lundi 22 juin 2015

May day ! Étourneau sansonnet en péril.



Même si j'ai l'impression de me répéter ad nauseam, je ressens le besoin de le faire encore aujourd'hui. Chaque sortie en nature peut nous réserver des aventures inattendues et même spectaculaires. Et ce samedi matin du 20 juin 2015 n'y échappe pas. Comme des centaines d'autres ornithologues amateurs du Québec, Anne et moi aimons essayer d'observer annuellement le plus grand nombre possible d'espèces au niveau provincial. Cette activité énergisante ne nous permet pas seulement de lister pour le simple plaisir de lister, mais elle permet également de revisiter des lieux connus(et moins connus) afin de vérifier la constance et l'abondance des oiseaux dans les différents sites. En partageant ensuite l'information ainsi colligée sur des plate-formes électroniques comme Ebird, chacun apporte son humble contribution à une banque imposante de données. Ces données ne permettent pas seulement le constat de la santé des oiseaux, mais aussi celle des habitats. Car c'est un constat bien alarmant tout autour de la belle planète bleue, l'Homme détruit les habitats sans réfléchir sur l'impact négatif que ces pertes auront sur la vie animale et végétale. Lorsque le tableau qui se trouve sous nos yeux est trop large, nous ne sommes pas portés à en voir tous les détails. Et pourtant, c'est la somme des détails qui contribue à la beauté et à l'unicité du tableau.


En ce beau samedi matin ensoleillé, nous nous retrouvons près d'un... cimetière, dans la coquette municipalité d'Issoudun, dans le beau comté de Lotbinière. Oui, je sais, un drôle d'endroit pour commencer une tournée célébrant la vie, mais les ornithologues en herbe que nous sommes n'en sont pas à leur première drôlerie. Un Bruant des plaines bien en voix a été antérieurement noté par Guy Poisson et Jean Piuze à cet endroit. Alors, nous avons bien l'intention de le trouver et, si possible, de l'immortaliser sous forme de pixels pour le montrer à ceux qui n'auront pas la chance de se déplacer pour le voir. Le voici donc





Et nous constations avec grand plaisir qu'il y a même deux individus sur le site, permettant de croire à une possible nidification en 2015. Ce bruant est de plus en plus rapporté au Québec et ce serait un ajout important à la liste officielle du Québec. Qui sait ? 


Juste avant de quitter les lieux, un cri discordant attire mon attention. Même si ce n'est pas un son caractéristique à l'espèce, je devine entendre un Étourneau sansonnet. En inspectant à la jumelle la végétation d'où ce cri semble provenir, je vois bouger un Quiscale bronzé et une Mésange à tête noire très excitée. Je pense alors qu'il s'agit peut-être d'un quiscale qui essaie d'attraper une jeune mésange et qu'il est houspillé par le parent en panique. Je m'approche donc et je suis vraiment chamboulé par ce que je vois. Un étourneau se débat, la tête en bas, comme s'il avait une patte accrochée à une branche. Et c'est bien le cas, saut que la patte est retenue par une ficelle qui, elle, entoure et la patte de l'oiseau et la branche de l'arbre. Il est impossible pour le pauvre oiseau de se libérer de cette fâcheuse position. Mon sang ne fait qu'un tour.






Il me faut corriger cette situation. Une rapide investigation des lieux me fait découvrir l'impossibilité de rejoindre cette branche. De plus, l'oiseau se trouve juste au-dessus d'un fossé rempli d'eau. Je ne sais pas comment cet hurluberlu a fait pour l'attacher là, mais à moi maintenant de remédier à la situation. En regardant tout autour, j'aperçois trois hommes en train d'inspecter une pelouse tout près. Je les rejoins et leur demande s'ils n'auraient pas une grande perche, genre râteau ou bêche, qui me permettrait d'accrocher la branche afin de l'approcher de moi et de secourir l'oiseau. Et voilà que l'un des trois va chercher l'outil parfait. C'est ainsi que je peux m'approcher de l'oiseau.






Ainsi armé, je peux rejoindre facilement la branche.







L'oiseau se débat et nous pouvons le voir juste au-dessus du toit de la grange, au centre de la photo, un peu décentré vers la gauche.







En faisant bien attention de ne pas couper la branche alors que l'oiseau se retrouve au-dessus de l'eau, je l'attire vers moi... et l'oiseau se retrouve bientôt en sécurité tout près de moi.







 L'oiseau se débat bien évidemment, mais il le fait sans trop de force, car qui sait depuis combien de temps il se trouve dans cette position stressante et exténuante pour lui. J'essaie tant bien que mal de dégager la ficelle qui emprisonne sa patte meurtrie.







Mais mes gros doigts malhabiles d'homme ne me permettent pas de le faire. Je demande à Anne de le faire à ma place. Je tiens l'oiseau dans ma main et Anne s'exécute avec plus de doigté et de minutie. Et voilà, enfin, l'oiseau libéré de toute attache. Sa patte saigne, mais nous n'avons rien pour désinfecter sa plaie. Après avoir ouvert la main, il s'envole sans demander son reste.






Je retourne l'outil à son propriétaire, mais il n'est plus là, alors je le range avec soin dans son atelier et nous repartons.


