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mardi 23 août 2022

Poil ou plume / Hair or feather / Pelo o pluma

 
Il existe six grands types de plumes : les plumes de contour ou à barbes (y compris les principales plumes de vol des ailes et de la queue), les plumes de duvet, les semi-plumes, les filoplumes, les plumes de poudre et les soies. Ensemble, ces plumes fournissent une gamme remarquablement large de services : isolation de la chaleur et du froid, protection de la peau contre les abrasions, protection des yeux, des oreilles et des narines, " moustaches " sensorielles pour évaluer la vitesse de vol, poudre fine pour toiletter les autres plumes, protection de la peau contre les rayons ultraviolets, imperméabilisation chez les espèces aquatiques, coloration protectrice ou plumage de parade, et contour lisse du corps pour le vol ou la nage sous l'eau. Et, bien sûr, les plumes constituent les surfaces aérodynamiques extrêmement flexibles nécessaires au vol des oiseaux (Simmons 1964 ; Lucas et Stettenheim 1972 ; Welty et Baptista 1988).
 
There are six major types of feathers: contour or vaned feathers (including the major flight feathers of the wing and tail), down feathers, semiplumes, filoplumes, powder feathers, and bristles. Together these feathers provide a remarkably wide range of services; furnishing insulation from heat and cold; protection from abrasions to the skin; protection for the eyes, ears and nostrils; sensory “whiskers” to judge flight speed; a fine powder to groom other feathers; screening for the skin from ultraviolet light; waterproofing in aquatic species; protective coloration or display plumages; and smooth body contouring for flight or swimming underwater. And, of course, feathers make up the extremely flexible aerodynamic lift and control surfaces necessary for avian flight (Simmons 1964; Lucas and Stettenheim 1972; Welty and Baptista 1988).
 
Existen seis tipos principales de plumas: plumas de contorno o barbadas (incluidas las principales plumas de vuelo de las alas y la cola), plumones, semiplumas, filoplumas, plumas de polvo y cerdas. En conjunto, estas plumas prestan una gama muy amplia de servicios: aislamiento del calor y el frío, protección de la piel contra las abrasiones, protección de los ojos, las orejas y las fosas nasales, "bigotes" sensoriales para evaluar la velocidad de vuelo, polvo fino para el acicalamiento de otras plumas, protección de la piel contra la radiación ultravioleta, impermeabilización en las especies acuáticas, coloración protectora o plumaje de cortejo, y contorno corporal suave para volar o nadar bajo el agua. Y, por supuesto, las plumas proporcionan las superficies aerodinámicas altamente flexibles necesarias para el vuelo en las aves (Simmons 1964; Lucas y Stettenheim 1972; Welty y Baptista 1988).
 
 
14 août 2022 à la Base de Plein Air de Sainte-Foy, ville de Québec, Québec.
 
Canard colvert (juvénile) / Anas platyrhynchos platyrhynchos / Mallard / Pato de Collar
 
 
 







@ bientôt.

mardi 15 avril 2014

Fin de l'hiver 2013-2014



Normalement j'aurais dû intituler ce billet "début du printemps 2014", mais, avec cet hiver qui s'obstine à rester, je ne peux que parler de sa fin... d'ailleurs espérée un peu partout au Québec. Ces deux dernières semaines, j'ai parcouru des lieux familiers afin de constater l'évolution de la présente saison hivernale et j'ai pu constater que la saison froide a perduré. Malgré la couche de neige un peu plus épaisse et une température souvent en dessous de la normale saisonnière, les oiseaux doivent obéir à l'urgence inscrite dans leurs gênes de regagner leur territoire de nidification.  Et ils ne manquent pas de le faire.

Les espèces migratrices reviennent dans la région de Québec au compte-goutte, car nous sommes encore tôt en saison. Il faudra attendre la deuxième ou troisième semaine de mai avant d'assister à un mouvement migratoire d'importance. C'est certain que d'ici là les nouvelles espèces s'ajouteront graduellement, mais avec parcimonie. Il faut d'abord mettre en perspective que les gens de la région de Québec doivent compter une bonne quinzaine de jours de retard comparativement à ceux de la région de Montréal... et une semaine en comparaison à ceux du centre du Québec (régions Mauricie/Bois-Francs).

