Affichage des articles dont le libellé est limicoles. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est limicoles. Afficher tous les articles

mercredi 9 décembre 2020

Des oiseaux en pandémie (Mai 2020).

 

Voilà un mois et demi que la pandémie sévit sur l'ensemble de la planète. De plus en plus de cas, de plus en plus de décès et la conviction de plus en plus forte que nous sommes au début d'une grande noirceur. Tellement de questions sans réponse devant un ennemi inconnu jusqu'alors. Les spécialistes de la santé à l'échelle mondiale se liguent pour trouver des solutions, pour établir des marches à suivre afin de limiter la propagation de la maladie. Les frontières se ferment entre les pays et des zones sont établies puis fermées par les services publiques. Nous sommes confinés à des régions spécifiques et des barrages policiers empêchent les récalcitrants de se promener dans certaines d'entre elles. C'est ainsi par exemple, qu'au Québec, il faudra attendre au 18 mai avant que nous puissions nous rendre dans le Bas-Saint-Laurent.

Nos incursions dans les régions permises se continuent, mais nous dépassons rarement un rayon d'une quarantaine de kilomètres de la maison. Voici un échantillonnage de nos découvertes.

 

Une autre visite à la Base de Plein Air de Sainte-Foy me fait découvrir un mâle de Fuligule à collier / Aythya collaris / Ring-necked Duck qui a été rejoint par sa femelle. Même si le couple se forme rapidement, il ne nichera pas ici, mais il choisira plutôt un plan d'eau, lac ou étang, plus au nord. Réalisé le 5 mai.

  

Le Pic flamboyant / Colaptes auratus luteus / Northern Flicker est l'un de mes pics préférés. Son nom ancien de Pic doré faisait référence au jaune éclatant qui orne le dessous de ses ailes et de sa queue. Cette couleur ne s'observe bien que lorsqu'il s'envole. Sa grosseur, son vol ondulant et son croupion blanc nous aide aussi à l'identifier au premier coup d'oeil. Il se nourrit principalement de fourmis, ce qui explique le fait qu'on le voit très souvent au sol. Très vocal et territorial dès son arrivée, il visite d'abord les anciens sites de nidification. Réalisé le 6 mai à Québec.


La Petite Buse / Buteo platypterus platypterus / Broad-winged Hawk porte bien son nom et par ses dimensions et par son cri aigu de "p'tite buuuuse" qu'elle émet aussi bien en vol que perchée. Elle niche dans les forêts mixtes et elle est commune dans la vallée du Saint-Laurent. Sa diète comprend des couleuvres. Réalisé le 7 mai dans le comté de Lotbinière.


Le Roitelet à couronne rubis / Regulus calendula calendula / Ruby-crowned Kinglet se déplace fébrilement entre les chatons en floraison à la recherche de nourriture. À l'instar de son cousin, le Roitelet à couronne dorée / Regulus satrapa satrapa / Golden-crowned Kinglet, il reste très peu longtemps au même endroit. Lui aussi n'est que de passage et la grande majorité des effectifs se rend jusqu'en forêt boréale pour y nicher. Réalisé le 8 mai à Québec. 

 

La Paruline à couronne rousse / Setophaga palmarum palmarum / Palm Warbler fait partie des premières parulines qui nous reviennent en mai. Cette paruline se décline en deux sous-espèces différenciables sur le terrain. Au Canada, la sous-espèce palmarum, illustrée ci-haut, niche à partir des grands lacs vers l'ouest. Elle hiverne de la Virginie jusqu'au Texas ainsi que dans les îles caraïbes et le Mexique. J'en ai observé jusqu'au Costa Rica et même au Panama. Rencontrée le 10 mai 2020 à la Base de Plein Air de Sainte-Foy, ville de Québec.


