mercredi 29 août 2018

Ah, ces jeunes de l'été...







En me remémorant les débuts de ma passion pour les oiseaux, je dois admettre que je cessais mes activités d'observation en forêt dès que les insectes piqueurs faisaient sensiblement leur apparition, soit vers le début de juin. À cette date, je calculais qu'observer un moucherolle, même sur son nid, ne valait pas toutes les piqûres que je devais endurer pour ce faire. Assez pathétique, à bien y penser, car une toute nouvelle réalité se révèle à nos yeux en période de nidification. Avec l'expérience des années est venue cette constatation que les mois de juin et juillet fourmillent d'occasions de découvrir encore plus cette nature qui nous émerveille tant.


Ce Moucherolle tchébec / Empidonax minimus / Least Flycatcher est bien installé sur ses oeufs en ce 28 juin 2012 à quelque part en Abitibi.

Ce Tyran tritri / Tyrannus tyrannus / Eastern Kingbird a construit son nid le long d'un sentier à Baie-du-Febvre le 06 juin 2015. Au grand plaisir des photographes et des ornithologues.

En forêt boréale, les canards profitent souvent des plans d'eau créés par les barrages de castors pour y nicher. Le 28 juin 2012, je surprends cette famille de Sarcelle d'hiver / Anas crecca carolinensis / Green-winged Teal à 05h45 du matin. Je suis quelque part en Abitibi.

Les canetons ont ce don d'attirer l'attention autant des grands que des petits. Les marécages et les plans d'eau des parcs publics nous permettent d'observer de très près ces petites boules toutes en duvet. Ce diminutif Canard colvert  / Anas platyrhynchos platyrhynchos / Mallard a été croisé le 05 juin 2016 au Marais Léon-Provancher, à Neuville.
  
Il n'est pas toujours évident d'observer un Râle de Virginie / Rallus limicola limicola / Virginia Rail à découvert. Cette espèce très furtive se déplace habituellement sous le couvert des grandes plantes aquatiques qui bordent ou occupent les zones marécageuses. Ici nous voyons en premier plan un adulte qui est suivi par le jeune dont la robe est complètement noire. Comme cette espèce se tient habituellement en zone sombre, le jeune est plus difficile à détecter par un prédateur potentiel. Réalisée le le 29 juillet 2017 au marais Léon-Provancher, à Neuville. 

Et que dire des poussins de nos poules de forêts, comme je les appelle, soit le Tétras du Canada / Falcipennis canadensis canadensis / Spruce Grouse ...
 
ou la Gélinotte huppée / Bonasa umbellus / Ruffed Grouse. Les poussins sont plus faciles à trouver lorsqu'ils accompagnent leur mère le long des sentiers ou des chemins forestiers. Comme ces oiseaux sont nidifuges, i.e. qu'ils quittent le nid peu après l'éclosion, elle leur enseigne, par l'exemple, ce qu'ils peuvent bouffer. C'est toujours très amusant de les voir picorer au sol ou sur la végétation. Ces deux photos ont été prises en Abitibi, en 2012.
  
Le Dindon sauvage / Meleagris gallopavo silvestris / Wild Turkey est de plus en plus abondant dans nos campagnes de Chaudière/Appalaches. C'est à Sainte-Croix-de-Lotbinière, le 28 juillet 2017, que je croise cette femelle et ses 13 dindonneaux. J'ai vécu 29 ans à une couple de kilomètres de cet endroit, entre 1976 et 2005, et je n'ai jamais observé de dindons. Je dirais que cette espèce n'a jamais cessé d'accroître sa population depuis 2010.

 
Ah, ces jeunes de l'été. Les environs seraient si tranquilles (voire plates) sans leurs présences. Surtout les passereaux dont les cris incessants invitent les parents à redoubler de ferveur pour les nourrir et leur fermer le caquet. Mission d'avance impossible. Tâche ardue qui occupe toute la journée, de l'aube au crépuscule. Mais ils sont si beaux ces jeunes de l'été. En plus d'assurer la pérennité de l'espèce, ils embellissent nos vies.


Avec un plumage pareil, ce jeune Chardonneret jaune / Carduelis tristis tristis / American Goldfinch devrait bientôt se nourrir par lui-même. Les oisillons des oiseaux ont souvent cette façon de faire vibrer leurs ailes pour attirer l'attention du parent nourricier. Lors de la copulation, certaines femelles adoptent ce comportement pour indiquer au mâle qu'elles sont prêtes et consentantes. Photo réalisée le 20 août 2018 au Marais Léon-Provancher, à Neuville.

C'est le 5 septembre 2016 que je capte cette scène impliquant un jeune et un adulte de Jaseur d'Amérique / Bombycilla cedrorum cedrorum / Cedar Waxwing. Les journées précédentes, l'adulte gavait ce jeune hyperactif, mais pas ce matin-là. Je crois sincèrement que j'assistais à une scène de sevrage. Des fruits abondants tout autour permettaient maintenant au jeune de s'émanciper. Réalisée à l'Île-aux-Basques, au large de Trois-Pistoles. 