Cette réalité m'a frappé dès l'âge de 13 ans lors d'un premier contact avec quelques numéros du "Naturaliste canadien". Dans une des revues, j'ai trouvé un tableau relatant les dates d'arrivée printanière de différentes espèces au Québec depuis une couple de décennies. Dès lors je me suis servi de ce tableau pour prévoir l'apparition des espèces dans mon secteur. C'est incroyable de voir comment certaines espèces apparaissent relativement à la même date, année après année Je ne sais pas s'il s'en est inspiré, mais Pierre Bannon a ressuscité ce projet avec assiduité entre 1992 et 2011. Cette minutie de sa part rend ce tableau très informatif. Je vous invite à le consulter en suivant le lien suivant

http://pages.infinit.net/pbannon/tableau19922011.htm


Voici maintenant quelques photos réalisées lors de mes dernières sorties.


C'est le 11 avril 2014 que je rencontre cette belle grosse femelle Harfang des neiges / Bubo scandiacus / Snowy Owl  dans le rang Saint-Eustache à Lotbinière. En hiver, nous observons plus souvent des immatures et des mâles. J'ai parlé avec le propriétaire du terrain où se trouvait le strigidé et il m'a dit qu'il l'avait vu dans la région à quelques reprises durant la saison froide. Était-ce réellement le même individu ? Difficile à dire. Une belle surprise quand même et probablement l'un des derniers harfangs observés sous nos latitudes en ce printemps tardif.


À Sainte-Croix-de-Lotbinière, ce beau Merle d'Amérique / Turdus migratorius migratorius / American Robin célèbre son retour sur son territoire de reproduction en s'époumonant pour faire connaître aux autres mâles qu'il entend bien se battre bec et ongle pour le défendre. Connaissant l'agressivité des merles, des frictions ne devraient pas trop tarder à se produire.
 

Le Plectrophane des neiges / Plectrophenax nivalis nivalis / Snow Bunting arrive sous nos latitudes avec les premières neiges et il nous quitte à la fin avril / début mai. J'ai pris cette photo un peu avant celle du harfang, toujours sur le rang Saint-Eustache. Cet individu faisait partie d'un groupe d'une cinquantaine d'oiseaux. Un peu plus loin, c'est un groupe compact d'au moins 1 000 individus qui se nourrissaient dans les champs découverts de neige.


Il n'est pas toujours évident de repérer une Bécasse d'Amérique / Scolopax minor / American Woodcock sur le terrain, car son plumage cryptique lui assure un camouflage parfait avec l'environnement. Elle arrive dans notre secteur au début avril et la meilleure façon de l'observer est lorsqu'elle fait son vol de parade à la tombée du jour.


La neige qui recouvre le sol sous les arbres en forêt nous aide présentement à localiser des bécasses. Elles aiment se faire chauffer au soleil sur des buttes herbeuses. Leur silhouette détonne sur le blanc de la neige. C'est ainsi que j'ai pu débusquer cet oiseau. Le lendemain, j'en ai trouvé une autre dans un endroit bien différent.


 J'ai saisi cette Bernache du Canada / Branta canadensis interior / Canada Goose en plein vol alors que je me tenais sur le quai de Lotbinière, le 12 avril 2014.


Pendant ce temps, une oie spéciale attire mon attention. Elle a le corps d'une Bernache du Canada et la tête et le cou d'une Oie des neiges / Chen caerulescens / Snow Goose. Elle est également de plus petite taille. Si cette hybridation s'observe rarement, il s'agit quand même de ma troisième en 50 ans d'observation. Un autre individu montrant ce plumage est observé en même temps par Pierre Casavant dans la région de Montréal.


La Base de Plein Air de Sainte-Foy est le meilleur endroit pour espérer trouver le Grand Pic / Dryocopus pileatus abieticola / Pileated Woodpecker.


