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jeudi 9 janvier 2014

Grand Pic / Dryocopus pileatus abieticola / Pileated Woodpecker


De toutes les espèces de pics présentes au Québec, le Grand Pic est sans doute la plus convoitée par l'ornithologue amateur qui débute ce beau hobby. En raison de sa grande taille, proche de celle de la Corneille d'Amérique, nous pourrions nous attendre à le rencontrer plus fréquemment. Après tout, il n'est pas considéré comme rare et il peut même nicher dans des boisés relativement petits. En Amérique du Nord, en nous basant sur les données des BBS (Breeding Bird Survey), nous pouvons voir certaines tendances comme la diminution des effectifs des Pic de Lewis, Pic à tête rouge et Pic flamboyant. Par contre, les Grand Pic, Pic à ventre roux et Pic chevelu connaissent une augmentation de leur population. Cependant, la réalité nous démontre que ce pic format géant élude souvent nos recherches en forêt même celles hébergeant des habitats idoines et où sa présence est confirmée par les traces bien particulières qu'il imprime sur le tronc des arbres.

Alors que j'habitais à la campagne, je me rendais souvent près de la rivière du Chêne, à Leclercville, afin de repérer un Grand Pic qui y était résident depuis nombre d'années. Alors que sa présence était rapportée sporadiquement par d'autres observateurs, je n'arrivais jamais à mettre la jumelle dessus. Pourtant, l'entrée oblongue de la cavité lui servant de nid était visible sur plusieurs grands arbres dans la région. J'arrivais même à l'occasion sur des sites où de gros copeaux encore bien frais s'entassaient au pied d'un arbre où une cavité bien visible venait d'être forée. C'était plutôt frustrant. Un beau samedi matin de juin, je me lève avec la ferme intention de le trouver quitte à y mettre toute la journée. Ça m'a pris quatre heures de traque intensive avant de finalement trouver un beau mâle en pleine recherche de nourriture sur un tronc pourri et couché par terre dans le sous-bois d'une érablière. En fait, l'expérience m'a démontré que ce pic pouvait s'observer souvent à moins de deux mètres du sol. Comme cette femelle, surprise le 1er janvier 2014 à la Base de plein air de Sainte-Foy, ville de Québec.




Ce n'est pas par malice que le plus grand de nos picidés québécois creusent le tronc laissant souvent d'énormes échancrures qui nous font quelques fois craindre, à tort ou à raison, pour la survie de l'arbre. L'alimentation de base du Grand Pic est constituée de Fourmis charpentières du genre Camponotus. Ce sont les grosses fourmis noires que nous rencontrons près de nos maisons et que nous ne désirons pas abriter à l'intérieur de nos murs. Ces dernières creusent des tunnels qui peuvent atteindre le coeur, ou si vous préférez, le centre du tronc d'un arbre. Le pic n'a de cesse que lorsqu'il capture sa proie (probablement  un coléoptère sur la photo qui suit). Nous pouvons même voir une patte noire accrochée au bord du trou alors que le pic avale l'insecte d'un trait.




Sur la photo suivante, nous pouvons même noter une aile d'insecte collée au bec de l'oiseau.




Sa diète de fourmis est donc complétée par des larves de coléoptères xylophages, des termites et des chenilles. L'importance des fruits (cerises, fruits du cornouiller, raisins sauvages), des baies (houx, sumac vénéneux, micocouliers de Virginie) et des noix varie selon les régions. Ils peuvent constituer jusqu'à 30% du menu. En hiver, il visite régulièrement les postes d'alimentation où du gras animal ou végétal lui est offert.

Les Grands Pics occupent différentes sortes de forêts, les feuillus aussi bien que les conifères et les forêts mixtes. A l'intérieur de ce dernier habitat, ils semblent marquer une préférence pour les parcelles ouvertes de feuillus et les zones denses de grands conifères parvenus à maturité. Nous pouvons également les trouver dans des boisements en cours de régénération, à condition que ceux-ci soient pourvus de grands arbres et d'arbustes qui aient au moins cinq ans d'âge. Ils pénètrent aussi dans les parcs à la périphérie des villes. Des rapports indiquent que, pour se nourrir, ils choisissent des parcelles de vieux arbres en bordure de rivières. Les lieux de nidification sont également situés dans de vieux arbres âgés de plus de 70 ans et jamais très éloignés de l'eau. Les monocultures de pins sont généralement évitées. Ils nichent jusqu'à 1500 mètres dans les zones montagneuses de l'est du Canada et jusqu'à 2300 m dans l'ouest.

Ces oiseaux sont relativement solitaires. Les couples entretiennent des rapports assez lointains, excepté pendant la période hivernale où ils peuvent se percher à faible distance les uns des autres. Mes photos ont d'ailleurs été prises avec la complicité d'un couple de pics qui, à un moment donné, cherchaient de la nourriture sur deux arbres situés à moins de deux mètres l'un de l'autre. Ces oiseaux ne sont pas réputés très timides. Ils recherchent leur nourriture à tous les étages de la végétation, y compris sur le sol où ils visitent les souches et les fourmilières. Les bois morts constituent des lieux privilégiés d'exploration. Les coups de bec et le tambourinage constituent plus de 60% des méthodes d'investigation en hiver. Le décollement et la désincrustation de morceaux d'écorce est également une activité importante. Sur la photo qui suit (prise la veille avec la même femelle), nous pouvons voir que l'oiseau s'apprête à soulever un morceau d'écorce et à l'arracher d'un mouvement sec de la tête.




Et voilà le travail bien fait. À remarquer que le pic ferme les yeux à chaque fois qu'il attaque le bois, question de les protéger contre de possibles éclisses qui pourraient le blesser.




Un bec droit à la base large est, à lui seul, loin d'être suffisant pour expliquer la capacité des pics à frapper à répétition et à creuser dans un bois dur et vivant pendant de longues périodes de temps.