Et voilà que le 16 mai, je rencontre la sous-espèce hypochrysea de la Paruline à couronne rousse sur son site de nidification à la tourbière de Villeroy. En fait, elle est très facile à trouver lorsque l'on visite les tourbières dans la région où nous vivons.  À mes débuts en ornitho, on mentionnait "race de l'est" et "race de l'ouest" pour distinguer les deux versions. Hypochrysea a les dessous très jaunes, marqués de rayures rousses sur la poitrine et les flancs. Elle niche à partir de l'Ontario vers l'est, hivernant principalement de la Géorgie jusqu'à la Louisiane.


Nous n'apercevons cet oiseau noir au Québec qu'en période de migration. En provenance des États-Unis, il se rend en forêt boréale pour se reproduire et il repasse à l'automne pour le retour sur son terrain d'hivernage plus au sud. Le Quiscale rouilleux / Euphagus carolinus carolinus / Rusty Blackbird est le moins observé de tous les oiseaux noirs trouvés dans la vallée du Saint-Laurent. Il se nourrit au sol alors qu'il recherche insectes et graines. Il affectionne en particulier les terrains humides. Réalisé le 10 mai dans la ville de Québec.


Le Grand Corbeau / Corvus corax principalis / Common Raven a déjà été beaucoup moins commun qu'il ne l'est présentement. Je me souviens très bien d'un nid découvert près des ponts de Québec, au début des années 90, qui avait attiré l'attention de bien des ornithologues de la région. J'ai photographié cet adulte près d'un nid contenant trois immatures prêts au premier envol le 11 mai 2020 à Sainte-Croix-de-Lotbinière. Le Grand Corbeau niche tôt au printemps (en mars).


Les moqueurs peuvent émettre un grand répertoire de strophes musicales. Certains imitent les chants ou les cris d'autres oiseaux et même des bruits entendus à répétition dans leur environnement tels que des sirènes de police ou autres. Ce n'est pas le cas du Moqueur roux / Toxostoma rufum rufum / Brown Thrasher dont le chant est reconnaissable au fait qu'il répète souvent trois fois d'affilée la même strophe. Son corps a le volume de celui d'un Merle d'Amérique, mais sa queue est plus longue. Ce grand roux est très vocal en mai, mais ses turluttes sont vite interrompues dès que la femelle est sur le nid. Réalisé le 11 mai 2020 à Saint-Antoine-de-Tilly.


Cet étrange oiseau que l'on ne voit pas souvent est le Bihoreau gris / Nycticorax nycticorax hoactli / Black-crowned Night-Heron. Même s'il lui arrive d'être éveillé le jour, c'est un oiseau qui s'active surtout la nuit. Un petit héron nocturne aux pattes courtes et inféodé aux milieux aquatiques. Celui-ci a été trouvé le 13 mai 2020 au Domaine de Maizerets. Ce site est traversé par une petite rivière qui laisse pénétrer l'eau du fleuve lors des marées hautes. Ce flux et ce reflux constant apporte son lot de nouveaux nutriments dont se délectent les anatidés et les ardéidés. Il est présent à chaque année sur le domaine.  


Ouf ! Difficile à manquer cet oiseau au plumage si attrayant ! Ça se passe le 17 mai à la Base de Plein Air de Sainte-Foy. L'Oriole de Baltimore / Icterus galbula / Baltimore Oriole émet des sifflements fluides et puissants qui précèdent son apparition. C'est un ictéridé i.e. qu'il appartient à la même famille que les quiscales, les carouges et les vachers. Il est friand de nectar et il est attiré aux abreuvoirs mis à sa disposition ou aux plateaux où des quartiers d'orange auraient été fixés.


Si vous êtes en nature et que vous entendez un miaulement de chat, sachez qu'il pourrait s'agir du Moqueur chat / Dumetella carolinensis / Gray Catbird. Sa robe est beaucoup plus sobre que celle de son cousin roux. D'un gris uniforme, elle ne souffre aucune ride. En fait, la seule partie colorée se trouve sous sa queue. Lors qu'il la relève, nous découvrons des plumes sous-caudales rousses. On l'entend fréquemment aussi bien en bordure de forêt que dans des lieux près de nos maisons et dans les parcs municipaux. Capté le 20 mai au Marais-Provancher à Neuville.


