vendredi 21 avril 2017

Des oiseaux en mars et avril 2017




Oh que le printemps tarde à s'installer au Québec en ce mois de mars 2017 ! De longues journées ennuagées, de la neige presque quotidienne et un soleil poussif d'où émane une chaleur mitigée. La chaufferette centrale de notre système solaire ne l'a pas trouvé facile elle non plus, trop de nuages à traverser. Même si nous n'avons pas battu de record de neige, il reste que la couche neigeuse est demeurée, tout au long du mois, très épaisse dans les champs. Tellement épaisse que nous avons cru, Anne et moi, que ça affecterait les troupes de Dindons sauvages au point de voir le cheptel diminuer à cause de la difficulté à trouver de la nourriture. On sait que ces gros gallinacés trouvent leur nourriture en grattant le sol et une couche de neige trop épaisse peut s'avérer un obstacle potentiellement insurmontable. Mais c'était compter sans la capacité d'adaptation des créatures sauvages. Même les espèces les plus spécialistes dans leur alimentation peuvent devenir opportunistes lorsque la nécessité l'oblige. À preuve, ces trois rencontres effectuées en mars et qui démontrent que les dindons n'hésitent pas à s'approcher de l'humain lorsqu'ils n'en ont pas le choix.


Cette femelle de Dindon sauvage / Meleagris gallopavo silvestris / Wild Turkey visite à tous les jours un plateau de graines réservé aux petits oiseaux. Les propriétaires de la maison m'ont dit qu'elle était seule i.e. ne faisant pas partie d'un groupe de dindons comme ça se produit habituellement durant la saison froide. J'ai pris cette photo alors que l'oiseau était en face de la maison, près de la mangeoire et à environ 3 mètres d'une route de campagne.
  

Et voilà que nous surprenons, sur un autre rang, un petit groupe de 5 Dindons sauvages accompagnant une cinquantaine de Corneilles d'Amérique et une vingtaine de Plectrophanes des neiges. À tous les hivers, les propriétaires de l'endroit épandent des graines sur la neige afin d'attirer des plectrophanes. Et voilà que cette année, les dindons opportunistes n'hésitent pas à se mêler au groupe afin de profiter de la manne. Mais avouons qu'un grain de tournesol ne doit pas assouvir l'appétit de ces poules format géant.


Et un troisième groupe d'une trentaine de dindons s'approchent à quelques mètres seulement de la route 132 près de Pointe-aux-platons pour farfouiller dans un tas de végétaux laissé là par un cultivateur. Ces oiseaux ne sont également qu'à quelques mètres de la maison principale.


À Saint-Apollinaire, deux motoneigistes sont surpris de voir traverser devant eux un bon groupe de dindons. Ils ne s'envolent même pas, ils ne font que hâter le pas.


Et les voilà qui s'éloignent en se glougloutant les dernières nouvelles.


L'activité aux postes d'alimentation est réduite au minimum en ce mois de mars. Mais où sont donc tous nos oiseaux ? Alors qu'à l'hiver 2015-2016, les fringillidés étaient partout et en grand nombre, c'est la disette totale pour celui de 2016-2017. Même nos chardonneret, mésange, sittelle et cardinal, fidèles habitués à nous visiter régulièrement, nous ignorent presque totalement. Une visite chez mon mentor ornitho Gabriel Allaire vient me revigorer un peu. Situé dans un cadre plus intimiste que le nôtre, son poste d'alimentation est fréquenté par un magnifique couple de cardinaux. Il est même possible de prendre quelques photos à travers les grandes baies vitrées de la salle à manger.



Peu fréquent dans la ville de Québec dans les années 1980, le Cardinal rouge / Cardinalis cardinalis cardinalis / Northern Cardinal est maintenant bien implanté dans la région. La popularité toujours grandissante des postes d'alimentation est la principale cause de sa venue au Québec, en provenance des états du nord des États-Unis. Le mâle est d'une grande beauté...


... de même que sa femelle. Même si le coloris de sa robe est plus modeste, elle n'a pas grand chose à lui envier.


Arrive enfin le mois d'avril avec ses promesses d'un ensoleillement plus soutenu, qui devrait venir à bout de toute cette neige. Mais malgré les jours qui passent, la chaleur n'est pas au rendez-vous. Il devient vite évident que le printemps sera en retard d'au moins une semaine en 2017.  Et ça se vérifie par les dates d'arrivée des espèces migratrices. Historiquement, je vois mes premiers quiscales aux alentours du 15 mars. Cette année, c'est le 2 avril.


Quiscale bronzé / Quiscalus quiscula versicolor / Common Grackle.


