vendredi 23 janvier 2015

La couleur des choses



Être daltonien et être passionné des oiseaux, c'est un peu comme être unijambiste et être passionné de la course à pied. Comparaison pour le moins un peu "boiteuse", me direz vous ?  Je vous le concède volontiers, mais elle démontre bien que le fait de ne pas PERCEVOIR certaines couleurs peut poser quelques fois de sérieux maux de tête. C'est possible de concilier le handicap à la passion, mais disons que ça commande quelques ajustements. Et l'ajustement premier n'est pas de se forcer plus pour voir la couleur. Le premier commentaire entendu maintes fois lorsqu'on s'aperçoit de mon handicap est "Mais tu n'as pas appris tes couleurs quand tu étais enfant ?". Oui, j'ai appris le jaune du soleil, le bleu du ciel, le vert de la végétation, mais pas le rose que je vois gris, peu le rouge que je ne perçois que lorsqu'il est éclatant et exposé à une lumière parfaite. En fait le seul rouge que je vois bien est celui du type "Piranga écarlate": un rouge pétant, flamboyant. Si un mâle de Cardinal rouge se tient à l'écart de la lumière, sans bouger, je ne le vois pas. S'il sort en plein soleil, j'ai des chances de le voir, mais il doit bouger. Comme les fleurs ou les fruits rouges ne bougent habituellement pas, je ne les vois pas. Même lorsque j'inspecte la végétation à la jumelle. Par contre, si on me spécifie qu'il y a des baies rouges dans un arbre fruitier, je les trouve; si on ne me le dit pas, je ne les vois pas. Je perçois très mal les subtilités des feuillages d'automne alors, pour moi, la balade saisonnière pour aller voir les couleurs d'automne n'est pas ma tasse de thé. Donc, pour résumer, toute couleur comprenant du rouge dans sa recette est automatiquement biaisée.



Difficile de manquer un tel rouge, même pour un daltonien. Il est bien exposé. Éloignez cet oiseau et placez le sous une lumière moins directe, immobile, et je ne le vois plus. L'attention d'une personne à la vision normale sera attirée tout de suite par la coloration de l'oiseau, mais pas le daltonien.




Le daltonisme est une anomalie dans laquelle un ou plusieurs des trois types de cônes de la rétine oculaire, responsables de la perception des couleurs, sont déficients. Dans mes recherches livresques j'ai appris que, basées sur quelques études, il existe des conclusions affirmant que les daltoniens sont plus à même que ceux ayant une vision normale, à percer certains camouflages basés sur la couleur. J'ai souri en lisant cela. Voici une bonne nouvelle qui explique pourquoi j'ai de la facilité à repérer des oiseaux qui ne bougent pas en sous-bois ou dans la faîte des arbres. Je n'ai aucun mérite. Mon oeil balaie la végétation et il s'arrête instantanément dès qu'une forme inhabituelle se présente. Le tout se produit sans que j'aie à y penser. Pour compenser son handicap, mon oeil ne recherche pas la couleur, il recherche la forme discordante dans une végétation parfois très chamboulée elle-même. Je lui fais confiance et il me le rend bien.

 
Engoulevent monticole / Caprimulgus affinis monticolus / Savanna Nightjar. Photographié le 10 Novembre 2014 près du Jungle Hut Lodge, situé au pied de Nilgiri Hills, près de Mysore, sud de l'Inde. Saurez-vous le trouver ???

Un fait reconnu par monsieur Gros Bon Sens lui-même veut qu'une personne handicapée tend, et tout à fait naturellement, à compenser son handicap en développant d'autres capacités qui amoindriront les effets négatifs créés par cet handicap. Si on ne peut se reposer seulement sur la couleur pour espérer identifier nos oiseaux, que faire ?


Facile. On peut dire de la personne à la peau la plus pâle qu'elle est extrêmement colorée !!!  Bizarre. Voilà qu'on attribue la couleur à ce qui n'est pas coloré !!! Pas si bizarre que ça en fin de compte. La couleur peut également être attribuée à d'autres choses que ce que nos yeux communiquent à notre cerveau. On ne parle plus de couleur, mais plutôt de personnalité, de comportement, de morphologie et d'aptitude. Voilà que la couleur devient accessible à celui qui ne la perçoit pas correctement. La couleur n'est donc pas seulement couleur, elle peut également être attribuée à autre chose... la couleur des choses.