L'oiseau peut compter sur des structures hautement spécialisées au niveau du bec et de l'ossature du crâne. L'articulation entre le point le plus à l'avant du crâne et celui de la mandibule supérieure, ou maxille, est repliée vers l'intérieur. Ceci fait que, lorsque le bec frappe une surface solide, l'os subit une tension plutôt qu'une compression. Normalement l'impact devrait porter la base du bec à glisser vers le haut. Ce mouvement potentiellement dangereux est contré par l'os frontal qui excède la base du haut du maxillaire. Parce que le choc produit une tension, celle-ci peut être contrecarrée par un muscle spécial qui l'absorbe. Ce dispositif est optimisé lorsque le bec est bien droit et bien aligné avec le muscle lorsque le coup est porté. Comme cette ligne se situe en bas du cerveau de l'oiseau, cet organe précieux est préservé de la vague de choc. Vous remarquerez qu'un pic, lorsqu'il fore énergiquement, garde sa tête au même niveau et en droite ligne devant lui. Ici c'est le mâle qui nous fait une démonstration. Yeux fermés, il frappe avec puissance et précision afin de creuser et aller dénicher l'insecte qui se cache. Heureusement pour lui, sa belle crête rouge est plus affectée par le choc que son cerveau.


 

D'autres spécialisations de l'oreille interne, des narines, de la langue et des muscles au niveau des vertèbres pourraient être élaborées dans cet article, mais le propre d'un blog étant d'être court, il faut que je m'arrête ici. Je vous invite à aller consulter la bibliographie que je vous mentionne à la fin.

Mais, avant de partir, voici un portrait du mâle.





À bientôt ...


Bibliographie

 

del Hoyo, J., Elliott, A. & Sargatal, J. eds. (2002) Handbook of the Birds of the World. Vol. 7. Jacamars to Woodpeckers. Lynx Edicions, Barcelona.
Winkler, H., Christie, D.A. & Nurney, D. (1995) Woodpeckers: An Identification Guide to the Wodpeckers of the World, Houghton Mifflin Company,  Boston / New York.

Proctor, N.S. & Lynch, P.J. (1993) Manual of Ornithology: Avian Structure & Function, Yale University Press, New Haven / London.
Sibley, D.A. (2001) National Audubon Society The Sibley Guide to Birds, Alfred A. Knopf, Inc, New York.



lundi 14 janvier 2013

Le défi des cours



Le 2 octobre 2002, je lance, via mon site web Passion Plume, un défi à tous les passionnés d'oiseaux qui nourrissent les oiseaux sauvages en installant des mangeoires dans leur cour. La seule condition mise en place pour pouvoir participer est d'avoir atteint un nombre de 75 espèces observées à partir de sa cour. Je décide de cette règle bien arbitrairement, dans le seul but d'éviter d'avoir trop de cours à suivre. En effet, qui n'a pas sa mésange, sa tourterelle, son moineau ou son étourneau tout près de sa demeure ? Je ne dénigre vraiment aucune espèce d'oiseaux, mais nous savons que ces espèces sont plus répandues et elles représentent moins d'intérêt statistiquement. Comprenant très bien que ce chiffre n'est pas évident à atteindre pour une personne qui vit en pleine ville de Montréal, je me résous cependant à garder cette condition. Je calcule que la personne qui a pu inciter 75 espèces à passer dans sa cour a sûrement fait des bonnes choses pour arriver à ce résultat. Nonobstant le nombre d'espèces, ce défi se veut tout d'abord amical. Il est lancé à soi-même plutôt qu'à tous les autres participants. Mais je vois plusieurs aspects positifs à une mise en comparaison de différentes cours.  En demandant aux participants de donner une description succincte de leur cour, je veux connaître quel est le facteur qui influence plus les oiseaux à adopter une cour plus qu'une autre: choix judicieux d'arbres, d'arbustes et de végétaux , dimensions et emplacement du terrain, types de mangeoires, de nichoirs et de bains d'oiseaux qui fonctionnent le mieux...

De plus, ce défi permet de connaître les espèces communes selon les endroits où l'observateur se situe dans la province de Québec. Si le Moineau domestique est régulier dans une cour à Québec, il est inusité dans une cour à Rimouski.  Il en va de même de la Sittelle à poitrine blanche, du Viréo mélodieux, de l'Oriole de Baltimore ou du Piranga écarlate.

Et, il faut bien l'avouer, le fait d'attribuer un nombre d'oiseaux à notre cour peut nous amener à faire en sorte d'en attirer de plus en plus ou de prendre les moyens pour reconnaître les oiseaux qui passent et repassent au-dessus de la maison ou dans les arbres du voisinage, dans le courant de l'année et selon les saisons. Nous pouvons apprendre à reconnaître les oiseaux visuellement avec des bons guides de terrain ou auditivement avec des cassettes et des disques compacts que l'on peut trouver dans les boutiques ou sur les sites spécialisés via internet ou dans notre propre localité.

Pour participer, il faut donc avoir une liste minimale de 75 espèces d'oiseaux observées ou entendues alors que vous avez les deux pieds bien ancrés dans les limites de votre cour. L'oiseau peut passer en vol (vous ajoutez alors un V au bout du nom de l'oiseau), situation commune dans le cas de canards et bernaches ou de rapaces; l'oiseau peut nicher sur votre terrain ou chez le voisin (vous ajoutez alors un N au bout du nom), mais vous devez voir le nid à partir de votre terrain. Vous pouvez aussi n'entendre que l'oiseau, mais le reconnaître sans l'ombre d'un doute (auquel cas vous ajoutez un E au bout du nom). Quand, un peu plus tard, vous voyez une espèce que vous n'aviez fait qu'entendre auparavant, vous me le mentionnez et j'enlève le E .  Pour qu'il n'y ait aucune lettre suivant le nom de l'espèce, il faut que celle-ci se soit vraiment arrêtée pour se nourrir, pour se baigner ou pour se reposer quelques minutes. Elle doit s'être perchée ou s'être posée au sol ou sur l'eau directement dans les limites de votre terrain ou dans votre champ de vision.