La Perdrix grise / Perdix perdix / Gray Partridge est une espèce grégaire 7 à 8 mois par année alors qu'elle se tient en groupes de 6 à 25 individus comprenant une ou plusieurs familles accompagnées ou non d'oiseaux solitaires. Il faut attendre la mi-avril avant de voir se scinder ces groupes en couples qui s'affairent aussitôt à la reproduction. Le 2 avril, nous rencontrons ce groupe de 5 individus le long d'une route fréquentée à Saint-Apollinaire, dans le comté de Lotbinière.



C'est grâce à la perdrix de gauche que je me suis arrêté pour finalement m'apercevoir qu'il y en avait 4 autres bien camouflées dans les herbes. Ce phasianidé vit surtout dans des prés où l'herbe n'est guère plus haute que sa tête et où se trouvent des haies-refuges et des espaces dénudés à proximité. Il faut avoir l'oeil affûté pour la repérer alors qu'elle s'écrase dans la végétation courte au printemps.


Et voilà que je repère un couple le 10 avril. Cette fois-ci, je suis dans le rang Petit-village, à Sainte-Croix-de-Lotbinière.


Ce mâle se croit bien à l'abri de tout regard, mais il n'échappe pas à celui du daltonien que je suis.


Alors que d'aucuns proclament que l'hirondelle fait le printemps, pour moi c'est le cri strident du Pluvier kildir / Charadrius vociferus vociferus / Killdeer qui me le confirme. Dès son arrivée en sol québécois, cet élégant limicole fait remarquer sa présence par son babillage incessant. De nature très peu sociable en période de nidification, il ne tarde pas à se frotter à ses congénères en des confrontations où les courbettes n'ont d'égales que les cris tonitruants qui lui ont sans doute valu son épithète latin de "vociferus".  C'est dans le village de Saint-Édouard-de-Lotbinière que, le 9 avril, je capte cette image d'un membre d'un couple déjà à la recherche d'un endroit pour nicher.





Ce même jour, nous nous dirigeons vers Leclercville où je suis certain de trouver une autre espèce phare annonçant le printemps: la Bécasse d'Amérique / Scolopax minor / American Woodcock. Elle arrive habituellement au début d'avril. Lorsque le couvert neigeux laisse place à des bonnes plaques herbeuses ou boueuses, cette espèce entreprend une parade nuptiale assez complexe. Elle le fait juste après le coucher du soleil alors que la nuit reprend ses droits. Elle commence d'abord par émettre au sol un "pîntt" nasillard à un intervalle plus ou moins long selon le degré d'excitation de l'individu. Suit alors une envolée épique où l'oiseau part de biais pour s'élever en ligne droite à une hauteur que j'estime à environ 30 mètres. À l'azimut de sa montée, elle se laisse tomber comme une feuille morte en émettant des sons rappelant une clochette. À environ 10 mètres du sol, elle redevient muette et elle vient se poser sur le sol en émettant aussitôt un "pîntt" bien senti. J'ai noté qu'elle revient souvent se poser près du lieu du lâcher. Encore adolescent, j'ai fait une expérience. Dès que l'oiseau s'est envolé, je suis allé m'étendre au sol, sur le dos afin de voir l'oiseau redescendre. Les yeux bien ouverts, je l'ai vu descendre sur moi pour m'éviter à la dernière seconde. Il s'est posé à moins de 2 mètres de moi. Wow !


C'est dans un boisé de Leclercville que je découvre cette bécasse immobile sur une plaque de végétation. Je suis bien heureux de voir qu'elle est revenue.


Chemin faisant, une belle rencontre: un petit groupe de Jaseurs boréaux / Bombycilla garrulus pallidiceps / Bohemian Waxwings occupés à s'empiffrer dans un arbre porteur de petits fruits.



Non, il n'y a rien de tendre dans cette pose. Les deux protagonistes ne s'échangent pas un doux et langoureux baiser, mais plutôt luttent pour savoir qui pourra bouffer les fruits juteux.


Le 10 avril, je suis accompagné par un photographe émérite de Cap Rouge, Simon Théberge. Ce biologiste à la retraite et passionné de photographie vient d'écrire un livre très intéressant et informatif. "Ces animaux qui ne craignent pas l'homme" est édité par les Presses Inter Universitaires et est disponible chez Renaud-Bray. L'auteur nous partage ses plus belles photos et révèle des talents de vulgarisateur scientifique à travers un texte simple et imagé. Ses buts lors de cette sortie réfèrent à deux espèces mythiques pour lui: la Bécasse d'Amérique et la Perdrix grise. Il ne les a jamais vues, encore moins photographiées. Confiant que je peux l'aider dans cette quête, je lui offre cette excursion. Nous sommes bénis et par les oiseaux et par la température qui atteint les 20° C en après-midi.


