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mardi 19 novembre 2019

Un petit héron blanc






Plumage nuptial du Héron garde-boeufs / Bubulcus ibis ibis / Cattle Egret. Photo réalisé le 19 mars 2019 le long de Calle Abasolo, près d'El Tuito, Jalisco, Mexique.



Un héron pas comme les autres


En livrée de reproduction, le Héron garde-boeufs / Bubulcus ibis / Cattle Egret est unique parmi les hérons blancs. Mais sous son plumage ordinaire, sa distribution cosmopolite fait qu'il peut être confondu avec bon nombre d'autres espèces. L'habitat terrestre où il se nourrit et sa posture voûtée sont tous deux relativement inhabituels parmi les espèces entièrement blanches de mêmes dimensions générales. Voici, selon Handbook of the Birds of the World, les trois sous-espèces reconnues au niveau planétaire:
  1. Bubulcus ibis ibis (Linnaeus, 1758) -  Afrique et Madagascar; sud ouest de l'Europe jusqu'à la mer Caspienne; les trois Amériques du Canada jusqu'aux Guyanes et le nord du Chili; aussi le nord est de l'Argentine ainsi que des points éparts au Brésil.
  2. Bubulcus ibis seychellarum (Salomonsen, 1934) - Les Seychelles.
  3. Bubulcus ibis coromanda (Boddaert, 1783) - sud et est de l'Asie jusqu'en Australie et en Nouvelle-Zélande.


Jaune = nicheur     Vert = résident    Bleu = non nicheur


 Un envahisseur opportuniste et efficace


La sous-espèce observée sous les cieux du Québec est la race nominale Bubulcus ibis ibis. Normand David, dans sa très fouillée Liste commentée des Oiseaux du Québec, mentionne au moins 160 présences sur le territoire du Québec avant 1996. Normand le catalogue comme un visiteur rare. Ces présences sont en majorité notées lors des mois de migration ou de dispersion post-nuptiale au printemps et à l'automne. En voici le décompte: 59 pour avril et mai, 75 d'août à novembre (dont 36 en octobre). Il avait alors été signalé dans toutes les régions sauf au Nord-du-Québec, au Témiscamingue et à Anticosti. Son statut au Québec n'a pas changé depuis 1996. Il est rapporté de façon régulière à toutes les années, mais en nombre infime.



Bubulcus ibis ibis à Nicolet, le 27 octobre 2010.


Bubulcus ibis ibis à Saint-Barthélemy, le 09 novembre 2019.


Mais quel est le berceau originel de la race nominale ibis ?  Elle se retrouve dans toute l'Afrique, à l'exception du Sahara aride, tout comme à Madagascar et aux Comores, et sur les îles Aldabra et Maurice.  Cette sous-espèce s'est répandue en direction du nord en Europe méridionale, où son aire de distribution couvre l'Espagne, le Portugal et la France (Hafner 1970), et vers l'est Israël, l'Arabie, la Turquie, le Caucase au sud de Lenkoran et le delta de la Volga (Dementiev & Gladkov 1951). Elle s'est établie en Guyane en Amérique du Sud, par des traversées transatlantiques pense-t-on, et de là elle a rayonné en Amérique du nord et en Amérique du sud. Elle se reproduit sur tout le littoral du Mexique, en Amérique centrale et aux Antilles. Des rapports signalent que, à partir de là, le héron a établi tout d'abord des populations reproductrices en Floride et au Texas au début des années 1950. En quelques années, il a étendu son aire nord-américaine le long de la côte atlantique jusqu'au Canada et s'est installé en Californie. Cette aire va actuellement jusqu'à Terre-Neuve, la nidification étant commune à partir du sud du Maine tout au long de la côte atlantique.


Le Héron garde-boeufs fut observé pour la toute première fois en Amérique du Sud en 1880. Des individus repérés en Guyane en 1915 (Lowe-McConnell 1967) et en Colombie en 1917 (Wetmote 1963) sont considérés comme l'origine probable de ceux qui se répandirent par la suite vers le nord et le sud pour constituer ce qui est désormais une vaste aire de distribution à travers tout le nord de l'Amérique du Sud. On estime que la déforestation, ici aussi, a joué un rôle majeur en ouvrant au héron des zones où s'établir et se reproduire.