Au cours des dix années qui ont suivi, j'ai eu le bonheur de voir 54 propriétaires de cour s'inscrire à ce défi amical et, ce, dans 15 des 17 districts administratifs de la province de Québec. Certains districts sont couverts par plus de cours que d'autres, mais c'est intéressant quand même d'avoir un portrait assez global au niveau de la province. Voici donc ces districts avec (entre parenthèses) le nombre de cour contenu dans chacun:

  • Côte Nord (2)
  • Gaspésie (2)
  • Bas Saint-Laurent (2)
  • Québec (7)
  • Chaudière / Appalaches (14)
  • Centre du Québec (3)
  • Mauricie (2)
  • Estrie/Cantons de l'est (3)
  • Montréal/ Laval (3)
  • Outaouais (3)
  • Abitibi / Témiscamingue (1)
  • Montérégie (4)
  • Laurentides (3)
  • Lanaudière (3)
  • Saguenay / Lac Saint-Jean (2)

Et le total cumulatif des espèces ayant fréquenté ces 54 cours est assez impressionnant puisqu'il comprend à ce jour 298 espèces différentes et 17 espèces d'oiseaux exotiques (échappées de captivité). C'est un nombre que je ne croyais pas possible en lançant ce défi. 

Si vous vous demandez dans quel district de la province de Québec la diversité est la plus grande et bien voici en ordre décroissant le nombre d'espèces observées dans une cour donnée, avec l'endroit où se situe cette cour, le district du Québec ainsi que les noms de ceux ou celles qui ont recensé les espèces à travers les années.


nombre endroit district au Québec recenseurs
223 Saint-Fulgence Saguenay-Lac-St-Jean Claudette Cormier et Germain Savard
195 Pointe-Platon, Lotbinière Chaudière-Appalaches Alice Desrochers
188 Arrondissement Sainte-Foy Capitale-Nationale Olivier Barden
180 Grenville-sur-la-Rouge Outaouais François Morand
166 Saint-Jean-sur-Richelieu Montérégie Marcel Jr. Gauthier
162 Saint-Jean, Île-d'Orléans Capitale-Nationale Thérèse Beaudet et Pierre Lamothe
161 Stoke Estrie/Cantons de l'Est Luce Lefebvre et Jacques Turgeon
160 Pointe-aux-Trembles Montréal/Laval Yves Gauthier
159 Sainte-Martine Montérégie Micheline Ouellet
157 Saint-Hubert Montérégie Raymond Belhumeur
155 Sainte-Gertrude, Nicolet Centre du Québec Carole Gélinas et Robert Barbeau
154 Lévis Chaudière-Appalaches Lorraine Plante et Simon Bégin
153 Adstock, Beauce Chaudière-Appalaches Donald McCutcheon
144 Saint-Majorique, Drummond Centre du Québec Jeanne Lehoux
144 Lévis Chaudière-Appalaches Guy Lemelin
143 Ville-Marie Abitibi-Témiscamingue Jonathan Fréchette
139 Grand-Calumet Outaouais Mario Gervais
139 Dunany Laurentides Sylvie Robert
138 Arrondissement Neufchatel Capitale-Nationale Louis Messely
132 Saint-Onésime-d'Ixworth Bas-Saint-Laurent Jean-François Rousseau
129 Saint-Étienne-de-Lauzon, Lévis Chaudière-Appalaches Louise Morin
129 Montmagny Chaudière-Appalaches Guy Poisson
129 Saint-Paul-de-Joliette Lanaudière Raymond Piché
127 Saint-Georges-ouest, Beauce Chaudière-Appalaches Réjean Turgeon
121 Falardeau Saguenay-Lac-St-Jean Andrée Desjardins
120 Saint-Armand Montérégie Normand Bourdon
116 Saint-Adalbert-de-Lislet Chaudière-Appalaches Jean-Guy Chouinard
113 Irlande, Beauce Chaudière-Appalaches Anne-Marie Galant et Paul Demers
110 Hull Outaouais Frédéric Bédard
109 Saint-Georges, Beauce Chaudière-Appalaches Luc Légaré
109 Magog Estrie/Cantons de l'Est Jacqueline et Renaud Pirsch
108 Matapédia Gaspésie Christiane Pitre
106 Danville Estrie/Cantons de l'Est Gilles Lacroix
105 Mont-Laurier Laurentides Robert Lebrun
103 Saint-Jacques-de-Leeds, Lotbinière Chaudière-Appalaches Gabriel Samson
103 Mont-Tremblant Laurentides Francine Charpentier et Gérald Gauthier
102 Arrondissement Sillery Capitale-Nationale Anne Déry et Laval Roy
102 Saint-Joachim-de-Courval, Drummond Centre du Québec Colette et Yvon Roy
95 Islets-Caribou Côte Nord Gilles Dupuis
93 Trois-Rivières Mauricie Micheline Bisson
92 Sainte-Rose-de-Laval Montréal/Laval Luc Laberge
92 Saint-Cyrille-de-Lislet Chaudière-Appalaches Richard Alan Jones
87 Saint-Nicolas, Lévis Chaudière-Appalaches Nicolas Hallé
86 Île-Bizard Montréal/Laval Louise Turgeon
82 Lac Ulysse, Zec Forestville Côte Nord Thérèse Beaudet et Pierre Lamothe
82 Saint-Léonard-de-Portneuf Capitale-Nationale Alain Cayer
80 Amqui Gaspésie Ronald Lang
80 Saint-Jean-des-Piles Mauricie Yves Leduc
80 Arrondissement Beauport Capitale-Nationale Diane Labarre
79 Rawdon Lanaudière Lise Poulin
79 Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud Chaudière-Appalaches Mario Lavoie
78 Arrondissement L'Ancienne-Lorette Capitale-Nationale La famille Lagueux-Tremblay
75 Rimouski Bas-Saint-Laurent André Boulianne
75 Terrebonne Lanaudière Lucie et Marcel Léonard