À l'été, notre pelouse peut à l'occasion accueillir parents et rejetons d'espèces qui nichent près de nos habitations. Surtout si nous maintenons un poste d'alimentation. Les graines de tournesol tombées par terre n'y demeurent pas longtemps. Les écureuils, les bruants, les tourterelles, les corneilles et autres oiseaux noirs ont vite fait de les ingurgiter. Ici, c'est un adulte de Quiscale bronzé / Quiscalus quiscula versicolor / Common Grackle qui nourrit un jeune pas mal développé lui aussi. Remarquez qu'il fait vibrer ses ailes afin d'inciter l'adulte à le nourrir.  Réalisée le 20 juin 2015 dans ma cour, à Sillery.


Et les jeunes de l'été ne sont pas tous en plumes, il y en a aussi en poils.


Cette femelle Cerf de Virginie / Odocoileus virginianus borealis / White-tailed Deer et son faon se présentent en fin de journée, quelques minutes avant le crépuscule. Ça se passe à l'Île-aux-Grues, près de Montmagny, en ce 1er août 2015. Pour ma part, c'est la première fois que je vois un faon au Québec.

L'Ours noir / Ursus americanus / American black Bear est un mammifère plantigrade qui craint beaucoup l'homme. Encore plus quand il y a des oursons dans les parages. Cette mère et ses deux rejetons ont été croqué sur le vif dans le Parc des Grands Jardins, au niveau du Chateau Bomont, le 30 juin 2017.

 
En terminant, permettez-moi de vous présenter le coup de coeur de ma cour. Il s'agit du Tamia rayé / Tamias striatus / Eastern Chipmunk. Il a adopté ma cour depuis de nombreuses années et il s'y plaît tellement qu'il lui arrive même, certaines années, de s'y reproduire. Voici une scène attendrissante captée le 22 juin 2015.






@ bientôt.



vendredi 17 août 2018

L'importance de documenter les observations litigieuses



L'observation des oiseaux est une activité très stimulante et passionnante, mais il arrive à l'occasion d'éprouver un peu de frustration lors que nous nous retrouvons devant une espèce qui cause des problèmes d'identification. Et ceci est d'autant plus vrai lorsque nous sommes en terrain inconnu pouvant abriter des espèces peu ou jamais observées par nous dans le passé.

Le 5 mai 2018, Anne et moi sommes sur l'arête sud du Grand Canyon en Arizona. À cette date et à cet endroit, il est possible de croiser trois espèces de bruants du genre spizella : les Bruant familier, Bruant des plaines et Bruant de Brewer. En plumage adulte, il est quand même assez facile de les différencier. Mais les individus en plumage immature peuvent compliquer allégrement l'identification. Même pour les ornithologues habitués. Nous savons que les rencontres avec nos amis emplumés se font souvent rapidement et il est alors facile de manquer des détails pouvant mener à une reconnaissance hors de tout doute. Dès notre arrivée, des petits groupes de bruants attirent notre attention. Parmi plusieurs Bruants familiers qui furètent au sol, nous découvrons un Bruant des plaines en plumage adulte et nous confirmons son identité assez facilement. Mais il échappe à l'oeil cyclopéen de mon Canon. Trop de branches entre lui et la caméra, impossible de faire une photo potable. Cependant, voici un individu que je peux capter...


Au premier coup d'oeil, l'identification de ce bruant peut comporter une certaine difficulté. L'oiseau bouge continuellement et nerveusement. Une bande roussâtre au-dessus du sourcil et une raie médiane grise au niveau de la couronne peuvent nous faire pencher vers le Bruant des plaines. De plus, il ne semble pas y avoir de ligne continue entre l'oeil et le bec. Le trait caractéristique à observer est le croupion nettement gris qui contraste avec dos. Il s'agit bien d'un Bruant familier, car les deux autres bruants ont le croupion brunâtre.


Alors que Anne est hors de portée de voix pour moi, un oiseau se présente pendant quelques secondes et je préfère ma caméra à ma jumelle pour capter des images qui seront plus fidèles que ma mémoire.


Mais quel est cet oiseau ? Finement rayé au niveau de la couronne, pas de trait visible entre l'oeil et le bec, cercle péri-oculaire apparent. Même si je ne vois pas la couleur du croupion,je penche vers un possible Bruant des plaines.

  
Cette position permet de voir maintenant le croupion qui n'est définitivement pas aussi grisâtre que celui du Bruant familier. Mon idée va encore vers le Bruant des plaines.

 
Et voilà la photo qui ne laisse plus aucun doute. La nuque finement rayée à sa largeur et les rayures qui se rendent jusqu'à celles plus prononcées du dos permettent d'identifier avec certitude un Bruant de Brewer / Spizella breweri breweri / Brewer's Sparrow.

Désireux d'avoir l'avis d'experts en la matière, je poste un message sur le forum de discussion américain Birdwing. Je reçois un message de la sommité en la matière, Nick Lethaby, qui confirme qu'il s'agit bien d'un Bruant de Brewer. Tony Leukering mentionne un possible Bruant de Taverner / Spizella taverneri / Timberline Sparrow à cause du patron prononcé au niveau de la tête et du gris du manteau. Cependant, il est très difficile d'aller plus avant avec cette identification seulement basée sur des photos.

Pour moi, il s'agit des premières photos prises de cette espèce et j'en suis bien excité. C'est pour dire qu'il ne faut jamais hésiter à capter des images lorsque l'occasion se présente. Ce qui est important, c'est de photographier le sujet dans différentes positions de façon à le voir sous tous les angles. Plus facile après d'arriver à se faire une idée plus précise. Bien entendu, il faut que le sujet soit collaborateur et ça... c'est une autre paire de manches.

@ bientôt.