On les remarque moins ces oiseaux à cause de leur plumage terne et cryptique, qui se marie si bien à l'environnement boueux où ils trouvent leur nourriture. On les appelle "limicoles" et il y en a de toutes les grosseurs et de toutes les formes. Limicole vient du latin limus qui signifie limon ou boue. En effet, la majorité des espèces consomment des petits invertébrés vivant dans la vase ou l'humus. Ici, j'ai surpris le 21 mai ce Bécasseau minuscule / Calidris minutilla / Least Sandpiper près d'un étang à Québec. Il continuera sa route vers son lieu de nidification situé encore plus au nord que la forêt boréale.


Ce limicole, par contre, niche le long de nos cours d'eau (ruisseau, rivière ou fleuve) ou des plans d'eau (lac, étang de rétention des eaux usées ou marécage). Le Chevalier grivelé / Actitis macularius / Spotted Sandpiper, autrefois appelé Maubèche branlequeue, balance continuellement sa queue de bas en haut lorsqu'il se déplace. Photographié le 21 mai au même endroit que le bécasseau.


Le Râle de Virginie / Rallus limicola limicola / Virginia Rail est un oiseau qui hante la végétation des marais où sa robe foncée le rend très difficile à repérer dans ces lieux où le manque de lumière est la norme. Oiseau rond et bedonnant, il peut étirer son corps verticalement pour circuler plus facilement et  plus rapidement entre les longues tiges des joncs qui forment l'essentiel de l'habitat où il vit. Il arrive qu'il s'aventure en terrain ouvert, surtout le printemps alors que la végétation écrasée par la neige ne lui permet pas encore d'échapper à notre regard. Réalisé le 22 mai à Québec.


Le Foulque d'Amérique / Fulica americana / American Coot n'est pas commun dans la région de Québec. Il niche avec régularité dans les marais comme celui du Cap Tourmente ou celui de Neuville. C'est d'ailleurs à ce dernier endroit que je capte cet individu le 22 mai.


Qui ne connaît pas le Chardonneret jaune / Carduelis tristis tristis / American Goldfinch ? Il est abondant et bien présent dans différents habitats. Les postes d'alimentation permettent à quelques individus de rester avec nous l'hiver. Le 23 mai au Domaine de Maizerets.


Le Piranga écarlate / Piranga olivacea / Scarlet Tanager ne laisse personne indifférent. Dommage qu'il affectionne autant la canopée feuillue des érablières où il demeure pendant de longs moments à l'abri des regards. Son rouge lumineux n'a pas son équivalent parmi les autres passereaux nichant au Québec et sous nos latitudes. Même le Cardinal rouge risquerait de finir bon deuxième. Le 23 mai à la Base de Plein Air de Sainte-Foy.


Je me souviendrai toujours de mon premier contact avec cet oiseau. Il passe en vol au-dessus de ma tête tout en émettant une série de notes bizarres, presque discordantes, sans patron bien défini. Son vol est particulier aussi puisque ses courtes ailes rondes battent très vite, mais l'oiseau semble presque faire du surplace tellement il avance lentement. À l'oeil et vu d'en dessous, il paraît tout noir. Alors que je le suis du regard, il perd de l'altitude et il se perche sur un poteau de clôture. Je vois maintenant ses plaques blanches sur le dos (ailes et croupion) ainsi que le beige de la nuque. Le Goglu des prés / Dolichonyx oryzivorus / Bobolink est un oiseau qui niche dans les champs et il a connu une forte diminution de sa population suite aux multiples récoltes de fourrage qui se font à chaque été. Réalisé le 24 mai au Cap Tourmente.


Le Roselin pourpré / Carpodacus purpureus purpureus / Purple Finch est plus forestier que le Roselin familier. Pas surprenant donc qu'il soit moins commun aux postes d'alimentation d'arrière-cour de nos  villes. J'ai rencontré cet individu le 24 mai au Cap Tourmente. Son bec indique qu'il fait partie des granivores, mais il se nourrit également d'insectes et de fruits.