Et voici immortalisée sa première rencontre avec la bécasse.



Simon est un guerrier. Il n'hésite aucunement à ramper au sol pour approcher cette bécasse bien installée et figée le long d'un fossé dans le chemin Demers à Bernières.



Et voici "la bête" que je photographie en m'approchant également très lentement. C'est la première fois que j'ai la chance d'en photographier une sous une lumière aussi parfaite.


Nos recherches s'orientent maintenant vers la Perdrix grise. Je repère les deux premières dans le rang Petit-village à Sainte-Croix et la photo est présentée ci-avant dans ce billet. Un autre couple est aperçu sur le chemin Saint-Jean-Baptiste à Lotbinière. Simon ne fera pas de photos satisfaisantes de cette espèce, mais il l'a au moins observée et il a appris sur son comportement et sur son habitat.

De mon côté, cette sortie me permet de photographier une espèce nouvelle sur ma liste mondiale et québécoise. Un magnifique adulte Autour des palombes / Accipiter gentilis atricapillus / Northern Goshawk vient provoquer tout un émoi parmi les pluviers, tourterelles et autres bestioles emplumées du coin. Il arrive en vol et il se perche dans un arbre à une bonne centaine de mètres nous. Pas la photo du siècle, mais c'est une première pour moi. J'avais déjà observé cette espèce sur cette même route, mais je ne prenais pas de photo à cette époque.


Autour des palombes / Accipiter gentilis atricapillus / Northern Goshawk.

Pour ajouter un côté plus exotique à ce billet, voici la photo d'une espèce encore rarement observée dans la région de Québec, mais qui pourrait bien connaître une augmentation de mentions dans les années qui viennent. Comme dans le cas du cardinal, de la tourterelle et du Troglodyte de Caroline, l'abondance des postes d'alimentation pourrait s'avérer un facteur important. C'est à Neuville, le 9 avril 2017, que nous nous rendons pour observer ce mâle de Pic à ventre roux / Melanerpes carolinus / Red-bellied Woodpecker.









Et autre signe du printemps, l'arrivée de la très belle Sturnelle des prés / Sturnella magna magna / Eastern Meadowlark sonne le glas de l'hiver. Son chant a été interprété par le grand Roger Tory Peterson comme "Spring is here again". Je suis bien d'accord avec lui, c'est bien ce qu'elle me glisse à l'oreille à moi aussi.


Sturnelle des prés / Sturnella magna magna / Eastern Meadowlark.



Je vous souhaite le plus beau des printemps.


@ bientôt.




vendredi 24 février 2017

Des oiseaux de l'hiver 2017




L'hiver 2017 n'a pas été très propice pour nous pour les sorties ornithologiques. En plus de différentes obligations familiales ou sociales successives, les chutes de neige fréquentes durant les fins de semaine ont beaucoup freiné notre intérêt à prendre la route. Mais nous nous sommes échappés à quelques reprises et voici des endroits visités et des images prises sur le vif.


Saint-Antoine-de-Tilly

Le chemin Boisclair est un rang parallèle à la route 132 et au sud de cette dernière. En hiver, cette route tranquille vaut la peine d'être parcourue lentement. Les espèces d'intérêt fréquemment rencontrées: Plectrophane des neiges, Dindon sauvage et Perdrix grise. Des mangeoires privées distribuées le long de cette route peuvent apporter leur lot de surprises. Selon la quantité de neige dans les champs, des groupes d'Alouettes hausse-col sont occasionnellement rapportés et ils peuvent dissimuler un rare Plectrophane lapon. Lors de notre passage, nous croisons un groupe de Jaseurs boréaux qui se nourrissent dans trois pommiers à quelques mètres seulement de la route. Dans ma jeunesse, nous appelions ces grosses pommes des pommes d'hiver. La chair de cette variété de pommes est tellement dure que les frugivores ne peuvent s'en nourrir avant les grands froids. Il faut que le fruit gèle complètement pour que sa chair devienne assez molle pour que les becs des frugivores puissent la pénétrer.


 



 




Quand il n'y a pas d'eau liquide disponible, les oiseaux mangent de la neige, mais ils le font toujours avec parcimonie. Ingurgiter trop de neige refroidirait leur chaleur interne, chose à ne pas faire en période hivernale où toute perte de chaleur corporelle pourrait mener à l'hypothermie et à la mort.