Migration


Dans le Nouveau-Monde, les populations septentrionales migrent vers le sud en septembre et novembre, celles du Texas et de la Californie partent pour le Mexique et l'Amérique centrale. Les Hérons garde-boeufs orientaux se déplacent vers le sud par la Floride (Browder 1977) jusqu'aux Grandes Antilles, à l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud. Quelques-uns restent en Floride.

Chez cette espèce, il est difficile de distinguer la migration de la dispersion, car ils ont une tendance marquée au vagabondage. Les immatures d'Afrique du Sud se déplacent de 3 500 kilomètres vers le nord, le Zaïre, l'Ouganda et la Zambie. En Europe, des non-reproducteurs se trouvent régulièrement en Scandinavie et à l'ouest jusqu'en Irlande (Rutledge 1978). Dans le Nouveau-Monde, un individu de Californie a été retrouvé aussi loin au nord que l'Alaska (Gibson & Hogg 1982). Cette tendance est sans doute en grande partie responsable de la forte extension de l'aire de distribution qui peut être caractérisée par des incursions répétées, des colonisation temporaires, des régressions et, selon les conditions, l'établissement dans des régions de plus en plus distantes.



Habitat et régime alimentaire


Le régime de cette espèce varie selon l'habitat. Lorsqu'elle chasse au milieu du bétail ou d'autres mammifères, elle mange en général des insectes dérangés par les activités des animaux plus grands qui broutent. Les sauterelles en constituent l'essentiel et les criquets sont communément attrapés, mais d'autres insectes sont aussi capturés y compris des coléoptères, des chenilles et des papillons, des teignes, des punaises, des libellules et des araignées. Des mollusques, des crustacés, des amphibiens y compris les grenouilles et les têtards, des reptiles tels les lézards et les serpents, des poissons et des petits mammifères comme les souris peuvent aussi entrer dans sa diète. On a observé que des Hérons garde-boeufs mangent aussi les oisillons au nid de diverses espèces.




Et pour le Québec ?


Les travaux du deuxième Atlas des Oiseaux Nicheurs du Québec méridional, qui se sont tenus de 2010 à 2014, ne rapportent aucune mention du Héron garde-boeufs en tant que nicheur potentiel au Québec. Pourtant qui aurait dit, avant 1984, que la Grande Aigrette finirait par s'établir et se reproduire un jour au Québec ?  Il aura fallu les travaux du premier Atlas, de 1984 à 1989, pour le confirmer. Trois nids ont alors été découverts sur l'île Dickerson, près de la jonction des frontières du Québec, de l'Ontario et de l'État de New York (Bannon 1984).


Bien sorcier celui qui pourrait prédire où et quand pourrait s'établir le premier couple de Héron garde-boeufs au Québec. Il était autrefois une espèce nicheuse rare en Ontario, mais on n'a mentionné aucun nid dans la province depuis le milieu des années 1970 (Blokpoel et Tessier 1991; James 1991; Fichier de nidification des oiseaux de l'Ontario {ONRS}) .



Bubulcus ibis ibis à Saint-Barthélemy, le 09 novembre 2019.


@ bientôt.



Bibliographie


del Hoyo, J., Elliott, A. & Sargatal, J. eds. (1992) Handbook of the Birds of the World. Vol. 1. Ostrich to Ducks, Lynx Edicions, Barcelona.
 
Hancock, James & Kushlan, James (1991) Guide des Hérons du monde, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel (Switzerland).
 
David, N. (1996) Liste commentée des Oiseaux du Québec, Association Québécoise des Groupes d'Ornithologues, Montréal.

Cadman, M.D., D.A. Sutherland, G.G. Beck, D.Lepage et A.R. Couturier (dir.) 2010. Atlas des oiseaux nicheurs de l'Ontario, 2001-2005. Environnement Canada, Études d'Oiseaux Canada, le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, Ontario Field Ornithologists, et Ontario Nature, Toronto, xxii + 706 p.

Robert, M., M.-H. Hachey, D. Lepage et A.R. Couturier (dir). 2019. Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, Regroupement QuébecOiseaux, Service canadien de la faune (Environnement et Changement climatique Canada) et Études d'oiseaux Canada, Montréal, xxv + 694 p.