Et maintenant, voici les espèces qui ont été identifiées 

dans 100% des cours participantes (54/54):

Bernache du Canada, Colibri à gorge rubis, Pic mineur, Pic flamboyant, Geai bleu, Corneille d'Amérique, Mésange à tête noire, Merle d'Amérique, Jaseur d'Amérique, Paruline à croupion jaune, Bruant familier, Junco ardoisé, Tarin des pins et Chardonneret jaune.

dans 98.1% des cours participantes (53/54):

Pic chevelu, Grand Corbeau, Bruant hudsonien, Bruant à couronne blanche, Quiscale bronzé, Roselin pourpré et Sizerin flammé.

dans 96.3% des cours participantes (52/54):

Grand Héron, Goéland à bec cerclé, Étourneau sansonnet, Bruant à gorge blanche, Carouge à épaulettes.

dans 94.4% des cours participantes (51/54):

Canard colvert, Épervier brun, Tourterelle triste, Hirondelle bicolore, Vacher à tête brune.

dans 92.6% des cours participantes (50/54):

Pic maculé, Roitelet à couronne rubis et Cardinal à poitrine rose.

dans 90.7% des cours participantes (49/54):

Faucon émerillon, Viréo aux yeux rouges, Bruant fauve et Gros-bec errant.

dans 88.9% des cours participantes (48/54): 

Sittelle à poitrine rousse et Paruline jaune. 

dans 87.0% des cours participantes (47/54): 

Urubu à tête rouge, Pie-grièche grise et Durbec des sapins.

dans 85.2% des cours participantes (46/54): 

Oie des neiges, Roitelet à couronne dorée et Paruline à tête cendrée.

dans 83.3% des cours participantes (45/54): 

Buse à queue rousse, Pluvier kildir, Sittelle à poitrine blanche et Jaseur boréal.

dans 81.5% des cours participantes (44/54): 

Grand Pic, Paruline à flancs marron, Paruline flamboyante, Paruline masquée et Cardinal rouge.

dans 79.6% des cours participantes (43/54): 

Pigeon biset, Grimpereau brun, Paruline noir et blanc, Oriole de Baltimore et Sizerin blanchâtre.

dans 77.8% des cours participantes (42/54): 

Pygargue à tête blanche, Busard Saint-Martin, Crécerelle d'Amérique et Paruline à joues grises.


dans 75.9% des cours participantes (41/54): 

Épervier de Cooper, Tyran tritri, Viréo à tête bleue, Grive solitaire et Paruline à gorge noire.


dans 74.1% des cours participantes (40/54):

Moucherolle phébi, Plectrophane des neiges et Moineau domestique. 
 
Je n'accorde personnellement pas une grande valeur statistique ou scientifique à tous ces pourcentages et ces chiffres. Si ce défi a dix ans d'âge, quelques espèces qui composent les listes de certaines cours sont peut-être là depuis les années 1970. Par exemple, la Pie-grièche migratrice est présente dans 4 cours différentes au fil des années: à Saint-Jean-des-Piles, à Saint-Georges-de-Beauce, à Sainte-Majorique (ou elle a même niché et 3 oisillons ont été observés) et à Repentigny. Commune dans les années 1970, cette espèce est aujourd'hui super rare à la grandeur de la province. Une ou deux mentions par année seulement. Pour connaître les réelles tendances de population pour les différentes espèces, il faudrait tenir à jour la liste de chacune des cours sur une base annuelle. Ainsi, on saurait de façon plus précise si une espèce maintient ou non sa population pour une région donnée. Mais je n'ai jamais été très fort sur les statistiques et je ne serai jamais un scientifique pur. Cependant, j'adore littéralement étudier le comportement des oiseaux dans leur façon d'interagir avec leur environnement. Le seul côté scientifique qui m'intéresse vraiment est de mettre le nom exact sur une espèce observée. Ceci est de la plus haute importance lorsqu'on maintient des listes des espèces rencontrées sur sa route. 

Pour voir la liste complète des espèces observées dans les 54 cours, aller à cette adresse

http://www.ornithoplanete.net/defi_des_cours/macour-presentation.htm

Et voici, en finissant, un pic que je photographiais pour la première fois le 11 janvier 2013. Comme je suis fort sur les listes, je peux vous dire que c'est la 870ième espèce à vie que j'immortalise en photo. Je devrais atteindre la 1 000ième espèce lors de mon prochain voyage en Thaïlande du 5 au 28 février prochains. Ça ne devrait pas être un très gros défi.

Voici donc une femelle de Pic à ventre roux / Melanerpes carolinus / Red-bellied Woodpecker présente à un poste d'alimentation d'une maison privée au Lac aux canards, près de La Durantaye, depuis le 9 décembre 2012. 




