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dimanche 31 janvier 2021

Des oiseaux en pandémie (novembre 2020 - 1 de 2 -)

 

 

Novembre! Notre mois d'évasion, celui où nous nous arrangeons normalement pour être à quelque part où le soleil luit, réchauffe et permet une nature encore active et diversifiée. Et ceci ne se passe naturellement pas au Québec où l'automne vient sérieusement d'entrouvrir la porte à l'hiver. La nature est clairement à l'aube d'un creux de vague où la variété fera défaut. Les grosses vagues migratoires sont passées, la trop grosse majorité de < nos > oiseaux sont partis. Tout ça est bien normal, ça fait partie du cycle des saisons. Mais en ce temps de pandémie, nous ne pouvons pas nous échapper. Autant en prendre pour notre rhume et essayer de tirer le meilleur parti de nos sorties. Nous découvrons quand même de beaux oiseaux avec les retardataires, les égarés et d'autres espèces qui envahissent nos régions en saison hivernale et qui vont la passer avec nous. 

 

  

Cet oiseau au plumage bicolore passe rarement inaperçu. Lorsqu'il s'envole, les rectrices externes blanches de sa queue attirent l'oeil instantanément. Il s'agit du Junco ardoisé / Junco hyemalis hyemalis / Dark-eyed Junco. On l'aperçoit, printemps et automne, dans notre cour, mais ça ne dure jamais longtemps. Quelques rares individus restent avec nous l'hiver alors que les autres descendent jusqu'au nord du Mexique. 1er novembre 2020 au Domaine de Maizerets.

  

 

Et voici une retardataire qu'il fait bon voir un 1er novembre. La Paruline noir et blanc / Mniotilta varia  / Black-and-white Warbler fait penser à une sittelle par son comportement. Elle adopte des poses acrobatiques pour débusquer sa nourriture dans les anfractuosités de l'écorce des arbres. Elle n'a été vue que quelques heures cette journée-là au Domaine de Maizerets, sans doute en route vers la Floride où elle accompagnera nos < snowbirds >.    

 

 

 

Le  Durbec des sapins / Pinicola enucleator leucura / Pine Grosbeak est le plus gros des fringillidés présents au Québec. En vol, il émet un sifflement de quelques notes qui m'ont fait penser au Grand Chevalier quand je l'ai entendu la toute première fois. Sa présence n'est jamais garantie d'une année à l'autre. Si la tendance se maintient, nous devrions connaître un hiver 2020-2021 en sa compagnie. Image captée le 05 novembre au Domaine de Maizerets, ville de Québec.

 

 

 

En hiver, le régime alimentaire des passereaux se réduit aux fruits et aux graines. Oublions les arthropodes, les reptiles et les batraciens. Ce durbec se gave de fruits dont la gelée aura attendri la chair. On le voit ensuite frotter son bec contre les branches afin de déloger toutes les particules qui pourraient obstruer ses narines ou salir son plumage lorsqu'il lisse ses plumes.

 

 

 

Une belle découverte en cette journée plutôt frisquette. Un Mulot sylvestre / Apodemus sylvaticus / Wood mouse surgit sur l'eau gelée à la base des quenouilles dans le petit marécage au sud du bâtiment principal du domaine. Grâce à ses incisives affûtées, il vient couper une longue tige verte et il l'apporte avec lui dans la pénombre du marécage pour la déguster à l'abri des intempéries. Cette rencontre me fait penser à ce que ça ne doit pas être facile pour les animaux de survivre à l'hiver.

 

 

 

Nous nous retrouvons le 06 novembre au Bois de Coulonges, un autre parc de la ville de Québec. Une belle promenade durant laquelle un beau mâle de Grand Pic / Dryocopus pileatus abieticola / Pileated Woodpecker vient se coller sur un grand arbre. Ce pic est plutôt commun, mais, malgré sa taille comparable à celle d'une corneille, on ne le voit pas aussi souvent qu'on le pourrait. Il est très discret lorsqu'il fore les arbres à la recherche de fourmis charpentières et autres arthropodes.

 

 

 

Il est fréquent de rencontrer la Bernache du Canada / Branta canadensis interior / Canada Goose en novembre et près du fleuve, comme ici à Saint-Romuald. Il en reste toujours des petits groupes qui attendent que la batture gèle avant de nous quitter pour se rendre plus au sud. Elles ne se rendront peut-être pas aussi loin au sud que les grandes bandes migratrices qui ont quitté plus tôt et elles ont de bonne chance d'être les premières à nous revenir au printemps.

