mardi 30 septembre 2014

Escapade estivale dans le Maine.



J'ai évoqué dans un récent billet que je vous entretiendrais d'un séjour d'une semaine que Anne et moi avons fait du 26 juillet au 2 août 2014 sur la côte est des États-Unis. C'est quand même intéressant de penser que, après seulement six heures de route, nous pouvons atteindre des lieux où des espèces rarement rencontrées au Québec sont à toute fin pratique plutôt communes à ces endroits.

En comparaison, j'ai dû me rendre aux Îles-de-la-Madeleine à la fin juin 1996 pour observer le Pluvier siffleur  / Charadrius melodus / Piping Plover pour la première fois de ma vie. C'est un endroit que j'ai adoré découvrir surtout en compagnie de mon cher ami Normand David et de mon frère Clodin, un peintre animalier vivant à St-Simon, dans le Bas-Saint-Laurent. Les paysages sont époustouflants et les gens sont très chaleureux et vrais. Nous avons adoré tous les trois l'expérience. Il demeure cependant que les coûts et le temps pour s'y rendre sont bien loin d'un simple six heures. C'est à l'île Grand Bahamas, dans les Grandes Antilles (West Indies), que je rencontre la Petite Sterne / Sternula antillarum antillarum / Least Tern pour la première et seule fois. C'est en avril 1980 lors de mon baptême de l'air. Pourtant elle peut nicher sur la même plage où vous trouverez le pluvier sur la côte est des États-Unis. Et il est facile de nommer d'autres espèces qui vous feront saliver à souhait (attention à votre clavier d'ordinateur): Chevalier semipalmé, Mouette atricille, Huitrier d'Amérique, Ibis falcinelle, Aigrette tricolore, Aigrette bleue, Sterne de Dougall, Moqueur polyglotte, Mésange bicolore, Gobemoucheron gris-bleu, Bruant de Nelson, Bruant à queue aigüe...


Il y a beaucoup d'oiseaux au quai de Pine Point et les centaines des Sternes pierregarins présentes ne cessent de virevolter en tous sens en émettant leur cri strident. Comme les jeunes sont encore au nid, les parents effectuent des va-et-vient incessants.



C'est donc à 05h00 du matin que nous quittons Québec en direction de Jackman où nous traversons la frontière. Il fait beau et la route défile en nous offrons de beaux paysages. Dans le Maine, nous observons même une femelle Orignal et son veau qui boivent dans un marais et deux Dindons sauvages aux abords d'une forêt. Nous arrivons vers 11h00 à la maison louée à Pine Point où nous attendent les deux soeurs de Anne, Lise et Hélène, ainsi que le mari de Lise, Gilles Vigneault. Voici une carte aérienne obtenue via Google Earth et sur laquelle j'ai placé des points de repère qui montrent les principaux points d'intérêt autour de la maison.





  1. Petit centre d'interprétation où l'on peut obtenir de l'information sur les espèces présentes.
  2. La Eastern Trail qui s'avance dans le Scarborough Marsh et que l'on parcourt à pied. Stationnement au début du sentier. C'est à partir de cet endroit que j'ai fait une bonne partie de mes observations et pris mes photos.
  3. La maison louée dont l'arrière-cour longeait le Scarborough Marsh.
  4. La plage où nous nous rendions à pied à partir de la maison et où nichait le Pluvier siffleur.
  5. Le port de Pine Point où s'observent les limicoles, les laridés et les autres. À 3 minutes à pied de la maison.

Fidèle à mon habitude, c'est par des images que je vous donne un aperçu des possibilités de nombreuses et belles observations. D'abord le port en point 5.


Un Bécassin roux / Limnodromus griseus griseus / Short-billed Dowitcher vient se poser dans la zone intertidale la plus près de la rive à la faveur de la marée montante. Ça se passe au port de Pine Point (point # 5 sur la carte).
 

Il est bientôt imité par un Bécasseau semipalmé / Calidris pusilla / Semipalmated Sandpiper qui peut admirer en même temps et son image dans l'eau et son ombre. Voilà peut-être l'explication de la sainte Trinité ??? Qui sait ???


Et voici le Chevalier semipalmé / Tringa semipalmata semipalmata / Willet. Un gros limicole difficile à manquer. Ses larges plages blanches sur les ailes et son croupion blanc attirent l'attention.


Et il se retrouve en bonne quantité. Ici, deux chevaliers convoitent le crabe que vient d'attraper un troisième individu. Tout ceci se passe à environ dix mètres de distance. Tout à fait exceptionnel, non ?