Gauthier, J. et Y. Aubry (dir.). 1995. Les Oiseaux nicheurs du Québec: Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d'ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, Montréal, xviii = 1295 p.


lundi 13 mai 2013

Bueng Boraphet, un sanctuaire d'oiseaux thaïlandais exceptionnel.

Anne et moi sommes d'accord sur ce point, nous avons vécu en cette avant-midi du 13 février 2013 une expérience tout à fait inoubliable. Et j'ai bien le goût aujourd'hui de la partager avec vous. En prémisse, je dois mentionner que, pour moi, un voyage ornithologique n'incluant pas une balade en bateau n'est pas complet. Que ce soit une sortie en chaloupe en empruntant des canaux plus ou moins étroits (comme cette photo prise le 25 novembre 2008 sur le Rio Ajies, situé dans le parc national de Turuepano, au Venezuela),



une sortie en mer au large des côtes sur un bateau nolisé pour ces genres de sortie (comme ici en Afrique du sud, au large du Cap-de-Bonne-Espérance, le 2 novembre 2007, photo par Nicolas Barden),



ou une autre en ponton dans une zone marécageuse calme (comme ici à Bueng Boraphet).


Tous ces moyens et ces lieux amènent une façon différente d'observer les oiseaux. Et c'est une façon que j'ai appris à aimer et à apprécier à force d'en faire. Alors que l'embarcation glisse sur la surface liquide, tous nos sens sont mis à contribution pour profiter de cette occasion unique. On dirait que tout est amplifié: les sons qui portent loin sur l'eau, la brise qui caresse le visage, la beauté des fleurs aquatiques, les odeurs particulières émanant de la végétation et cette sensation de quiétude et de paix qui nous envahit. Nous ressentions tout ça en ce matin magique.

Malgré un premier voyage en 2004, je ne connaissais pas ce haut-lieu de rassemblement de la sauvagine en Thaïlande qu'est le lac Bueng Boraphet.

Le Bueng Boraphet est la plus grande zone humide au centre de la Thaïlande, avec une superficie de 224 kilomètres carrés. C'est un ensemble lacustre et marécageux situé à l'est de la ville de Nakhon Sawan, juste au sud de la Nan, tout près de son confluent avec la Ping, pour former la Chao Phraya.

C'est le seul site connu pour le Pseudolangrayen d'Asie / White-eyed River Martin, une hirondelle qui hivernait sur place, mais qui n'a pas été aperçue depuis 1980 et est peut-être éteinte.

106 kilomètres carrés du lac ont été classés comme zone interdite de chasse en 1975. En 2000, l'ensemble a aussi été déclaré "zone humide d'importance nationale" par le gouvernement thaïlandais.

Il est environ 8h00 lorsque nous empruntons l'un des deux pontons qui ont été réservés par nos guides. Nous sommes très bien installés pour l'observation avec cette embarcation à fond plat, très stable et munie de bancs chaque côté et d'une table centrale où nous pouvons déposer nos guides d'identification et nos équipements photographiques. Notre guide peut même installer un télescope à l'avant du ponton.

Nous naviguons lentement à travers une végétation lacustre de nymphéas roses foncés et de lotus.

 
Nous sommes littéralement entourés d'Hirondelles rustiques, race rustica avec le ventre blanc.


Cette grande zone marécageuse abrite des espèces spectaculaires, comme les mignonnes Anserelles de Coromandel / Cotton Pygmy-Goose,


le Busard d'Orient / Eastern Marsh Harrier,


le Jacana à longue queue / Pheasant-tailed Jacana,
 

le Jacana bronzé / Bronze-winged Jacana,


une centaine de Sarcelles d'été / Garganeys,


des milliers de Dendrocygnes siffleurs / Lesser Whistling-Ducks,


quelques Fuligules nyrocas / Ferruginous Ducks et une vingtaine de Fuligules morillons / Tufted Ducks,


le Héron intermédiaire / Intermediate Egret,


le Cormoran de Vieillot / Little Cormorant,


le Crabier chinois / Chinese Pond Heron,


le Bec-ouvert indien / Asian Openbill,


le Vanneau indien / Red-wattled Lapwing,


la Talève sultane / Purple Swamphen,


le Grèbe castagneux / Little Grebe,


et pour finir, une espèce peu souvent observée en Thaïlande, soit un mâle de Busard tchoug / Pied Harrier.