 

 

 

Et voici une espèce égarée qui provient probablement du Sud de la Floride ou des Antilles où elle se retrouve à longueur d'année. Souvent les ouragans en provenance de l'Atlantique, et qui s'abattent sur les Antilles et la côte Est des États-Unis au cours du mois d'octobre, poussent des individus à monter vers le nord et ils aboutissent alors dans des lieux inusités pour eux. C'est ainsi que cette espèce apparaît sous nos cieux avec une certaine régularité. Et c'est le 07 novembre que je photographie cette Paruline à gorge jaune / Setophaga dominica albilora / Yellow-throated Warbler au Bois de Coulonges.
  

 

 

 

Cette même journée, nous observons une espèce présente dans les mangeoires installées dans les cours arrière des résidences en ville ou en banlieue. Le Roselin familier / Carpodacus mexicanus frontalis / House Finch  a commencé au début des années 1990 à envahir peu à peu la ville de Québec. Je me souviens très bien qu'Yves Aubry, biologiste expert en ornithologie au Service Canadien de la Faune, m'avait appris la découverte d'un premier nid de ce fringillidé à Sainte-Foy. Il était bien camouflé dans un enchevêtrement de tiges d'une grosse vigne accrochée à un mur en briques d'une résidence privée. 

 

 

Le 09 novembre nous nous rendons à Pointe-au-Père, à l'est de Rimouski avec l'espoir de repérer quelques espèces non observées encore en 2020. Et c'est près du quai que nous trouvons cet unique exemplaire de Goéland arctique / Larus glaucoides / Iceland Gull. La blancheur de ce laridé se détache bien de cet arrière-plan bleu foncé que nous le voyons facilement. Je me compte chanceux qu'il se soit approché près du rivage.

 

 

 

Tout près du quai de Pointe-au-Père, un Harelde Kakawi / Clangula hyemalis / Long-tailed Duck plonge activement à la recherche de crustacés, de mollusques ou de poissons. Au cours de l'année, on peut le trouver soit en eau douce ou soit en eau salé et son plumage, peu importe son âge ou la saison, est toujours assez spectaculaire. Cet oiseau solitaire s'observera encore à cet endroit en janvier 2021 dans un magnifique plumage de mâle adulte.

 

 

 

Tout le monde connaît le Pigeon biset / Columba livia livia / Rock Pigeon. On peut le voir aussi bien en ville qu'en campagne. Originaire de l'Ancien Monde, il aurait été le premier oiseau domestique. Il a été introduit partout sur le globe, sauf sur le continent antarctique. Des études ont démontré que le pigeon vivant en campagne s'alimente exclusivement de matière végétale < céréales et graines de mauvaises herbes >.  En milieu urbain, les pain et d'autres aliments moins typiques, offerts ou abandonnés < pain, maïs soufflé, frites... > constituent souvent une part importante de son alimentation. Il ne migre pas et il passe la saison froide avec nous. Rimouski, le 09 novembre 2020.

 

 

 

Légèrement plus gros que le chardonneret, le Sizerin flammé / Acanthis flammea flammea / Common Redpoll se déplace en hiver en bandes pouvant atteindre une centaine d'individus. L'hiver 2020-2021 s'annonce très bien pour que nous en accueillons un peu partout au Québec, au sud du 49ième parallèle. Les postes d'alimentations constituent les lieux où on peut l'observer à notre aise. En nature, ces oiseaux ne restent généralement que quelques secondes au même endroit, se déplaçant continuellement d'une plante, d'un arbuste ou d'un arbre à l'autre, de telle sorte que la volée semble toujours en mouvement. Un trait que le sizerin partage également avec le Plectrophane des neiges avec lequel nous l'avons observé à quelques reprises un peu plus tard en saison. Photo prise à Rimouski.

 

 

@ bientôt pour la suite de novembre 2020.

