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vendredi 25 décembre 2015

En ce Noël vert...




Le Noël 2015 ne passera pas à l'histoire pour l'abondance de neige ou la température froide. Les champs sont verts et quelques plaques de neige ou de glace ici et là nous font plus penser à la fin avril qu'à la fin décembre. Une balade près du grand fleuve Saint-Laurent, à Neuville, nous a fait découvrir à Anne et à moi un troupeau d'environ 500 Bernaches du Canada, un radeau d'une centaine de fuligules non identifiables à cause de la distance et du manque de lumière ainsi que des harles, des garrots, des colverts et les trois espèces de goélands bien perchés sur un îlot rocheux..

Aucune glace sur le fleuve et pas plus sur les battures. En fait, sur le bord du fleuve, ça ressemblait plus à la fin octobre, car j'étais habitué d'observer ces radeaux de plongeurs à cette date dans la région de Leclercville. Le Fuligule à dos blanc / Aythya valisineria / Canvasback rapporté plus tôt cette semaine à Neuville se retrouvait d'ailleurs souvent dans les années 1980 parmi ces regroupements de fuligules.

Plus tôt en matinée, une visite à un poste d'alimentation bien tenu nous a permis d'observer un oiseau qui a ajouté un soupçon d'exotisme dans un Noël plutôt atypique. Ronald Lepage, bien connu sous le nom de Monsieur Cap Tourmente, a le bonheur d'héberger dans sa cour arrière une espèce peu commune au Québec, mais qui est rapportée sporadiquement près de mangeoires tard à l'automne ou tard au printemps. Et Dieu sait qu'elle est bien tombée puisqu'il serait difficile pour un oiseau égaré de trouver un meilleur endroit où s'échouer. Tout est mis à sa disposition: nourriture diversifiée, abri et même un bain chauffé.

Voici quelques images de cette femelle de Piranga vermillon / Piranga rubra rubra / Summer Tanager  


Cette femelle est du type de l'est. Son bec costaud lui sert à saisir les gros insectes ou les fruits qui font partie de son régime alimentaire habituel.


Son bec pâle et sa tête pointue la distingue du Piranga orangé / Piranga hepatica / Hepatic Tanager, une autre espèce pouvant s'égarer au Québec, mais de façon rarissime.


Cet oiseau égaré pourra compter sur la graisse animale (suif) mise à sa disposition pour contrer les températures froides de l'hiver québécois. Ses chances de survie ?  Très difficile à prédire puisque tout dépendra de la longueur et de la rigueur de notre hiver. Mais disons que ses chances sont plutôt minces.


Et, pour terminer, voici la photo d'un mâle de cette espèce prise le 07 mai 2015 au Lower Green Swamp Preserve, Floride, USA.








Joyeux Noël et à bientôt.



vendredi 19 juin 2015

La beauté cachée des marécages.




S'il existe un habitat sous-estimé par bien des gens et ceci, tout autour de la belle planète bleue, c'est bien celui des habitats humides. Pourquoi inspire-t-il aussi peu la sympathie de "monsieur tout le monde" ?  Serait-ce à cause de leur aspect peu invitant inspiré par une végétation plutôt monochrome ou par un sol rendu précaire parce qu'imbibé d'eau, rendant difficile de s'y aventurer sans crainte ? Serait-ce à cause des odeurs émanant de la décomposition de matières mortes, qu'elles soient d'origine végétales ou autres ?  Serait-ce à cause des sons continuels émis par les batraciens, les oiseaux ou les animaux qui peuvent s'y retrouver ? Alors que les passionnés de nature ne s'en lassent jamais, il n'y a rien de gracieux dans tout ça pour les autres.

Pour le naturaliste, l'occasion de découvrir un nouveau milieu humide est toujours excitant. Excitant parce que cet habitat recèle des secrets qui ne se dévoilent qu'à celui qui a la persévérance et la connaissance pour les repérer. Si les êtres qui y habitent sont vocaux, ils sont plutôt furtifs et ils se camouflent à merveille dans un milieu souvent impénétrable. L'observateur doit acquérir une certaine expérience de terrain  afin de connaître leur comportement et prévoir la façon dont ils vont se présenter devant lui. Et tout ceci ne s'acquiert qu'avec le temps... et la persévérance.


Je veux vous présenter aujourd'hui une espèce d'une extrême beauté. Elle ne s'observe au Québec que très sporadiquement et, lorsqu'elle le fait, nous ne la retrouvons que dans son plumage immature qui n'a rien à voir avec celui de l'adulte. Voici donc un individu immature que j'ai eu la chance de capter en image le 18 septembre 2011 au marais Carbonneau, près de Sherbrooke, Québec.