Mâle en devenir de Chardonneret jaune / Carduelis tristis tristis / American Goldfinch réchauffant ses cordes vocales en prévision de la prochaine saison de nidification.


Pic chevelu / Picoides villosus villosus / Eastern Hairy Woodpecker


Malgré sa réputation de causeur de troubles, je ne peux jamais résister à photographier tout Écureuil roux nord-américain / Tamiasciurus hudsonicus / North American Red Squirrel qui croise mon chemin.


Le Grand-duc d'Amérique / Bubo virginianus virginianus / Great Horned Owl est toujours très impressionnant à voir. Ici, j'ai croisé sa route alors qu'il venait d'attraper un Écureuil noir. Il est perché dans un grand pin en bordure de sentier. Il est régulièrement vu à la Base de Plein Air de Sainte-Foy, mais il faut être chanceux pour tomber dessus.


Il faut se rendre à la Forêt Montmorency pour avoir les meilleures chances de trouver le Mésangeai du Canada / Perisoreus canadensis nigricapillus / Gray Jay.


Même chose pour la mignonne Mésange à tête brune / Poecile hudsonicus littoralis / Boreal Chickadee qui préfère la forêt boréale.


Le Cerf de Virginie / Odocoileus virginianus / White-tailed Deer est souvent observé de nos jours, un peu partout au Québec. L'hiver, il se tient dans les ravages où il mange l'écorce, les branches et les aiguilles des conifères. Je surprends ce petit groupe à découvert dans un champ dans la région de Saint-Édouard-de-Lotbinière. Quelques secondes plus tard, les "flags" en l'air me confirment qu'ils vont disparaître dans la forêt sans attendre leur reste.


L'hiver 2013-2014 a été prolifique pour l'observation du Harfang des neiges. Les ornithologues amateurs Québécois ont eu droit à la visite de plusieurs individus peu importe l'endroit de la province où ils résident. Cet immature contemple les environs bien assis sur la cheminée d'un foyer.



Je vous souhaite à tous un très beau printemps avec des belles aventures en nature.


@ bientôt.




jeudi 9 janvier 2014

Grand Pic / Dryocopus pileatus abieticola / Pileated Woodpecker


De toutes les espèces de pics présentes au Québec, le Grand Pic est sans doute la plus convoitée par l'ornithologue amateur qui débute ce beau hobby. En raison de sa grande taille, proche de celle de la Corneille d'Amérique, nous pourrions nous attendre à le rencontrer plus fréquemment. Après tout, il n'est pas considéré comme rare et il peut même nicher dans des boisés relativement petits. En Amérique du Nord, en nous basant sur les données des BBS (Breeding Bird Survey), nous pouvons voir certaines tendances comme la diminution des effectifs des Pic de Lewis, Pic à tête rouge et Pic flamboyant. Par contre, les Grand Pic, Pic à ventre roux et Pic chevelu connaissent une augmentation de leur population. Cependant, la réalité nous démontre que ce pic format géant élude souvent nos recherches en forêt même celles hébergeant des habitats idoines et où sa présence est confirmée par les traces bien particulières qu'il imprime sur le tronc des arbres.

Alors que j'habitais à la campagne, je me rendais souvent près de la rivière du Chêne, à Leclercville, afin de repérer un Grand Pic qui y était résident depuis nombre d'années. Alors que sa présence était rapportée sporadiquement par d'autres observateurs, je n'arrivais jamais à mettre la jumelle dessus. Pourtant, l'entrée oblongue de la cavité lui servant de nid était visible sur plusieurs grands arbres dans la région. J'arrivais même à l'occasion sur des sites où de gros copeaux encore bien frais s'entassaient au pied d'un arbre où une cavité bien visible venait d'être forée. C'était plutôt frustrant. Un beau samedi matin de juin, je me lève avec la ferme intention de le trouver quitte à y mettre toute la journée. Ça m'a pris quatre heures de traque intensive avant de finalement trouver un beau mâle en pleine recherche de nourriture sur un tronc pourri et couché par terre dans le sous-bois d'une érablière. En fait, l'expérience m'a démontré que ce pic pouvait s'observer souvent à moins de deux mètres du sol. Comme cette femelle, surprise le 1er janvier 2014 à la Base de plein air de Sainte-Foy, ville de Québec.




