Les deux adultes et "l'oisillon" de 5 semaines ont été découverts en Novembre 2010, alors que des chercheurs Béliziens patrouillaient dans la Bladen Nature Reserve, située dans les Mayan Mountains du Bélize. Cette région est éloignée et difficile d'accès, mais les scientifiques en ont fait leur terrain d'étude depuis qu'un adulte y a été observé en 2005.
Les chercheurs ne peuvent pas encore expliquer comment et pourquoi le grand prédateur a adopté ce site pour y nicher. Selon Rotenberg, c'est un bon indicateur que la réserve s'avère un endroit où la nature sauvage a su se soustraire à l'interférence humaine. "Biologiquement, la présence du couple et d'un rejeton signifie que l'écosystème qui s'y retrouve convient aux besoins du plus gros de nos prédateurs aviens" d'ajouter Rotenberg.
En mars 2006, j'étais au Bélize avec un groupe de Québécois. Nous étions alors guidés par mon bon ami Jean Jacques Gozard de Amazilia Tour (compagnie basée au Costa Rica). Notre périple nous amenait à La Milpa Field Station. Cette réserve a vu le jour en 1988, après une entente intervenue entre Gallon Jug Industries et Program for Belize (organisation gouvernementale) pour un premier territoire couvrant 110,044 acres. En 1990 et en 1994, Coca Cola Foods Inc ajouta des acres, si bien qu'aujourd'hui, cette réserve couvre 245,822 acres et elle constitue la plus grande réserve protégée du Bélize. Sa situation géographique, au centre nord du pays, la rend importante pour la survie d'espèces endémiques du Peten (Mexique) et au Yucatan (Mexique) et la frontière guatémaltèque toute proche fait qu'elle participe activement aux efforts de conservation des deux pays limitrophes. Cette forêt appartient à la zone subtropicale humide et elle est constituée d'essences forestières de type décidu (avec des essences à feuilles très grandes), de savanes et de marécages. Elle partage avec le Peten la diversité animale. Plus de 70 espèces de mammifères ont été répertoriées (la moitié étant des espèces de chauve-souris). 390 espèces d'oiseaux dont le quart sont des migrateurs du nord. Cette région, même après une exploitation forestière de 150 ans, est reconnue pour maintenir la plus grande concentration de Mahogany et de Sapodilla (d'où on tire le "chicle", à l'origine de la fabrication de la gomme à mâcher). 230 espèces d'arbres ont été répertoriées jusqu'à présent. En tant qu'extension du Peten, la proportion d'espèces endémiques aux deux pays est grande.
Les seuls habitants de ce secteur sont les employés de PFB et leurs familles. Un petit nombre de petits fermiers qui s'étaient installés illégalement ont été relocalisés à l'extérieur du parc. La communauté mennonite de Blue Creek (population de 567 habitants) est, quant à elle, située plus au nord. La Milpa Field station fournit abri et nourriture pour une trentaine de visiteurs à la fois. Un système élaboré de sentiers balisés et bien entretenus et la disponibilité des employés du centre qui peuvent servir de guides font que les visiteurs peuvent profiter du site à sa juste valeur. Le nombre annuel de visiteurs tourne autour de 1200 et la proportion des gens du Bélize est de 50%. L'héritage culturel de la région est grand puisque 60 sites mayas ont été localisés, allant du site où se déroulaient les cérémonies majeures, aux temples faisant office de sépulture, aux emplacements de jeux et aux terrasses, jusqu'aux sites industriels où on confectionnait les outils. La plupart des sites ont vu le jour aux 8ième et 9ième siècles avant Jésus Christ.
Le 3 mars 2006, j'apprends que, quelques semaines auparavant, un immature de Harpie féroce s'est tenu dans ces parages pendant une couple de jours. Ce rapace imposant a été réintroduit dans la réserve de la Milpa (six ont été relâchés au cours des derniers mois de 2005 et sont suivis par une équipe de biologistes étatsuniens, sous les auspices de la Société Audubon du Massachusetts). Les oiseaux sont donc suivis par télémétrie par les chercheurs qui, une fois qu'ils les ont retrouvés, prennent des photos et montent ainsi une imposante banque de données. Le défi de ces oiseaux est de trouver la nourriture pour survivre. En effet, ces gros oiseaux de proie ont comme nourriture préférée les singes et les paresseux. Or, il n'y a pas de paresseux au Bélize et les singes ne sont pas aussi nombreux qu'au Costa Rica ou au Panama, par exemple. Un des chercheurs m'a montré quelques photos d'un immature qui tenait dans ses serres immenses un coati ou coatimundi (Coati or White-nosed Coati), un gros représentant de la famille des procyonidés à laquelle appartient notre Raton laveur (Raccoon). Notre groupe n'aura pas la chance d'observer cet oiseau rare lors des multiples déplacements dans la réserve.

Jean-Jacques Gozard (à gauche) et Pierre Bannon profitent d'une trouée dans la frondaison pour photographier et filmer le Harpie féroce immature. Photo Laval Roy.
Pendant combien de temps encore subsistera-t-il des harpies dans cette immense forêt pluvieuse ? Bien malin qui pourrait le prédire. Je souhaite sincèrement que cette espèce mythique saura survivre aux pressions accrues exercées par l'homme sur son environnement.
2 commentaires:
Excellente nouvelle ! Cette espèce est tellement discrète (sauf pendant la nidification) qu'il est difficile d'avoir aujourd'hui une estimation précise de la population d'Aigle harpie, notamment en Amérique centrale.
merci pour ces merveilleuses images! ainsi que pour toutes ces explications sur ce magnifique aigle harpie, quand l homme arretera-t- il tout ces ravages! nous sommes le pire etre qui soit pour la planete et les animaux, aucun respect......
merci encore
lili
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