La Talève violacée / Porphyrio martinicus / Purple Gallinule est rarement observée au Québec. Une seule mention par année et il peut se passer une ou plusieurs décennies entre les observations. Il s'agit en très grande majorité d'individus immatures qui se présentent sous nos cieux à l'automne. Probablement à la suite de la dispersion qui suit la fin de la nidification. L'individu photographié a passé deux semaines à ce très beau marais.


Cette talève est reconnue dans la famille des rallidés pour sa tendance à s'égarer quelques fois très loin de son aire de distribution normale. Elle niche dans le sud est des États-Unis jusqu'en Amérique du sud et les populations les plus au nord et les plus au sud sont migratrices. Cette espèce est régulièrement rapportée sur l'île de Tristan da Cunha à quelques 3 800 km de la côte sud américaine. Elle s'est déjà égarée sur l'île Sainte-Hélène, à environ 6 400 km de l'Amérique du sud et elle fait des apparitions annuelles dans le sud ouest de  la Province du Cap, en Afrique du Sud. Des 21 cas répertoriés au Cap, la plupart se situe entre fin avril et début juillet et implique des individus immatures. Ceci suggère que les adultes sont peu portés à l'errance. Il apparaît que les individus migrant vers le nord en partance de la province de Buenos Aires, en Argentine, ou de l'Uruguay sont contraints de dévier de leurs corridors migratoires normaux par des forts vents en provenance de l'ouest qui les font traverser l'Atlantique,  pour finalement s'échouer sur les côtes de l'Afrique du sud, totalement épuisés et émaciés.  



Je dois attendre près de quatre ans avant de photographier à nouveau cette espèce alors que je me rends en Floride avec Anne au début mai 2015. Et, en 12 jours de balade entre les différents parcs et réserves, nous ne la rencontrons qu'à trois endroits soient au Lower Green Swamp Nature Preserve près de Plant City, à Merritt Island près de Titusville et au Green Cay Wetlands & Nature Center près de Boynton Beach.La plus belle rencontre se fait au dernier endroit mentionné. Et là, j'ai la chance d'avoir devant nous un adulte arborant ses plus beaux atours.



Alors que ses doigts démesurés font office de raquette lui permettant de se promener sur la végétation flottante des plans d'eau, c'est autre chose lorsque la talève grimpe sur les longues tiges pour aller bouffer les graines au bout des phragmites.



Tel un funambule, l'oiseau doit assurer son équilibre en étendant les ailes d'un côté ou de l'autre...



ou simultanément.


L'oiseau est tellement occupé à se nourrir qu'il ne se préoccupe aucunement de notre présence. Ce qui me permet une prise rapprochée de son cou et de sa tête.






Des lieux moins attrayants peuvent souvent cacher des êtres d'une grande beauté. Suffit d'ouvrir l'oeil et d'être attentif à leur présence pas toujours évidente.


Je vous souhaite de les découvrir à votre tour.


@ bientôt.




lundi 21 février 2011

Une mésange pas comme les autres

Le 29 janvier 2011, je reçois un courriel d'une amie qui demeure sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, dans le comté de Lotbinière, m'informant qu'une Mésange charbonnière est présente à une mangeoire près de chez elle. Comme cette personne connaît bien les oiseaux et qu'elle a même déjà observé cette espèce en Europe, je sais que l'identification est juste. Mon sang ne fait qu'un tour et je me propose tout de suite de me rendre à cette mangeoire dès le lendemain matin.

Dès notre arrivée dans le stationnement, le propriétaire entrouvre la porte donnant sur la cuisine et il nous dit que la mésange était là quinze minutes plus tôt, en compagnie de Mésanges à tête noire. Il nous invite à nous installer à l'extérieur, sur son patio arrière, et à attendre le retour des mésanges. Nous nous plaçons alors à l'endroit proposé et nous attendons patiemment. C'est ainsi que Anne et moi nous nous retrouvons en ce beau dimanche matin, vers les 9h00, devant une mangeoire, en bordure du grand fleuve glacé. Heureusement, il ne fait pas très froid, environ -10°C (14°F), et la mangeoire est très prisée par plusieurs espèces différentes dont des Durbecs des sapins, des Geais bleus, des Sizerins flammés et même deux Sizerins blanchâtres. Toute cette activité fait que nous ne voyons pas le temps passé et ce n'est que vers 10h30 que l'oiseau tant désiré se présente à nouveau. Son arrivée est cependant précédée par un "chachachachacha" saccadé qui n'a rien à voir avec les cris émis habituellement par nos mésanges. Et comme parachuté d'un nuage invisible, voilà que la mésange atterrit en face de moi parmi les branches.Quel bel oiseau avec ses couleurs bien tranchées:
  • parties inférieures jaunes
  • une cravate noire s'étire à partir de la gorge de l'oiseau et vient séparer les parties inférieures en deux
  • dos, nuque et scapulaires verts
  • une bande alaire blanche qui tranche le vert du dos et des scapulaires et les plumes de vol grises
  • une joue blanche encerclée de noir