Ce n'est pas par malice que le plus grand de nos picidés québécois creusent le tronc laissant souvent d'énormes échancrures qui nous font quelques fois craindre, à tort ou à raison, pour la survie de l'arbre. L'alimentation de base du Grand Pic est constituée de Fourmis charpentières du genre Camponotus. Ce sont les grosses fourmis noires que nous rencontrons près de nos maisons et que nous ne désirons pas abriter à l'intérieur de nos murs. Ces dernières creusent des tunnels qui peuvent atteindre le coeur, ou si vous préférez, le centre du tronc d'un arbre. Le pic n'a de cesse que lorsqu'il capture sa proie (probablement  un coléoptère sur la photo qui suit). Nous pouvons même voir une patte noire accrochée au bord du trou alors que le pic avale l'insecte d'un trait.




Sur la photo suivante, nous pouvons même noter une aile d'insecte collée au bec de l'oiseau.




Sa diète de fourmis est donc complétée par des larves de coléoptères xylophages, des termites et des chenilles. L'importance des fruits (cerises, fruits du cornouiller, raisins sauvages), des baies (houx, sumac vénéneux, micocouliers de Virginie) et des noix varie selon les régions. Ils peuvent constituer jusqu'à 30% du menu. En hiver, il visite régulièrement les postes d'alimentation où du gras animal ou végétal lui est offert.

Les Grands Pics occupent différentes sortes de forêts, les feuillus aussi bien que les conifères et les forêts mixtes. A l'intérieur de ce dernier habitat, ils semblent marquer une préférence pour les parcelles ouvertes de feuillus et les zones denses de grands conifères parvenus à maturité. Nous pouvons également les trouver dans des boisements en cours de régénération, à condition que ceux-ci soient pourvus de grands arbres et d'arbustes qui aient au moins cinq ans d'âge. Ils pénètrent aussi dans les parcs à la périphérie des villes. Des rapports indiquent que, pour se nourrir, ils choisissent des parcelles de vieux arbres en bordure de rivières. Les lieux de nidification sont également situés dans de vieux arbres âgés de plus de 70 ans et jamais très éloignés de l'eau. Les monocultures de pins sont généralement évitées. Ils nichent jusqu'à 1500 mètres dans les zones montagneuses de l'est du Canada et jusqu'à 2300 m dans l'ouest.

Ces oiseaux sont relativement solitaires. Les couples entretiennent des rapports assez lointains, excepté pendant la période hivernale où ils peuvent se percher à faible distance les uns des autres. Mes photos ont d'ailleurs été prises avec la complicité d'un couple de pics qui, à un moment donné, cherchaient de la nourriture sur deux arbres situés à moins de deux mètres l'un de l'autre. Ces oiseaux ne sont pas réputés très timides. Ils recherchent leur nourriture à tous les étages de la végétation, y compris sur le sol où ils visitent les souches et les fourmilières. Les bois morts constituent des lieux privilégiés d'exploration. Les coups de bec et le tambourinage constituent plus de 60% des méthodes d'investigation en hiver. Le décollement et la désincrustation de morceaux d'écorce est également une activité importante. Sur la photo qui suit (prise la veille avec la même femelle), nous pouvons voir que l'oiseau s'apprête à soulever un morceau d'écorce et à l'arracher d'un mouvement sec de la tête.




Et voilà le travail bien fait. À remarquer que le pic ferme les yeux à chaque fois qu'il attaque le bois, question de les protéger contre de possibles éclisses qui pourraient le blesser.




Un bec droit à la base large est, à lui seul, loin d'être suffisant pour expliquer la capacité des pics à frapper à répétition et à creuser dans un bois dur et vivant pendant de longues périodes de temps.