Même si cette espèce se retrouve sur la liste officielle du Québec, elle n'est pas commune du tout. Pour espérer en voir durant la saison de nidification, il faut se rendre dans la sud ouest de la province, en Montérégie et plus précisément à Châteauguay. Cependant, durant la saison hivernale, il s'en observe sur un plus vaste territoire, mais toujours en nombre minime. En me fiant aux mentions faites sur le site des oiseaux rares, 9 Pics à ventre roux ont été repérés à des mangeoires depuis le 2 décembre 2012. 3 en Montérégie, 2 en Outaouais, 1 en Mauricie, 1 à Montréal, 1 dans Chaudière-Appalaches et 1 dans la Capitale-Nationale. Comparativement à d'autres années, on peut dire que c'est un bon hiver pour cette espèce.






dimanche 9 septembre 2012

Île-aux-Basques: automne 2012

Et oui, cette année Anne et moi n'accompagnerons pas les ornithologues amateurs du COQ (Club des Ornithologues de Québec) lors de leur sortie automnale à l'Île-aux-Basques puisque nous nous retrouverons, à ces mêmes dates, sur une autre île, en fait la cinquième plus grosse au niveau mondial, soit Madagascar. Nous passerons 32 jours complets en sol malgache, du 26 septembre au 28 octobre 2012. Six vols internes nous permettrons de couvrir l'île dans sa presque totalité puisque l'extrême nord, où une seule espèce endémique peut être espérée, sera volontairement écarté de notre itinéraire. Nous serons alors accompagnés par nos amis ornithologues internationaux, Jean-Jacques Gozard du Costa Rica et Gaétan Duquette de Longueuil. Toute une virée en perspective que je partagerai avec vous à mon retour. C'est promis.

Mais, pour l'instant, allons-y avec un autre séjour inoubliable sur cette petite île magique qui, printemps et automne de chaque année depuis 2005, nous attire comme un aimant totalement irrésistible. Anne et moi décidons donc de réserver le chalet Meredith pour la fin de semaine de septembre qui correspond à celle d'un congé férié québécois (Fête du travail) où le lundi est ajouté à la fin de semaine habituelle. Ceci nous donne donc 3 jours au lieu de 2 et c'est bien suffisant pour nous permettre de profiter de l'île, surtout que nous y ajoutons une quatrième journée en traversant le vendredi (pratique courante pour les mordus de l'île).  C'est donc le vendredi 31 août que nous empruntons le bateau de notre capitaine Jean-Pierre Rioux pour une traversée d'une dizaine de minutes et couvrant les 5 kilomètres qui nous séparent de l'île. En raison de rafales de vent de 25 kilomètres à l'heure, la randonnée est plutôt houleuse, mais quand même agréable. La météo annoncée est rassurante pour les jours qui viennent et nous abordons l'aventure avec beaucoup d'optimisme. Nous accostons l'île vers 15h00 et, quelques minutes plus tard, nous sommes déjà partis à la découverte de quelques précieux trésors ailés:

Sept Courlis corlieu viennent se poser sur la pointe de sable de l'île parmi les trois espèces de goélands communs: Goéland marin, argenté et à bec cerclé. En raison de la marée haute, la pointe de sable est réduite de façon maximale.
En à peine 2h30, nous croisons 34 espèces d'oiseaux et, comme c'est souvent le cas pour une aussi petite île, la vedette d'une journée peut être complètement absente le lendemain. C'est ainsi que nous observons parmi les espèces répertoriées un groupe de 19 Tournepierres à collier, 1 Chevalier grivelé, 2 Bruants de Lincoln et 1 Paruline tigrée en plumage d'automne. De ces espèces, seulement le tournepierre sera revu subséquemment (et seulement 2 ou 3 par jour). Comme je ne veux pas trop étirer ce billet, je vais y aller avec les découvertes intéressantes selon les journées qui suivront.

 Petit aparté:

Vers 19h30, nous observons la deuxième pleine lune du mois d'août 2012 et elle s'appelle la Lune bleue (Blue Moon). La première pleine lune était visible le 2 du même mois.

Une année civile comporte habituellement 12 pleines lunes, parfois 13. Cette treizième pleine lune "supplémentaire" est appelée "lune bleue"; de fait, on appelle "lune bleue" la seconde pleine lune d'un même mois. Contrairement à ce que suggère son nom, elle n'est pas du tout bleue.





1er septembre 2012

À 7h00, nous faisons notre première session au télescope alors que nous dirigeons nos yeux de cyclope vers le large en direction de la côte nord où les falaises de Tadoussac sont visibles de l'Île-aux-Basques. Je sais, c'est trop loin pour pouvoir identifier quoi que ce soit, mais les eaux intermédiaires peuvent nous procurer quelques surprises. La visibilité est bonne, mais l'activité est quasi nulle. Pas de laridés, donc pas de labbes. Pas de Petit Pingouin, nous sommes probablement trop tard pour le temps de l'année, et pas de Plongeon catmarin, nous sommes trop tôt dans la saison. Du fait que nous sommes six semaines en avance sur notre séjour automnal habituel, nos repères sont quelque peu perturbés. Parmi les espèces observées figurent: 600 Cormorans à aigrettes, 80 Guillemots à miroir, 90 Eiders à duvet, 3 Grèbes jougris, 32 Macreuses à front blanc, 10 Macreuses brunes, 22 Fous de Bassan, 20 Mouettes tridactyles, 1 Sterne arctique et 1 Plongeon huard. Du côté des mammifères marins, une bonne trentaine de Phoques communs se prélassent sur un îlot à plusieurs centaines de mètres de distance de notre position et 5 Bélugas, ces petites baleines blanches qui font la renommée de la région de Tadoussac, passent au large en formation serrée. Nous discernons 3 dos blancs et 2 dos gris, ce qui signifient que deux juvéniles de l'année accompagnent 3 adultes.



Même si l'observation d'un Phoque commun est chose habituelle lors d'un séjour à l'île, le voir d'aussi près relève du fantasme. Cet individu se repose sur les berges de l'île alors que normalement il le fait sur les rochers plus au large.


Quelques minutes après que nos regards se soient croisés, le mammifère marin rejoint l'eau où il se déplace tellement mieux que sur la terre ferme.

Du côté des limicoles, nous observons un groupe de 18 Courlis corlieu, 4 Bécasseaux minuscules, 6 Bécasseaux semipalmés, 7 Pluviers argentés, 11 Pluviers semipalmés, 50 Bécasseaux sanderling et 5 Bécasseaux maubèches.