@ bientôt,








dimanche 28 décembre 2014

Chouette Asie...



J'ai souvent le même réflexe lorsque je me prépare pour un voyage à l'étranger. Je me procure les chants des oiseaux du pays visé et je les écoute quotidiennement un mois avant le départ afin de me familiariser à ces nouveaux sons. Connaître les sons peut s'avérer très pratique lors de nos recherches et ceci s'avère même nécessaire pour les espèces nocturnes ou celles qui sont spécialement furtives.

Lorsque nous feuilletons un guide d'identification, nous avons tendance à passer en vitesse sur les pages illustrant les hiboux, les chouettes et les engoulevents, car les chances réelles d'en rencontrer et de pouvoir les observer sur le terrain, à notre goût, sont plutôt minimes. La plupart du temps, ces rencontres se font la nuit alors que l'oiseau émet son chant spontanément ou lorsqu'il est stimulé à le faire par la repasse de son chant. Et même si nous entendons un individu lors de nos sorties nocturnes, la repasse de son chant ne garantit jamais s'il va se présenter ou non devant nous. À l'occasion, il peut répondre, mais ne jamais bouger de son perchoir. Et les chances de succès diminuent considérablement si nous ne sommes pas accompagnés d'un guide local qui connaît parfaitement les lieux où l'espèce vit et où elle peut alors être observée en plein jour à son dortoir, i.e. à l'endroit où elle se repose durant la journée. Après tout il est bien normal pour des êtres actifs la nuit de devoir récupérer le jour.

Le dernier voyage dans le sud de l'Inde et au Sri Lanka est phénoménal pour le nombre d'espèces différentes de strigidés observées à leur dortoir respectif. Le guide ornithologue qui nous accompagne en Inde, Jijo Mathew, ainsi que celui du Sri Lanka, Amila Salgado, sont continuellement en contact avec des personnes locales qui leur rapportent les espèces qui nichent dans leur coin et dont ils connaissent parfaitement les déplacements. Même avec toute cette organisation, l'observation de l'espèce n'est pas garantie à 100%, car l'oiseau peut décider ou être obligé d'adopter un perchoir différent. Ce sont donc treize espèces de strigidae (hiboux, chouettes), trois espèces de caprimulgidae (engoulevents) et une espèce de podargidae (podarge) qu'il m'est donné d'immortaliser sous forme de pixel. Mais la qualité des photos est très variable, car les oiseaux sont soit bien enfoncés dans la végétation, soit perchés très haut dans les arbres, bien camouflés et en contre-jour ou dans des conditions d'éclairage tout à fait pourries. Mais qu'à cela ne tienne, je vous les présente dans l'ordre chronologique de notre périple en Asie en débutant en Inde pour terminer au Sri Lanka.



 Chouette ocellée / Strix ocellata ocellata / Mottled Wood-Owl . Photographiée le 3 novembre 2014 près du Hornbill's camp, Thattekkad, sud de l'Inde.


  Chevêchette de jungle / Glaucidium radiatum malabaricum / Jungle Owlet. Photographiée le 4 novembre 2014 près du Hornbill's camp, Thattekkad, sud de l'Inde.


Petit-duc d'Orient / Otus sunia rufipennis  / Oriental Scops-Owl. Photographiée le 4 novembre 2014 près du Hornbill's camp, Thattekkad, sud de l'Inde.


 Phodile de Ceylan / Phodilus assimilis ripleyi / Sri Lanka Bay-Owl. Photographiée le 4 novembre 2014 près du Hornbill's camp, Thattekkad, sud de l'Inde.


 Ninoxe hirsute / Ninox scutulata hirsuta / Brown Boobook. Photographiée le 4 novembre 2014 près du Hornbill's camp, Thattekkad, sud de l'Inde.


 Grand-duc du Népal / Bubo nipalensis nipalensis / Spot-bellied Eagle-Owl. Photographié le 9 novembre 2014 près de Ooty, sud de l'Inde.


Kétoupa brun / Ketupa zeylonensis leschenaultii / Brown Fish-Owl. Photographié le 9 novembre 2014 au Chinnar bird sanctuary, près de Ooty, sud de l'Inde.


