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dimanche 16 juillet 2017

Des belles rencontres en mai, juin et juillet 2017




De retour au Québec après notre périple autour du Lac Érié, voici les sorties faites au fil des semaines. Les belles rencontres, nous pouvons en faire partout et bien souvent pas très loin de la maison.


Cap Tourmente, 20 mai 2017

 

Paruline à gorge noire / Setophaga virens / Black-throated Green Warbler

 
Paruline à gorge orangée / Setophaga fusca / Blackburnian Warbler

 
Paruline à poitrine baie / Setophaga castanea / Bay-breasted Warbler


Paruline tigrée / Setophaga tigrina / Cape May Warbler

 
Paruline flamboyante (femelle) / Setophaga ruticilla / American Redstart


Baie-du-Febvre, 21 mai 2017



 
Bécasseau minuscule / Calidris minutilla / Least Sandpiper

 
Râle de Virginie / Rallus limicola limicola / Virginia Rail

 
Moucherolle des saules / Empidonax traillii traillii / Willow Flycatcher


Marais du nord, 27 mai 2017




Carouge à épaulettes (mâle) / Agelaius phoeniceus phoeniceus / Red-winged Blackbird


Une belle relève:  Zoé, Alex et Éloïse.


Domaine de Maizerets, 02 juin 2017



 
Une espèce égarée, très loin de son ère de distribution plus au sud, et une première pour la province de Québec: la Paruline à ailes blanches / Myioborus pictus pictus / Painted Redstart.


Villeroy, 04 juin 2017



 
Bécassine de Wilson / Gallinago delicata / Wilson's Snipe


Paruline à couronne rousse / Setophaga palmarum hypochrysea / Palm Warbler

 
Maubèche des champs / Bartramia longicauda / Upland Sandpiper


Lévis et Marais Provancher, 17 juin 2017




Moqueur polyglotte / Mimus polyglottos polyglottos / Northern Mockingbird, sur le chemin Harlaka à Lévis.

 
Carouge à épaulettes (femelle) / Agelaius phoeniceus phoeniceus / Red-winged Blackbird


Carouge à épaulettes (oisillon) / Agelaius phoeniceus phoeniceus / Red-winged Blackbird


Rat musqué / Ondatra zibethicus / Muskrat


Parc des Grands Jardins, 30 juin 2017




 
Mésangeai du Canada (juvénile) / Perisoreus canadensis nigricapillus / Gray Jay


Ours noir (femelle et 2 oursons) / Ursus americanus / American black Bear (female with 2 bear cubs)


Parc des Grands Jardins, 01 juillet 2017



Tétras du Canada (poussin) / Falcipennis canadensis canadensis / Spruce Grouse (chick)

 
Tétras du Canada (poussin) / Falcipennis canadensis canadensis / Spruce Grouse (chick)


Tétras du Canada (femelle adulte) / Falcipennis canadensis canadensis / Spruce Grouse



La Malbaie, 02 juillet 2017



Goéland brun / Larus fuscus / Lesser Black-backed Gull. 1 X 2 ans et 1 juvénile (avec Goéland marin et Goéland à bec cerclé)


L'Isle Verte, 08 juillet 2017

 
 
Grand Corbeau / Corvus corax principalis / Common Raven


Saint-Édouard de Lotbinière, 15 juillet 2017




Tourterelle turque / Streptopelia decaocto decaocto / Eurasian Collared-Dove

 
Tourterelle turque / Streptopelia decaocto decaocto / Eurasian Collared-Dove


@ bientôt.



vendredi 11 juillet 2014

Juin 2014



C'est la première fois, depuis 2010, que je passe le mois de juin à la maison. J'ai bien l'intention d'en profiter pour faire quelques sorties dans les environs afin d'observer les oiseaux nicheurs. En ce mois de juin 2014, la température est plutôt fraîche, quelques degrés en bas de la normale. La pluie et les vents semblent plus présents que d'habitude et je ne peux m'empêcher, à tous les matins, d'avoir une pensée pour mes confrères de l'Atlas des Oiseaux Nicheurs du Québec qui s'activent dans les régions nordiques de la province.


Je vous invite à m'accompagner dans certaines des sorties effectuées à partir de la mi-juin.



Le 16 juin, je me rends dans le comté de Lotbinière afin de compiler des informations pour l'Atlas.




