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mardi 13 juin 2017

La Paruline orangée, princesse des forêts marécageuses




L'une des espèces-cibles recherchées par les ornithologues qui se dirigent vers Pointe-Pelée, en Ontario, est sans aucun doute la très belle Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler. Elle tient son nom anglais des greffiers de l’Église catholique, appelés « protonotaires », qui portent parfois un capuchon doré et une cape bleue. Son ancien nom anglais de Golden Swamp Warbler était peut-être un peu plus approprié.



Ce magnifique mâle pose quelques secondes dans sa recherche incessante d'insectes et d'araignées le long des troncs d'arbres dans une partie inondée du parc national de Pointe Pelée. Photo prise le 12 mai 2017. 



La Paruline orangée est un oiseau chanteur d’une beauté saisissante dont la tête et la poitrine sont d’un jaune doré vif. Son dos est vert olive et ses ailes, sa croupe et sa queue, gris-bleu foncé; la queue présente de larges taches blanches lorsqu’elle est ouverte. Les femelles et les juvéniles sont semblables aux mâles, mais leurs couleurs sont moins vives.


Cette paruline est considérée comme l’un des oiseaux les plus éblouissants de l’Amérique du Nord en raison de ses couleurs vives et de son habitude de s’alimenter sur les bords des étangs où elle voit constamment sa réflexion, ce qui double sa superbe apparence.



Cette femelle a capturé une araignée et elle la tient fermement dans un bec inhabituellement gros si on le compare à celui des autres parulines. Photo prise le 12 mai 2017 dans le parc national de Pointe Pelée, Ontario.


Elle niche principalement dans le sud-est des États-Unis, où on la trouve couramment dans les forêts feuillues marécageuses parvenues à maturité et les plaines inondables boisées. Au nord des États américains du golfe du Mexique et des Carolines, les nicheurs se font de plus en plus rares et épars. La limite nord de l'aire de nidification de cette paruline atteint tout juste le sud de l'Ontario. L'un des passereaux les plus rares au Canada, la Paruline orangée a été désignée espèce en voie de disparition tant au Canada qu'en Ontario.






L'espèce a probablement toujours été très rare dans le sud-ouest de l'Ontario, où on ne la trouve que dans des îlots d'habitat propice près de la rive nord du lac Érié (le plus régulièrement dans la zone de conservation Holiday Beach, le parc provincial Rondeau et le secteur de la pointe Long) et à l'extrémité ouest du lac Ontario (marais Dundas). Malgré l'existence de milieux convenables à l'intérieur des terres, surtout dans la région de Lac Simcoe-Rideau, la Paruline orangée s'éloigne très rarement de plus de 30 km environ des rives des Grand Lacs.


En Ontario, on la trouve sous le climat plus chaud des forêts carolinienne caduques. Elle fait son nid dans des petites cavités peu profondes d’arbres morts ou mourants debout dans des forêts inondées ou des marais, ou près de ceux-ci.


Ils utilisent aussi des nichoirs artificiels posés de façon appropriée. L’érable argenté, le frêne et le bouleau jaune sont des arbres communs de ces habitats. La Paruline orangée est la seule paruline de l’est de l’Amérique du Nord à construire son nid dans une cavité d’arbre, dans laquelle elle pond généralement de quatre à six œufs sur un coussin de mousse, de feuilles et de fibres de plantes.




Cette photo démontre bien le bec épais qui constitue l'outil idoine pour creuser un nid dans du bois pourri. Elle partage ce comportement inhabituel chez les parulines nord-américaines avec la Paruline de Lucy / Leiothlypis luciae / Lucy's Warbler.



Les travaux effectués dans le cadre de l'Atlas des oiseaux nicheurs de l'Ontario (2001-2005) portent à croire que la population actuelle ne compte pas plus de 10 à 25 couples (McCracken et al., 2006), estimation beaucoup plus faible que celle d'au plus 80 couples avancée dans le premier atlas réalisé entre 1981 et 1985 (McCracken dans Cadman et al., 1987).


Le déclin de l'espèce a été particulièrement marqué dans le parc provincial Rondeau. La présence de la Paruline orangée en Ontario dépend fortement de l'immigration d'individus en provenance de populations des États-Unis qui doivent bien se maintenir (Tischendorf, 2003). Par conséquent, à moins d'un renversement du grave déclin observé au coeur de l'aire de l'espèce aux États-Unis, la Paruline orangée pourrait bien disparaître en Ontario.