Chevêche brame / Athene brama brama / Spotted Owlet. Photographiée le 10 Novembre 2014 près du Jungle Hut Lodge, situé au pied de Nilgiri Hills, près de Mysore, sud de l'Inde.


Engoulevent monticole / Caprimulgus affinis monticolus / Savanna Nightjar. Photographié le 10 Novembre 2014 près du Jungle Hut Lodge, situé au pied de Nilgiri Hills, près de Mysore, sud de l'Inde. Saurez-vous le trouver ???


Engoulevent de la jungle / Caprimulgus indicus indicus / Jungle Nightjar. Photographié le 10 Novembre 2014 près du Jungle Hut Lodge, situé au pied de Nilgiri Hills, près de Mysore, sud de l'Inde. N'est-ce pas qu'il choisit bien sa branche pour se percher ???


Chouette leptogramme / Strix leptogrammica indranee / Brown Wood-Owl. Photographié le 11 Novembre 2014 près du Jungle Hut Lodge, situé au pied de Nilgiri Hills, près de Mysore, sud de l'Inde.



Chevêchette à dos marron  / Glaucidium castanonotum / Chestnut-backed Owlet. Ces deux individus ont été photographiés le 15 novembre 2014 près de Kitulgala, Sri Lanka. Espèce endémique au Sri Lanka.



Petit-duc de Sérendip / Otus thilohoffmanni / Serendib Scops-Owl. Il est normal pour le couple de se percher côte à côte dans leur dortoir. Cette espèce n'est connue de la science que depuis 2004. L'ornithologue responsable de sa découverte est un ornithologue Srilankais réputé, Deepal Warakagoda. Photographiés le 15 novembre 2014 près de Kitulgala, Sri Lanka. Espèce, bien évidemment, endémique au Sri Lanka.


Petit-duc indien / Otus bakkamoena bakkamoena / Indian Scops-Owl. Ces deux oiseaux ont été photographiés le 18 novembre 2014 près de Udalawawe, Sri Lanka. Mais où donc est le deuxième individu ?


Engoulevent indien / Caprimulgus asiaticus eidos / Indian Nightjar. Éclairé seulement par les phares du véhicule et photographié le 18 novembre 2014 près de Udalawawe, Sri Lanka.


Chouette leptogramme / Strix leptogrammica ochrogenys / Brown Wood-Owl. Photographiée le 23 novembre 2014 au Surrey Bird Sanctuary, près de Ella, Sri Lanka. Cette sous-espèce est différente de celle observée antérieurement près de Mysore, dans le sud de l'Inde.



Et voici pour terminer, l'une des plus mignonnes créatures qu'il m'ait été donné de rencontrer jusqu'ici.




Il s'agit d'un oiseau nocturne qui appartient à la famille des podargidea et à l'ordre des caprimulgiformes. Cet ordre englobe aussi les familles suivantes: les steatornithidae (guacharo / oilbird), aegothelidae (égothèle / owlet-nightjars), nyctibiidae (ibijau / potoo) et caprimulgidae (engoulevent / nightjar). Ils se nourrissent d'insectes qu'ils capturent en vol.  

Durant le jour, ces oiseaux sont très amorphes. Ils se tiennent habituellement en paire et ils se perchent à hauteur d'homme parmi une végétation très dense. De petite taille, immobiles et habillés d'un manteau sombre, ils se cachent à merveille parmi les feuilles de toutes dimensions. Il fallait compter sur l'oeil exercé de nos guides pour espérer en débusquer et ils nous ont permis d'en observer à trois reprises en Inde. Par contre, malgré son nom de Podarge de Ceylan / Batrachostomus moniliger / Sri Lanka Frogmouth, nous ne l'avons entendu qu'une seule fois au Sri Lanka. Cette beauté a été photographiée le 04 novembre 2014 près de Thattekkad, dans le sud de l'Inde. Malgré ses yeux bien ouverts qui nous dévisageaient sans vergogne, cette femelle (le mâle est gris) ne semblait aucunement perturbée par notre présence. 

Elle semble cependant se demander qui sont ces bipèdes bizarres (Richard et moi) avec leur gros oeil dirigé vers elle et ces "clics" qui en émanent.

@ bientôt.