Afin d'étayer ma propre identification, je prends le soin d'apporter ma lunette d'approche qui me permet normalement de faire de la digiscopie. Aux jumelles, nous voyons très bien la mésange, mais elle est très fébrile et elle ne cesse de se promener entre les branches d'un arbuste qui entoure littéralement la mangeoire. Donc, impossible pour moi de prendre des photos potables. Heureusement, Nathalie Gendron, la fille de la propriétaire, me fait parvenir la photo ci avant montrée. Elle a eu la chance de la prendre à partir de la fenêtre de la maison. Je la remercie de m'avoir gracieusement fourni cette très belle photo.

Ce n'est que la troisième fois que cette espèce est officiellement rapportée au Québec. Selon le livre "Liste commentée des oiseaux du Québec" de mon ami Normand David, voici les 2 autres mentions à la page 66:

  1. À Sainte-Catherine (près de Montréal) le 21 octobre 1973
  2. À Montréal du 4 décembre 1985 au 27 janvier 1986 
Après avoir observé notre oiseau, je discute pendant une vingtaine de minutes avec le propriétaire de la maison et il me dit que la Mésange charbonnière est apparue chez lui à la fin octobre / début novembre 2010 et qu'elle y est depuis ce temps. Elle semble en parfaite condition, elle se nourrit bien et elle suit une bande de Mésanges à tête noire. Je remarque qu'elle ne se mêle pas nécessairement aux autres mésanges, préférant garder une certaine distance. Elle est plus rondelette, plus massive et plus grosse que notre mésange américaine. D'ailleurs, elle est aussi la plus grosse des mésanges européennes.

La raison de la présence de cette espèce de l'Ancien Monde dans le Nouveau Monde est assez discutable. Il y aurait matière à passer quelques heures de tergiversation. Est-elle arrivée ici par bateau ? A-t-elle été importée par un voyageur européen nostalgique et désireux de retrouver un peu de son ancienne vie en terre d'Amérique ? S'est-elle échappée de la cage d'un particulier qui se l'était procurée dans un Pet Shop ? Fait-elle partie d'un groupe d'oiseaux qui auraient été relâchés pour en faire une espèce introduite comme ce fut le cas du Moineau domestique ou de l'Étourneau sansonnet ? Une chose est certaine, selon moi, c'est qu'on ne peut "cocher" cet oiseau comme un oiseau sauvage. La Mésange charbonnière n'effectue pas des grandes migrations. C'est une espèce d'oiseau sédentaire qui peut connaître à l'occasion des migrations altitudinales i.e. qu'elle peut nicher en hauteur dans les montagnes et descendre dans les basses-terres pour passer les mois d'hiver. Du moins, c'est ce qu'elle fait en Grande Bretagne. Même que des oiseaux nicheurs dans les terres peuvent se rapprocher des côtes de l'est durant les mois plus froids. On la retrouve à travers toute l'Europe, l'Asie et au nord de l'Afrique. Mes observations personnelles de cette espèce ont eu lieu

  1. Espagne le 13 mai  2001    sous-espèce  major
  2. Amsterdam, Pays Bas, le 28 novembre 2003   sous-espèce  major
  3. Doi Suthep, Thailande,  le 14 novembre 2004  sous-espèce  nubicolus
  4. Doi Inthanon, Thailande, le 20 novembre 2004  sous-espèce  nubicolus
  5. Doi Ang Khan, Thailande, le 22 novembre 2004  sous-espèce  nubicolus
  6. Doi Pui, Thailande, le 23 novembre 2004  sous-espèce  nubicolus
Dans un article paru sur le site Ornithomedia, vous découvrirez des faits étonnants concernant ce très bel oiseau. Voici l'adresse  http://www.ornithomedia.com/magazine/mag_art534_1.htm  .

Il faut toujours être à l'affût des oiseaux qui peuvent se présenter devant nous. On ne sait jamais ce que la belle nature nous réserve comme surprise, jour après jour.