 Tewkesbury


La rue Jacques Cartier Sud à Tewesbury est une autre route à parcourir lentement en période hivernale. Elle longe la rivière Jacques Cartier et traverse des boisés intéressants. C'est l'endroit idéal pour y observer le Gros-bec errant. La présence des fringillidés est toujours un coup de dé selon les années. En 2016, c'était l'euphorie. En 2017, c'est la pénurie totale. Aucun sizerin, chardonneret, tarin ou bec-croisé. Quelques durbecs sont venus sauver l'honneur de la famille. Par contre le gros-bec est encore présent, mais en petit nombre. Un Pic chevelu me permet quelques photos.



Cette femelle de Pic chevelu fait s'envoler des brins de neige lorsqu'elle tambourine l'écorce de cet arbre.



 
Son mâle est également à la recherche active de nourriture.



 Comté de Lotbinière



Le comté de Lotbinière agit sur moi comme un aimant puisque j'y ai passé la majeure partie de ma vie. Pour l'avoir parcouru maintes et maintes fois, j'en connais presque tous les recoins. Mais il est tellement riche en découvertes que j'y retourne encore toujours avec un intérêt renouvelé. C'est dans le village de Saint-Édouard que nous faisons la rencontre d'une magnifique femelle d'Épervier de Cooper. Elle est bien installée sur la structure d'une meunerie, en plein milieu du village. Un ami m'a demandé comment je pouvais dire que c'était une femelle puisque les adultes ont le même plumage. J'y suis allé par l'évaluation de la grosseur de l'individu. L'oiseau observé était assez gros pour que j'imagine d'abord avoir affaire à l'Autour des palombes. Dès le premier coup de jumelle, j'ai vite identifié un Épervier de Cooper. Seule une femelle de Cooper peut avoir cette grosseur. Je vous la livre maintenant.







L'épervier est un rapace doté d'une longue queue et d'ailes plutôt courtes et arrondies. Alors que les ailes courtes sont un atout pour se faufiler entre les arbres et les branches à l'intérieur de la forêt, la queue longue et flexible l'aide à assurer un équilibre parfait lors de changements rapides de direction. Le vol de l'épervier est également facilement reconnaissable puisqu'il consiste à de rapides battements des ailes suivis d'une longue glissade.


 Saint-Mathieu-de-Rioux


Ce petit village se situe dans le Bas-Saint-Laurent à une vingtaine de kilomètres de Saint-Simon, à l'intérieur des terres. Il est reconnu pour la quantité phénoménale de nids de Balbuzards pêcheurs
accrochés aux pylônes d'Hydro Québec, tout près d'un lac de bonne envergure. En 2017, une espèce occasionnellement observée au Québec, en provenance de l'ouest canadien, est présente à une mangeoire depuis quelques semaines. Comme Anne n'a jamais coché cette espèce au Québec, nous nous y rendons le 22 janvier 2017. Voici quelques photos rapportées de cette rencontre.


Ce magnifique mâle de Tohi tacheté / Pipilo maculatus / Spotted Towhee a élu domicile, dans son errance hivernale, dans la cour arrière dotée d'un bon système d'alimentation.




Un milieu naturel propice à attirer les oiseaux d'hiver contribue à retenir des oiseaux granivores et frugivores.






Domaine de Maizerets



Un parc urbain de la ville de Québec qui n'a plus besoin de présentation. Ce site peut contenir de magnifiques trouvailles une journée donnée et être non productif dès le lendemain. Il est bien situé en bordure du fleuve et, à vol d'oiseau, il peut constituer un relais facilement accessible entre les différents boisés de la région. Une bonne diversité d'habitats amène toujours une bonne diversité d'espèces d'oiseaux. Notre visite du 18 février 2017 vise le Merle d'Amérique et le Grand-duc d'Amérique. Nous trouvons facilement les espèces anticipées et voici quelques photos du grand-duc.



Quel regard intimidant !  Le hibou est perché à environ 6 mètres de hauteur et je me place juste en dessous du strigidé. Je suis bien content de ne pas être une proie potentielle.



Bien qu'en période de repos, ce grand-duc est concentré sur deux Écureuils gris qui s'ébattent tout autour de lui. Le parc abrite un bon nombre d'écureuils et leur présence explique celle du plus gros de nos strigidés.


Forêt Montmorency


Un autre incontournable auprès des ornithologues de la région de Québec. Réputé pour sa forêt boréale et les spécialités qui y sont associées: Mésangeai du Canada, Mésange à tête brune, Sittelle à poitrine rousse et Tétras du Canada. Il y a bien sûr les pics boréaux et les fringillidés, mais ces derniers répondent à des conditions particulières qui fluctuent selon les années. Et comme l'hiver 2017 est très avare pour la présence des fringillidés, un seul Tarin des pins, trois Durbecs des sapins et quelques Sizerins flammés ont été aperçus. Par contre, exception faite du tétras, nous avons fait de belles rencontres.