Dans un chemin forestier en bordure de rivière, cette Paruline à flancs marron / Setophaga pensylvanica / Chestnut-sided Warbler me gratifie de son beau chant. Comme elle niche dans le coin, elle est très territoriale et mon seul passage suffit à l'agiter.


Je marche lentement et j'entends le sifflement caractéristique du Tyran huppé / Myiarchus crinitus / Great Crested Flycatcher. J'émets un sifflement similaire et il répond aussitôt. Quelques minutes plus tard, il passe en vol et je réalise ce cliché. L'oiseau se perche trop loin pour une autre photo. Mais son attitude agressive démontre bien que je suis sur son territoire de nidification. Les tyrannidés sont très agressifs lorsqu'ils nichent. À travers mes années d'observation, j'ai été attaqué par plusieurs espèces appartenant à cette famille. Saviez-vous que le Tyran huppé aime apporter une mue de serpent dans son nid ? Il niche dans les anciens nids de pics ou dans des cavités naturelles présentes dans les arbres. Il adopte volontiers un nichoir mis à sa disposition.


Nous sommes peu enclins à chercher l'Alouette hausse-col / Eremophila alpestris alpestris / Horned Lark au début de l'été alors que les champs cultivés commencent à voir sortir la végétation provenant des semis. Et pourtant, l'alouette est toujours là. Elle niche très tôt au printemps, même lorsque la neige est encore présente au sol. Pendant cette période, elle pointe les deux cornes qui lui ont valu son ancien nom d'Alouette cornue. En ce matin de mon passage, elles étaient trois, bien excitées, toutes en voix et les cornes déployées. Elles se pourchassaient. Drôle de comportements pour une espèce qui aurait finit de nicher. Une deuxième nichée en vue ???




Le 23 juin, ma généreuse cour me réserve encore de beaux moments.




L'Étourneau sansonnet / Sturnus vulgaris vulgaris / European Starling a été importé d'Europe et 60 individus ont été introduits en 1890 à Central Park, ville de New York. 40 autres ont suivi en 1891. Ils se sont mis à nicher immédiatement puisque le premier nid fut trouvé à l'été 1890 sous les corniches du Musée d'Histoire Naturelle d'Amérique, tout près du célèbre parc. 50 ans plus tard, ils nichaient en Californie. L'adulte au bec jaune amène un juvénile pour se désaltérer et se baigner dans un bassin mis à leur disposition.


Dès qu'ils apparaissent durant l'été, les juvéniles de plusieurs espèces communes deviennent de réels casse-têtes pour les ornithologues débutants. Les couleurs sont fades et le manteau général est souvent fortement strié ou tacheté alors que le plumage de l'adulte ne possède pas ces critères. De là l'importance de continuer l'observation assidue des oiseaux même en été.



Et voici une espèce qui me réconcilie avec la grisaille du plumage d'autres espèces. Ce magnifique mâle de Cardinal rouge / Cardinalis cardinalis cardinalis / Northern Cardinal est un visiteur régulier à nos mangeoires. Il nous avise de son arrivée par des "tick, tick" très sonores. Bientôt il reviendra avec ses jeunes pour nous les présenter.




Le 24 juin, Anne et moi nous nous dirigeons vers Baie-du-Febvre.



Baie-du-Febvre constitue notre rendez-vous annuel pour observer l'élégante Guifette noire / Chlidonias niger surinamensis / Black Tern. Même si je l'ai déjà observée en période migratoire aussi à l'est que Saint-Vallier, c'est à partir de Trois-Rivières qu'elle devient de plus en plus abondante vers l'ouest. Elle est super abondante et nicheuse dans le grand marécage au nord des deux bassins d'eau sur la route Janelle.


La très gracieuse Hirondelle bicolore / Tachycineta bicolor / Tree Swallow niche dans les nombreux nichoirs mis à sa disposition autour des plans d'eau de la route Janelle.



Mais nous sommes si habitués à les voir occuper des nichoirs que c'est toujours une surprise de les voir disparaître dans des cavités naturelles. Pour Anne, il s'agissait d'une première. Deux oisillons attendent l'arrivée des parents avant de se présenter dans l'ouverture. Photo prise plus près du fleuve.



À peine 50 mètres de la bicolore, c'est un couple d'Hirondelle rustique / Hirundo rustica erythrogaster / Barn Swallow qui nourrit fébrilement une nichée très exigeante. Le mâle, à droite, est nettement plus coloré que sa femelle.



