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dimanche 9 juillet 2017

Des oiseaux autour du Lac Érié.





Dame Nature n'est vraiment pas dans son assiette durant une bonne partie du mois de mai 2017. Au Québec, le début du mois est synonyme de pluies et d'inondations pour quelques régions de la belle province. Je ne sais par quel heureux hasard, Anne et moi avions planifié dès l'automne 2016 une petite virée autour du Lac Érié du 3 au 15 mai. C'est donc sur le web que nous avons suivi les déboires de nos compatriotes. C'est certain que nous compatissions avec eux, mais nous avons profité de la chance que nous avions d'échapper à cette fâcheuse réalité. Il faut ajouter que ce n'était pas l'El dorado de notre côté non plus. Les températures étaient plutôt fraîches et la migration printanière en a été grandement affectée. Notre cédule impliquait que nous passions d'abord en longeant le sud du Lac Érié afin d'observer les oiseaux migrateurs qui s'arrêtent d'abord dans les parcs du côté étasunien avant d'entreprendre la  traversée du grand lac Érié. Ce faisant, ils atteignent la première langue de terre qui se présente à eux, soit la Pointe Pelée qui s'avance dans le lac. Si la vague migratoire rencontre des conditions de température adverses, les oiseaux vont toucher terre dans le parc de Pointe Pelée. Si la température est idéale, ils vont tout simplement continuer leur route. La présence en abondance des oiseaux à Pointe Pelée n'est donc pas assurée à toutes les années, mais la visite en vaut toujours la peine.


En six séjours à cet endroit au cours des trente dernières année, je n'ai vécu qu'une seule fois un "fall out", i.e. cet atterrissage en vague massive de milliers d'oiseaux qui arrivent exténués d'avoir dû combattre des conditions de température exécrables: vents, pluies, froid. Au printemps 2017, il n'y a pas eu de "fall out". Ceci m'a été confirmé par des Québécois qui ont été présents quelques jours après notre départ.


Voici, en quelques photos, la chronologie de notre escapade aux États-Unis et en Ontario. Première nuitée à Henrietta (NY), suivie de quatre nuitées à Port Clinton (OH), de cinq nuitées à Leamington (ON) et de deux nuitées à Port Dover (ON).



Le 4 mai, cette Mésange bicolore / Baeolophus bicolor / Tufted Titmouse nous attendait dans un parc à Henrietta (NY). Après avoir consulté le site Ebird, Anne a repéré le Mendon Ponds Park, situé à quelques kilomètres seulement de notre hôtel. Nous y observons 48 espèces entre 8h00 et 10h00. C'est la façon moderne de voyager tout en s'assurant de ne pas passer à côté de beaux endroits riches en nature.


Femelle de Cardinal rouge / Cardinalis cardinalis cardinalis / Northern Cardinal à Henrietta (NY).
 

Bruant familier / Spizella passerina passerina / Chipping Sparrow à Henrietta (NY).
 

Un mâle de Carouge à épaulettes / Agelaius phoeniceus phoeniceus / Red-winged Blackbird en train de parader devant une femelle au Magee Marsh (OH), le 06 mai 2017.

 
Mâle de Gobemoucheron gris-bleu / Polioptila caerulea caerulea / Blue-gray Gnatcatcher. Une espèce abondante tout autour du Lac Érié. Photographié le 06 mai 2017 au Magee Marsh (OH).
 
 
Extrêmement rare et localisé au Québec, le Cygne trompette / Cygnus buccinator / Trumpeter Swan niche dans les parcs autour du Lac Érié. Voici une paire qui s'accouple près de leur nid. Nous sommes au Ottawa National Wildlife Refuge, juste à côté de Magee Marsh (OH).
  

Le mâle parade devant la femelle après l'acte. La pérennité de l'espèce est assurée pour au moins encore une génération.
 

Cette Grande Aigrette / Ardea alba egretta / American Great Egret revient sur le quai après avoir attrapé un petit poisson. Photo réalisée le 6 mai 2017 au Metzger Marsh Wildlife Refuge (OH).
 
 
Un autre exemple de l'utilité de consulter Ebird est cette observation de cette Barge marbrée / Limosa fedoa fedoa / Marbled Godwit le long de la route entre notre hôtel et Magee Marsh (OH). Cette espèce est régulière dans cette région, année après année, lors de la migration printanière, mais elle ne demeure que quelques jours.
 