C'est difficile de prédire d'avance le comportement de la plus belle de nos mésanges, la Mésange à tête brune / Poecile hudsonicus littoralis / Boreal Chickadee. Plus souvent qu'autrement, elle se tient bien cachée dans le sapinage. Cette fois-ci, elle était hyper active, mais elle s'approchait sans cesse tout près de nous. Donc, avec de la patience, il m'a été possible de réussir quelques belles prises.


Si j'ai toujours eu un faible pour la Mésange à tête noire, je fonds littéralement lorsque je rencontre une Mésange à tête brune. Son "chick-a-dee-dee" plus lent et plus enroué permet de connaitre sa présence, car elle est tellement moins démonstrative que sa cousine.



Et que dire de la mignonne et acrobatique Sittelle à poitrine rousse / Sitta canadensis / Red-breasted Nuthatch qui n'est jamais très éloignée des petits groupes de mésanges. Une simple imitation de son cri nasillard et la voici à quelques mètres de l'objectif.







Et que dire maintenant de l'élégant et gracieux Mésangeai du Canada / Perisoreus canadensis nigricapillus / Gray Jay qui s'approche de nous en toute confiance. Il est tellement silencieux dans son approche qu'il peut être tout près de nous sans que l'on ne le sache.


Et le voici posant à la distance minimale permise par ma lentille de caméra. Un oiseau exceptionnel et fascinant.



Avant de quitter la forêt boréale, je ne peux m'empêcher de capter une image d'un Ecureuil roux nord-américain / Tamiasciurus hudsonicus / North American Red Squirrel.




Rue Courcy, Sainte-Foy


Une autre espèce rare au Québec, également en provenance de l'ouest canadien, est présente dans la ville de Québec. Il s'agit d'un Solitaire de Townsend / Myadestes townsendi townsendi / Townsend's Solitaire, une espèce rapportée presqu'annuellement en hiver au Québec.



Espèce frugivore, le Solitaire de Townsend est parfaitement à l'aise lorsqu'il se retrouve dans un environnement où les arbres produisant de petits fruits en quantité sont présents.


Le mois de mars est à nos portes et il signifie l'arrivée prochaine des premiers migrateurs en provenance de sud. Tout dépendamment de l'endroit où nous nous trouvons dans la province de Québec, nous verrons bientôt apparaître les premiers "oiseaux noirs" (quiscale, carouge et vacher) arrivant du sud et d'autres espèces hâtives. Nous ne commençons que d'aller de surprise en surprise.


@ bientôt.


 

dimanche 12 février 2017

Voir toutes les espèces d'oiseaux du monde.




Wow ! Pouvoir voir tous les oiseaux du monde ! Toute une quête me direz-vous. Pourtant, c'est aujourd'hui rendu possible grâce à la collection "Handbook of the Birds of the World" (souvent abrégé en HBW) . J'ai bien écrit "voir" et non pas "observer". Pas tout à fait pareil  😉.

Cette collection est une série de 17 volumes, éditée par une maison d'édition espagnole de Barcelone: Lynx Edicions.

Cette série est dirigée par Joseph del Hoyo, Andrew Elliott et Jordi Sargatal des volumes 1 à 7, puis par Josep del Hoyo, Andrew Elliott et David Christie des volumes 8 à 16. Un volume spécial édité par Josep del Hoyo, Andrew Elliott, Jordi Sargatal et David Christie paraît en 2013 pour recenser les 69 espèces nouvellement décrites depuis la parution des anciens volumes.

C'est la première encyclopédie qui vise à couvrir la totalité des espèces vivantes d'oiseaux. Le premier volume a été publié en 1992 et le dernier est paru en 2013.

À l'instar de plusieurs connaissances, j'ai eu la chance de me payer les 16 livres tout au cours des 21 années de publication. À raison d'une moyenne de $225.00 CDN par livre, c'est bien que le montant total ait été réparti sur 2 décennies. Cette collection fabuleuse est l'ouvrage le plus complet fait à ce jour dans le monde de l'ornithologie. En plus d'illustrations de grande qualité, des photos impressionnantes accompagnent des textes élaborés, remplis d'informations souvent inédites. Cette collection est cependant en anglais et elle coûte cher pour quelqu'un qui voudrait se la procurer au complet aujourd'hui. Mais, il y a une bonne nouvelle.

