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dimanche 9 juillet 2017

Des oiseaux autour du Lac Érié.





Dame Nature n'est vraiment pas dans son assiette durant une bonne partie du mois de mai 2017. Au Québec, le début du mois est synonyme de pluies et d'inondations pour quelques régions de la belle province. Je ne sais par quel heureux hasard, Anne et moi avions planifié dès l'automne 2016 une petite virée autour du Lac Érié du 3 au 15 mai. C'est donc sur le web que nous avons suivi les déboires de nos compatriotes. C'est certain que nous compatissions avec eux, mais nous avons profité de la chance que nous avions d'échapper à cette fâcheuse réalité. Il faut ajouter que ce n'était pas l'El dorado de notre côté non plus. Les températures étaient plutôt fraîches et la migration printanière en a été grandement affectée. Notre cédule impliquait que nous passions d'abord en longeant le sud du Lac Érié afin d'observer les oiseaux migrateurs qui s'arrêtent d'abord dans les parcs du côté étasunien avant d'entreprendre la  traversée du grand lac Érié. Ce faisant, ils atteignent la première langue de terre qui se présente à eux, soit la Pointe Pelée qui s'avance dans le lac. Si la vague migratoire rencontre des conditions de température adverses, les oiseaux vont toucher terre dans le parc de Pointe Pelée. Si la température est idéale, ils vont tout simplement continuer leur route. La présence en abondance des oiseaux à Pointe Pelée n'est donc pas assurée à toutes les années, mais la visite en vaut toujours la peine.


En six séjours à cet endroit au cours des trente dernières année, je n'ai vécu qu'une seule fois un "fall out", i.e. cet atterrissage en vague massive de milliers d'oiseaux qui arrivent exténués d'avoir dû combattre des conditions de température exécrables: vents, pluies, froid. Au printemps 2017, il n'y a pas eu de "fall out". Ceci m'a été confirmé par des Québécois qui ont été présents quelques jours après notre départ.


Voici, en quelques photos, la chronologie de notre escapade aux États-Unis et en Ontario. Première nuitée à Henrietta (NY), suivie de quatre nuitées à Port Clinton (OH), de cinq nuitées à Leamington (ON) et de deux nuitées à Port Dover (ON).



Le 4 mai, cette Mésange bicolore / Baeolophus bicolor / Tufted Titmouse nous attendait dans un parc à Henrietta (NY). Après avoir consulté le site Ebird, Anne a repéré le Mendon Ponds Park, situé à quelques kilomètres seulement de notre hôtel. Nous y observons 48 espèces entre 8h00 et 10h00. C'est la façon moderne de voyager tout en s'assurant de ne pas passer à côté de beaux endroits riches en nature.


Femelle de Cardinal rouge / Cardinalis cardinalis cardinalis / Northern Cardinal à Henrietta (NY).
 

Bruant familier / Spizella passerina passerina / Chipping Sparrow à Henrietta (NY).
 

Un mâle de Carouge à épaulettes / Agelaius phoeniceus phoeniceus / Red-winged Blackbird en train de parader devant une femelle au Magee Marsh (OH), le 06 mai 2017.

 
Mâle de Gobemoucheron gris-bleu / Polioptila caerulea caerulea / Blue-gray Gnatcatcher. Une espèce abondante tout autour du Lac Érié. Photographié le 06 mai 2017 au Magee Marsh (OH).
 
 
Extrêmement rare et localisé au Québec, le Cygne trompette / Cygnus buccinator / Trumpeter Swan niche dans les parcs autour du Lac Érié. Voici une paire qui s'accouple près de leur nid. Nous sommes au Ottawa National Wildlife Refuge, juste à côté de Magee Marsh (OH).
  

Le mâle parade devant la femelle après l'acte. La pérennité de l'espèce est assurée pour au moins encore une génération.
 

Cette Grande Aigrette / Ardea alba egretta / American Great Egret revient sur le quai après avoir attrapé un petit poisson. Photo réalisée le 6 mai 2017 au Metzger Marsh Wildlife Refuge (OH).
 
 
Un autre exemple de l'utilité de consulter Ebird est cette observation de cette Barge marbrée / Limosa fedoa fedoa / Marbled Godwit le long de la route entre notre hôtel et Magee Marsh (OH). Cette espèce est régulière dans cette région, année après année, lors de la migration printanière, mais elle ne demeure que quelques jours.
 