"Tire, tire, tire, la bibitte" semble nous dire la Paruline jaune / Setophaga petechia amnicola / Yellow Warbler. Mais il s'agit juste de son chant le plus typique. On ne lui prête pas seulement cette tirade puisqu'elle peut émettre une bonne dizaine de strophes différentes. À l'exemple de bien d'autres espèces, le mâle arrive sur son site de reproduction avant la femelle. Dès qu'il trouve le site idéal, il chante afin d'aviser les autres mâles que l'espace sera défendu bec et griffes. Cette paruline est commune à l'orée des forêts et près de l'eau. Rencontrée le 27 mai au Marais Léon-Provancher à Neuville.


   @ bientôt... en juin  

  

mardi 12 septembre 2017

Chronique d'une mort annoncée



Pendant les migrations, que ce soit durant la printanière ou durant l'automnale, des centaines de millions d'oiseaux transitent entre leur aire de reproduction et leur aire d'hivernage. Certaines espèces, dites résidentes, demeurent toute l'année dans un territoire défini, mais les autres, dites migratrices, doivent parcourir souvent de très longues distances pour assurer leur propre survie.


En Amérique du Nord, quatre corridors migratoires sont reconnus: de l'Atlantique,du Mississippi, central et du Pacifique. Certaines espèces, comme le Pluvier bronzé / Pluvialis dominica / American Golden-Plover, utilisent deux corridors différents pour l'aller-retour. Au début de la migration automnale, les oiseaux se rassemblent au Labrador pour voler ensuite vers la côte du Brésil et les pampas de l'Argentine. Lorsqu'il retourne vers l'Arctique au printemps, ils survolent l'Amérique centrale et la vallée du Mississippi. Ceci explique le nombre d'observations beaucoup plus élevées pour cette espèce l'automne sous les cieux québécois.


Ces longs voyages sont remplis d'embûches qui occasionnent beaucoup de pertes parmi les rangs des migrateurs. La demande énergétique est tellement grande que les oiseaux doivent accumuler le plus de graisses possibles avant d'entreprendre la migration. Les longues heures passées en vol à combattre la chaleur, le froid, la pluie et les vents contraires exigent des oiseaux en pleine forme. Seuls ces derniers réussiront à se rendre au bout du long périple.

Cependant tous ces oiseaux en mouvement vers le sud peuvent compter sur des haltes stratégiques qui leur permettent de refaire des forces. Ceci explique pourquoi certains endroits sont reconnus, migration après migration, pour accueillir les vagues successives d'oiseaux migrateurs. Les limicoles sont parmi les oiseaux les plus faciles à prédire quant aux dates ou aux lieux de leur apparition sous nos cieux. À condition bien évidemment que les habitats restent intacts. La destruction d'habitats riverains dans les zones d'hivernage comptent pour beaucoup dans la diminution du nombre des limicoles. Et pour en ajouter davantage, ces hordes d'oiseaux sont accompagnés par des oiseaux rapaces qui, eux aussi, entreprennent des déplacements similaires à leurs proies. Les deux principaux prédateurs pour les limicoles au Québec sont le Faucon pèlerin / Falco peregrinus / Peregrine Falcon et le Faucon émerillon / Falco columbarius / Merlin.


Un Faucon émerillon en train de dépecer une Mésange à tête noire.


Ce Faucon pèlerin adulte se nourrit d'un Foulque d'Amérique qu'il vient tout juste de capturer.

Alors que le Faucon pèlerin peut capturer des proies beaucoup plus grosses, le Faucon émerillon se contente habituellement d'espèces plus petites. Mais un jeune Faucon pèlerin peut à l'occasion poursuivre un oiseau aussi petit qu'un Pluvier semipalmé et réussir même à le capturer. Anne et moi avons assisté à une poursuite très endiablée d'un faucon contre un pluvier à la Rivière Trois-Pistoles. Après d'interminables minutes, c'est finalement le faucon qui a eu gain de cause.