La femelle vient tout juste de déposer dans le bec grand ouvert d'un oisillon de succulents insectes ailés. Il ne reste maintenant qu'à retourner en chercher d'autres. Le nid, en forme de quart de sphère, est fait de boulettes de boue projetées et collées les unes aux autres. Il est placé de façon à être protégé de la pluie sur des poutres ou des dessus de porte ou de fenêtre.





Les 28 et 29 juin, nous faisons une tournée en Montérégie. Le 28, nous nous rendons directement au croisement des routes 202 et Montée Clinton près de Franklin. Nous couvrirons la distance en deux heures trente minutes.




Voici l'oiseau le plus convoité lors de cette escapade en Montérégie. Le Dickcissel d'Amérique / Spiza americana / Dickcissel est peu commun au Québec. Sa rare présence, en période migratoire, est le plus souvent détectée grâce à son cri de vol entendu lors d'écoutes nocturnes ou  lors de ses déplacements diurnes. Il aime fréquenter les postes d'alimentation et c'est là qu'il est habituellement observé.

Exceptionnellement, cet individu est bien campé au croisement de deux routes passantes depuis déjà quelques semaines et il ne cesse de s'époumoner pour attirer une possible partenaire.



Et voilà que seulement quelques jours avant notre passage, une autre rareté est trouvée exactement au même endroit que le dickcissel. Il s'agit d'un jeune mâle de Guiraca bleu / Passerina caerulea ssp. / Blue Grosbeak. C'est quand même extraordinaire d'avoir deux oiseaux égarés sur le même site et en même temps. À l'instar du dickcissel, le guiraca est très vocal, mais il ne restera finalement que quelques jours. En date du 11 juillet, le dickcissel est toujours là.



Sur le chemin Gowan, un beau bruant au bec rose nous surprend par son chant typique. Non pas qu'ils soit rare, mais il est peu commun à l'est des Bois-Francs. Le Bruant des champs / Spizella pusilla pusilla / Field Sparrow est petit et furtif. Il se cache très bien dans la végétation et il passerait inaperçu si ce n'était de son chant.



Toujours sur ce même chemin, cette femelle de Cardinal à poitrine rose / Pheucticus ludovicianus / Rose-breasted Grosbeak vient tout près de nous, histoire de savoir ce qui peut attirer deux humains dans son boisé.




En fin d'après-midi, nous nous rendons au gîte du passant que nous avons réservé avant de quitter la maison. Le Gîte chez Mimi est judicieusement situé sur le chemin Ridge. Des cabanes d'oiseaux, des mangeoires et des abreuvoirs sont installés pour les oiseaux. Un couple de Moineau domestique / Passer domesticus / House Sparrow niche dans une cabane, mais il a le malheur d'avoir un voisin très agressif, soit le diminutif Troglodyte familier / Troglodytes aedon aedon / House Wren. La femelle nourrit ses petits, mais le petit diable ne cesse de la contrarier en passant très près. Le troglodyte ne niche pas dans la cavité en bas de celle du moineau, mais plutôt dans une autre cabane placée en dessous de celle que l'on voit sur la photo. Disons que ce n'est jamais une bonne idée de placer des cabanes trop près les unes des autres.



Même si cette photo s'apparente plus à des ombres chinoises, vous n'aurez sûrement pas trop de difficulté à identifier l'oiseau. Il s'agit d'un Étourneau sansonnet qui est contrarié par notre présence sur la galerie au deuxième étage. Il niche en effet en dessous de la corniche, à environ deux mètres où nous nous tenons, et sa marmaille ne cesse de réclamer son retour.



Le 29 juin, nous retournons sur la montée Biggar afin de trouver la Paruline à ailes dorées / Golden-winged Warbler entendue la veille par Alain Daigle de Victoriaville. Nous finissons par en entendre une, mais l'auteur du chant est en fait une Paruline de Brewster / Brewster's Warbler, une espèce hybride provenant de l'accouplement entre une Paruline à ailes dorées et une Paruline à ailes bleues. L'individu hybride découlant de cette union peut alors chanter comme l'un ou l'autre des parents, ce qui nous oblige à voir l'oiseau pour nous assurer de faire une bonne identification. Un peu plus loin sur le même chemin nous rencontrons un petit groupe familial de Paruline à ailes dorées alors qu'une femelle adulte nourrit au moins deux oiseaux qui se déplacent continuellement. Un quatrième individu, que nous soupçonnons être le mâle selon ce qu'un rapide coup d'oeil nous a permis de décortiquer, s'envole et s'éloigne trop rapidement pour une confirmation absolue. 