Le Pygargue à tête blanche / Haliaeetus leucocephalus washingtoniensis / Bald Eagle est l'emblème des États-Unis. Il y est donc abondant. Cet immature âgé d'environ trois ans fait ses ablutions matinales tout près de notre hôtel. J'ai la chance de prendre cette unique photo avant qu'il ne déguerpisse. Réalisé le 8 mai 2017 à Port Clinton (OH).


Le Ottawa National Wildlife Refuge est un parc que nous avons très apprécié, il vaut la peine d'y passer plusieurs heures. Une belle surprise nous y attendait, soit ce Petit-duc maculé / Megascops asio naevius / Eastern Screech-Owl de forme rousse qui a adopté ce nichoir artificiel de Canard branchu pour y nicher ou pour y dormir durant le jour.

  
Une autre consultation sur Ebird nous permet de connaître la présence de la Sterne de Forster / Sterna forsteri / Forster's Tern dans le parc de Pointe Mouillee (MI). C'est sur notre route vers Pointe Pelée, en Ontario. Photographié le 09 mai 2017. Un autre site qui vaut un arrêt. Nous y observons, entre autres, les six espèces d'hirondelles communes dans l'est de l'Amérique du Nord.

 
Au moins deux couples de Cygne tuberculé / Cygnus olor / Mute Swan nichent à Pointe Mouillee (MI). Voici un adulte qui passe devant nous.
 

Et une belle surprise avant notre départ, un Pélican d'Amérique / Pelecanus erythrorhynchos / American White Pelican tournoie dans une thermale haut au-dessus de nous. Notre seule observation de l'espèce autour du lac.



Dans la tête des ornithologues, Pointe Pelée égale parulines, beaucoup d'espèces différentes de parulines. Ça n'a pas manqué en 2017, même si les nombres n'étaient pas effarants. Voici quelques images.



Paruline jaune (mâle) / Setophaga petechia amnicola / Yellow Warbler
 

Paruline à poitrine baie (mâle) / Setophaga castanea / Bay-breasted Warbler

  
Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler
 
 
Paruline couronnée / Seiurus aurocapilla aurocapilla / Ovenbird
 
 
La très rare et recherchée Paruline de Kirtland / Setophaga kirtlandii / Kirtland's Warbler


 Et il n'y a pas que des parulines



Piranga écarlate / Piranga olivacea / Scarlet Tanager

  
Piranga écarlate / Piranga olivacea / Scarlet Tanager

  
Oriole de Baltimore / Icterus galbula / Baltimore Oriole

 
Pic à tête rouge / Melanerpes erythrocephalus / Red-headed Woodpecker


Grive des bois / Hylocichla mustelina / Wood Thrush


Grive fauve / Catharus fuscescens fuscescens / Veery


Un autre cadeau de Ebird. La présence d'une Tourterelle à ailes blanches / Zenaida asiatica mearnsi / White-winged Dove à Rondeau y est signalée. Il n'en fallait pas plus pour que nous nous y rendions. Photo réalisée le 13 mai 2017 au parc provincial de Rondeau, Ontario.


Dindon sauvage (mâle) / Meleagris gallopavo silvestris / Wild Turkey


Hirondelle noire (femelle) / Progne subis subis / Purple Martin


J'aurais pu ajouter encore une bonne quantité de photos, mais la modération a bien meilleur goût. La tournée du lac vaut le coup que ce soit de ce côté-ci de la frontière ou de l'autre. Une belle expérience que nous pourrions bien répéter un jour.


@ bientôt.


mardi 13 juin 2017

La Paruline orangée, princesse des forêts marécageuses




L'une des espèces-cibles recherchées par les ornithologues qui se dirigent vers Pointe-Pelée, en Ontario, est sans aucun doute la très belle Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler. Elle tient son nom anglais des greffiers de l’Église catholique, appelés « protonotaires », qui portent parfois un capuchon doré et une cape bleue. Son ancien nom anglais de Golden Swamp Warbler était peut-être un peu plus approprié.



Ce magnifique mâle pose quelques secondes dans sa recherche incessante d'insectes et d'araignées le long des troncs d'arbres dans une partie inondée du parc national de Pointe Pelée. Photo prise le 12 mai 2017. 