Après le bécasseau et le chevalier, voici la troisième espèce semipalmée, soit le Pluvier semipalmé / Charadrius semipalmatus / Semipalmated Plover. La "semi palmure" semble décidément à la mode cette année.

Et maintenant l'Eastern Trail en point 2. Il s'agit d'une ancienne voie ferrée transformée, comme dans bien des endroits, en sentier pédestre où bicyclettes et marcheurs s'activent et partagent la route.


Et il n'y a pas que des oiseaux sur l'Eastern Trail. Ce sentier est bordé de plantes et de fleurs comme cette Coronille bigarrée / Coronilla varia / Crown Vetch ou


cette Chicorée sauvage / Cichorium intybus / Chicory visitée par une mouche dorée.


L'Ibis falcinelle / Plegadis falcinellus / Glossy Ibis est toujours un oiseau fascinant à rencontrer et à observer. Peu abondant, nous l'observions quand même à tous les jours.


Et voici l'espèce vedette de l'endroit, le Bruant à queue aigüe / Ammodramus caudacutus caudacutus / Saltmarsh Sparrow. Pas évident à différencier du plus commun Bruant de Nelson, car il est beaucoup plus furtif et son chant faible est difficile à entendre. Quant au Bruant maritime / Seaside Sparrow qui est censé se retrouver dans le marais, je me suis fait confirmer par un membre du personnel au centre d'interprétation que c'était un mythe. Il se retrouverait plus au sud.


Et il ne faut pas négliger la présence de presque toutes les espèces d'aigrettes. Je dis presque car il manque l'Aigrette roussâtre à la liste. Ici c'est l'élégante Aigrette neigeuse / Egretta thula brewsteri / Snowy Egret qui pose pour le photographe. 



Alors que nous étions logés dans une maison, il est possible de vivre l'expérience en camping. En 2012, c'est ce mode que nous avions adopté, Anne et moi. Et j'avais beaucoup aimé. 


Vous me connaissez maintenant, j'ai la bougeotte et j'avais beaucoup envie d'explorer un peu plus au sud, toujours le long de la côte. C'est pourquoi nous avons décidé d'investir une journée de notre semaine à environ une heure trente minutes de route. En fouillant sur Ebird, Anne a trouvé que le Bruant maritime avait été rapporté dans le Massachusetts, plus spécifiquement à Plum Island.


Je vous y amène dans mon prochain billet.


@ bientôt donc.







vendredi 12 septembre 2014

Le plus aristocrate de nos limicoles...



Je l'observe pour la première fois le 8 août 1989. Ça se passe sur la rive sud du grand fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Sainte-Croix, dans le beau comté de Lotbinière. La zone côtière est sujette aux mouvements des marées et l'espèce vedette se présente à marée basse alors qu'elle envahit la zone intertidale en compagnie d'un petit groupe de Pluvier kildir / Charadrius vociferus vociferus / Killdeer.



Le Pluvier kildir ne cesse de nous démontrer pourquoi les taxonomistes ont judicieusement ajouté à son nom générique scientifique l'épithète latin "vociferus".



L'individu a été repéré la veille par Denis Talbot, un ami ornithologue du COQ (Club des Ornithologues de Québec). Comme j'habite Sainte-Croix à l'époque, je peux presque dire que c'est dans ma cour et je ne me fais pas prier pour m'y rendre à la bonne heure.

Arrivé sur les lieux, je commence par repérer les pluviers, ce qui se fait très rapidement. Suffit d'écouter et d'évaluer d'où proviennent les cris incessants du Charadrius vociferus. Une inspection minutieuse à la lunette d'approche permet de localiser l'espèce tant souhaitée. Un oiseau élégant, à la démarche précieuse et d'une grande beauté. Lors de ses déplacements, il se tient bien droit, élancé, racé. Lorsqu'il se penche, il semble le faire avec retenue, voire douceur et légèreté. Son manteau est beige, sa couronne est striée de lignes étroites et délicates, les plumes de son dos sont bien marginées. Son bec est court, droit et fin. Son oeil noir et bien dégagé nous fixe avec curiosité plus qu'avec appréhension. Je vous le présente maintenant sans tarder, il s'agit du Bécasseau roussâtre / Tryngites subruficollis / Buff-breasted Sandpiper.



 


C'est un limicole qui n'éprouve aucune crainte lorsque ses pas croisent ceux d'un homme. C'est du moins son comportement lorsqu'il n'est pas accompagné de ces criards perpétuels que sont les pluviers et qu'il côtoie justement aujourd'hui. En effet, aussitôt que les pluviers partent en vol, avec ou sans raison, le bécasseau les suit. Heureusement, après une petite virée, ils reviennent se poser au sol... jusqu'à la prochaine fausse alerte. Et oui, malgré ce que je peux laisser paraître dans les dernières lignes, j'aime également beaucoup le Pluvier kildir. C'est juste que son babillage continuel ajoute un stress supplémentaire aux oiseaux présents. 