Pendant trois belles heures, nous nous sommes vraiment régalés de ces espèces spectaculaires et de leur habitat bien particulier.

Si jamais vous vous rendez en Thaïlande et que vous avez la possibilité de vous rendre à cet endroit, vous vivrez une expérience que vous n'oublierez jamais.

À bientôt...





mardi 22 janvier 2013

Madagascar et ses ardéidés

Oui, je sais, on ne se rend pas à Madagascar avec comme but premier d'aller observer les ardéidés. Des aigrettes, des hérons, des bihoreaux ou des crabiers, on peut en trouver ailleurs dans le monde et ce sont habituellement des espèces d'oiseaux plutôt faciles à observer. En plus d'être nombreux, ils sont répandus et ils se perchent souvent bien en vue. Comme je l'ai mentionné dans des billets précédents, à Madagascar beaucoup de milieux humides ont été transformés en rizières ou en champs de culture. Dans les rizières, les espèces les plus communément rencontrées sont, dans l'ordre: Aigrette garzette, Grande Aigrette, Crabier chevelu, Héron strié et Héron garde-boeufs.


L'Aigrette garzette / Egretta garzetta dimorpha / Little Egret est inféodée aux milieux humides. Comme nous sommes à la fin du printemps, les adultes ont leur plumage de parade. Comme le nom scientifique de la sous-espèce l'indique, l'Aigrette garzette de cette partie du monde possède deux formes de plumage différentes soit une forme blanche et une forme foncée. La prochaine photo nous montre justement cette forme foncée.  La photo ci-haut a été prise au Lac Kinkony (partie nord ouest de l'île) le 22 octobre 2012.


La forme foncée de la sous-espèce dimorpha nous présente une Aigrette garzette bien différente de celle observée ailleurs. On la retrouve à Madagascar, dans les îles environnantes ainsi que sur la côte est de l'Afrique, du sud du Kenya jusqu'au nord de la Mozambique. Elle est moins commune que la forme blanche et on peut la confondre avec l'Aigrette ardoisée / Egretta ardesiaca / Black Heron. Cependant, une plaque blanche de dimension variable et présente près de l'alula nous permet rapidement de savoir qui passe en vol devant nous. Cette zone blanche n'est visible qu'en vol. Photo prise le 04 octobre 2012 à Ambalakindresi (partie est de l'île).


Le 22 octobre 2012, au Lac Kinkony, nous rencontrons un groupe d'une bonne cinquantaine de Grande Aigrette / Egretta alba melanorhynchos / Great Egret , parmi lesquelles se retrouvent également des Spatules d'Afrique. La sous-espèce melanorhynchos se retrouve seulement en Afrique (au sud du Sahara) et à Madagascar. Des quatre sous-espèces reconnues chez la Grande Aigrette, elle est celle qui ressemble le plus à egretta , la sous-espèce observée en Amérique du Nord. Du moins, dans le plumage internuptial, alors que le bec est entièrement jaune. Comme l'oiseau photographié ci haut. En plumage nuptial, l'oiseau aurait un bec entièrement foncé. 


Le Crabier chevelu / Ardeola ralloides / Squacco Heron en plumage de parade est un oiseau très coloré et les longues plumes qui partent de sa nuque et qui longent tout son dos lui ont valu son nom. Il est commun à Madagascar, excepté dans la partie aride au sud. Son habitat préféré est l'eau peu profonde, si possible douce. Les eaux côtières et saumâtres ne sont utilisées qu'en cours de migration. Il semble qu'une vaste couverture de roseaux et des buissons et des arbres dispersés soient des conditions préalables au choix de l'habitat. Les rizières et les régions inondées sont souvent adoptées. Photo prise le 26 octobre 2012 au Lac Ravelobe près d'Ankarafantsika.


Voici la race rutenbergi du Héron strié / Butorides striatus / Striated Heron. En fait, 30 sous-espèces ont déjà été rattachées au complexe striatus.  Par certains taxonomistes, comme le Dr James Clements, la sous-espèce virescens présente en Amérique du Nord et en Amérique centrale, constitue une espèce distincte soit le Héron vert / Butorides virescens / Green Heron , espèce qui a rallié 4 des 30 sous-espèces attribuées à striatus dans un premier temps. Toutes ces sous-espèces se ressemblent énormément et il y a même hybridation lorsque les aires de distribution de striatus et de virescens se chevauchent. Photo prise le 26 octobre 2012 au Lac Ravelobe près d'Ankarafantsika.