La Paruline orangée est un oiseau chanteur d’une beauté saisissante dont la tête et la poitrine sont d’un jaune doré vif. Son dos est vert olive et ses ailes, sa croupe et sa queue, gris-bleu foncé; la queue présente de larges taches blanches lorsqu’elle est ouverte. Les femelles et les juvéniles sont semblables aux mâles, mais leurs couleurs sont moins vives.


Cette paruline est considérée comme l’un des oiseaux les plus éblouissants de l’Amérique du Nord en raison de ses couleurs vives et de son habitude de s’alimenter sur les bords des étangs où elle voit constamment sa réflexion, ce qui double sa superbe apparence.



Cette femelle a capturé une araignée et elle la tient fermement dans un bec inhabituellement gros si on le compare à celui des autres parulines. Photo prise le 12 mai 2017 dans le parc national de Pointe Pelée, Ontario.


Elle niche principalement dans le sud-est des États-Unis, où on la trouve couramment dans les forêts feuillues marécageuses parvenues à maturité et les plaines inondables boisées. Au nord des États américains du golfe du Mexique et des Carolines, les nicheurs se font de plus en plus rares et épars. La limite nord de l'aire de nidification de cette paruline atteint tout juste le sud de l'Ontario. L'un des passereaux les plus rares au Canada, la Paruline orangée a été désignée espèce en voie de disparition tant au Canada qu'en Ontario.






L'espèce a probablement toujours été très rare dans le sud-ouest de l'Ontario, où on ne la trouve que dans des îlots d'habitat propice près de la rive nord du lac Érié (le plus régulièrement dans la zone de conservation Holiday Beach, le parc provincial Rondeau et le secteur de la pointe Long) et à l'extrémité ouest du lac Ontario (marais Dundas). Malgré l'existence de milieux convenables à l'intérieur des terres, surtout dans la région de Lac Simcoe-Rideau, la Paruline orangée s'éloigne très rarement de plus de 30 km environ des rives des Grand Lacs.


En Ontario, on la trouve sous le climat plus chaud des forêts carolinienne caduques. Elle fait son nid dans des petites cavités peu profondes d’arbres morts ou mourants debout dans des forêts inondées ou des marais, ou près de ceux-ci.


Ils utilisent aussi des nichoirs artificiels posés de façon appropriée. L’érable argenté, le frêne et le bouleau jaune sont des arbres communs de ces habitats. La Paruline orangée est la seule paruline de l’est de l’Amérique du Nord à construire son nid dans une cavité d’arbre, dans laquelle elle pond généralement de quatre à six œufs sur un coussin de mousse, de feuilles et de fibres de plantes.




Cette photo démontre bien le bec épais qui constitue l'outil idoine pour creuser un nid dans du bois pourri. Elle partage ce comportement inhabituel chez les parulines nord-américaines avec la Paruline de Lucy / Leiothlypis luciae / Lucy's Warbler.



Les travaux effectués dans le cadre de l'Atlas des oiseaux nicheurs de l'Ontario (2001-2005) portent à croire que la population actuelle ne compte pas plus de 10 à 25 couples (McCracken et al., 2006), estimation beaucoup plus faible que celle d'au plus 80 couples avancée dans le premier atlas réalisé entre 1981 et 1985 (McCracken dans Cadman et al., 1987).


Le déclin de l'espèce a été particulièrement marqué dans le parc provincial Rondeau. La présence de la Paruline orangée en Ontario dépend fortement de l'immigration d'individus en provenance de populations des États-Unis qui doivent bien se maintenir (Tischendorf, 2003). Par conséquent, à moins d'un renversement du grave déclin observé au coeur de l'aire de l'espèce aux États-Unis, la Paruline orangée pourrait bien disparaître en Ontario.






Et pour compliquer les choses, la Paruline orangée passe l’hiver sous le climat tropical chaud de l’Amérique centrale et du Sud; les mangroves côtières qu’elle privilégie sont l’un des habitats les plus menacés au monde. C'est le 5 mai 1974, dans le parc provincial de Rondeau, que j'observe ma première orangée. Je retourne sur le même site 43 ans plus tard et elle y niche encore. Entre temps, j'ai la chance de l'observer à maintes reprises sur ses sites d'hivernage que ce soit au Costa Rica, au Panama ou en Colombie. Elle est toujours aussi belle et aussi vivace sous d'autres cieux. En mai 2017, nous pouvons observer au moins 4 individus différents au parc national de Pointe Pelée et seulement 2 au parc provincial de Rondeau.