Il est normal de rencontrer le pluvier et le bécasseau ensemble puisqu'ils partagent les mêmes habitats lorsque le bécasseau passe en migration, soient: les milieux ouverts à herbe courte (terrains de golf ou d'aéroport, terres agricoles labourées), les plages et les vasières (quoiqu'il préfère les lieux plutôt secs). Le Bécasseau roussâtre niche dans la toundra dans les archipels arctiques canadiens, de même que dans le nord de l'Alaska et dans les Territoires du Nord-Ouest. Il hiverne au sud de l'Amérique du Sud. La plupart des individus utilisent les routes migratoires qui passent par le milieu du contient nord-américain au printemps et à l'automne; d'autres empruntent les corridors Atlantique ou Pacifique à l'automne. Ce sont virtuellement tous des juvéniles et ce sont justement ces oiseaux que nous avons la chance de trouver sur notre route.



Muni d'un bec court et droit, le Bécasseau roussâtre trouve sa nourriture à la surface du sol. Il se déplace rapidement, en bougeant la tête d'avant en arrière comme un gallinacé. Il peut agir à l'occasion comme un pluvier, soit en s'arrêtant et en surveillant tout autour pour finalement courir après une proie.




En septembre 2012 et 2013, Anne et moi avons eu la chance d'observer cette espèce lors d'un séjour d'une fin de semaine à l'île-aux-Basques, à environ 5 km au large de Trois-Pistoles, dans le Bas-Saint-Laurent. Même qu'ils étaient 3 en 2012. Les deux séjours ont eu lieu au début septembre de chaque année. La période la plus propice pour espérer trouver ce limicole se situe grosso modo de la fin août jusqu'à la mi-septembre. Comme le prouve la date de ma première observation à vie de cette espèce, il peut y avoir un flottement avant ou après la période estimée.


La famille des scolopacidés, à laquelle appartient le Bécasseau roussâtre et le Pluvier Kildir, rassemble des espèces qui démontrent une grande variété de comportements au niveau de l'accouplement. Ceci peut inclure un mâle qui s'accouple avec plusieurs femelles (polygénie), une femelle qui pond des oeufs pour plusieurs mâles (polyandrie) ou une monogamie normale. Quelques espèces utilisent un système d'arène (lek) où les mâles se pavanent dans leurs plus atours afin d'attirer l'attention d'une femelle qui choisira le plus attrayant pour s'accoupler. Il en est ainsi pour notre bécasseau vedette. Au lieu d'affrontements physiques, les mâles ouvrent les ailes et les pointent vers le ciel tout en basculant le haut du corps légèrement vers l'arrière. Cette position permet à la femelle de contempler les dessins du dessous des ailes et ce doit être passablement attirant puisqu'elle succombera à l'un des mâles présents dans l'arène (lek).


Le Bécasseau roussâtre appartient au genre Tryngites et il est monotypique, i.e. qu'il constitue la seule espèce du genre. Selon un estimé fait en 1996, la population totale mondiale était évaluée à environ 25 000 individus. Ce bécasseau est venu près de l'extinction dans les années 1920 en raison d'une chasse excessive, principalement au tournant du siècle alors que la population pouvait compter des millions d'individus. Durant les années 1980, des chercheurs ont constaté des baisses de 65% à 100% sur des sites de nourrissage au centre nord du Texas. Des constatations semblables ont été faites sur certains sites au Canada. La détérioration des sites de repos disséminés le long des corridors migratoires et sur les terrains d'hivernage dans les trois Amériques explique également cette diminution drastique dans le cheptel de l'espèce. Considérant les distances migratoires considérables devant être couvertes, un arrêt stratégique devrait être fait dans le nord de l'Amérique du Sud, mais l'endroit n'est pas encore connu.


Voici donc une autre espèce que nous nous devons de découvrir et d'observer avant qu'il ne soit trop tard. Le Bécasseau roussâtre est un véritable joyau, le seul représentant d'un genre qui s'éteindrait en même temps que l'espèce elle-même. La belle Planète bleue se dépouille de ses espèces à un rythme effréné et inquiétant. Il y a de plus en plus urgence à profiter de toutes ces beautés.


@ bientôt.


Bibliographie

del Hoyo, J., Elliott, A. & Sargatal, J. eds (1996). Handbook of the Birds of the World. Vol. 3. Hoatzin to Auks. Lynx Edicions, Barcelona.