Et pour compliquer les choses, la Paruline orangée passe l’hiver sous le climat tropical chaud de l’Amérique centrale et du Sud; les mangroves côtières qu’elle privilégie sont l’un des habitats les plus menacés au monde. C'est le 5 mai 1974, dans le parc provincial de Rondeau, que j'observe ma première orangée. Je retourne sur le même site 43 ans plus tard et elle y niche encore. Entre temps, j'ai la chance de l'observer à maintes reprises sur ses sites d'hivernage que ce soit au Costa Rica, au Panama ou en Colombie. Elle est toujours aussi belle et aussi vivace sous d'autres cieux. En mai 2017, nous pouvons observer au moins 4 individus différents au parc national de Pointe Pelée et seulement 2 au parc provincial de Rondeau.


La population de la Paruline orangée suit malheureusement la tendance générale des populations animales à travers le monde. Elle décline peu à peu à cause principalement de la destruction des habitats propices au nourrissage sur les sites d'hivernage. Si vous désirez observer cette espèce au Canada, dirigez vous vers Pointe Pelée au printemps 2018. N'attendez pas trop.


@ bientôt.




vendredi 1 juillet 2016

Des oiseaux en juin 2016



Et oui, le temps passe vite. Juin 2016 est maintenant derrière nous. Au Québec, le mois de juin est le mois le plus fébrile pour les oiseaux nicheurs. Nombre d'espèces néo-tropicales atteignent leurs quartiers de reproduction nordiques seulement en début juin et ils les quittent en août ou septembre. Ceci donne le temps à certaines espèces de rendre à terme une deuxième nichée... qui se fera en juillet... et même une troisième selon des conditions exceptionnelles de température et d'accessibilité à des sources alimentaires. Les troisièmes nichées sont plus normalement observées pour les espèces qui nous reviennent au début d'avril comme le Merle d'Amérique ou celles qui restent au Québec toute l'année comme la Tourterelle triste. Des espèces dont nous pouvons observer des immatures assez tard à la fin de l'été.


Anne et moi avons profité de ce mois de juin 2016 en nous échappant à chaque fin de semaine pour explorer différents coins de la province. Ceci dans le but de lister le plus d'espèces possibles dans une même année. Cette activité se répercute d'année en année et elle est l'apanage de bien des ornithologues Québécois(es) un peu plus passionné(e)s que la moyenne. Les endroits visités sont en majorité les mêmes à chaque année, car ils accueillent les mêmes espèces selon des habitats particuliers, et nous ajoutons les spécialités annuelles dont nous obtenons la présence en consultant la plateforme informatique Ebird pour le Québec. Je mentionne régulièrement cet outil dans mes billets, car il est de plus en plus utilisé par les ornithologues amateurs actifs qui y téléchargent leurs observations très rapidement. Ceci aide grandement à la diffusion de l'information et j'en remercie tous les observateurs d'oiseaux désireux de partager la bonne nouvelle avec leurs pairs.


Voici par ordre chronologique un bref compte-rendu photographique de nos sorties.


4 Juin 2016:  Port-Saint-François et Baie-du-Febvre


Le Port-Saint-François se situe près de Nicolet et c'est un site de plus en plus visité par les ornithologues. Une longue passerelle surélevée traverse un milieu marécageux et l'observation de la gente ailée s'en trouve grandement facilitée. Au fil des années, ce lieu a accueilli des espèces pour le moins spéciales et 2016 s'avérera (du moins jusqu'ici) comme l'année de la Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler. Une paruline dont l'aire de distribution se retrouve à partir du sud-ouest de l'Ontario vers le sud. Elle migre jusqu'au nord de l'Amérique du Sud. Personnellement, je l'ai observée au parc de Rondeau (près de Pointe Pelée en Ontario) et souvent au Costa Rica où il hiverne en bon nombre. L'individu du Port-Saint-François est considéré comme un égaré qui ne s'accouplera probablement pas en 2016. La seule pensée qu'une femelle de la même espèce se soit égarée au même endroit relève de la plus pure fiction. Ce mâle chante sans arrêt et il va même jusqu'à creuser un tronc pourri pour y préparer un nid bien douillet, tout comme il le ferait sur son terrain de reproduction normal.



Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler



Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler


Alors que nous suivons des yeux la paruline, un photographe me dit qu'un couple de Marouette de Caroline / Porzana carolina / Sora est occupé à construire un nid et que le tout s'observe très bien à partir de la passerelle. Une occasion à ne pas manquer.