Le Bécasseau maubèche est une espèce rencontrée moins fréquemment et en plus petit nombre que les autres calidris plus communs.  On le voit plus à l'automne alors qu'il arbore un plumage plus terne, mais quand même intéressant.

Le Bécasseau minuscule affectionne les dépôts de varech. On le reconnaît à son plumage brun, le "V" pâle dans le dos, ses pattes jaunâtres et son bec légèrement courbé vers le bas. Il porte bien son nom puisqu'il est le plus petit de nos calidris.


Ce Bécasseau semipalmé arbore le plumage typique d'un adulte en mue lors de la migration d'automne avec un mélange de plumes noirâtres (plumes nuptiales usées) et de plumes grises (plumes internuptiales fraîches) sur la partie supérieure de l'oiseau. Les adultes retiennent au moins quelques scapulaires et tertiaires nuptiales au cours de la migration automnale. La mue reste incomplète tant que les zones d'hivernage ne sont pas atteintes. (The Shorebird Guide, page 148).


Le Pluvier semipalmé est très vocal et son "piiiviiii" s'entend très souvent et nous indique sa présence. Cet individu est un adulte en plumage internuptial. Ce plumage diffère de celui du juvénile par l'uniformité de la partie supérieure de l'oiseau. Le collier est quelquefois incomplet chez les juvéniles et chez les adultes en plumage internuptial. (The Shorebird Guide, page 51).

Lorsqu'ils se nourrissent, les interactions entre Pluviers semipalmés sont choses fréquentes. Ils foncent l'un sur l'autre, le dos arqué, l'air menaçant. En premier plan, un juvénile reconnaissable aux franges pâles garnissant les plumes de la partie supérieure de l'oiseau; en second plan, un adulte en plumage internuptial.

La température est idyllique aujourd'hui avec un soleil omniprésent et une température au-dessus des 20° C. Nous observons 47 espèces dont 1 seul Bruant des marais. Les parulines sont nombreuses et, tout au cours de la journée, 8 Parulines obscures se présentent finalement devant nous dans leur apparat automnal.

Les plumages déroutants des parulines en automne représentent un défi presque cauchemardesque pour les ornithologues Québécois débutants... et même pour les plus aguerris. Cette Paruline obscure nous a posé quelques problèmes d'identification lors de la première rencontre. Ces boules d'énergie ne cessent de farfouiller dans le feuillage et nous ne voyons bien souvent qu'une partie de l'oiseau à la fois. Heureusement, avec beaucoup de patience de la part de l'observateur, il arrive que l'oiseau passe quelques secondes dans une ouverture dégagée dans la végétation. L'unique bande alaire pâle nous a tout de suite orientée vers cette espèce. Elle peut être très visible chez certain individu et presque imperceptible chez d'autres.

La dernière espèce nouvelle de la journée est une Paruline à couronne rousse (de la sous-espèce palmarum) qui vient nous saluer alors que nous sommes assis sur la petite galerie du chalet vers les 17h30. Ce sera le seul individu de cette espèce que nous verrons de toute la fin de semaine.


2 septembre 2012

Cette femelle de Colibri à gorge rubis se perche
un bref instant avant de retourner se nourrir
dans les fleurs de rosiers sauvages.
Encore une autre belle journée en perspective. Moins de soleil prévu, mais une température plus tempérée et plus confortable. Vent léger et aucune pluie. Ce matin, nous délaissons les télescopes et nous nous dirigeons vers la pointe est de l'île, à l'Anse-d'en-bas. En arrivant à cet endroit vers 7h15, nous savons que le soleil levant aura tôt fait de réchauffer les lieux et que les oiseaux ne tarderont pas à s'activer. Nous comptons bientôt 24 Merles d'Amérique, dans différents plumages, qui se nourrissent en bordure de la plage et dans deux gros sorbiers généreux en fruits. 1 Grive à dos olive et 1 Grive solitaire sont découvertes près du sol, sur le bord de la plage ou à travers les rosiers. Un mâle de Pic flamboyant visite les sorbiers alors que pas moins de 4 Pics mineurs s'activent tout près. 1 Mouette de Bonaparte crie en vol et nous la repérons facilement parmi des goélands.

S'y trouvent également quelques dizaines de Jaseurs d'Amérique, 1 mâle de Crécerelle d'Amérique, 1 Bihoreau gris, 1 Martin-pêcheur d'Amérique, 3 Bruants fauves (nous en aurons 10 dans la journée), 2 Viréos aux yeux rouges, 1 Paruline à gorge noire, 1 Paruline rayée, 1 Paruline à collier  et 1 femelle de Colibri à gorge rubis.

Nous revenons en empruntant le sentier de la falaise où des personnes présentes sur l'île ont observé un petit hibou vers 18h00, la veille. Nos recherches sont vaines, mais nous avons la chance d'entendre les "hurlements" d'un Phoque commun. Pas étonnant que son nom vernaculaire soit "Loup marin". Un très beau moment !

La fin d'après-midi nous réserve nos plus belles surprises alors que nous nous retrouvons sur la pointe ouest de l'île. Aussitôt arrivés tout près de l'eau, vers 16h00, nous repérons un groupe de limicoles. Il doit y avoir environ 50 Bécasseaux sanderlings et 3 Bécasseaux à croupion blanc. Je m'avance lentement vers eux en faisant de nombreux arrêts stratégiques afin qu'ils s'habituent graduellement à ma présence. Je finis par me retrouver assis par terre à environ 5 mètres du premier individu, un Bécasseau à croupion blanc adulte en mue.



Bécasseau à croupion blanc, adulte en mue: des plumes brun-gris remplacent, sur la partie supérieure de l'oiseau, celles usées qui sont noirâtres en leur centre. Quelques minces lignes foncées peuvent être présentes sur la poitrine et les flancs. "Shorebirds: An identification guide. Hayman, Marchant and Prater. Houghton Mifflin Company, 1986". Page 197


Juvénile de Bécasseau sanderling.