Paulson, D. 2005.  Shorebirds of North America The Photographic Guide. Princeton University Press, New Jersey.

O'Brien, M., Crossley, R. & Karlson, K. 2006. The Shorebird Guide. Houghton Mifflin Company, New York.






dimanche 7 septembre 2014

Un limicole rare au Québec.



Même s'ils ne sont pas toujours faciles à identifier sur le terrain, j'aime beaucoup les limicoles, ces oiseaux qui ne semblent heureux que lorsqu'ils se retrouvent les orteils bien plantées dans la boue ou dans les milieux humides. Je sais les bains de boue gagnent de plus en plus de faveur auprès de la gent féminine, mais ce ne sont pas pour les mêmes raisons :-) que ces oiseaux ont adopté ces habitats.

Limicole vient du latin limus qui peut se traduire par limon ou boue et cole emprunté au suffixe du latin cola, issu du verbe colere (« cultiver », « habiter », « rendre un culte »). Et il n'y a rien d'esthétique dans ce choix d'habitat

La règle numéro UN dans la nature étant la survie, la majorité des espèces dites limicoles consomment des petits invertébrés vivant dans la vase ou l'humus. Mais il n'en est pas ainsi pour TOUS les limicoles. Une espèce Québécoise préfère nettement les zones plus sèches sur les plages et son manteau le démontre clairement. Il s'agit du très beau et rare Pluvier siffleur / Charadrius melodus / Piping Plover.  Son manteau très pâle épouse bien la couleur du sable sec où il niche et où il se nourrit tout aussi bien. L'adulte ici photographié n'est pas en train de couver des oeufs, il se repose tout simplement. Avouez qu'il a su s'accroupir à un endroit lui permettant une communion parfaite avec son environnement. Il est très difficile à repérer à l'oeil humain et, grand bien lui en fasse, probablement aussi à celui d'un prédateur. Même le noir de son bec, de ses yeux et des lignes au-dessus de l'épaule et sur son front l'aide à se confondre avec le noir des plantes qui poussent dans le sable.
 




Je vous invite à comparer son manteau avec celui d'un Pluvier semipalmé / Charadrius semipalmatus / Semipalmated Plover qui partage souvent la même plage lors des migrations, mais qui se tient dans une zone où le sable est plus humide, correspondant étonnamment  à son manteau.






Non, il n'y a rien de laisser au hasard dans la nature. La couleur plus sombre du manteau du Pluvier semipalmé lui aide sûrement à échapper aux attaques des prédateurs comme le fait celui plus pâle du Pluvier siffleur.

La présence du Pluvier siffleur au Québec est très localisée puisqu'il ne niche qu'aux Îles-de-la-Madeleine où il n'occupe qu'environ 5% des 130 km de plage (Shaffer et Laporte,1989). En 1991, la population mondiale de Pluviers siffleurs se chiffrait à 5 482 individus (Haig et Plissner,1993). En 1994, une centaine d'individus (50 couples) ont été répertoriés comme nicheurs aux Îles-de-la-Madeleine (Attention Frag'Îles, données inédites).

Historiquement, le Pluvier siffleur a déjà niché en Gaspésie et sur la Basse-Côte-Nord, mais lors d'un inventaire complet effectuée en 1988 dans les sites potentiels de ces deux régions, aucun pluvier de cette espèce n'a été découvert (Demers et Laporte,1988). Lors d'un inventaire international organisé en 1991 dans l'ensemble de l'aire de reproduction et d'hivernage de l'espèce en Amérique du Nord, au cours duquel tous les sites potentiels connus ont été visités, on n'a trouvé nulle part au Québec le Pluvier siffleur en dehors des Îles-de-la-Madeleine (Laporte et Shaffer, 1994). Sa population totale est actuellement estimée à environ 6 410 individus en 2003 dont 3 350 sur la côte atlantique à elle seule, soit 52 % du total. La population est en augmentation depuis 1991.

Il fut un temps où cette espèce était constituée des deux sous-espèces suivantes :
  • Charadrius melodus circumcinctus (Ridgway) 1874 ; présente dans l'ouest de l'Amérique du Nord.
  • Charadrius melodus melodus Ord 1824 ; présente à l'est de l'Amérique du Nord.

Ces sous-espèces étaient reconnues sur la base des différences de largeur de la bande pectorale, mais cette subdivision s'est avérée rapidement insatisfaisante à cause de la variabilité considérable selon les individus et la saison. Cette espèce est maintenant reconnue comme monotypique et le nom latin reconnu est Charadrius melodus.