Marouette de Caroline / Porzana carolina / Sora

Un autre site qui agit comme un véritable aimant pour les oiseaux est Baie-du-Febvre, aussi situé près de Nicolet. Un grand marais, des plans d'eau, des champs ouverts, un peu de forêt et la proximité du fleuve: tout ce qu'il faut pour inciter nos amis ailés à y faire une pause. Pour Anne et moi, c'est l'endroit où nous ajoutons annuellement la Guifette noire / Chlidonias niger surinamensis / Black Tern qui y niche en très grand nombre.


Guifette noire / Chlidonias niger surinamensis / Black Tern


En passant, j'observe ce Tyran tritri / Tyrannus tyrannus / Eastern Kingbird qui garde l'oeil bien ouvert sur son territoire. Gare à l'oiseau qui osera passer trop près.


Tyran tritri / Tyrannus tyrannus / Eastern Kingbird




5 Juin 2016:  Marais Léon Provancher à Neuville



Un autre incontournable près de la ville de Québec est le Marais Léon Provancher. Un endroit qui réserve souvent de belles surprises ornithologiques. Un des joyaux de l'endroit est le Petit Blongios / Ixobrychus exilis exilis / Least Bittern qui y niche depuis quelques années. Avec un peu de chance et beaucoup de patience, il est possible de voir évoluer le plus petit des ardéidés québécois à quelques mètres de nous. Lorsqu'il est en mode nourriture, il vaque à ses occupations sans tenir compte de notre présence, à condition bien évidemment que nous restions silencieux et immobiles.


Petit Blongios / Ixobrychus exilis exilis / Least Bittern



Petit Blongios / Ixobrychus exilis exilis / Least Bittern


En juin, l'eau libre du marais voit apparaître plusieurs petites familles d'anatidés. Une femelle de Canard colvert / Anas platyrhynchos platyrhynchos / Mallard passe tout près avec sa petite famille de canetons duveteux. Trop mignon pour que je résiste à l'envie de prendre quelques photos.



Caneton de Canard colvert / Anas platyrhynchos platyrhynchos / Mallard




11 Juin 2016  Gros-Cacouna et St-Fabien-sur-mer



La découverte d'une Aigrette neigeuse / Egretta thula brewsteri / Snowy Egret dans le petit marais du port de Gros-Cacouna nous attire aujourd'hui vers le Bas-Saint-Laurent. Dès notre arrivée au site, nous l'observons alors qu'elle se nourrit près de la végétation. 



Aigrette neigeuse / Egretta thula brewsteri / Snowy Egret


Nous poursuivons notre route jusqu'à Saint-Fabien-sur-mer où une autre belle surprise nous attend. Tout près de la rive, un mâle d'Eider à tête grise / Somateria spectabilis / King Eider accompagne quelques Eiders à duvet. Cette photo ne rend pas hommage à la beauté de cet eider qui s'appelait autrefois l'Eider remarquable. Malgré le fait que cette espèce se retrouve sur la liste annuelle des ornithologues actifs, il est rare d'en observer plus d'un individu à la fois et la région du Bas-Saint-Laurent est l'endroit pour l'observer.



Eider à tête grise / Somateria spectabilis / King Eider



12 Juin 2016:  Baie-du-Febvre



Et oui, nous voilà de retour à cet endroit puisqu'une observation plutôt étonnante y a été rapportée dans les derniers jours. Une espèce d'oiseau qui s'observe habituellement au large des côtes et que je n'avais pas encore eu la chance de croiser au Québec. Un Labbe à longue queue / Stercorarius longicaudus  / Long-tailed Jaeger se tient dans un champs en culture où il se nourrit d'insectes au sol. C'est bien le dernier endroit où j'aurais pensé trouver cette espèce pélagique.




Labbe à longue queue / Stercorarius longicaudus  / Long-tailed Jaeger



Alors qu'il commence à pleuvoir, nous nous dirigeons vers la Halte Sarcelle où un plan d'eau héberge des Érismatures rousses et un Canard siffleur. Nous les observons, mais le manque de lumière et la distance rendent impossible la prise de photo. Par contre, une rencontre plutôt spéciale sur la digue surprend autant ce Cerf de Virginie / Odocoileus virginianus / White-tailed Deer que nous-mêmes.