La population de la Paruline orangée suit malheureusement la tendance générale des populations animales à travers le monde. Elle décline peu à peu à cause principalement de la destruction des habitats propices au nourrissage sur les sites d'hivernage. Si vous désirez observer cette espèce au Canada, dirigez vous vers Pointe Pelée au printemps 2018. N'attendez pas trop.


@ bientôt.




vendredi 9 juin 2017

Le retour remarqué du Dindon Sauvage à Pointe Pelée




C'est à partir du 9 décembre 2013 que je commence à pouvoir photographier le Dindon Sauvage / Meleagris gallopavo gallopavo / Wild Turkey lors de mes sorties dans la région de Québec. Au Québec, les premières observations datent de 1976 et la nidification du dindon fut pour la première fois confirmée en 1984. Imaginez que ce poids lourd de la faune aviaire nord-américaine n'a osé traverser les frontières américaines que depuis 40 années. C'est très peu. Pour avoir la chance d'observer en nature cet oiseau très farouche, il fallait nous diriger au sud de Montréal, le long de la frontière étasunienne. Et c'est ce que je fis le 13 avril 1991 en allant observer sept dindons sur le rang Fisher, à Saint-Bernard-de-Lacolle. Le printemps est le moment idéal de l'année pour ce faire puisque le mâle émet de puissants "glouglous" qui s'entendent à plus d'un kilomètre et demi. Il est alors possible d'observer un mâle qui se pavane devant quelques femelles médusées par autant d'artifices.


Ce Dindon sauvage mâle est en possession de tous ses moyens pour impressionner une femelle ou faire fuir un intrus. Photo réalisée le 12 mai 2017 dans le parc national de Pointe-Pelée.

Mais comment faire pour s'approcher assez d'un site de pariade sans faire fuir les oiseaux ? Malgré leurs dimensions impressionnantes, ils sont plutôt peureux, voire même furtifs. Je n'aurais jamais cru qu'un jour je réussirais à les approcher et encore moins que ça se réaliserait à Pointe Pelée, en Ontario. Avant mon voyage de cette année, j'avais fait cinq voyages printaniers dans ce parc national, dans les années 1970-1980. Et le Dindon Sauvage ne s'observait pas dans ces années là. En fait, il avait quitté le parc national depuis une bonne soixantaine d'années. Par contre, je me souviens très bien qu'un autre gros oiseau, le Faisan de Colchide / Phasianus colchicus / Ring-necked Pheasant occupait les lieux et il était au moins entendu à chacune de mes visites. Je ne l'ai pas entendu en mai 2017.


C'est donc avec une grande surprise que je constate la présence très ostentatoire du dindon en 2017. Dès ma première présence sur le site, à bord du train de 06h00 qui se dirige vers la pointe, j'en repère un perché très haut dans les grands arbres sans feuille. Il faut savoir que les dindons se perchent souvent dans les arbres pour passer la nuit à l'abri des prédateurs terrestres que sont les renards, les coyotes et autres. Par la suite, ce sont leurs glouglous retentissants qui nous permettent de savoir qu'ils sont bien là, éparpillés le long de la route asphaltée qui fait environ huit kilomètres de longueur, partant de l'entrée du parc et allant jusqu'à l'extrémité de la pointe. J'apprends sur un panneau dans le centre d'interprétation du parc que le dindon est de retour après une absence d'une centaine d'années.


Trois Dindons sauvages déambulent le long de l'unique route asphaltée menant de l'entrée du parc jusqu'à la station située à la pointe. Difficile de les manquer en ces lieux. Par contre, en forêt, lorsqu'ils sont silencieux, c'est une autre paire de manches. Photo réalisée le 11 mai 2017 au parc national de Pointe Pelée, Ontario.


Connaissant peu les moeurs de cette espèce, je croyais que le mâle ne faisait plus de pariade au début de mai. Mais une rencontre inespérée, faite le matin du 12 mai 2017, le dernier jour de mon séjour à Pointe-Pelée, se concrétise de façon inattendue.


Anne et moi parcourons le sentier non aménagé Parcelle de l'oponce (cactus) à la recherche de quelques espèces qui nous ont échappé jusque là. À la fin de la boucle, voilà que j'entends des glouglous et je vois alors apparaître une femelle se déplaçant lentement à quelques mètres de distance. 




 
 Elle passe tout près, me permettant cette photo de sa tête.