Le Pygargue à tête blanche / Haliaeetus leucocephalus washingtoniensis / Bald Eagle est l'emblème des États-Unis. Il y est donc abondant. Cet immature âgé d'environ trois ans fait ses ablutions matinales tout près de notre hôtel. J'ai la chance de prendre cette unique photo avant qu'il ne déguerpisse. Réalisé le 8 mai 2017 à Port Clinton (OH).


Le Ottawa National Wildlife Refuge est un parc que nous avons très apprécié, il vaut la peine d'y passer plusieurs heures. Une belle surprise nous y attendait, soit ce Petit-duc maculé / Megascops asio naevius / Eastern Screech-Owl de forme rousse qui a adopté ce nichoir artificiel de Canard branchu pour y nicher ou pour y dormir durant le jour.

  
Une autre consultation sur Ebird nous permet de connaître la présence de la Sterne de Forster / Sterna forsteri / Forster's Tern dans le parc de Pointe Mouillee (MI). C'est sur notre route vers Pointe Pelée, en Ontario. Photographié le 09 mai 2017. Un autre site qui vaut un arrêt. Nous y observons, entre autres, les six espèces d'hirondelles communes dans l'est de l'Amérique du Nord.

 
Au moins deux couples de Cygne tuberculé / Cygnus olor / Mute Swan nichent à Pointe Mouillee (MI). Voici un adulte qui passe devant nous.
 

Et une belle surprise avant notre départ, un Pélican d'Amérique / Pelecanus erythrorhynchos / American White Pelican tournoie dans une thermale haut au-dessus de nous. Notre seule observation de l'espèce autour du lac.



Dans la tête des ornithologues, Pointe Pelée égale parulines, beaucoup d'espèces différentes de parulines. Ça n'a pas manqué en 2017, même si les nombres n'étaient pas effarants. Voici quelques images.



Paruline jaune (mâle) / Setophaga petechia amnicola / Yellow Warbler
 

Paruline à poitrine baie (mâle) / Setophaga castanea / Bay-breasted Warbler

  
Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler
 
 
Paruline couronnée / Seiurus aurocapilla aurocapilla / Ovenbird
 
 
La très rare et recherchée Paruline de Kirtland / Setophaga kirtlandii / Kirtland's Warbler


 Et il n'y a pas que des parulines



Piranga écarlate / Piranga olivacea / Scarlet Tanager

  
Piranga écarlate / Piranga olivacea / Scarlet Tanager

  
Oriole de Baltimore / Icterus galbula / Baltimore Oriole

 
Pic à tête rouge / Melanerpes erythrocephalus / Red-headed Woodpecker


Grive des bois / Hylocichla mustelina / Wood Thrush


Grive fauve / Catharus fuscescens fuscescens / Veery


Un autre cadeau de Ebird. La présence d'une Tourterelle à ailes blanches / Zenaida asiatica mearnsi / White-winged Dove à Rondeau y est signalée. Il n'en fallait pas plus pour que nous nous y rendions. Photo réalisée le 13 mai 2017 au parc provincial de Rondeau, Ontario.


Dindon sauvage (mâle) / Meleagris gallopavo silvestris / Wild Turkey


Hirondelle noire (femelle) / Progne subis subis / Purple Martin


J'aurais pu ajouter encore une bonne quantité de photos, mais la modération a bien meilleur goût. La tournée du lac vaut le coup que ce soit de ce côté-ci de la frontière ou de l'autre. Une belle expérience que nous pourrions bien répéter un jour.


@ bientôt.


mardi 13 juin 2017

La Paruline orangée, princesse des forêts marécageuses




L'une des espèces-cibles recherchées par les ornithologues qui se dirigent vers Pointe-Pelée, en Ontario, est sans aucun doute la très belle Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler. Elle tient son nom anglais des greffiers de l’Église catholique, appelés « protonotaires », qui portent parfois un capuchon doré et une cape bleue. Son ancien nom anglais de Golden Swamp Warbler était peut-être un peu plus approprié.



Ce magnifique mâle pose quelques secondes dans sa recherche incessante d'insectes et d'araignées le long des troncs d'arbres dans une partie inondée du parc national de Pointe Pelée. Photo prise le 12 mai 2017. 



La Paruline orangée est un oiseau chanteur d’une beauté saisissante dont la tête et la poitrine sont d’un jaune doré vif. Son dos est vert olive et ses ailes, sa croupe et sa queue, gris-bleu foncé; la queue présente de larges taches blanches lorsqu’elle est ouverte. Les femelles et les juvéniles sont semblables aux mâles, mais leurs couleurs sont moins vives.


