du Saint-Laurent au niveau de Kamouraska sont reconnus également pour héberger les limicoles en migration. Voici quelques autres espèces observables à ces endroits.



Bécassin roux et Petit Chevalier. Saint-Denis-de-la-bouteillerie, le 30 août 2015.



Bécasseau minuscule. Saint-Denis-de-la-bouteillerie, le 30 août 2015.



Bécasseau roussâtre. Kamouraska, le 30 août 2015.



Dans la région de Trois-Pistoles, les trois lieux pouvant permettre de belles trouvailles sont: la rivière Trois-Pistoles, la grève Morency et la grève Leclerc. Une recherche sur Google Map vous permettra de les localiser rapidement. Il est bon de se retrouver deux heures avant la marée haute à la décharge de la rivière Trois-Pistoles. J'y étais encore dimanche dernier pour observer la Mouette atricille qui s'y tient depuis une semaine. L'an dernier, c'était un rare Chevalier semipalmé qui y a passé quelques jours.



Chevalier semipalmé photographié le 04 mai 2015 en Floride.


Mon endroit préféré restera toujours l'Île-aux-Basques, petite île sympathique flottant au large de Trois-Pistoles. Il faut obligatoirement y passer au moins quelques jours si nous voulons apprécier toutes les richesses naturelles présentes en ce lieu accueillant et unique au monde. La longue pointe de sable qui se dégage au sud à marée basse, les rives sablonneuses à l'ouest, la zone rocheuse à l'est et les sites d'observation vers le nord constituent un amalgame incroyable pour y faire des découvertes intéressantes. Aucun séjour n'est semblable aux précédents et c'est ce qui nous attire, Anne et moi, année après année. Le fait d'occuper un chalet sur place nous permet de profiter des meilleures heures d'observation que ce soit pour les oiseaux marins ou pour les oiseaux forestiers.




Bécasseau sanderling. Prise le 19 septembre 2015 sur l'Île-aux-Basques.



Bécasseau variable. Prise le 19 septembre 2015.



Le Bécasseau violet est une spécialité de l'île, mais il ne s'observe que tôt ou tard durant l'année. Ici, je l'ai photographié le 22 mai 2011. Il faut attendre à la mi-octobre pour son passage automnal à l'île.



Le Bécasseau à croupion blanc passe souvent inaperçu à cause de sa ressemblance avec le Bécasseau semipalmé, mais sa plus grande taille, son sourcil blanc prononcé et le bout des ailes dépassant la queue sont des traits caractéristiques si nous ne pouvons voir le croupion parfaitement blanc. Photographié le 08 octobre 2011.



Si le Tournepierre à collier arbore des couleurs éclatantes au printemps (ici, en Floride le 6 mai 2015)...


il en est bien autrement à l'automne où l'espèce exhibe un plumage internuptial et où la présence d'oiseaux immatures est abondante. Photo réalisée le 31 août 2013, à l'Île-aux-Basques.


Dans quelques semaines, un séjour de 4 jours est prévu sur l'île magique. Peut-être y retrouverons nous encore notre espèce fétiche, le Bécasseau roussâtre ? Nous y avons déjà observé trois individus en même temps.  Je le laisse vous saluer.






@ bientôt.