La présence de faucons immatures des deux espèces constitue une bien mauvaise nouvelle pour les limicoles qui se nourrissent dans la zone intertidale. Ces jeunes sont très fougueux, inexpérimentés et ils s'essaient sur tout ce qui bouge. Les poursuites sont très fréquentes, mais elles se terminent souvent par l'insuccès du côté du prédateur. Bonne nouvelle pour les proies, mais ces attaques successives, faites quotidiennement, induisent un stress bien compréhensible sur les limicoles. Pas étonnant donc de les voir s'envoler sans raison apparente pour revenir se poser au même endroit qu'ils viennent de quitter quelques secondes auparavant.

Jusqu'à hier, le 10 septembre 2017, je croyais dur comme fer qu'un limicole maintenu dans les serres d'un falconidé n'avait absolument aucune chance de s'en échapper. C'était pour moi comme une mort annoncée. Pourtant.... en ce matin pluvieux... 


Anne et moi sommes à l'ouest du quai de Kamouraska, dans un stationnement public limitrophe, et nous reluquons quelques espèces de limicoles qui se nourrissent sur le rivage. Il y a environ une soixantaine d'individus au total.


2 Bécasseaux variables, 2 Bécasseaux sanderling, 2 Pluviers semipalmés et 2 Bécasseaux semipalmés tentent de se nourrir, mais ils semblent plutôt stressés car ils ne cessent de s'envoler et de revenir au même endroit. Cette activité suggère souvent qu'ils sentent la présence d'un prédateur ailé. Même si nous ne le voyons pas, eux le voient ou, du moins, sentent sa présence.

C'est ainsi que, pour une nième fois, le groupe s'élance en trombe. Je prends une photo de ce moment en espérant pouvoir capter l'image d'un Bécasseau à croupion blanc que j'avais repéré au sol juste avant l'envol.




Le bécasseau recherché ne se trouve pas dans la portion du groupe d'oiseaux que je pointe. Cependant, je perçois du coin de l'oeil un mouvement qui me fait lorgner sans hésiter dans cette direction. Je n'en reviens pas de découvrir un Faucon émerillon qui tient dans les serres de sa patte droite un Bécasseau semipalmé resté parmi les roches du rivage..




Comme pour me permettre une meilleure vue sur la scène, le rapace se tourne un peu sur sa droite et je vois bien que ses serres tiennent l'oiseau par ses ailes. Le pauvre bécasseau a peu de chance de s'en sortir.




Le limicole se débattant de plus en plus, le prédateur le place pour lui asséner un coup fatal à la gorge.




Soudainement, l'attention du faucon se porte sur sa droite. Il en oublie ce qu'il était en train de faire. Le bécasseau en profite pour donner des coups de bec à son tortionnaire.




Alors que je m'attends à ce que le rapace s'envole avec sa proie dans les pattes, il lâche son étreinte...





Et il s'envole vers sa gauche. Le bécasseau en profite pour se sauver dans la direction opposée.

  


Anne me dit que c'est probablement une Corneille d'Amérique qui a passé tout près en croassant qui l'a fait fuir. Nous ne saurons jamais avec certitude ce qui a déstabilisé le rapace au point de lui faire lâcher sa proie avant de s'envoler sans demander son reste.

Mais une chose est certaine, ce bécasseau a eu une chance exceptionnelle. Et oui, il semble possible de déjouer la mort, mais il ne faut pas s'y frotter trop souvent.


@ bientôt.





jeudi 31 août 2017

Encore des limicoles




Et oui, nous sommes de nouveau en plein dedans. À partir de la moitié du mois d'août jusqu'à la fin du mois de septembre, les milieux humides ont bien des chances de se faire envahir par des groupes d'oiseaux en migration vers le sud. Il s'agit des limicoles. Je vous invite à lire un billet écrit l'an dernier en août dans lequel je donne beaucoup d'informations autant sur les oiseaux que sur les lieux où se diriger pour les observer: Les limicoles en migration.

Alors que nous nous dirigeons dans quelques jours vers l'Île-aux-Basques pour notre séjour automnal, Anne et moi avons visité au cours des deux dernières semaines le quai Boulanger à Montmagny et le chemin de la Grève à Saint-Denis-de-la-Bouteillerie. Je vous présente ici quelques photos qui vous donneront, je l'espère, le goût d'aller les observer à votre tour.