Ces deux parulines sont très rapides et elles se tiennent dans un feuillage épais ce qui a rendu la prise de photo impossible.

Nous nous dirigeons ensuite vers Dundee et la Réserve nationale de faune du Lac Saint-François. Il s'agit pour Anne et moi d'une première visite à vie. Nous sommes subjugués par la belle nature omniprésente et les beaux paysages. Enfin, nous arpentons la fameuse "digue aux aigrettes" dont nous entendons de plus en plus parler. C'est un endroit magnifique.



Nous sommes accueillis dès nos premiers pas dans le sentier par une grosse Chélydre serpentine / Chelydra serpentina serpentina /  Common snapping Turtle. Nous la connaissons aussi sous le nom de Tortue serpentine. Elle est reconnue pour son agressivité et la pointe de sa mandibule supérieure nous aide à comprendre toute la douleur que l'on doit ressentir à la suite d'une morsure. C'est la première que je rencontre à l'état sauvage et c'est très impressionnant.




Et voici une autre espèce plutôt rare à l'est du centre du Québec, mais plus commune vers l'ouest: le Moucherolle des saules / Empidonax traillii traillii / Willow Flycatcher.  Il fait partie du complexe bien connu par les Nord-Américains soit celui du genre "Empidonax" où peuvent se retrouver au Québec 5 espèces bien distinctes. Ces moucherolles sont tous très similaires en apparence: petits oiseaux gris (teintés d'olive, de brun ou de jaune) avec deux barres alaires et un cercle oculaire. Leurs caractères spécifiques sont si subtils qu'il y a quelquefois autant de variation entre deux individus d'une même espèce qu'entre deux individus d'espèces différentes. Même des spécimens de musée sont difficiles à confirmer. La meilleure façon de les identifier avec certitude est de les entendre chanter ou émettre leur cri de contact. Celui sur la photo nous a gratifié de son "Fitz-biou" ou l'emphase est mise sur la première syllabe. Nous en avons entendu au moins trois sur le site.



Notre coup de coeur en ce mois de Juin 2014 a sans aucun doute été notre visite de deux jours en Montérégie. Quel merveilleux territoire à parcourir ! C'est tellement différent des autres endroits visités au Québec et la nature y est particulièrement généreuse. Ce périple s'inscrira maintenant dans nos randonnées annuelles récurrentes.


@ bientôt.






mercredi 8 mai 2013

À la recherche de Ti-coune...

Je sais, de la façon dont il est formulé, mon titre peut porter à de multiples interprétations aussi je vous demanderais de ne pas tirer de conclusion trop vite tout au long de ce billet. Comme dans tout bon "thriller", je vous demande d'attendre à la toute fin.

Cette semaine, une de mes sources d'information les plus sûres m'apprend qu'il y a eu du nouveau du côté du Saguenay (à moins que ce soit du Lac-Saint-Jean...je n'ai jamais rien compris à leur histoire). Un évènement difficile à prévoir, car tout à fait inattendu et plutôt impressionnant.

Mais avant d'aller plus loin, je crois qu'il convient de rappeler que les oiseaux (car, vous vous en doutez un peu, il s'agira d'un billet sur les oiseaux), comme bien d'autres êtres vivants, adoptent des niches écologiques bien spécifiques afin d'assurer la pérennité de leurs espèces respectives. Je ne sais pas pour vous, mais moi je n'ai jamais observé en pleine forêt des espèces inféodées à des milieux ouverts telles les Sturnelles des prés / Eastern Meadowlark, les Maubèches des champs / Upland Sandpiper ou les Goglus des prés / Bobolink. Ceci reste vrai pour l'inverse, soient une Grive des bois / Wood Thrush ou un Tangara écarlate / Scarlet Tanager nichant dans un arbre ou un arbuste en plein champs. Si c'est vrai pour les habitats, c'est également vrai pour les aires de distribution. La plupart des espèces ne dépassent pas certaines limites géographiques à cause des conditions climatiques, des habitats non propices à leur survie ou de la compétition trop vive qu'elles subiraient dans d'autres secteurs.