Elle continue lentement sa route en suivant le même et unique sentier que le nôtre. Nous la perdons de vue à un détour. Et voilà qu'un glouglou pénétrant me fait tourner la tête pour apercevoir, cette fois ci, un mâle qui fait la roue. Wow !  Il provient du même endroit que la femelle et il semble très probable qu'il empruntera exactement le même chemin que sa dulcinée. Et c'est ce qu'il fait.


 


J'hésite un peu à rester sur son chemin, car je ne sais pas quel sera le comportement d'un mâle protégeant sa femelle. Je m'écarte un peu du chemin et je reste sans bouger, ma caméra dirigée vers lui. Après une brève hésitation, il se dirige vers moi. Il passe encore plus près que ne l'a fait la femelle. Ce qui me frappe le plus, c'est cet appendice qui part du front et qui se prolonge au-dessus du bec pour le recouvrir tout à fait selon l'excitation de l'oiseau. Et cette transformation se produit très rapidement et peut nous permettre de juger du degré de dangerosité de l'oiseau envers nous.
















Je suis vraiment comblé par toute cette démonstration. Il est bien clair maintenant que la "roue" ne sert pas seulement qu'à attirer les femelles, mais aussi à écarter de l'élue les autres mâles ou les possibles prédateurs, dont je pourrais faire partie (du point de vue de l'oiseau, bien évidemment).


Le mâle continue donc son chemin et nous le suivons très lentement. C'est alors que nous observons la femelle alors qu'elle prend un bain de sable, toujours sous la surveillance bienveillante du mâle.






Toute une démonstration comportementale vécue en cette belle journée, dans ce site exceptionnel qu'est le parc national de Pointe-Pelée.


@ bientôt.





lundi 29 mai 2017

La Paruline de Kirtland: une survivante...





La Paruline de Kirtland / Setophaga kirtlandii / Kirtland's Warbler fait partie des oiseaux chanteurs les plus rares en Amérique. En fait, elle n'a jamais été abondante et son statut a toujours été très préoccupant. Sa population semble avoir commencé à baisser sérieusement dans les années 1960. Le nombre de mâles chanteurs est passé de 502 en 1961 à seulement 201 en 1971. Dans la décennie 1970-1980, le nombre annuel moyen tournait autour de 200 et il est descendu à 167 à deux reprises. Depuis 1990, le nombre a progressivement augmenté. Le décompte des mâles chanteurs a dépassé 1,000 pour la première fois en 2001, a augmenté à 1,700 en 2007 et a atteint les 2,000 en 2012. Bien que ces chiffres soient encore trop peu pour un oiseau chanteur, la tendance est encourageante *.


 
C'est le 10 mai 2017 que ce mâle de Paruline de Kirtland a fait se déplacer des centaines d'observateurs le long de la West Beach à Pointe Pelée, Ontario. Ma deuxième observation à vie avec 37 ans séparant les deux trouvailles. C'est dire toute la rareté de cette espèce.



A l'heure actuelle, la Paruline de Kirtland ne semble nicher régulièrement qu'au Michigan. Le recensement de l'espèce de 1986 a dénombré 210 mâles chanteurs, tous dans le centre du Michigan. Celui de 2006 a révélé 1,457 mâles chanteurs dans le centre du Michigan et 21 dans le nord de l'état, quatre au Wisconsin et trois près de Petawawa, en Ontario *. Elle niche uniquement dans les jeunes peuplements de Pin gris / Pinus banksiana / jack pine mesurant de deux à sept mètres de hauteur. Le nid est placé au sol, près d'un pin, et il est construit seulement par la femelle. Il est fait d'herbe, de carex, d'aiguilles de pin et de feuilles de chêne. Il est bordé de radicelles, de poils d'animaux, de mousse et de fibres. Afin d'assurer la sécurité du nid, le sol doit être couvert d'herbes longues, de fougères et de plants de bleuets. Cet habitat particulier se forme rapidement après un feu de forêt. Lorsque l'arbre dépasse les sept mètres, l'oiseau abandonne les lieux car le sous-bois, dépourvu de lumière, se dégage de la couverture végétale essentielle à la protection du nid **.


