Nous
voilà encore rendus à la saison de l’année où notre activité ornithologique risque
d’être minimale. Cependant, malgré le froid, la neige et les routes glacées, il
y a de belles sorties à faire. Jetons un
œil sur l’année dernière. Oui, on s'en rappellera de l'hiver 2018-2019. Dame
Nature nous a saupoudré de neige sur une base quasi quotidienne. Le soleil
s'est rarement montré la binette, ce qui n'est vraiment pas bon pour la
pression artérielle de quiconque. Et, comme si ce n'était pas assez, la météo
s'est mise à jouer au yo-yo avec des températures oscillant entre -20°C et +
6°C sur de courtes périodes. Vraiment rien pour faciliter notre vie et surtout
celle de nos amis emplumés qui vivent continuellement à l'extérieur.
Les
périodes de verglas peuvent s'avérer très néfastes pour les animaux. Pensons à
la Gélinotte huppée qui peut passer jusqu'à 16 heures sur 24 sous la
neige pour se tenir à l'abri des intempéries et des prédateurs. Sa façon de s’enfouir
dans la neige a été documentée. En vol ou du haut d’un perchoir, elle plonge
dans la neige folle où elle construit sa bulle de vie, un microcosme idéal pour
combattre le froid. Lorsqu'une couche de verglas atteignant plusieurs
millimètres vient recouvrir la surface neigeuse, le gallinacé peut éprouver une
grande difficulté à percer cette enveloppe glacée. L'hiver ne cause aucun
problème du côté nourriture pour notre perdrix. Tôt le matin, elle se nourrit
de bourgeons et, en seulement une quinzaine de minutes, elle remplit son jabot
et elle s'assure ainsi de son apport alimentaire pour la journée. Elle peut ensuite
retourner à l'abri des regards. En fin de journée, elle répète le stratagème et
elle passe ensuite la nuit sans problème. Ce comportement de la gélinotte en
hiver peut expliquer que nous l’observions si peu.
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| Gélinotte huppée / Bonasa umbellus togata / Ruffed Grouse |
La
famille des fringillidés englobe plusieurs espèces dont la présence est
associée, du moins dans la région de Québec, à la saison froide : Tarin des
pins, Sizerin flammé, Roselin pourpré, Bec-croisé bifascié, Bec-croisé des
sapins, Durbec des sapins et Gros-bec errant. Ces passereaux se nourrissent
principalement de graines, de fruits ou d’autres matières végétales. Ils sont fortement
nomades, n’hésitant pas à voyager sur de longues distances et en groupes plus ou moins importants afin de
trouver des bons lieux de nourrissage. Ces déplacements sont difficiles à prédire
d’une année à l’autre. Il n’est donc pas surprenant de connaître des hivers plutôt
moches où les fringillidés sont tout simplement absents.
Le dernier hiver a été propice à la présence du Gros-bec errant un peu partout aux endroits visités. Originaire de l'Ouest, il est observé pour la
première fois dans le sud du Québec à la fin du 19ième siècle.
Aujourd'hui, on le retrouve un peu partout au Québec où il peut nicher
lorsqu'il trouve l'habitat propice et la source de nourriture
disponible. Sur son territoire de reproduction, il est peu loquace donc
plus discret. C'est bien autre chose lorsque, le reste de l'année, il se
tient en groupes très bruyants qui sont fréquemment observés aux postes
d'alimentation. C'est ainsi que la plupart des ornithologues Québécois le connaissent. Près de Québec, il est observé avec une grande régularité au Cap Tourmente et dans la région de Stoneham-et-Tewkesbury.
Même si le Gros-bec errant est considéré comme un oiseau chanteur, il
ne semble pas utiliser de sons complexes pour attirer un partenaire. Il
possède un petit répertoire d'appels simples, comprenant des notes
perçantes et des pépiements enthousiastes. Le nom anglais vient de la fausse croyance voulant que cette espèce vocalisait principalement en soirée. Ce gros passereau ajoute une
touche colorée lors des mois mornes d'hiver et sa visite à nos
mangeoires est toujours souhaitée et souhaitable.
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| Gros-bec errant / Coccothraustes vespertinus vespertinus / Evening Grosbeak |
Aussi énergique que ses notes de contact en vol le suggèrent de prime abord, le
Sizerin flammé /
Acanthis flammea flammea / Common Redpoll est très dynamique alors qu'il est constamment à
la recherche de nourriture. Il se déplace très souvent en groupes, ce
qui aide grandement à détecter sa présence. En hiver, il faut le
chercher assez haut dans les arbres alors qu'il grappille les graines
contenues dans les cônes des conifères ou lorsqu'ils mâchouillent les
bourgeons des arbres ou, plus à notre niveau, lorsqu'ils se gavent aux
mangeoires.