Ceci fait que des espèces bien présentes dans la partie la plus peuplée du Québec méridional voient leurs effectifs fondre à mesure que l'on se dirige vers le nord ou vers l'est de la province. Hier, j'ai photographié au Marais Provancher, à Neuville, mon premier Viréo mélodieux / Warbling Vireo de l'année 2013. Je l'avais entendu la veille au Cap Tourmente, sans réussir à mettre la jumelle dessus. Cette espèce à la robe sobre possède un chant qu'elle ne se gêne pas de répéter sans cesse, à la façon des autres membres de la famille. C'est une phrase mélodique, bégayée superbement, émise sur une tonalité qui me fait penser à celle des deux roselins ou du Cardinal à poitrine rose / Rose-breasted Grosbeak. Ceci étant naturellement une évocation toute personnelle.


Son chant anime et enjolive nos forêts québécoises, mais pas toutes. Ce viréonidé privilégie des régions où l'on trouve une mosaïque de forêts feuillues et d'espaces ouverts, ce qui offrent de nombreux milieux propices à la nidification de l'espèce*. Les travaux du premier Atlas des Oiseaux Nicheurs du Québec, effectués entre les années 1984 et1989, ont permis de confirmer ces informations. Et ces faits ressortent encore à partir des données amassées durant les trois premières années du deuxième Atlas qui a débuté en 2010 et qui devrait se terminer en 2015. Notre vedette donne bien peu de représentations dans l'est du Québec, ne se présentant tout simplement pas sur la rive sud à partir de Sainte-Anne-des-Monts vers l'est, et sur la rive nord à partir de Charlevoix vers l'est***. La région du Lac-Saint-Jean (à moins que ce soit du Saguenay...je n'ai jamais rien compris à leur histoire) n'est pas sur le circuit non plus.

Mais le Viréo mélodieux n'est pas le seul à jouer à la vedette. Une autre espèce abondante dans la région la plus peuplée du Québec méridional possède une aire de distribution similaire et même un peu plus restreinte que celle du viréo. Elle fréquente les forêts de feuillus de même que les boisés dans les parcs et elle est une assidue aux mangeoires des résidences que ce soit à la ville ou à la campagne. Sur le terrain, elle se reconnaît facilement aux notes monotones, répétitives et nasillardes qu'elle émet. Elle joue de souplesse acrobatique avec les mésanges et elle s'acoquine bien souvent avec elles en hiver. Et oui, vous l'avez reconnue, la Sittelle à poitrine blanche / White-breated Nuthatch.


Voici donc une autre espèce qui anime nos forêts et elle le fait toute l'année. Malheureusement, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean (bon, je ne me tromperai plus), entourée comme elle est de forêts de conifères à perte de vue, n'a pas la chance d'accueillir cette espèce. C'est sa cousine, la diminutive Sittelle à poitrine rousse / Red-breasted Nuthatch qui prend la relève. Pour les ornithologues Saguenay-Lac-Saint-Jeannois ( à moins que ce ne soit Lac-Saint-Jean-Saguenois ???) il s'agit d'une rareté digne de mention. 

Et c'est justement ce qui est arrivé, toujours selon mes sources, à une résidence de Saint-Fulgence le 2 mai dernier. Voilà que cette rareté se présente sans invitation et sans s'annoncer aux mangeoires de Claudette Cormier et de Germain Savard. Déjà que cette apparition non sollicitée, mais grandement espérée, relève du phantasme, mais, en plus, il s'agit de la 224ième espèce observée par le couple à partir des limites de leur terrain. Une réalisation tout à fait exceptionnelle. Ils occupent cette maison depuis le 3 août 2003 et, dès la première année, ils avaient contacté 178 espèces. Ce couple est très impliqué dans les inventaires aviaires dans leur région et ils sont bien placés pour apprécier toute la valeur de cette observation.

Maintenant pour continuer mon propos (et finalement aboutir à Ti-coune, mais attendez jusqu'à la fin), ces jours-ci, une espèce européenne est présente dans le marais de Hope, en Gaspésie, soit dans la partie est du Québec. Il s'agit du Vanneau huppé / Northern Lapwing. Selon la Liste commentée des oiseaux du Québec, par Normand David **, il s'agirait de la 5ième observation de l'espèce au Québec. Cette liste date de 1996, mais je n'ai pas eu connaissance d'une autre apparition de cette méga rareté au Québec depuis sa publication. Des découvertes comme celle-là font courir les ornithologues de toute provenance et je les comprends très bien. J'avoue même avoir été du nombre pendant plusieurs années. J'en ai fait des allers-retours nécessitant neuf heures de conduite pour me rendre à destination et autant pour en revenir. Tout ceci pour passer environ une heure ou deux sur le site de l'observation. Je me croise les doigts, mais ces déplacements d'aussi longue distance ont toujours porté fruit. Je ne peux cependant pas en dire autant de toutes mes tentatives. Mon pourcentage d'efficacité n'est pas très élevé.