Cerf de Virginie / Odocoileus virginianus / White-tailed Deer




18 Juin 2016:  Montérégie (de Huntingdon à Dundee)



Notre sortie annuelle en Montérégie nous permet d'aller observer des espèces habituellement absentes ou peu fréquentes près de la ville de Québec: Bruant des champs, Tohi à flancs roux, Viréo à gorge jaune, Grive des bois, Troglodyte à bec court, Paruline à ailes bleues, Paruline à ailes dorées, Paruline de Brewster, Bruant vespéral...


La montée Biggar, près de Huntingdon, est l'endroit idéal pour observer la Paruline à ailes bleues / Vermivora cyanoptera / Blue-winged Warbler, la Paruline à ailes dorées / Vermivora chrysoptera / Golden-winged Warbler et la Paruline de Brewster /  Brewster's Warbler. Cette dernière espèce n'en est pas une à part entière parce qu'elle est le fruit de l'hybridation des deux premières. 

 

Paruline à ailes bleues / Vermivora cyanoptera / Blue-winged Warbler




Paruline de Brewster /  Brewster's Warbler


C'est sur le chemin Shearer que nous entendons le Viréo à gorge jaune / Vireo flavifrons / Yellow-throated Vireo. Comme les autres membres de la famille, ce viréonidé préfère le sommet des arbres où il se nourrit dans le feuillage dense. Il est très vocal, mais il doit descendre vers nous si nous voulons l'observer. Quelques chuintements l'attirent et il descend presque à notre niveau. 



Viréo à gorge jaune / Vireo flavifrons / Yellow-throated Vireo


C'est à la montée Gordon de Dundee que nous trouvons l'habitat idéal recherché par le Troglodyte à bec court / Cistothorus platensis stellaris / Sedge Wren. Ce chemin est en fait un cul-de-sac qui mène à quelques maisons. Il est très important d'y aller avec beaucoup de respect autant pour les gens qui y vivent que pour l'habitat bien particulier. Il n'est pas question de s'aventurer dans les champs pour s'approcher des oiseaux. Toute observation ou photographie doit se faire à partir du chemin. 




Troglodyte à bec court / Cistothorus platensis stellaris / Sedge Wren



26 juin 2016:  Saint-Édouard-de-Lotbinière



Une tournée dans le comté de Lotbinière est un circuit que nous aimons faire régulièrement. Nos cibles de la journée sont un Bruant des plaines / Spizella pallida / Clay-colored Sparrow rapporté à Saint-Antoine-de-Tilly, une Tourterelle turque / Streptopelia decaocto decaocto / Eurasian Collared-Dove rapportée dans le village de Saint-Édouard-de-Lotbinière et un Moucherolle à côtés olive / Contopus cooperi / Olive-sided Flycatcher possiblement nicheur le long du rang Juliaville, toujours à Saint-Édouard. Si nous sommes chanceux pour la première espèce, les deux autres éludent nos recherches. Cependant, chaque sortie apportant son lot de belles rencontres non planifiées, voici une belle Bécassine de Wilson / Gallinago delicata /Wilson's Snipe perchée sur un piquet de cèdre en bordure du rang des Plaines, à Saint-Antoine-de-Tilly.




Bécassine de Wilson / Gallinago delicata /Wilson's Snipe



Bécassine de Wilson / Gallinago delicata /Wilson's Snipe


Alors que nous sommes à la recherche du Moucherolle à côtés olive, voilà qu'apparaît une Paruline à couronne rousse / Setophaga palmarum hypochrysea / Palm Warbler. Cet individu est de la race hypochrysea, celle qui a les dessous très jaunes et dont la distribution est attribuée à la province de Québec. Pourtant, sur leur aire de reproduction, elle est rencontrée beaucoup moins fréquemment que la race palmarum qui, elle, est attribuée plus à l'ouest du Québec (Ontario vers l'ouest du pays). Parmi les centaines d'individus de cette espèce répertoriés sur leur terrain de nidification au-dessus du 49ième parallèle dans le nord du Québec, je n'ai jamais rencontré la race hypochrysea, mais toujours la race palmarum. Ce fait m'a toujours troublé. Pourtant, au cours des migrations, les deux races sont observables. Si vous avez de l'information supplémentaire à ce sujet, j'apprécierais beaucoup la lire. N'hésitez pas à laisser un commentaire.



Paruline à couronne rousse / Setophaga palmarum hypochrysea / Palm Warbler





@ bientôt.