jeudi 21 mars 2013

Bleu comme.... la Thaïlande !

Ça fait près de trois semaines que je suis revenu de la Thaïlande et je peux enfin me permettre d'accorder quelques minutes à mon blog. C'est qu'il faut prendre le temps de récupérer de 12 heures de décalage entre la Thaïlande et le Québec. Et ça, c'est comme la grippe, on doit compter une bonne semaine avant que tout ne revienne dans la normalité des choses. Après 23 jours à vivre complètement à l'envers de notre cadran interne, il est difficile de reprendre le rythme auquel nous sommes habitués. Ensuite, il y a eu le ménage à faire dans les 3,000 photos et plus rapportées sur ma carte de 32GB. Il me reste maintenant à créer un rapport de voyage et à le télécharger sur mon site. Heureusement que Anne s'occupe du texte. Il est terminé et je compte bien m'accorder un autre deux semaines pour y inclure les photos. Tout ceci pour arriver au fait que j'avais bien hâte de faire ce que je fais maintenant.

Notre voyage en Thaïlande a été sublime à plusieurs points de vue: la qualité des participants (13 du Québec plus les 2 guides ornithos professionnels), le choix des sites d'observation, les guides d'une grande compétence et d'une passion qui ne s'est jamais amenuisée tout au long du périple, les conditions climatiques favorables, la beauté des paysages, l'accueil des thaïs et, bien évidemment, une grande variété d'oiseaux, de mammifères, de papillons, de fleurs... C'était paradisiaque. J'avais confié la logistique de ce voyage à la compagnie Tropical Birding, basée à Quito en Équateur, car j'avais trouvé leur service très professionnel en Australie. Encore une fois, j'ai été agréablement surpris par la compétence et la débrouillardise des guides spécialisés dans les oiseaux d'Asie, Charles Hesse (un Britannique qui vit en Afrique du Sud) et Scott Watson (un jeune Ontarien de 26 ans qui vit... dans ses valises).

La Thaïlande compte 986 espèces d'oiseaux et nous en avons contacté 477 lors de ce voyage soit 48.4% du total. Et nous en avons rencontré de toutes les couleurs, mais je voudrais m'attarder sur quelques espèces arborant un manteau majoritairement bleu. J'aime beaucoup cette couleur, car elle est facile à voir pour le daltonien que je suis. J'ai même profité de ce voyage pour atteindre le cap des 1 000 espèces photographiées. Voici la photo de cette espèce qui n'est cependant pas bleue.

Ce mâle du Barbu arlequin / Megalaima m. mystacophanos / Red-throated Barbet quitte son perchoir après s'être empiffré de petits fruits. Il devient la 1 000ième espèce photographié depuis mai 2010. Photo prise le 26 février 2013 dans le PN Krung Ching, dans le sud de la Thaïlande.

 Et voici maintenant quelques oiseaux bleus rencontrés lors de nos sorties en sol thaïlandais.

Le mâle du Tchitrec azuré / Hypothymis azurea styani / Black-naped Monarch est observé partout en Thaïlande. Insectivore de la taille d'une grosse paruline. Photo prise le 7 février au PN Kaeng Krachan, au centre du pays.



Cet oiseau me fait penser un peu à notre Merlebleu de l'Est, mais il s'agit en fait du Gobemouche à menton bleu / Cyornis rubeculoides dialilaemus / Blue-throated Flycatcher.  Si la Thaïlande héberge des moucherolles au plumage assez terne, elle nous réserve des belles surprises avec ces insectivores colorés. Photo prise le 7 février au PN Kaeng Krachan, au centre du pays. 

Une autre espèce toute en grâce est cette Minla à ailes bleues / Minla cyanouroptera wingatei / Blue-winged Minla. Photo prise le 19 février à Doi Ang Khang, au nord-ouest du pays.

L'Arrenga siffleur / Myophonus caeruleus eugenei / Blue Whistling-Thrush est de taille moyenne et il étale les plumes de sa queue lorsqu'il est contrarié. Photo prise le 20 février à Doi Lang, à quelques kilomètres seulement de la frontière avec le Myanmar.