Après une quarantaine de minutes à cet endroit, nous décidons de revenir au chalet en passant par la grande pointe de sable. Alors que nous approchons de cette pointe, nous apercevons un petit groupe de limicoles qui la quitte en passant en vol devant nous. J'identifie des Bécasseaux sanderling, mais un des oiseaux est plus gros et je crois reconnaître un Bécasseau à poitrine cendrée. Comme le groupe se dirige à l'endroit que nous venons de quitter, nous décidons d'y retourner. Arrivés sur les lieux, nous avons l'immense bonheur d'observer non pas un, mais bien deux Bécasseaux roussâtres. C'est incroyable de penser qu'ils n'y étaient pas quinze minutes plus tôt. Et le Bécasseau à poitrine cendrée est bien là lui aussi.

Deux juvéniles de Bécasseaux roussâtres se nourrissent ensemble dans le varech.





Juvénile de Bécasseau à poitrine cendrée.

Après toutes ces émotions, nous nous dirigeons vers la pointe de sable, mais des cris de sternes nous font nous retourner et nous apercevons une dizaine de Sternes arctiques qui s'en viennent en vol vers nous. Je sors mon Ipod et je compare ce que j'entends avec les cris de la pierregarin et de l'arctique. Aucun doute possible, c'est bien la Sterne arctique. Ce qui est comique, c'est que je venais de demander à Anne si elle souvenait d'octobre 2010 alors que nous avions été survolés par une vingtaine de Sternes arctiques. En arrivant à la pointe, un autre Bécasseau roussâtre se nourrit dans le varech. Une autre journée tout à fait exceptionnelle.

3 septembre 2012

Aujourd'hui, nous n'avons que l'avant-midi pour espérer ajouter d'autres espèces à notre liste cumulative qui en est à 70 espèces. Nous aimerions bien atteindre les 75. Nous décidons de commencer par la pointe est, car nous avons bien aimé la diversité des espèces hier matin. Avant de quitter le Meredith, nous jetons un oeil sur le Lac salé et nous observons un Grand Héron juvénile en vol. Et de 71. Chemin faisant, par la route des Basques, nous rencontrons une deuxième nouveauté, une coquette et furtive Paruline couronnée toute en couleurs et muette comme une carpe. Par chance qu'un mouvement trahit sa présence. Et de 72.  En arrivant à l'Anse-d'en-bas, Anne me montre un petit rapace perché dans le haut d'une épinette. Nous pensons avoir affaire avec la crécerelle de la veille, mais non, il s'agit bien d'un Faucon émerillon. Et de 73. Peu après, un Épervier brun vient nous survoler en tournoyant et oups! il fonce vers un petit groupe de fringillidés. L'un deux, qui a échappé à la poursuite, se perche et se met à télégraphier les dernières nouvelles à tous: un Bec-croisé bifascié. Et de 74.

Nous nous dirigeons ensuite vers le quai de pierre et nous sommes surpris de trouver un Pipit d'Amérique. Il nous semble un peu tôt dans la saison, mais nous prenons tout ce qui passe devant nos jumelles. Et de 75. En revenant, nous nous assoyons sur le petit banc, sur le trottoir en bois dans la partie ouest de l'étang. Voilà qu'un son familier attire mon attention. Mais il s'agit d'un Cardinal à poitrine rose. Quelques sifflements et l'oiseau juvénile se présente devant nos yeux ravis. Et de 76.

Ce Pipit d'Amérique apporte de la couleur à un décors plutôt terne.

Et, au large, entre l'île et la rive sud, des milliers de Macreuses à front blanc forment des radeaux impressionnants et leur babillage incessant fait office de bruit de fond. 

Un autre beau séjour à l'île magique. Nous avons déjà hâte à la prochaine. À suivre...



mardi 15 mai 2012

Un printemps québécois différent

Oui, je sais, vu tout le brasse camarade qui se passe présentement au Québec avec les contestations étudiantes et leurs carrés rouges, verts ou blancs, le titre de ce billet peut mener à une certaine confusion... et c'est voulu. Le printemps au Québec en 2012 est tout à fait spécial à plus d'un niveau. Pendant que des groupes marginaux d'étudiants, menés par des motifs fallacieux, concourent à donner au Québec un air de société en pleine crise, les oiseaux allègent l'atmosphère en revenant des pays chauds avec quelques jours en avance sur les dates des années antérieures. Et, si vous le permettez, je vais m'attarder davantage sur le phénomène ornithologique. Une température anormalement clémente en mars a provoqué l'arrivée hâtive de plusieurs espèces migratrices. En fait, c'est même avec une à deux semaines d'avance que les premiers migrateurs ont atteint nos latitudes. Pour plusieurs personnes, la raison évoquée pour expliquer ce phénomène a pour cause le "réchauffement climatique", mais je ne partage pas cet avis. Je trouve que ce soit disant "réchauffement climatique" a les épaules bien larges par les temps qui courent et qu'on lui attribue tous les maux. Ne possédant pas la vérité absolue pour tout expliquer, je crois cependant plus aux cycles qui régissent toute la nature. On n'a qu'à penser à la succession des saisons, au jour et à la nuit, aux phases de la lune, à la trajectoire des astres, aux cycles d'abondance de différentes populations d'animaux... Quand vous vous endormez la nuit, doutez-vous une seconde que le soleil se pointera ou non à l'horizon le lendemain matin ? Des printemps hâtifs, les humains en ont connus, tout comme pour les printemps tardifs. Le problème est que nous ne possédons pas toujours les statistiques qui permettraient de tout prévoir.
De la même façon qu'une température clémente en novembre 2011 a permis à des milliers de Merles d'Amérique de retarder leur départ vers leur aire de distribution hivernale, les mêmes conditions climatiques vécues en mars 2012 ont permis un retour hâtif chez les populations d'oiseaux hivernants aux États-Unis, pas très loin au sud du Québec si on les compare avec celles se rendant jusqu'en Amérique du Sud. Les oiseaux sont des opportunistes et ils doivent l'être s'ils veulent survivre. La période de nidification n'est pas très longue sous nos latitudes nordiques et les oiseaux vont profiter de chacune des journées additionnelles octroyées par une température avantageuse.