Ces petits
passereaux de la toundra arctique et de la forêt boréale migrent de
manière irrégulière et ils se retrouvent parfois en grand nombre jusqu'à
l'extrême sud du centre des États-Unis. Au cours de ces années
d'irruption, les sizerins se rassemblent souvent autour des silos de
chardon présents aux postes d'alimentation. L'hiver 2018-2019 s'est avéré
bon pour observer et photographier ces oiseaux.
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| Cette espèce est le côté "givré" du Sizerin flammé. Il s'agit du Sizerin blanchâtre / Acanthis hornemanni hornemanni / Hoary Redpoll. Il se reproduit dans la forêt de bouleaux de la toundra. Beaucoup d'individus résident toute l'année dans l'extrême nord; certains oiseaux migrent sur de courtes distances au sud en hiver, voyageant parfois avec des Sizerins flammés. |
Durant la saison hivernale, la rencontre avec des rapaces n'est pas très
habituelle. Les oiseaux migrateurs partis, peu de prédateurs restent
sous nos cieux. Les proies sont plus rares et les conditions climatiques
sont rigoureuses. Deux espèces plus nordiques font leur apparition en
saison froide: le
Harfang des neiges et la
Pie-grièche grise.
Les deux espèces apparaissent à la fin de l'automne et nous quittent au
début du printemps. Alors que la présence du harfang est moins
prévisible, car il connaît des fluctuations cycliques de population,
celle de la pie-grièche est beaucoup plus assurée.
Les H
arfangs des neiges se reproduisent dans l'Arctique, mais ils se
déplacent vers le sud de manière irrégulière pour chasser en hiver,
émerveillant tous les passionnés qui ont la chance de rencontrer ces
fantômes des neiges aux yeux jaunes.
Ils passent l'été loin au
nord du Québec à chasser les lemmings, les lagopèdes et d'autres proies à
la lumière d'un soleil qui brille 24 heures par jour durant la saison
estivale. Les années où le cheptel de lemmings est à son plus haut
niveau, les femelles peuvent doubler ou même tripler le nombre habituel de jeunes au nid.
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| Harfang des neiges (immature) / Bubo scandiacus / Snowy Owl. Le fantôme des neiges dans son habitat de prédilection. Saint-Édouard-de-Lotbinière, le 16 décembre 2018. |
Au Québec, nous avons deux espèces de
pie-grièche: la
Pie-grièche migratrice et la
Pie-grièche boréale.
Si la boréale vient nous visiter de façon régulière entre les mois de novembre
et de mars, la migratrice est devenue extrêmement rare. Même si la
pie-grièche se nourrit de petits rongeurs, de gros insectes ou d'autres
petits oiseaux, elle n'est pas un rapace, mais bien un passereau. Ses
pattes étant trop faibles pour tuer un animal, elle peut compter sur un
bec muni d'un crochet puissant qui lui permet de déchirer les chairs de
ses victimes. Elle se sert des épines naturelles des aubépines et des
fils barbelés pour empaler ses victimes. Elle peut ainsi se constituer
un garde-manger. Même si elle n'est pas commune en hiver, elle est
plutôt facile à repérer à cause de son habitude à se percher
ostensiblement tout au bout des branches les plus hautes d'un arbre ou
d'un arbuste. Sa silhouette bedonnante et sa longue queue sont des
critères caractéristiques aidant à l'identification de cette espèce.
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| Pie-grièche boréale / Lanius excubitor borealis / Northern Shrike |
Les
dernières décennies ont vu l’ajout d’espèces autrefois plus rarement observées
ou tout simplement absentes sur le territoire du COQ. Aux Roselin familier, Cardinal
rouge, Mésange bicolore, Troglodyte de Caroline, Pic à ventre roux et Perdrix grise s’ajoute aujourd’hui le Dindon sauvage. On a longtemps cru que
nos hivers neigeux ne permettraient pas la survie de ce gros phasianidé qu’est
le dindon. Et pourtant, il nous a prouvé le contraire. Aujourd’hui, son nom apparait
régulièrement sur la liste des oiseaux observés presque à chaque sortie dans
les territoires agricoles de Chaudière-Appalaches. Ils se tiennent en bandes dans
les champs balayés par les vents et où la couche neigeuse est plus mince. Ils se nourrissent en grattant le sol pour déloger tout ce qui pourrait leur apporter l'énergie nécessaire à leur survie. Leur recherche de nourriture les mène même jusque sous nos postes d'alimentation, tout près de nos demeures.
@ bientôt.