Quai Boulanger, Montmagny, 20 août 2017

 

La présence depuis quelques jours de seize Phalaropes à bec étroit tout près du quai est suffisante pour que nous nous y rendions environ deux heures avant la marée haute. De tels groupes sont régulièrement observés sur les barres d'algues flottantes au large, mais de les voir comme ça à une vingtaine de mètres du quai est plutôt insolite.


8 des 16 Phalaropes à bec étroit / Phalaropus lobatus / Red-necked Phalarope

Les phalaropes ont cette façon bien caractéristique à l'espèce de tourner sur eux-mêmes ou de se déplacer en cercles plus ou moins serrés afin de provoquer un vortex qui fait remonter des particules alimentaires à la surface. On voit bien cet individu en saisir une alors qu'elle vient d'apparaître à la surface liquide.

La diversité est bien présente en ce beau matin. C'est la première fois que nous observons autant de Bécasseaux à poitrine cendrée (8), de Bécassins roux (15) et de Bécasseaux à échasse (3). La photo suivante en témoigne.

Petit Chevalier / Lesser Yellowlegs (2), Bécasseau à poitrine cendrée / Pectoral Sandpiper (1), Bécasseau à échasse / Stilt Sandpiper (2), Bécassin roux / Short-billed Dowitcher (2)
 
Petit Chevalier / Tringa flavipes / Lesser Yellowlegs

Les limicoles sont des oiseaux très nerveux qui inspectent continuellement les alentours. Cette image nous le montre bien. Les faucons comme le pèlerin et l'émerillon peuvent passer à tout moment. Ici, deux Petits chevaliers et un Bécassin roux.

Les limicoles sont des oiseaux agressifs qui se disputent les places sur les rochers. Ces deux bécassins nous le montrent bien, mais les interactions se produisent tout aussi bien entre des individus d'espèces différentes.
  
Au moins 50 Petits Chevaliers sont présents sur les rochers. Rien de surprenant à cet endroit lors de la migration automnale.



Chemin de la Grève, Saint-Denis-de-la-Bouteillerie, 26 août 2017




Deux Bécassins roux et un Pluvier argenté se tiennent dans l'herbe longue sur le rivage.

Bécasseau maubèche / Calidris canutus rufa / Red Knot
 
Démonstration agressive entre deux Pluviers argentés.

Pluvier argenté / Pluvialis squatarola / Gray Plover
 
Pluvier argenté / Pluvialis squatarola / Gray Plover


@ bientôt.



 

mardi 18 octobre 2016

Des oiseaux en septembre 2016.



Après un très beau séjour sur l'Île-aux-Basques au début de septembre, le reste du mois a été plutôt tranquille. Nous avons fait quelques sorties à nos endroits fétiches. Même si nos recherches de nouveautés pour l'année ont été peu fructueuses, nous avons quand même vécu de beaux moments.


Le 10 septembre, nous partons tôt pour nous rendre jusqu'à Saint-Denis-de-la-Bouteillerie afin d'y trouver le Bécassin à long bec qui y est présent depuis quelques jours. Il est réputé se tenir avec un petit groupe de Bécassins roux et nous comptons bien le repérer. Dès notre arrivée, notre attention est portée vers des limicoles posés sur des rochers tout près de la rive. Nous identifions rapidement les Bécasseaux maubèche, sanderling, semipalmé et Pluvier argenté. Et oups ! voilà 5 Bécassins roux en repos avec le bec dans le dos pour la plupart d'entre eux. Une étude très minutieuse nous permet d'écarter le Bécassin à long bec. Après environ 30 minutes, nous décidons de partir. Un groupe d'observateurs, mené par Mireille Poulin, est encore sur place. Nous apprendrons par la suite que le fameux bécassin est arrivé en vol après notre départ. Il y a des journées comme ça. Un arrêt sur les battures de Kamouraska nous fait rencontrer un oiseau que je n'espérais pas photographier de si près. Il se tient également sur les rochers. Il les parcoure en marchant et, à cause des dénivellations, il arrive que nous le perdions de vue. Si nous ne le voyons, il ne nous voit pas. Profitant de chaque instant où je le perds de vue, je finis par m'approcher à moins de quatre mètres de lui.