Oui, je sais, le Paon bleu / Pavo cristatus / Indian Peafowl n'est pas une espèce "comptable" sur la liste de la Thaïlande, mais la rencontre unique avec un mâle gonflé de testostérone était trop belle pour ne pas que je prenne quelques photos. Photo prise au lac Chiang Saen, près du Triangle d'or au nord du pays, le 20 février.

Comment rester bouche bée devant une telle beauté ???  Le Grand Gobemouche / Niltava grandis decipiens / Large Niltava porte un manteau somptueux quand on a le chance de l'observer sous un éclairage qui permet de constater tous les dégradés de bleu. Photo prise le 20 février à Doi Lang, à quelques kilomètres seulement de la frontière avec le Myanmar.

Cette autre beauté hante les marécages immenses de Bueng Boraphet. Il s'agit de la Talève sultane / Porphyrio porphyrio poliocephalus / Purple Swamphen. Selon les dires de notre guide Charles Hesse, cette sous-espèce, à la tête grise, pourrait s'élever un jour au rang d'espèce distincte. Photo prise le 13 février.

La Thaïlande abrite plusieurs espèces de martins-chasseurs, dont le coloré Martin-chasseur à coiffe noire / Halcyon pileata / Black-capped Kingfisher. On les rencontre souvent le long des cours d'eau, mais ils sont très difficiles d'approche. Photo prise le long de la rivière Mékong, au nord de la Thaïlande, le 21 février.


Et voici pour ce premier billet depuis mon retour. J'ai malheureusement connu des problèmes techniques avec ma caméra durant ce voyage et mes photos n'ont pas la qualité que j'aurais bien aimé avoir. Mais qu'à cela ne tienne, il me reste quelques photos potables à vous montrer... d'espèces assez spectaculaires.

À bientôt donc.




vendredi 1 février 2013

Une pensée pour la planète des oiseaux






Notre belle planète bleue est vaste et elle porte en elle tout ce qu'il faut pour que la vie y règne en maîtresse absolue. Les couches atmosphériques qui nous protègent des rayons potentiellement néfastes du soleil en plus d'assurer une température constante et viable, l’air respirable indispensable à la vie telle qu’on la connaît, l’eau potable et les différents habitats forment toutes des conditions gagnantes qui permettent l’éclosion d’une variété infinie d’êtres vivants. Depuis des millénaires, la terre effectue des rotations sur elle-même et autour du soleil. Elle provoque les saisons en s'inclinant légèrement et en offrant un angle différent aux rayons du soleil. Les êtres vivants qui l'habitent ont appris à s'adapter aux éléments adverses, car ces éléments habituellement cycliques, ont induit par leur prévisibilité des comportements qui se sont inscrits dans leurs gênes. Dans des parties très arides du monde, soumises à des périodes de sécheresse pouvant s'étendre sur quelques années, les graines de certains végétaux peuvent entrer dans une léthargie d'où elles ne sortiront qu'après la première pluie. De l’endroit où tout semblait mort quelques minutes auparavant, et depuis même des années dans certains cas, une fleur surgit, s’épanouit et assure la pérennité de l'espèce en produisant à son tour une graine qui perpétuera la vie. Une fois desséchée, elle contribuera par sa mort à nourrir d'autres êtres vivants.


Que ce soit en Afrique ou en Amérique, des millions de mammifères entreprennent à tous les ans des migrations au cours desquelles ils couvriront des distances énormes et affronteront mille dangers. Comme la petite plante du désert, ils obéissent à un rituel immémorial. Ils ne se posent pas la question à savoir si ce qu'ils font est bien ou non, ils agissent par instinct de survie.

De la même façon, les oiseaux transmettent via leurs gênes des comportements qui obéissent à leur besoin de survie. Les migrations printanières et automnales ont lieu à cause des saisons bien sûr, mais c'est le manque de nourriture qui dicte la loi et non seulement les conditions climatiques. Il arrive à l'occasion qu'un individu d'une espèce habituellement migratrice passe l'hiver au Québec malgré les dures conditions hivernales. Il réussira à le faire à condition de trouver la nourriture nécessaire et ce, avec le moins de dépenses caloriques possible. De tous les êtres vivants affublés de poumons, les oiseaux sont ceux qui parcourent les plus grandes distances entre leurs lieux de reproduction et leurs lieux d'hivernage. Plus le trajet est long et plus il y a nécessité pour l'oiseau de faire des arrêts stratégiques pour refaire le plein d'énergie.