Malgré que j'aie observé cette espèce sur plusieurs continents, c'est la toute première fois que je peux en voir avec de telles couleurs enjolivant le bec de ce Héron garde-boeufs / Bubulcus ibis / Cattle Egret. Pendant les 10 à 20 jours de la parade nuptiale, le bec, les pattes, les iris et les lores deviennent rouge brillant. Cette dernière couleur peut disparaître quelques jours avant la ponte du premier oeuf ou persister quelque temps après la fin de la ponte. La couleur rouge représente probablement le sommet de l'état physiologique de la reproduction d'un individu, mais elle peut ne pas être une indication essentielle pour l'association nuptiale et le succès de la nidification. Photo prise le 26 octobre 2012 au Lac Ravelobe près d'Ankarafantsika.


Pour espérer observer les autres espèces d'ardéidés, il faut patrouiller les rivières, les lacs, les plans d'eau, les zones inondées et les marécages. Les deux endroits où nous avons le plus de diversité ont été le Lac Kinkony et le Lac Ravelobe, tous deux situés dans la partie nord ouest du pays.


La distribution du Crabier blanc / Ardeola idae / Madagascar Pond-Heron est très limitée, il ne se reproduit qu'à Madagascar et à Aldabra. À Madagascar, il nichait autrefois partout, mais maintenant il ne le fait semble-t-il que dans la partie occidentale. Il y a eu un déclin dramatique dans les effectifs des reproducteurs. En 1932, l'espèce y était considérée comme commune et, en 1945, on l'estima à 1 500 individus à la périphérie de Tananarive; en 1970, cet effectif était réduit à 50 individus seulement. Il semble que la cause de ce déclin ait été l'arrivée, probablement très récente, du Crabier chevelu, qui semble s'être adapté avec davantage de succès à la transformation des terres humides en rizières. Le comportement du Crabier blanc indique que quelques arbres lui sont nécessaires à proximité de son milieu de vie et l'abattage des arbres pour la culture du riz peut avoir rendu l'habitat inadapté. Photo prise le 13 octobre 2012 dans la région de Fort Dauphin, au sud de l'île.


Les moeurs alimentaires du Bihoreau gris / Nycticorax n.nycticorax / Black-crowned Night-Heron ont été bien étudiées. Même si les espèces aquatiques, poissons, amphibiens et insectes y prédominent, leur régime est très varié et comporte des crustacés, des mollusques, des araignées, de petits mammifères et des oiseaux. Cette espèce capture souvent les jeunes d'autres oiseaux aquatiques nichant en colonie tels les sternes, d'autres hérons et les ibis, qu'elle attrape en marchant à travers la colonie. Il s'agit donc d'une prédatrice générale opportuniste. Photo prise le long de la rivière Mahavavy le 23 octobre 2012.


Vaste, l'aire du Blongios nain / Ixobrychus minutus / Little Bittern couvre en partie l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Australasie. La race nominale se reproduit de l'Europe occidentale jusqu'à environ 80° est en Asie. Sa limite septentrionale se situe vers 59° nord. En Afrique, la race payesii vit du Sénégal à l'est jusqu'à la Somalie et vers le sud jusqu'au Cap, tandis que podiceps est confinée à Madagascar. Ce très petit blongios passe facilement inaperçu à cause de son comportement très furtif. Il se nourrit en solitaire, habituellement en rampant et en marchant lentement sous le couvert, ou à l'affût à l'orée de celle-ci. Il vole à petits coups d'ailes rapides et saccadés, généralement à faible hauteur au-dessus des roseaux et il redescend sous le couvert après avoir plané brièvement. Nous ne l'avons observé qu'au Lac Kinkony où il s'est avéré assez commun, l'habitat était plus que parfait pour l'espèce. Photo prise le 22 octobre 2012.