Les pins gris ont ceci de particulier qu'ils ne libèrent leurs graines de semence que lors de chaleur très intense, provoquée par les incendies de forêt. La membrane recouvrant les écales des cônes est si dure que seule une telle chaleur peut la faire ouvrir, libérant ainsi la semence qui assure la pérennité de l'espèce. Cette préférence de la paruline pour les jeunes peuplements s'avère primordial dans son choix de terrain de nidification. La forte augmentation de la population de la Kirtland au cours des vingt dernières années est attribuable au doublement de la superficie de pinède à Pin gris au Michigan. Ceci est dû à l'accroissement des efforts de reboisement et à la régénération naturelle dans une zone forestière de 10,000 ha dévastée par le feu en 1980, ainsi qu'à un programme de lutte contre les populations locales de Vacher à tête brune / Molothrus ater ater / Brown-headed Cowbird *.




Le Vacher à tête brune est une espèce parasite qui ne construit pas de nid. La femelle pond dans le nid d'autres espèces d'oiseaux et elle leur laisse la tâche d'élever son petit. Ici, un mâle affronte un autre mâle afin de lui montrer que c'est lui qui fécondera l'oeuf que la femelle pondra plus tard. Photo prise à Pointe Pelée, Ontario, le 12 mai 2017. 



Voici sa femelle occupée à repérer un nid qui accueillera son oeuf. Afin de leurrer le couple adoptif, elle va même jusqu'à imiter les marques sur les oeufs qui sont déjà pondus par l'autre espèce. Dès qu'il sort de l'oeuf, le jeune vacher quémande de façon impérative une énorme quantité de nourriture. Ces soins particuliers causeront de forts préjudices aux autres oisillons qui auront peu de chance de survivre. N'eût été de l'éradication des vachers par les naturalistes sur le site principal de nidification de la Paruline de Kirtland, sa survie aurait été encore plus incertaine. Photo prise à Pointe Pelée, Ontario, le 12 mai 2017.


Vu sa faible population, cette paruline est rarement observée en période migratoire. Son aire d'hivernage est aussi restreint que son aire de reproduction. Elle passe l'hiver dans les Bahamas. C'est d'ailleurs là que je l'observe pour la première fois. Je suis à West End, sur l'île Grand Bahamas, le 25 avril 1980. Une paruline très costaude se tient près du sol, dans les fourrés. Après quelques longues secondes, elle se présente à découvert. Toujours occupée à se nourrir, elle fait peu de cas de ma présence. Il s'agit d'un mâle qui se déplace lentement, tout en hochant la queue. Pas de doute, il s'agit bien de la Kirtland. Je m'étais rendu quelques jours auparavant au Rand Memorial Nature Center à Freeport où cette espèce est réputée s'observer alors qu'elle vient se nourrir de vers de farine (Ténébrion meunier) à une mangeoire. C'est une attraction de l'endroit. Mais lors de ma visite, le Dr Rand lui-même me dit qu'elle avait déjà quitté pour entreprendre sa migration vers le Michigan. Depuis 1992, ce parc appartient au Bahamas National Trust et je ne saurais confirmer si les oiseaux continuent d'être nourris comme ils l'étaient en 1980.
   

Les mâles arrivent sur les sites de reproduction à la mi-mai, quelques jours avant les femelles, afin de s'établir sur un vaste territoire. Ils ont tendance à être vaguement colonial (les paires sont rares) et les mâles reviennent souvent à la même colonie où ils ont déjà niché. Les mâles peuvent avoir plus d'une femelle. Ils quittent vers leur site d'hivernage aux Bahamas en août-septembre.



Sur la photo qui suit, la paruline quitte un perchoir pour en atteindre un autre. Elle réussit ce saut avant avec succès. J'espère que l'espèce réussira encore longtemps ce saut vers le futur. La perte d'une telle beauté serait un drame en soi.



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@ bientôt.




* Aird, Paul. (2010).<Paruline de Kirtland>, p.632-633 dans Cadman, M.D., D.A. Sutherland, G.G. Beck, D. Lepage et A.R. Couturier (dir), Atlas des oiseaux nicheurs de l'Ontario, 2001-2005. Environnement Canada, Études d'Oiseaux Canada, le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, Ontario Field Ornithologists, et Ontario Nature, Toronto, xxii + 706 p.

**  Curson, J.M. (2010). Family Parulidae (New World Warblers). Pp. 666-800 in: del Hoyo, J., Elliott, A. & Christie, D.A. eds. (2010). Handbook of the Birds of the World. Vol. 15. Weavers to New World Warblers. Lynx Edicions, Barcelona.