C'est à la fin de juin 1996 que je me rends aux Îles-de-la-Madeleine en compagnie de mon bon ami Normand David. Ce dernier y a passé quelques temps dans le cadre de ses travaux et il connaît bien le biologiste Pierre Laporte (celui mentionné dans les rapports ci-haut présentés) qui est encore présent sur l'île. Le 22 juin a lieu ma première rencontre avec le fameux pluvier et voici ce que j'écris dans mes notes de terrain

"à l'Île d'Entrée, Bassin aux Huîtres. 4 nids. Les jeunes ne sont plus au nid et ils courent dans le sable. Des petites boules de duvet d'une exceptionnelle beauté."

Ne prenant pas de photo à cette époque, je ne ramène que des images dans ma tête, mais elles sont encore bien vivaces, même 18 années plus tard. Cette année, je sens qu'il est temps de renouer avec ce splendide oiseau et nous nous dirigeons, Anne et moi, sur la côte est des États-Unis, à seulement 6 heures de route de la ville de Québec. Nous quittons le 26 juillet à 5h00 du matin et nous arrivons à Pine Point (Maine) vers les 11h00. Pine Point est situé un peu au nord de Old Orchard. Un instant de répit en arrivant et nous sommes sur la plage vers les 13h00. 

Les pluviers sont bien au rendez-vous. Même si les plages sont utilisées par les vacanciers et les gens locaux, des zones sont bien délimitées tout autour des nids afin que les gens ne gênent pas la nidification des pluviers. Et ça marche. Anne et moi avons couvert du terrain, jusqu'au Massachusetts, et c'est la même réalité partout. Un grand respect est accordé aux oiseaux et ces derniers le rendent bien en déambulant tout à fait sans crainte sur la plage, souvent à quelques mètres des plaisanciers. Voici donc des photographies faites avec la collaboration de six Pluviers siffleurs bien curieux à leurs heures.




Il est très difficile de déterminer avec certitude le sexe d'un adulte de Pluvier siffleur. Ici, je serais tenté d'y aller  avec un mâle, la femelle portant des traits plus gris que noirs (voir The Crossley Guide, page 153).




Le Pluvier siffleur défend un territoire durant toute la saison de reproduction. La superficie de ce territoire varie de 0,05 ha à 0.8 ha (Cairns, 1982) et les deux membres du couple participent à sa défense; bien que le mâle soit le plus actif. Pour défendre son territoire, l'oiseau adopte une posture horizontale, cou tendu vers l'avant, plumes du cou et du dos hérissées. Il pourchasse ainsi l'intrus en courant et au vol. Cette attitude n'est pas propre qu'à cette espèce puisque le Pluvier semipalmé démontre également ce comportement lorsqu'il est de passage en période migratoire.




Migrateur, le Pluvier siffleur hiverne le long de la côte est de l'Amérique du nord, du Maine jusqu'en Floride, ainsi que sur les côtes du golfe du Mexique. On le rencontre même parfois dans certaines îles des Antilles (Haig et Plissner, 1993). Le suivi d'un oiseau bagué a révélé que le trajet entre les Îles-de-la-Madeleine et la côte ouest de la Floride prend environ un mois, à l'aller comme au retour (Shaffer et Laporte, 1992a).



Les jeunes sont précoces et quittent le nid quelques heures à peine après l'éclosion. Dès lors, ils prélèvent eux-mêmes leur nourriture, constituée de vers marins, de crustacés, de mollusques et d'insectes (Tyler, 1929a; Cairns,1977), dont de nombreux diptères et coléoptères, principalement les Staphylinidés et Curculionidés (Shaffer et Laporte, 1994).



À l'instar de beaucoup d'autres espèces de limicoles, le statut du Pluvier siffleur demeure préoccupant. Les habitats recherchés par ces oiseaux sont soumis à bien des pressions et ils disparaissent beaucoup trop vite au profit de domaines hôteliers ou autres projets immobiliers. Mais de voir comment les gens se préoccupent de protéger les zones de reproduction le long de la côte est des États-Unis constitue un baume et permet d'espérer un avenir meilleur pour ce rare limicole au Québec.


@ bientôt.


Bibliographie
del Hoyo, J., Elliott, A. & Sargatal, J. eds (1996). Handbook of the Birds of the World. Vol. 3. Hoatzin to Auks. Lynx Edicions, Barcelona.
Shaffer, F., Laporte, P. 1995. Pluvier siffleur, p. 462-465 dans Gauthier, J. et Y. Aubry (sous la direction de). Les Oiseaux nicheurs du Québec: Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional. Association québécoise des groupes d'ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux, Service canadien de la faune, Environnement Canada, région de Québec, Montréal, xviii + 1295p.