L'eau peu profonde, les marais, les rives des lacs et des rivières et les criques soumises aux marées sont tous habités par l'Aigrette ardoisée / Egretta ardesiaca / Black Heron. Elle occupe aussi les zones d'eau profonde si la végétation y est suffisamment dense. C'est le cas ici, au Lac Kinkony, où cet adulte a été croqué sur le vif. Le comportement alimentaire de cette espèce est unique chez les hérons. Lorsqu'elle se nourrit sous le dôme des ailes, elle étend ses ailes en un dôme parfait, les primaires touchant l'eau, et les plumes ornementales hérissées de la nuque constituent le point central d'un parasol complet même lorsque les tentatives d'alimentation avortent. Il a été suggéré que l'ombre créée par l'aigrette chasse les petits poissons (1-2 cm) mais supprime les mouvements des poissons de grandeur moyenne ou supérieure qui sont alors capturés.


L'aire de distribution du Héron cendré / Ardea cinerea / Grey Heron couvre la plus grande partie de l'Ancien Monde à l'exception de l'Australasie. En Amérique du Nord et du Sud, il est remplacé par le Grand Héron et le Héron cocoi avec lesquels il forme une super-espèce. Quatre sous-espèces sont reconnues à ce jour: cinerea, jouyi, firasa et monicae. Photo prise le 26 octobre 2012 au Lac Ravelobe près d'Ankarafantsika.


C'est la race firasa qui se retrouve à Madagascar. Ce héron ressemble en tous points à notre Grand Héron américain. Il est plus pâle, moins colorés, plus gris, mais il adopte le même comportement et les mêmes habitats. La migration et la dispersion après la reproduction du Héron cendré ont provoqué de nombreux rapports sur des individus égarés même jusqu'au Nouveau-Monde. Ils ont été observés plusieurs fois au sud du Groenland, tandis que des individus bagués en France ont été récupérés à Trinidad, Montserrat, la Martinique et au large des Bermudes. J'y pense souvent lorsque j'observe les oiseaux immatures lors de la migration automnale au Québec. Qui sait ?


Le Héron pourpré / Ardea purpurea madagascariensis / Purple Heron est l'un de mes favoris. En plus d'être gros, donc facilement repérable, il partage les mêmes comportements que les autres Ardea . En vol, il se déplace lentement, à coups d'ailes amples et bien rythmés. En quête de nourriture, il se tient ostensiblement, en position figée, de préférence dans la végétation, attendant que la proie s'approche de trop près de son immense bec en forme de glaive. Photo prise le 26 octobre 2012 au Lac Ravelobe près d'Ankarafantsika.

 
Voici l'ardéidé que tous les observateurs veulent observer à Madagascar, le Héron de Humblot / Ardea humbloti / Humblot's Heron. Même en 2013, on en sait peu sur cette espèce. On estime sa population à moins de 5 000 individus. Un recensement fait en 1999 a permis de l'observer dans 20 IBA (Important Bird Areas) compris dans la West Malagasy Endemic Bird Area (ZICOMA 1999). Cette espèce est classée VU (vulnérable) et nous savons très bien que les habitats recherchés par l'espèce sont détruits à un rythme alarmant. Nous avons eu la chance d'observer cette espèce aux endroits suivants lors de notre périple: Nosy Ve (10 oct), Lac Kinkony (21 oct), Rivière Mahavavy (22-23 oct), Lac Ravelobe (25-26 oct). L'endroit le plus sûr demeure le Lac Ravelobe près d'Ankarafantsika où cette photo a été prise. C'est à bord d'un ponton que j'ai pu prendre les photos des ardéidés à ce lac sacré.


J'ai eu beaucoup de plaisir à photographier tous ces représentants des ardéidés lors de mon séjour à Madagascar. En fait, c'est une tâche plutôt agréable que je me suis imposée et elle peut encore, dans un certain délai, être répétée par n'importe qui désireux de le faire. Suffit de s'y rendre au plus vite et de mettre les efforts.

À bientôt !


Bibliographie consultée



del Hoyo, J., Elliott, A. & Sargatal, J. eds. (1999). Handbook of the Birds of the World, Vol.1, Ostrich to Ducks. Lynx Edicions, Barcelona.

Sinclair I., Langrand, O. (1998). Birds of the Indian Ocean Islands. Struik Publishers, Cape Town, ZA.

Hancock, J., Kushlan, J. (1989). Guide des Hérons du Monde. Delachaux et Niestlé, Paris.

BirdLife International (2000). Threatened birds of the world. Barcelona and Cambridge, UK: Lynx Edicions and BirdLife International.