Voilà que vient de paraitre le deuxième et dernier volume de la "Liste illustrée des oiseaux du monde" (Illustrated checklist of the Birds of the World), toujours édité par Lynx Edicions. Cette série de 2 livres illustre TOUTES les espèces d'oiseaux du monde et même la majorité des SOUS-ESPÈCES. Pour qui voyage à l'extérieur du Québec, c'est tout à fait génial.










Ces deux volumes aux couvercles rigides sont de grandes dimensions (31 cm X 24 cm) et contiennent une moyenne de 1,000 pages. Le volume 1 (non passerines) est en vente au prix de 185 euros et le volume 2 (passerines) coûte 225 euros. Une vente est présentement en place pour obtenir les 2 volumes pour 350 euros. Vous n'avez qu'à vous rendre sur le site de HBW à cette adresse pour passer la commande.


Il est intéressant de savoir que des espèces observées ici, au Québec, peuvent l'être également dans d'autres parties du monde. Cependant, les individus nichant au Québec peuvent être légèrement différents de ceux rencontrés dans d'autres pays ou sur d'autres continents. Je vous présente ici le cas de l'Alouette hausse-col / Eremophila alpestris / Horned Lark,



La carte de distribution montre bien les différents continents où s'observe l'Alouette hausse-col. De subtiles différences de couleurs au niveau de la gorge ou du front, ainsi que le dessin formé par le collier et la moustache peuvent servir à confirmer à laquelle de ces sous-espèces appartient l'individu se présentant devant nous.


la Sturnelle des prés / Sturnella magna / Eastern Meadowlark



C'est intéressant de savoir que la Sturnelle des prés observée au Québec est de la sous-espèce magna, celle observée dans le sud ouest du Mexique est saundersis et celle de Colombie est meridionalis.


ou le Bruant chanteur / Melospiza melodia / Song Sparrow.






Ces deux volumes sont indispensables à tout ornithologue amateur désireux d'en connaitre toujours davantage sur ses amis ailés.


 @ bientôt.





mardi 17 janvier 2017

Des oiseaux de lumière.





J'ai toujours été fasciné par les colibris. Fasciné d'abord par leur taille lilliputienne. Je me souviens très bien de ce jour où, encore adolescent, j'en trouve un par terre, inerte, tout près de la maison familiale. Son plumage est parfait et son petit corps est encore souple. Du sang à la commissure de son bec me fait croire qu'il a dû se frapper depuis peu contre une des fenêtres de la maison.  Je le dépose dans le creux de la main gauche et je la ferme délicatement. Ma main l'englobe complètement. J'aperçois alors l'une des filles de mon frère qui habite dans la maison d'à côté. Je lui fais deviner ce que je peux avoir dans ma main et jamais elle ne peut se douter qu'il puisse s'agir d'un oiseau. Après lui avoir dit " c'est un oiseau-mouche", elle m'avoue n'en avoir jamais vu. Rien de surprenant quand on considère leur vitesse de déplacement et leur petitesse. Et il faut mentionner aussi qu'à l'époque, au milieu des années 1960, les abreuvoirs à colibri étaient inexistants et les aménagements floraux autour des maisons n'étaient pas encore "à la mode du jour". Pour tout dire, c'est une première pour moi aussi. J'avais étudié le Colibri à gorge rubis / Archilochus colubris / Ruby-throated Hummingbird dans mon premier guide d'oiseaux, mais jamais je ne l'avais observé en nature. 



Dans l'univers des colibris, notre Colibri à gorge rubis fait partie de ceux de taille moyenne. Du bout du bec au bout de la queue, il fait entre 9 et 10 cm. Chez les trochilidés, la femelle est un peu plus grande que le mâle. Le colibri le plus petit au monde, le Colibri d'Hélène /Mellisuga helenae / Bee Hummingbird, endémique à l'île de Cuba, mesure entre 5 et 6 cm. Quant au plus gros, le Colibri géant / Patagona gigas gigas / Giant Hummingbird, il fait entre 20 et 23 cm de longueur.


Il existe entre 330 et 360 espèces (dépendant des différentes taxonomies) de colibris dans le monde et elles sont toutes confinées aux trois Amériques. Pour vous donner une idée de la distribution de ces espèces au niveau mondial, voici une liste indiquant le nombre d'espèces normalement rencontrées dans chacun des pays. En employant le terme "normalement", je veux faire abstraction des espèces égarées qui peuvent apparaître à un moment donné en un endroit tout à fait insoupçonné.


Canada (9), États-Unis (24), Mexique (58), Cuba (3), Jamaïque (5), République dominicaine (4), Haiti (4), les Petites Antilles (19), Bélize (26), Guatemala (39), El Salvador (23), Honduras (42), Nicaragua (34), Costa Rica (54), Panama (59), Colombie (158), Venezuela (103), Guyane (38), Suriname (33), Guyane française (30), Brésil (78), Équateur (129), Pérou (126), Chili (12), Bolivie (78), Paraguay (20), Argentine (32), Uruguay (8).


