vendredi 5 juin 2015

Mes rencontres avec l'oiseau-serpent.




L'oiseau-serpent ?  Oui, je comprends que ce nom puisse bien faire sourciller quelques uns d'entre vous. Et c'est bien compréhensible car cette espèce ne se retrouve pas sous nos climats nordiques. Quel caractère morphologique ou physiologique peut nous amener à associer un oiseau à un serpent ?  De prime abord, je serais porté à y aller avec les écailles. Alors qu'elles recouvrent entièrement le corps du reptile, elles se retrouvent également sur les pattes ou, du moins, sur les doigts des oiseaux. Comme le montre bien ce dessin d'une patte de corneille.






D'accord, bon point, mais les 10 000 espèces d'oiseaux connues possèdent cette caractéristique et je parle ici d'un genre en particulier. Un genre qui comprend seulement 4 espèces et 2 sous-espèces.



Il faut donc chercher ailleurs. Un serpent est un animal longiligne, effilé et dépourvu de pattes. Quelle partie d'un oiseau peut correspondre à ça ?  Le cou, peut-être ? Bien évidemment ! Après tout, ce ne sont pas toutes les espèces d'oiseau qui ont un cou assez long pour que l'on fasse le rapprochement avec un serpent. Ouais, c'est bien beau, mais dès que nous partons du bec en nous dirigeant vers l'autre extrémité du cou, nous aboutissons inévitablement à un corps plumeux, pourvu de pattes. Vraiment pas facile à éclaircir cette énigme !  Et, après réflexion, des oiseaux au long cou, il y a des tonnes et ils appartiennent à plusieurs genres. Pas à seulement UN genre.


Bon, si vous ne l'avez pas encore découvert, je vous le donne en mille. Il s'agit d'une espèce que j'ai observée et photographiée en Floride. En fait, il me manquait l'espèce vivant en Amérique. J'avais déjà eu la chance de rencontrer et de photographier les 3 autres différentes espèces vivant soit en Australie, en Asie ou en Afrique.

L‘Anhinga d'Amérique / Anhinga anhinga leucogaster  / Anhinga est une espèce d'oiseau aquatique de la famille des Anhingidés et vivant dans les zones les plus chaudes du continent américain. Le nom d' Anhinga vient de la langue Tupi du Brésil et veut dire « oiseau-diable » ou « oiseau-serpent ». Voici deux photos vous montrant sans équivoque l'analogie de l'oiseau avec un serpent.


Cet individu immature d'Anhinga d'Amérique ne laisse paraître que son cou hors de l'eau alors qu'il est posé sur l'eau. Pourquoi ?  Photo réalisée le 11 mai 2015 au Green Cay Wetlands and Nature Center, Floride, USA.


Non loin de là, sur le même plan d'eau, un adulte fait de même. Mais pourquoi ? 



Il ressemble à un cormoran avec une longueur moyenne du corps de 85 cm, une envergure de 117 cm et un poids de 1350 g. C'est un oiseau piscivore au plumage sombre avec un cou très long qui nage souvent avec seulement le cou au-dessus de l'eau. Lorsqu'il nage ainsi, on comprend aisément son nom d'oiseau-serpent, puisque seul son cou coloré apparaît au-dessus de l'eau et qu'il ressemble à un serpent prêt à frapper.

Contrairement aux anatidés, l'anhinga n'est pas en mesure d'imperméabiliser ses plumes en utilisant de l'huile produite par la glande uropygienne. Par conséquent, les plumes deviennent vite saturées d'eau, rendant l'oiseau à peine capable de flotter. Toutefois, cela lui permet de plonger facilement et de rechercher ses proies sous l'eau, tels que poissons et amphibiens. Il peut rester en plongée pendant des durées importantes.

Si nécessaire, l'anhinga va sécher ses ailes et ses plumes. Il va se tenir perché pendant de longues périodes avec ses ailes déployées pour se sécher, tout comme les cormorans.



Cet adulte a passé une bonne quinzaine de minutes avec ses ailes bien étendues pour les faire sécher. Il faut ajouter qu'avec des températures aux environs de 30° C, le séchage se fait assez rapidement. Photo réalisée le 09 mai 2015 à Merritt Island, Floride, USA.



S'il tente de s'envoler et que ses ailes sont humides, il a beaucoup de peine à sortir de l'eau et il s'envole en battant vigoureusement des ailes tout en « courant » sur l'eau.