L'oiseau peut compter sur des structures hautement spécialisées au niveau du bec et de l'ossature du crâne. L'articulation entre le point le plus à l'avant du crâne et celui de la mandibule supérieure, ou maxille, est repliée vers l'intérieur. Ceci fait que, lorsque le bec frappe une surface solide, l'os subit une tension plutôt qu'une compression. Normalement l'impact devrait porter la base du bec à glisser vers le haut. Ce mouvement potentiellement dangereux est contré par l'os frontal qui excède la base du haut du maxillaire. Parce que le choc produit une tension, celle-ci peut être contrecarrée par un muscle spécial qui l'absorbe. Ce dispositif est optimisé lorsque le bec est bien droit et bien aligné avec le muscle lorsque le coup est porté. Comme cette ligne se situe en bas du cerveau de l'oiseau, cet organe précieux est préservé de la vague de choc. Vous remarquerez qu'un pic, lorsqu'il fore énergiquement, garde sa tête au même niveau et en droite ligne devant lui. Ici c'est le mâle qui nous fait une démonstration. Yeux fermés, il frappe avec puissance et précision afin de creuser et aller dénicher l'insecte qui se cache. Heureusement pour lui, sa belle crête rouge est plus affectée par le choc que son cerveau.


 

D'autres spécialisations de l'oreille interne, des narines, de la langue et des muscles au niveau des vertèbres pourraient être élaborées dans cet article, mais le propre d'un blog étant d'être court, il faut que je m'arrête ici. Je vous invite à aller consulter la bibliographie que je vous mentionne à la fin.

Mais, avant de partir, voici un portrait du mâle.





À bientôt ...


Bibliographie

 

del Hoyo, J., Elliott, A. & Sargatal, J. eds. (2002) Handbook of the Birds of the World. Vol. 7. Jacamars to Woodpeckers. Lynx Edicions, Barcelona.
Winkler, H., Christie, D.A. & Nurney, D. (1995) Woodpeckers: An Identification Guide to the Wodpeckers of the World, Houghton Mifflin Company,  Boston / New York.

Proctor, N.S. & Lynch, P.J. (1993) Manual of Ornithology: Avian Structure & Function, Yale University Press, New Haven / London.
Sibley, D.A. (2001) National Audubon Society The Sibley Guide to Birds, Alfred A. Knopf, Inc, New York.



lundi 23 septembre 2013

Le magnifique branchu.

Il est de ces sorties en nature qui nous réservent des plaisirs incommensurables. Comme celle d'hier alors qu' Anne et moi décidons d'aller faire une petite marche de santé du côté de la Base de Plein air de Sainte-Foy, située dans la partie ouest de la belle ville de Québec. Un beau parc urbain qui a survécu tant bien que mal à différents maires à travers le temps. Il a perdu quelques plumes (pour ne pas dire quelques feuilles) sous la férule de feue la mairesse Andrée Boucher et il pourrait en perdre encore avec les projets de Régis Labeaume. Non, je n'embarquerai pas sur le plan politique, il y a trop d'autres belles choses à parler.

Sous un ciel incertain, nous entreprenons notre marche en nous dirigeant vers les petits points d'eau s'étendant à l'est du parc. À un détour de sentier, alors qu'un plan d'eau apparaît sur notre droite, Anne braque ses jumelles aussitôt dans cette direction à la recherche d'un possible Héron vert et elle me dit: "Wow, regarde ce magnifique branchu tout en couleurs !". Je lève mes jumelles à mon tour et je ne peux que partager son extase. En effet comment ne pas s'exclamer devant une telle beauté. À mon point de vue, la famille des anatidés recèle des espèces parmi les plus colorées de la gente ailée. Et comme une image vaut mille mots, je vous présente quelques photos réalisées à ce moment là.

Puisque le mâle Canard branchu / Aix sponsa / Wood Duck ne participe aucunement à la couvaison, son plumage n'est pas sujet aux même prérogatives de protection que l'est celui de sa femelle. Son manteau est brillamment coloré avec plusieurs reflets métalliques.
La femelle est plus brune et la zone colorée se situe souvent au niveau des ailes. Au repos ou lorsqu'elle est assise sur son nid, elle passe plus facilement inaperçue. Un caractère important à sa survie et à celle de la nichée.