Cette liste indique bien que les membres des trochilidés atteignent leur plus grande diversité dans les forêts tropicales humides et, toujours dans ces mêmes habitats, encore plus dans les régions montagneuses. Le peu d'espèces rencontrées dans les Petites et les Grandes Antilles montre également que les colibris, malgré leurs prouesses de vol, préfèrent de beaucoup survoler la terre ferme que les vastes plans d'eau. Vu leur métabolisme élevé, ils doivent se nourrir de façon régulière et les envolées au-dessus de longues étendues d'eau comportent toujours son lot de danger.


Si la structure squelettique est similaire d'une espèce à l'autre, il en est autrement de la diversité impressionnante notée au niveau de l'irisation de leur plumage. Et cette explosion de couleurs est quelquefois doublée d'ornements plumeux, qu'il s'agisse de huppes ou d'appendices au niveau de la gorge, des oreilles ou de la queue.



Le mâle du Colibri d'Anaïs / Colibri coruscans coruscans / Sparkling Violetear peut exhiber des plumes colorées au niveau auriculaire lorsqu'il veut impressionner soit un rival lors d'une confrontation ou soit une femelle lors d'une pariade liée à la reproduction.  



Son cousin, le Colibri de Delphine / Colibri delphinae / Brown Violetear, possède les mêmes attributs. Ici, il veut chasser les autres colibris qui viennent au même abreuvoir rempli d'eau sucrée.



Le mâle du Haut-de-chausses à palettes / Ocreatus underwoodii incommodus / Booted Racket-tail arbore une longue queue qui se termine par deux palettes plumeuses. Des plumes blanches très duveteuses au niveau des cuisses pourraient ajouter un autre attrait bien particulier auprès d'une femelle de cette espèce.



Et voici l'un de mes colibris préférés, l'éblouissante Coquette chalybée / Lophornis chalybeus chalybeus / Festive Coquette qui vous accueille sur ce blog à chacune de vos visites. Ce colibri sud-américain, avec ses 7.5 à 9 cm, est un peu plus petit que le Colibri à gorge rubis. Il se nourrit habituellement dans le faîte des arbres, mais il lui arrive de descendre à notre niveau. Les plumes érectiles qui ornent sa gorge sont tout à fait spectaculaires.



Légère, forte, renouvelable et réparable, la plume des oiseaux est à son apogée évolutive. Et les colibris utilisent cet outil performant mieux que toutes les autres espèces d'oiseaux.  Ils sont devenus les maîtres incontestés du vol sur place, du vol de côté et ils sont les seuls à reculer en vol avec une aisance déconcertante. Les ailes battent en formant un 8 et les plus petites espèces le font de 80 à 90 fois par seconde.



Le Colibri de Mitchell / Calliphlox mitchellii / Purple-throated Woodstar mesure de 7 à 7.5 cm et le nombre de battements d'ailes par seconde est élevé. L'angle de prise de vue permet de voir le pourpre de la gorge.



Par contre les plus grosses espèces de colibris effectuent de 10 à 15 battements par seconde.



Avec ses 15 cm, l'Ermite tacheté / Ramphodon naevius / Saw-billed Hermit a un vol beaucoup plus lent que les plus petites espèces.



Cette photo d'un mâle de Mango à cravate noire / Anthracothorax nigricollis / Black-throated Mango montre toutes les contorsions qu'un colibri peut imposer à son corps pour exécuter un changement de direction rapide, imprévisible pour un prédateur ou un autre colibri.




Les couleurs des plumes peuvent être de deux ordres, pigmentaire et structurale.


Origine pigmentaire




Les pigments des plumes sont de deux types, les mélanines (noir) et les caroténoïdes (jaune au rouge). Les pigments obtenus à partir des mélanines (pigment le plus abondant chez les oiseaux) peuvent aller du noir au brun clair voire au jaune comme pour certaines espèces de corvidés. Ces pigments mélaniques sont directement synthétisés par l’oiseau. Il n’en est pas de même pour les pigments caroténoïdes qui peuvent, suivant les espèces, être soit synthétisés ou soit plus généralement être obtenus par la nourriture. Les psittacidés synthétisent la psittacine tandis que les flamants trouvent ces pigments dans leur alimentation. Dans ce dernier cas, les caroténoïdes ne subissent pas ou peu de transformations chimiques avant de se déposer dans les plumes. En effet, chez les flamants, dont la principale source de nourriture est la crevette Artemia saline, le pigment initial est produit par des algues unicellulaires, transformés en canthaxantine par la crevette qui s’en nourrit, et il est finalement fixé dans les plumes des flamants. Le couleur peut alors varier en fonction de l’alimentation et de la saison.