L'Anhinga d'Amérique est étroitement lié à trois autres espèces appartenant au même genre, soient



à l'Anhinga rouxAnhinga melanogaster / Oriental Darter



C'est le 20 novembre 2014 que je capte en photo cet adulte d'Anhinga roux qui transporte des matériaux pour construire son nid. Cela se passe le 20 novembre 2014 au Tissa Tank, près de Udawalawe, Sri Lanka.



à l'Anhinga d'AfriqueAnhinga rufa vulsini / African Darter



Cette photo de l'Anhinga d'Afrique a été réalisée le 25 octobre 2012 à Madagascar, plus précisément au Lac Ravelobe, près du parc Ankarafantsika.


et à l'Anhinga d'AustralieAnhinga novaehollandiae novaehollandiae / Australasian Darter



C'est au Hastie's Swamp, en Australie, que j'ai la chance de capter cette autre d'espèce d'anhinga. Nous sommes le 24 octobre 2011. 


Avez-vous remarqué le nom anglais des espèces de l'Ancien Monde ? Et oui, Darter. Ce nom rend hommage à leur bec effilé, aussi fin et pointu qu'un dard, et ils s'en servent pour littéralement transpercer le poisson. Lorsqu'ils reviennent à la surface, ils libèrent leur proie adroitement en la projetant quelque peu dans les airs. Ils la captent ensuite entre leurs mandibules et l'avalent tout rond, en prenant bien soin de l'introduire dans le gosier la tête première d'abord. C'est beaucoup plus facile à avaler quand les épines dorsales sont dans le sens où elles ne peuvent s'ouvrir pour empêcher l'opération de se faire.


Le monde des oiseaux ne cessera jamais de nous étonner et c'est ce qui rend notre quête d'en connaître davantage encore plus excitante.


@ bientôt.







mardi 26 mai 2015

La beauté des oiseaux de la Floride au début mai 2015 (partie 1)



Quand j'ai suggéré à Anne d'aller faire un tour en Floride au début de mai 2015, je pouvais compter sur une première expérience vieille de 20 ans alors que je m'y étais rendu au début de janvier 1995. Ce premier voyage en était un familial, ce qui fait que j'en avais profité pour observer les oiseaux le long de la route, mais sans préparation spéciale destinée à trouver les spécialités locales. Je voulais naturellement faire différent en 2015 en prévoyant un circuit qui favoriserait la visite de parcs nationaux ou municipaux, de réserves et d'autres lieux riches en faune.


Comme nous étions en période touristique plus basse, il n'aurait pas été nécessaire de réserver nos chambres d'hôtel à l'avance. Mais ça ne me tentait pas de perdre du temps dans la journée pour me préoccuper de trouver l'hôtel à venir lorsque nous changions de région. Nous désirions tous les deux un 12 jours dévoués aux oiseaux et non au stress. C'est ainsi que j'ai réservé tous les hôtels (excepté celui de la veille du départ) via le site internet Hotels.com . Je me suis également servi d'internet pour réserver un Jeep Patriot auprès de la compagnie de location Enterprise, présente à l'aéroport de Miami. C'est tellement facile à faire et surtout très fiable. Aucun endroit ne nous a déçus.Tout s'est déroulé à merveille. Et nous pouvions aussi compter sur un 3ième participant inestimable soit Julie, notre GPS que nous avions acheté au Québec en avril. Nous l'avons appelé Julie, car c'était le nom qui lui était attribuée dans la paperasse d'information. Sa présence a été indispensable pour traverser les villes ou trouver les petites rues où se retrouvaient quelques sites d'observation très intéressants.


Anne a accompli un véritable travail de moine en fouillant Ebird, soir après soir, afin de bonifier davantage les visites du lendemain. Son acharnement a permis de visiter des sites non répertoriés dans le guide dont je m'étais servi pour établir la boucle de base, soit le "Birding Florida, more than 200 prime birding sites" de Brian Rapoza, aux éditions Falcon Guide. En fait, Ebird est un "must" alors que nous obtenons en temps réel la liste des espèces présentes à un moment donné. Parmi les espèces que Ebird nous a permis de voir et que nous aurions très bien pu manquer figurent les Bruant sauterelle (sous-espèce floridienne), Pluvier neigeux et Pic à face blanche. À Merritt Island, c'est au centre d'interprétation que nous avons appris la présence d'un rare Bécasseau cocorli. Nous nous sommes rendus immédiatement sur les lieux et nous avons pu l'observer.