Le Pipit d'Amérique / Anthius rubescens rubescens / American Pipit s'observe le plus souvent en groupes et dans les champs.



Cette espèce fréquente les milieux ouverts et on le retrouve souvent dans les milieux agricoles où le sol a été chamboulé depuis peu par la machinerie agricole. Elle accompagne souvent les alouettes et des limicoles comme les Pluvier bronzé, Pluvier kildir, Bécasseau de Baird, Bécasseau roussâtre et Bécasseau à poitrine cendrée.


Notre prochaine destination est Cacouna où un Pélican d'Amérique / Pelecanus erythrorhynchos / American White Pelican pourrait bien nous y attendre. Et oui, il est là, bien occupé à se nourrir dans la grande étendue d'eau formant le bassin principal.


Le Pélican d'Amérique est rarement observé au Québec. Au Canada, cette espèce se reproduit sur les plans d'eau des grandes plaines s'étendant au centre du pays (Manitoba, Alberta, Saskatchewan). Sa distribution est beaucoup plus grande aux États-Unis alors qu'il occupe les deux tiers du territoire à partir du Pacifique vers l'est. Par contre, il s'observe sur les côtes de la "pan handle" floridienne. Il est difficile de déterminer avec certitude d'où proviennent exactement les pélicans qui atteignent le Québec.


Enchantés de cette belle trouvaille, nous prenons le chemin du retour vers Québec avec un arrêt incontournable au quai Boulanger de Montmagny. Des fois que le Bécassin à long bec s'y trouverait. Après tout, c'est l'endroit où nous l'avons observé le plus souvent au Québec. La marée est plutôt basse, mais une belle surprise nous attend. Nous estimons à environ un millier le nombre de Bécasseaux semipalmés / Calidris pusilla / Semipalmated Sandpipers agglomérés sur les rochers jouxtant le quai. 



Un mouvement continuel anime tous ces groupes d'oiseaux. Des individus s'envolent, d'autres atterrissent. Tout se fait très rapidement. Vu le grand nombre, les oiseaux doivent se serrer s'ils veulent avoir une place pour se reposer ou faire leur toilette. La promiscuité fait partie de leur mode de vie.



Cette photo montre un oiseau arrivant en vol et qui, faute de place disponible, ne peut faire autrement que de se poser sur le dos d'un oiseau déjà installé. Il n'y restera qu'une fraction de seconde, dès que l'oiseau harassé se tassera. Une vie plutôt stressante pour d'aussi petits oiseaux. Comme on dit, il n'y a pas de lunch gratuit.



Et voilà qu'un Faucon émerillon passe en vol et TOUS les bécasseaux s'envolent simultanément, tout en formant un groupe très serré. Ce comportement inné est essentiel à leur survie lorsqu'ils sont en présence d'un prédateur. Le faucon ne réussit sa chasse que lorsqu'il peut se concentrer sur un seul individu. Il le poursuit alors sans relâche. Devant plusieurs individus, il ne sait lequel choisir et son hésitation permet à ses proies potentiels d'échapper à son attaque.




En solo, cet individu constitue une bien belle proie pour un virtuose de l'attaque en vitesse, tel le Faucon émerillon ou le Faucon pèlerin.


Et, pour terminer, voici une autre espèce abondante en migration, mais que l'on retrouve en plus petit nombre à cet endroit.




Ce Pluvier semipalmé / Charadrius semipalmatus / Semipalmated Plover se pose sur un rocher dénudé d'autres limicoles. Bien sûr, il n'y rencontre aucune opposition i.e. qu'il n'a pas à se débattre pour trouver un lieu paisible, mais qu'en serait-il lors du prochain passage d'un prédateur ailé ?



@ bientôt,