Femme surveillant son troupeau  près de Saraguro, Équateur, 05/12/2010
Le problème majeur rencontré par les oiseaux réside dans le fait que les habitats sont de plus en plus détruits autour de la planète pour faire place à la monoculture, à l'élevage d'animaux pour la boucherie ou au développement domiciliaire. Là où se trouvait depuis des siècles un marécage accueillant pour les migrateurs, s'érigent maintenant une série de condominiums ultramodernes. Là où s'élevaient des grandes forêts pour abriter et nourrir les oiseaux dans leurs lieux d'hivernage, s’étendent maintenant des champs où on cultive le café, la canne à sucre ou tout autre produit pour la consommation humaine. Les palétuviers sont détruits pour étirer les plages des complexes touristiques. En Jamaïque, on exploite des mines de bauxite dans le Cockpit Country, une zone qui abrite plusieurs endémiques. Au Kenya, il faut se rendre dans la région de Kakamega, au nord est du Lac Victoria, si on veut retrouver une zone de forêt tropicale humide dans ce pays africain. Cette forêt est en fait le prolongement de celle de l’Uganda. En Afrique du Sud, des centaines de kilomètres séparent les quelques forêts originales qui restent. Les autres forêts sont des plantations mono typiques constituées d'eucalyptus ou de conifères. Sur la côte atlantique du Brésil, il ne subsiste que 7% de la superficie de la forêt originale. En Thaïlande, depuis les 40 dernières années, ce sont 70% des forêts qui ont disparu, toujours à cause des mêmes raisons qui prévalent sur les autres continents. L’homme crée des déserts écologiques partout sur le globe.

 

La planète des oiseaux se dépouille lentement des habitats essentiels à ces derniers pour se nourrir et pour se reproduire. Rien de surprenant d’apprendre que les effectifs de population chez certaines espèces d’oiseaux ont chuté de 50% à 90% au cours des 40 dernières années.


La forêt boréale au nord du Québec est un haut lieu de reproduction pour plusieurs espèces de parulines nord-américaines et pour d'autres espèces d'oiseaux. Photo prise en juin 2011 au nord du réservoir Gouin.
 
Dès que l'on quitte les routes principales et que l'on pénètre dans l'arrière-pays, nous découvrons des habitats détruits qui prendront de longues décennies à s'en remettre. Photo prise en juin 2011 au nord du réservoir Gouin.


Quand comprendrons-nous que la planète se meurt et que tous les êtres vivants qui l'habitent, l'homme y compris, sont en sursis ?  Les dernières décennies ont vu se détériorer et même disparaître des habitats indispensables au maintien d'un équilibre écologique obtenu après des millénaires d'adaptation. Des populations animales et végétales font face à un avenir très précaire et les prochaines décennies n'augurent pas très bien. Il est temps plus que jamais d'agripper nos jumelles, notre carnet de notes, notre caméra et de sortir dehors pour savourer toutes ces couleurs, tous ces sons et toute cette vie que ces petites boules emplumées apportent à la nature.


Pierre Bannon photographie un Fou à pattes bleues / Sula nebouxii excisa / Blue-footed Booby sur son nid. Photo prise sur l'Île de Genovesa, aux Galapagos, le 8 août 2000 par Laval Roy.




 Je pense à ma petite-fille Éloïse qui n’a que deux ans et je m’attriste pour elle en pensant qu’elle ne connaîtra jamais une nature aussi riche et aussi variée que celle que sa mère, Anne Marie, a eu la chance de connaître toute jeune lorsqu’elle nous accompagnait lors de nos voyages d’exploration dans les trois Amériques et en Espagne. Je lui dédie ce coucher de soleil pris à partir de la plage de Nosy Ve, à Madagascar.





Dans quelques jours, je pars pour la Thaïlande où je passerai le reste du mois de février. Je ne manquerai pas de vous en reparler en mars.

À bientôt...