Origine structurale




Certaines couleurs, dites structurales, ne sont pas dues à la pigmentation. Ainsi, bien que de nombreux oiseaux exposent des plumes vertes ou bleues, comme chez les psittacidés, ils ne synthétisent pas de pigments de ces couleurs. De nombreuses espèces ont des plumes blanches (aigrettes, mouettes, spatules...). Le blanc résulte de l’absence de pigmentation, mais également de la réflexion totale du spectre lumineux. C'est grâce au phénomène optique de diffusion Rayleigh (décomposition de la lumière par les micro structures des barbes) que des couleurs peuvent apparaître par décomposition de la lumière blanche. Ce phénomène est identique à celui qui permet la coloration des yeux chez l’homme, ou mieux la coloration des bulles de savon et l’arc-en-ciel. Chez les psittacidés, le bleu naît dans des barbes renfermant une couche structurale riche en micro granules de mélanine noire. Si à cela s’ajoute un caroténoïde jaune, on obtient du vert. Les micro granules renvoient les radiations bleues (les plus courtes), les autres sont absorbées par une moelle centrale noire. Chez les paons et les colibris, la couleur structurale est due à l’interférence de la lumière. Les barbules renferment des plages de micro lamelles qui décomposent la lumière et l’écartement de ces micro lamelles induit des couleurs différentes. Dans ce cas, en inclinant la plume pour faire varier l’incidence de la lumière, on voit les couleurs se déplacer.


La combinaison des différents pigments et de ces phénomènes optiques permettent une très grande variété de couleurs.



Irisation



Certaines espèces sont reconnues pour avoir des plumes iridescentes, comme les colibris, mais aussi les guêpiers, les paons, quelques canards, les étourneaux, etc. Les irisations sont produites par les barbules renfermant des réseaux de micro lamelles. Une barbule à micro lamelles reposant sur une barbule riche en mélanine noire; cette dernière absorbant les radiations parasites. Les micro lamelles ont l’avantage sur les micro granules de mélanine de pouvoir produire toutes les couleurs du spectre solaire, alors que les micro granules ne peuvent produire que du bleu.


Le plumage du Quiscale bronzé / Quiscalus quiscula versicolor / Common Grackle parait noir lorsqu'on le voit de loin ou à l'ombre. Dans des conditions de lumière meilleures, les barbules à micro lamelles et les micro granules de mélanine s'allient pour faire apparaître une myriade de couleurs et de teintes.


Bien que ce soit moins connu, plusieurs oiseaux tropicaux, en plus des colibris, ont des plumages iridescents. L’iridescence, qui est rendu possible non par la pigmentation mais par la structure particulière des plumes, est responsable des reflets vert bouteille des trogons, des reflets dorés et cuivrés des jacamars et des myriades de couleurs sur certains tangaras. Les couleurs iridescentes ne sont observables qu’à partir d’angles très restreints. En d’autres mots, l’observateur doit être le plus possible au même niveau que la source de lumière afin de profiter pleinement de l’effet.   


Voici quelques photos réalisées lors de notre dernier voyage en Colombie, du 14 novembre au 4 décembre 2016. Nous avons eu la chance d'observer 65 espèces différentes de colibris.



Colibri jacobin / Florisuga mellivora mellivora / White-necked Jacobin


Colibri de Delphine / Colibri delphinae / Brown Violetear



Colibri d'Anaïs / Colibri coruscans coruscans / Sparkling Violetear



Sylphe à queue d'azur / Aglaiocercus kingi emmae / Long-tailed Sylph




Sylphe à queue violette / Aglaiocercus coelestis coelestis / Violet-tailed Sylph



Inca à gemme bleue / Coeligena lutetiae / Buff-winged Starfrontlet


Inca porphyre / Coeligena helianthea helianthea / Blue-throated Starfrontlet


Colibri de Jardine / Boissonneaua jardini / Velvet-purple Coronet


Colibri flavescent / Boissonneaua flavescens flavescens / Buff-tailed Coronet


Brillant fer-de-lance / Heliodoxa jacula jacula / Green-crowned Brilliant


Ariane de Francia / Amazilia franciae franciae / Andean Emerald


Ariane de Rosenberg / Amazilia rosenbergi / Purple-chested Hummingbird


Dryade couronnée / Thalurania colombica colombica / Crowned Woodnymph



Brillant de l'impératrice / Heliodoxa imperatrix / Empress Brilliant


 

@ bientôt.