 

mardi 3 décembre 2019

De la neige... et des oiseaux





Nous voilà encore rendus à la saison de l’année où notre activité ornithologique risque d’être minimale. Cependant, malgré le froid, la neige et les routes glacées, il y a de belles sorties à faire. Jetons un œil sur l’année dernière. Oui, on s'en rappellera de l'hiver 2018-2019. Dame Nature nous a saupoudré de neige sur une base quasi quotidienne. Le soleil s'est rarement montré la binette, ce qui n'est vraiment pas bon pour la pression artérielle de quiconque. Et, comme si ce n'était pas assez, la météo s'est mise à jouer au yo-yo avec des températures oscillant entre -20°C et + 6°C sur de courtes périodes. Vraiment rien pour faciliter notre vie et surtout celle de nos amis emplumés qui vivent continuellement à l'extérieur.

Les périodes de verglas peuvent s'avérer très néfastes pour les animaux. Pensons à la Gélinotte huppée qui peut passer jusqu'à 16 heures sur 24 sous la neige pour se tenir à l'abri des intempéries et des prédateurs. Sa façon de s’enfouir dans la neige a été documentée. En vol ou du haut d’un perchoir, elle plonge dans la neige folle où elle construit sa bulle de vie, un microcosme idéal pour combattre le froid. Lorsqu'une couche de verglas atteignant plusieurs millimètres vient recouvrir la surface neigeuse, le gallinacé peut éprouver une grande difficulté à percer cette enveloppe glacée. L'hiver ne cause aucun problème du côté nourriture pour notre perdrix. Tôt le matin, elle se nourrit de bourgeons et, en seulement une quinzaine de minutes, elle remplit son jabot et elle s'assure ainsi de son apport alimentaire pour la journée. Elle peut ensuite retourner à l'abri des regards. En fin de journée, elle répète le stratagème et elle passe ensuite la nuit sans problème. Ce comportement de la gélinotte en hiver peut expliquer que nous l’observions si peu.


Gélinotte huppée / Bonasa umbellus togata / Ruffed Grouse

   
La famille des fringillidés englobe plusieurs espèces dont la présence est associée, du moins dans la région de Québec, à la saison froide : Tarin des pins, Sizerin flammé, Roselin pourpré, Bec-croisé bifascié, Bec-croisé des sapins, Durbec des sapins et Gros-bec errant. Ces passereaux se nourrissent principalement de graines, de fruits ou d’autres matières végétales. Ils sont fortement nomades, n’hésitant pas à voyager sur de longues distances et en groupes plus ou moins importants afin de trouver des bons lieux de nourrissage. Ces déplacements sont difficiles à prédire d’une année à l’autre. Il n’est donc pas surprenant de connaître des hivers plutôt moches où les fringillidés sont tout simplement absents.

Le dernier hiver a été propice à la présence du Gros-bec errant un peu partout aux endroits visités. Originaire de l'Ouest, il est observé pour la première fois dans le sud du Québec à la fin du 19ième siècle. Aujourd'hui, on le retrouve un peu partout au Québec où il peut nicher lorsqu'il trouve l'habitat propice et la source de nourriture disponible. Sur son territoire de reproduction, il est peu loquace donc plus discret. C'est bien autre chose lorsque, le reste de l'année, il se tient en groupes très bruyants qui sont fréquemment observés aux postes d'alimentation. C'est ainsi que la plupart des ornithologues Québécois le connaissent. Près de Québec, il est observé avec une grande régularité au Cap Tourmente et dans la région de Stoneham-et-Tewkesbury.


Même si le Gros-bec errant est considéré comme un oiseau chanteur, il ne semble pas utiliser de sons complexes pour attirer un partenaire. Il possède un petit répertoire d'appels simples, comprenant des notes perçantes et des pépiements enthousiastes.
Le nom anglais vient de la fausse croyance voulant que cette espèce vocalisait principalement en soirée. Ce gros passereau ajoute une touche colorée lors des mois mornes d'hiver et sa visite à nos mangeoires est toujours souhaitée et souhaitable.


Gros-bec errant / Coccothraustes vespertinus vespertinus / Evening Grosbeak


Aussi énergique que ses notes de contact en vol le suggèrent de prime abord, le Sizerin flammé / Acanthis flammea flammea / Common Redpoll est très dynamique alors qu'il est constamment à la recherche de nourriture. Il se déplace très souvent en groupes, ce qui aide grandement à détecter sa présence. En hiver, il faut le chercher assez haut dans les arbres alors qu'il grappille les graines contenues dans les cônes des conifères ou lorsqu'ils mâchouillent les bourgeons des arbres ou, plus à notre niveau, lorsqu'ils se gavent aux mangeoires.