La dernière espèce à m'avoir fait disjoncter est le Tyran gris / Gray Kingbird qui avait été découvert aux alentours du 6 novembre 2006. C'était une première pour le Québec. Il avait été repéré à L'Anse-à-Beaufils, petit village situé en Gaspésie et à seulement dix kilomètres à l'ouest de Percé. En fait, je m'y suis rendu douze jours plus tard, soit le 18 novembre 2006. À partir de la maison, Anne et moi avions 747 kilomètres à parcourir et le temps de conduite estimé était de 9 heures. Suivant la procédure coutumière lors d'un déplacement de cette importance, nous avons quitté Québec tôt dans la nuit pour arriver vers les 10h00-10h30. Ce que nous avons réalisé sans trop de problème. Heureusement pour nous, nous avons rencontré à destination Pierre Poulin, l'un des meilleurs observateurs de la Gaspésie (c'est d'ailleurs lui qui a trouvé le Vanneau huppé). Il nous a grandement aidé à trouver le tyran. Il était accompagné de Ginette Roy.

Ce Tyran gris était une première pour le Québec. Prise le 18 novembre 2006 à l'Anse-à-Beaufils, Percé. Photo prise en digiscopie.
Nous étions ravis. Nous avons quitté vers 12h00 pour le retour à la maison. Vers 21h00, nous étions assis dans le salon. De retour au bureau le lundi matin suivant, mes collègues me demandent ce que j'ai fait en fin de semaine. Je leur raconte notre périple et l'un d'eux me demande le plus naturellement du monde ce que cet oiseau faisait là, à des milliers de kilomètres au nord de son aire de distribution normale.

Je lui explique alors que les migrations des oiseaux peuvent se faire sur de longue distance selon l'espèce et que des situations hors de leur contrôle peuvent alors survenir. Les oiseaux peuvent se faire déporter sur de longues distances par un ouragan et aboutir à des endroits très inattendus. Il peut arriver aussi qu'un oiseau soit désorienté pour une raison ou pour un autre et qu'il se dirige vers le nord alors qu'il devrait aller vers le sud. Et mon compagnon de travail de commenter le plus sérieusement du monde "Comme ça tu es en train de me dire que tu as parcouru un millage de fou pour aller observer le plus mal pris, le plus inadapté, en fin de compte, le Ti-coune des oiseaux de son espèce." Je l'ai ri pas à peu près. Ce que j'ai aimé de cette analyse vite faite, c'est que ça ne se voulait pas méprisant, c'était juste bien envoyé.

Il y a plusieurs façons de pratiquer l'ornithologie et je respecte toutes ces façons, en autant qu'elles ne me briment pas dans ma liberté de la pratiquer comme je désire le faire moi-même. De très bons observateurs vont mettre tous leurs efforts pour explorer et documenter l'environnement immédiat où ils vivent. D'autres vont se dédier à la quête du plus grand nombre d'espèces observées au Québec. Pour d'autres, le terrain de jeu sera le monde. Et pour certains, il n'existera jamais de liste. Quelle est la différence ? Dans mon esprit, il n'y en a pas. Le dénominateur commun est la passion qui anime tous ces gens. Je n'ai pas toujours pensé comme ça. J'ai connu une période un peu pédante où je croyais tout-savoir-et-tout-bien-faire, où la façon de pratiquer l'ornithologie des autres me semblait inappropriée. 

Et, un jour, un ami m'a parlé d'un certain Ti-coune... oui, je vous l'assure, je l'ai bien ri.


Bibliographie consultée




*     Gauthier J. et Y. Aubry (sous la direction de) 1995. Les Oiseaux nicheurs du Québec: Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d'ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, Montréal, xviii + 1295 p.

**   David, Normand. (1996). Liste commentée des oiseaux du Québec. Association québécoise des groupes d'ornithologues.

*** Site web de l'Atlas des Oiseaux nicheurs du Québec méridional:  
       http://www.atlas-oiseaux.qc.ca/.