Voici la boucle parcourue et qui nous a permis de cocher 158 espèces en 11 jours complets d'observation.

Miami - Florida city - les Keys - Bonita Springs - St. Petersburg - Kissimmee - Titusville - Miami



Si c'était à refaire, je planifierais de me rendre au début avril et non au début mai, car les vagues de migrateurs et les hivernants étaient partis pour la grande majorité. Nous avons pu lister quelques retardaires, mais il était trop tard pour une espèce comme la Buse à queue courte.


Voici maintenant des oiseaux d'une grande beauté qui ont enjolivé notre route.


La partie sud de la Floride est une région très plate où aucune dénivellation naturelle n'est visible. L'eau surgit dès que l'on creuse à un mètre de la surface du sol. C'est littéralement le paradis des oiseaux d'eau: ibis, hérons, aigrettes, canards, râles, gallinules...



Cet adulte d'Ibis blanc / Eudocimus albus / White Ibis est photographié sur la plage de San Carlos près de Naples, sur la côte ouest de la Floride. Nous sommes le 4 mai 2015.


Pas très loin de là, c'est un immature de la même espèce qui se nourrit fébrilement.



La Gallinule d'Amérique / Gallinula galeata cachinnans / Common Gallinule est une espèce omniprésente dans les marais de toutes tailles en Floride. Lors de notre visite, elle était très occupée à nourrir ces petites boules de plumes hirsutes... Photo prise le 6 mai 2015 au Boyd Hill Nature Park, Floride



Nous avons eu la chance d'observer des jeunes gallinules à différentes étapes de croissance. Celle-ci est adorable.



Cette espèce d'une grande beauté a pour nom Talève violacée / Porphyrio martinicus / Purple Gallinule. Elle n'est observée que très rarement au Québec. À ma connaissance, la dernière mention relève de la mi-septembre 2011 au marais Carbonneau à Sherbrooke. Habituellement, il s'agit d'un individu immature qui s'égare hors de son site qui l'a vu naître. Photo prise le 11 mai 2015 au Green Cay Wetlands & Nature Center, près de Kissimmee, Floride.


 
Et que dire de cette autre espèce qui, à vrai dire, ne devrait même pas être observée dans le Nouveau Monde puisqu'elle provient de l'Ancien Monde. Il s'agit d'une espèce introduite qui s'est facilement acclimatée et qui est maintenant "cochable" en sol américain. La Talève sultane / Porphyrio porphyrio porphyrio / Purple Swamphen est cependant très localisée et c'est également au Green Cay Wetlands & Nature Center que nous avons pu nous gâter à la vue de cette beauté

 

À l'instar des autres espèces du genre Porphyrio, cette talève est munie d'une plaque frontale cornée qui permet à sa boîte crânienne de subir sans problème des chocs inévitables découlant de sa recherche de nourriture dans des endroits sombres.



Cet échassier aux allures intrigantes est un Courlan brun / Aramus guarauna pictus / Limpkin observé également au Green Cay Wetlands & Nature Center, près de Kissimmee, Floride. En Amérique du Sud, il fréquente les champs inondables et les marécages. Son cri particulier hante les milieux humides surtout la nuit. C'est de toute beauté à entendre... et il est de toute beauté à voir.




Alors qu'il n'est que sporadiquement observé au Québec, l'Ibis falcinelle / Plegadis falcinellus / Glossy Ibis est commun en Floride. Son observation est pratiquement quotidienne et ceci m'a permis de faire cette photo expliquant son épithète de "Glossy". Vue sous un angle "normal", cet ibis semble très foncé, mais lorsque la source de lumière est idoine, voici ce qu'on peut voir...




Je n'avais jamais observé autant d'iridescence dans le plumage de cet ibis. Ça me fait plaisir de vous la présenter.




Et que dire de cette autre merveille qu'est la Spatule rosée / Platalea ajaja / Roseate Spoonbill, une autre espèce facilement observable en Floride.




Cette espèce au bec très spécialisé et aux couleurs attrayantes allie beauté et exotisme. Et c'est au Bird Sanctuary, près de Long Key que j'ai la chance de capter cette image.



Et voici pour la première partie de notre escapade en Floride. J'ai beaucoup d'autres beautés à vous faire découvrir. Stay tuned.




@ bientôt.