Ces temps-ci, comme je n'ai malheureusement pas le temps d'écrire des billets trop documentés, je vais me contenter de partager avec vous des belles rencontres faites dans les derniers mois.


Le 19 avril, un Canard noir au Domaine de Maizerets, ville de Québec. À cause du haut taux d'hybridation avec le Canard Colvert, l'avenir de cette espèce ne serait pas assurée si l'on se fie aux avis de nombreux ornithologues professionnels et des taxonomistes de renom. L'observation d'un individu de "race pure" deviendra peut-être rare dans quelques décennies.

Le 6 mai, un Canard colvert mâle à l'Île des Soeurs, ville de Montréal.  Cette espèce est beaucoup plus nombreuse que le Canard noir et elle s'hybride facilement avec ce dernier.


Le 19 avril, un Quiscale bronzé mâle au Domaine de  Maizerets, ville de Québec. Cet individu n'hésite pas à ébouriffer son plumage afin de convaincre toute femelle présente qu'il est le "macho" des lieux.

Le 19 avril, un Pic maculé femelle au Domaine de Maizerets, ville de Québec. Les trous alignés sur le tronc montrent bien pourquoi son nom anglais est  le Yellow-bellied Sapsucker. Il perfore une série de trous dans l'écorce de l'arbre d'où  la sève suinte peu après. Non seulement sappe-t-il la sève qui s'écoule, mais il peut ingurgiter les insectes qui, attirés par l'odeur du liquide, viennent s'y coller et ne peuvent échapper à leur destin tragique. De plus, le Colibri à gorge rubis, le seul colibri rencontré au Québec, aime bien à l'occasion venir se sustenter de cette même sêve et des insectes retenus prisonniers.

Le 19 avril, un Carouge à épaulette mâle au Domaine de Maizerets, ville de Québec. Cet ictéridé est très commun au Québec et il est reconnu pour son agressivité lorsque vient le temps de défendre son territoire. Il n'hésitera jamais à foncer sur l'individu qui envahit son territoire. Des agressions envers des humains sont rapportées sporadiquement mais, considérant la taille de l'oiseau, n'ont rien à voir avec celles du Cassican flûteur d'Australie.


Le 19 avril, une Grive solitaire au Domaine de Maizerets, ville de Québec. Cette grive est toujours la première des six espèces de cette famille observables au Québec à revenir sous nos latitudes le printemps venu. 



Le 13 mai, une Grive à dos olive à la Base de Plein Air de Sainte-Foy, Québec. Voici la deuxième espèce qui suit habituellement la Grive solitaire de quelques semaines.


Le 13 mai, un Moqueur roux à Pont Rouge.


Le 13 mai, un Merlebleu de l'est mâle à Pont Rouge. Le merlebleu n'a jamais été très commun au Québec. Il a connu sa part de problèmes lorsque les terres agricoles ont été grandement modifiées au cours du dernier siècle. Les piquets de cèdre, endroits privilégiés pour établir leur nichée, ont été enlevés et l'oiseau s'est retrouvé devant un manque d'endroits propices à la nidification. Heureusement, des cabanes spécialement adaptées à leurs exigences ont été installées sur des "routes de merlebleu" et cette initiative a connu un succès inespéré. La population du merlebleu est en hausse au Québec, à notre plus grand contentement.


Le 13 mai, une Sturnelle des prés mâle à Neuville. Au cours des dernières trente années, cette espèce a connu une baisse drastique de sa population. La cause principale du déclin se situe au niveau des techniques de récolte du foin qui a changé énormément durant ces années. Alors qu'autrefois on ne coupait le foin qu'une fois par été, maintenant ce sont deux coupes qui se font, détruisant une grande majorité des nichées en cours. Le Goglu des prés et la Maubèche des champs ont également écopé de ces méthodes nouvelles.


Le 12 mai, une Oie des neiges au Cap Tourmente. Au milieu du XXième siècle, la population de l'Oie des neiges au Québec était évaluée à 200 000 individus. Aujourd'hui, la population mondiale est estimée à 7 600 000 individus et n'est pas menacée. La population de passage au Québec était estimée en 2009 à 1 428 000 individus, et en forte progression. La coloration rousse sur la tête et la base du cou provient du fer contenu dans le sol où les oies se nourrissent des racines du Scirpe d'Amérique, sa plante préférée.


Le 5 mai, un couple d'Hirondelles bicolores à Baie-du-Febvre. On peut facilement différencier les sexes selon leur plumage. À condition cependant que la femelle soit âgée de moins de 2 ans. La première année, elle arbore un plumage brun alors que la deuxième année, elle porte le même manteau que le mâle.


Le 6 mai, un Râle de Virginie à l'Île des Soeurs, Montréal. Selon le spécialiste de ce secteur, Pierre Bannon, ça faisait quelques années que cette espèce n'avait pas été observée en ces lieux. Une belle redécouverte, mais y nichera-t-il en 2012 ?
Le 12 mai, un Moqueur polyglotte au Cap Tourmente. Cette espèce est répertoriée à tous les ans au Québec, mais en nombre plutôt restreint. L'année 2012 semble propice puisque plusieurs individus ont été rapportés au cours des derniers jours, dans diverses régions.  Le 13 mai, j'ai même observé et photographié un autre individu à la Base de Plein Air de Sainte-Foy.


Les premières vagues de parulines sont arrivées et le meilleur est à venir dans les jours qui viennent. Le printemps est vite passé et il faut profiter de toutes les occasions pour observer cette belle nature.