Cette paruline est considérée comme l’un des oiseaux les plus éblouissants de l’Amérique du Nord en raison de ses couleurs vives et de son habitude de s’alimenter sur les bords des étangs où elle voit constamment sa réflexion, ce qui double sa superbe apparence.



Cette femelle a capturé une araignée et elle la tient fermement dans un bec inhabituellement gros si on le compare à celui des autres parulines. Photo prise le 12 mai 2017 dans le parc national de Pointe Pelée, Ontario.


Elle niche principalement dans le sud-est des États-Unis, où on la trouve couramment dans les forêts feuillues marécageuses parvenues à maturité et les plaines inondables boisées. Au nord des États américains du golfe du Mexique et des Carolines, les nicheurs se font de plus en plus rares et épars. La limite nord de l'aire de nidification de cette paruline atteint tout juste le sud de l'Ontario. L'un des passereaux les plus rares au Canada, la Paruline orangée a été désignée espèce en voie de disparition tant au Canada qu'en Ontario.






L'espèce a probablement toujours été très rare dans le sud-ouest de l'Ontario, où on ne la trouve que dans des îlots d'habitat propice près de la rive nord du lac Érié (le plus régulièrement dans la zone de conservation Holiday Beach, le parc provincial Rondeau et le secteur de la pointe Long) et à l'extrémité ouest du lac Ontario (marais Dundas). Malgré l'existence de milieux convenables à l'intérieur des terres, surtout dans la région de Lac Simcoe-Rideau, la Paruline orangée s'éloigne très rarement de plus de 30 km environ des rives des Grand Lacs.


En Ontario, on la trouve sous le climat plus chaud des forêts carolinienne caduques. Elle fait son nid dans des petites cavités peu profondes d’arbres morts ou mourants debout dans des forêts inondées ou des marais, ou près de ceux-ci.


Ils utilisent aussi des nichoirs artificiels posés de façon appropriée. L’érable argenté, le frêne et le bouleau jaune sont des arbres communs de ces habitats. La Paruline orangée est la seule paruline de l’est de l’Amérique du Nord à construire son nid dans une cavité d’arbre, dans laquelle elle pond généralement de quatre à six œufs sur un coussin de mousse, de feuilles et de fibres de plantes.




Cette photo démontre bien le bec épais qui constitue l'outil idoine pour creuser un nid dans du bois pourri. Elle partage ce comportement inhabituel chez les parulines nord-américaines avec la Paruline de Lucy / Leiothlypis luciae / Lucy's Warbler.



Les travaux effectués dans le cadre de l'Atlas des oiseaux nicheurs de l'Ontario (2001-2005) portent à croire que la population actuelle ne compte pas plus de 10 à 25 couples (McCracken et al., 2006), estimation beaucoup plus faible que celle d'au plus 80 couples avancée dans le premier atlas réalisé entre 1981 et 1985 (McCracken dans Cadman et al., 1987).


Le déclin de l'espèce a été particulièrement marqué dans le parc provincial Rondeau. La présence de la Paruline orangée en Ontario dépend fortement de l'immigration d'individus en provenance de populations des États-Unis qui doivent bien se maintenir (Tischendorf, 2003). Par conséquent, à moins d'un renversement du grave déclin observé au coeur de l'aire de l'espèce aux États-Unis, la Paruline orangée pourrait bien disparaître en Ontario.






Et pour compliquer les choses, la Paruline orangée passe l’hiver sous le climat tropical chaud de l’Amérique centrale et du Sud; les mangroves côtières qu’elle privilégie sont l’un des habitats les plus menacés au monde. C'est le 5 mai 1974, dans le parc provincial de Rondeau, que j'observe ma première orangée. Je retourne sur le même site 43 ans plus tard et elle y niche encore. Entre temps, j'ai la chance de l'observer à maintes reprises sur ses sites d'hivernage que ce soit au Costa Rica, au Panama ou en Colombie. Elle est toujours aussi belle et aussi vivace sous d'autres cieux. En mai 2017, nous pouvons observer au moins 4 individus différents au parc national de Pointe Pelée et seulement 2 au parc provincial de Rondeau.


La population de la Paruline orangée suit malheureusement la tendance générale des populations animales à travers le monde. Elle décline peu à peu à cause principalement de la destruction des habitats propices au nourrissage sur les sites d'hivernage. Si vous désirez observer cette espèce au Canada, dirigez vous vers Pointe Pelée au printemps 2018. N'attendez pas trop.


@ bientôt.