Ces petits passereaux de la toundra arctique et de la forêt boréale migrent de manière irrégulière et ils se retrouvent parfois en grand nombre jusqu'à l'extrême sud du centre des États-Unis. Au cours de ces années d'irruption, les sizerins se rassemblent souvent autour des silos de chardon présents aux postes d'alimentation. L'hiver 2018-2019 s'est avéré bon pour observer et photographier ces oiseaux.


Cette espèce est le côté "givré" du Sizerin flammé. Il s'agit du  Sizerin blanchâtre / Acanthis hornemanni hornemanni / Hoary Redpoll. Il se reproduit dans la forêt de bouleaux de la toundra. Beaucoup d'individus résident toute l'année dans l'extrême nord; certains oiseaux migrent sur de courtes distances au sud en hiver, voyageant parfois avec des Sizerins flammés.


Durant la saison hivernale, la rencontre avec des rapaces n'est pas très habituelle. Les oiseaux migrateurs partis, peu de prédateurs restent sous nos cieux. Les proies sont plus rares et les conditions climatiques sont rigoureuses. Deux espèces plus nordiques font leur apparition en saison froide: le Harfang des neiges et la Pie-grièche grise. Les deux espèces apparaissent à la fin de l'automne et nous quittent au début du printemps. Alors que la présence du harfang est moins prévisible, car il connaît des fluctuations cycliques de population, celle de la pie-grièche est beaucoup plus assurée.

Les Harfangs des neiges se reproduisent dans l'Arctique, mais ils se déplacent vers le sud de manière irrégulière pour chasser en hiver, émerveillant tous les passionnés qui ont la chance de rencontrer ces fantômes des neiges aux yeux jaunes.

Ils passent l'été loin au nord du Québec à chasser les lemmings, les lagopèdes et d'autres proies à la lumière d'un soleil qui brille 24 heures par jour durant la saison estivale. Les années où le cheptel de lemmings est à son plus haut niveau, les femelles peuvent doubler ou même tripler le nombre habituel de jeunes au nid.


Harfang des neiges (immature) / Bubo scandiacus / Snowy Owl. Le fantôme des neiges dans son habitat de prédilection. Saint-Édouard-de-Lotbinière, le 16 décembre 2018.


Au Québec, nous avons deux espèces de pie-grièche: la Pie-grièche migratrice et la Pie-grièche boréale. Si la boréale vient nous visiter de façon régulière entre les mois de novembre et de mars, la migratrice est devenue extrêmement rare. Même si la pie-grièche se nourrit de petits rongeurs, de gros insectes ou d'autres petits oiseaux, elle n'est pas un rapace, mais bien un passereau. Ses pattes étant trop faibles pour tuer un animal, elle peut compter sur un bec muni d'un crochet puissant qui lui permet de déchirer les chairs de ses victimes. Elle se sert des épines naturelles des aubépines et des fils barbelés pour empaler ses victimes. Elle peut ainsi se constituer un garde-manger. Même si elle n'est pas commune en hiver, elle est plutôt facile à repérer à cause de son habitude à se percher ostensiblement tout au bout des branches les plus hautes d'un arbre ou d'un arbuste. Sa silhouette bedonnante et sa longue queue sont des critères caractéristiques aidant à l'identification de cette espèce.


Pie-grièche boréale / Lanius excubitor borealis / Northern Shrike


Les dernières décennies ont vu l’ajout d’espèces autrefois plus rarement observées ou tout simplement absentes sur le territoire du COQ. Aux Roselin familier, Cardinal rouge, Mésange bicolore, Troglodyte de Caroline, Pic à ventre roux et Perdrix grise s’ajoute aujourd’hui le Dindon sauvage. On a longtemps cru que nos hivers neigeux ne permettraient pas la survie de ce gros phasianidé qu’est le dindon. Et pourtant, il nous a prouvé le contraire. Aujourd’hui, son nom apparait régulièrement sur la liste des oiseaux observés presque à chaque sortie dans les territoires agricoles de Chaudière-Appalaches. Ils se tiennent en bandes dans les champs balayés par les vents et où la couche neigeuse est plus mince. Ils se nourrissent en grattant le sol pour déloger tout ce qui pourrait leur apporter l'énergie nécessaire à leur survie. Leur recherche de nourriture les mène même jusque sous nos postes d'alimentation, tout près de nos demeures.

@ bientôt.