Même un canard très coloré peut changer son aspect selon l'angle qu'il adopte lorsqu'il se présente devant un intrus ou une femelle. Le plumage légèrement gonflé amplifie des rondeurs qui sont elles-mêmes accentuées par des lignes blanches ou colorées. Le tout donne à ce mâle un aspect plus agressif. S'il ne défend pas un site de nidification à proprement parlé, il en est tout autrement pour la femelle élue. Un mâle va se battre bec et ongles contre tout autre mâle trop entreprenant qui aurait des visées particulières envers SA femelle.

En général, les canards barboteurs préfèrent des plans d'eau peu profonds. Ils privilégient des étendues d'eau entourées de végétations où ils peuvent trouver abri et lieu de nidification.

Le Canard branchu tire son nom de l'habitude qu'il a de se percher sur les branches des gros arbres pour s'y reposer. Il niche dans les cavités arboricoles naturelles ou celles creusées par le Grand Pic / Pileated Woodpecker  ou d'autres picidés de bonnes dimensions. Les premiers oeufs sont enfouis dans la litière accumulée au fond de la cavité et c'est à partir du quatrième oeuf que la femelle ajoute graduellement de son duvet. La couvée consiste habituellement de 9 à 14 oeufs blancs ivoire mesurant 51 X 39 mm.  Il s'accommode des nichoirs mis à leur disposition, comme ça pourrait bien être le cas à la Base de Plein Air de Sainte-Foy où des cabanes ont été installées depuis quelques années.

Le Canard branchu retourne habituellement au même endroit pour nicher. L'incubation des oeufs, d'une durée de 31 à 35 jours, se fait par la femelle uniquement. Le mâle accompagne la femelle lorsqu'elle quitte le nid pour se nourrir et il la suit jusqu'au nid lorsqu'elle y retourne, mais il s'éloigne aussitôt pour regagner l'endroit de guet habituel.


Même moins colorée que le mâle, la femelle du Canard branchu demeure spectaculaire par les dessins qui ornent son manteau. Son maquillage est excessivement bien réussi et on comprend facilement le mâle de succomber à un tel charme.

Le Canard branchu est reconnu pour sa beauté et il se situe bon deuxième dans mon livre après le Canard mandarin, une espèce malheureusement absente sous le soleil québécois.

Avant de quitter le site, Anne me fait remarquer qu'une bernache bizarre se tient parmi un groupe d'une cinquantaine de Bernaches du Canada / Branta canadensis / Canada Goose. Même si c'est très loin, je prends quelques photos et voici ce que ça donne:

Des cas d'hybridation d'espèces différentes d'oiseaux se retrouvent souvent dans la famille des anatidés. Ici, nous pourrions être devant un rejeton provenant de l'accouplement d'une Bernache du Canada avec une Oie cendrée / Anser anser anser / Greylag Goose ou avec une Oie cygnoïde / Anser cygnoides / Swan Goose.

Comme je ne suis pas tellement ferré dans les hybrides, je pense d'abord faussement qu'il doit s'agir d'un hybride Bernache du Canada X Oie rieuse. J'envoie le tout à Louise Simard qui s'occupe du site des oiseaux rares et elle transfère la photo à Michel Gosselin au Musée d'Histoire naturelle à Ottawa. Ce dernier pose le pronostic suivant:

"Effectivement, le blanc à la gorge, au flanc et aux primaires indique un x oie domestique (cendrée ou cygnoïde).

Même chose pour la grande taille, le cou épais et le croupion relevé, qui pointent dans le même sens."

Je remercie Louise et Michel pour leur aide à résoudre cette énigme.

 À bientôt !

Bibliographie
Handbook of the Birds of the World. Lynx Edicions, 1992. Volume 1.
Wildfowl of the World. Blandford Press Ltd,1988.