J'ai été traumatisé tout le reste de la journée par cette expérience. Je trouve dommage que la vie des oiseaux pèsent si peu pour certaines personnes. Mais je ne jette la pierre à personne. J'ai moi-même, alors que j'étais adolescent, blessé à mort un bécasseau à l'aide d'un tire-pierre. C'est certain que j'étais peu fier de moi lorsque j'ai tenu dans ma main l'oiseau inerte. J'ai réalisé alors combien nous pouvions être stupide en posant des gestes irréfléchis. Je venais de briser une vie pour un simple moment d'égoïsme pur. Il faut que l'on soit éduqué à apprécier et à respecter les êtres qui nous entourent. Il n'y aura jamais assez d'ornithologues et d'amants de la nature pour aider à propager ce respect.


@ bientôt.





vendredi 19 juin 2015

La beauté cachée des marécages.




S'il existe un habitat sous-estimé par bien des gens et ceci, tout autour de la belle planète bleue, c'est bien celui des habitats humides. Pourquoi inspire-t-il aussi peu la sympathie de "monsieur tout le monde" ?  Serait-ce à cause de leur aspect peu invitant inspiré par une végétation plutôt monochrome ou par un sol rendu précaire parce qu'imbibé d'eau, rendant difficile de s'y aventurer sans crainte ? Serait-ce à cause des odeurs émanant de la décomposition de matières mortes, qu'elles soient d'origine végétales ou autres ?  Serait-ce à cause des sons continuels émis par les batraciens, les oiseaux ou les animaux qui peuvent s'y retrouver ? Alors que les passionnés de nature ne s'en lassent jamais, il n'y a rien de gracieux dans tout ça pour les autres.

Pour le naturaliste, l'occasion de découvrir un nouveau milieu humide est toujours excitant. Excitant parce que cet habitat recèle des secrets qui ne se dévoilent qu'à celui qui a la persévérance et la connaissance pour les repérer. Si les êtres qui y habitent sont vocaux, ils sont plutôt furtifs et ils se camouflent à merveille dans un milieu souvent impénétrable. L'observateur doit acquérir une certaine expérience de terrain  afin de connaître leur comportement et prévoir la façon dont ils vont se présenter devant lui. Et tout ceci ne s'acquiert qu'avec le temps... et la persévérance.


Je veux vous présenter aujourd'hui une espèce d'une extrême beauté. Elle ne s'observe au Québec que très sporadiquement et, lorsqu'elle le fait, nous ne la retrouvons que dans son plumage immature qui n'a rien à voir avec celui de l'adulte. Voici donc un individu immature que j'ai eu la chance de capter en image le 18 septembre 2011 au marais Carbonneau, près de Sherbrooke, Québec.






La Talève violacée / Porphyrio martinicus / Purple Gallinule est rarement observée au Québec. Une seule mention par année et il peut se passer une ou plusieurs décennies entre les observations. Il s'agit en très grande majorité d'individus immatures qui se présentent sous nos cieux à l'automne. Probablement à la suite de la dispersion qui suit la fin de la nidification. L'individu photographié a passé deux semaines à ce très beau marais.


Cette talève est reconnue dans la famille des rallidés pour sa tendance à s'égarer quelques fois très loin de son aire de distribution normale. Elle niche dans le sud est des États-Unis jusqu'en Amérique du sud et les populations les plus au nord et les plus au sud sont migratrices. Cette espèce est régulièrement rapportée sur l'île de Tristan da Cunha à quelques 3 800 km de la côte sud américaine. Elle s'est déjà égarée sur l'île Sainte-Hélène, à environ 6 400 km de l'Amérique du sud et elle fait des apparitions annuelles dans le sud ouest de  la Province du Cap, en Afrique du Sud. Des 21 cas répertoriés au Cap, la plupart se situe entre fin avril et début juillet et implique des individus immatures. Ceci suggère que les adultes sont peu portés à l'errance. Il apparaît que les individus migrant vers le nord en partance de la province de Buenos Aires, en Argentine, ou de l'Uruguay sont contraints de dévier de leurs corridors migratoires normaux par des forts vents en provenance de l'ouest qui les font traverser l'Atlantique,  pour finalement s'échouer sur les côtes de l'Afrique du sud, totalement épuisés et émaciés.  



Je dois attendre près de quatre ans avant de photographier à nouveau cette espèce alors que je me rends en Floride avec Anne au début mai 2015. Et, en 12 jours de balade entre les différents parcs et réserves, nous ne la rencontrons qu'à trois endroits soient au Lower Green Swamp Nature Preserve près de Plant City, à Merritt Island près de Titusville et au Green Cay Wetlands & Nature Center près de Boynton Beach.La plus belle rencontre se fait au dernier endroit mentionné. Et là, j'ai la chance d'avoir devant nous un adulte arborant ses plus beaux atours.



Alors que ses doigts démesurés font office de raquette lui permettant de se promener sur la végétation flottante des plans d'eau, c'est autre chose lorsque la talève grimpe sur les longues tiges pour aller bouffer les graines au bout des phragmites.



Tel un funambule, l'oiseau doit assurer son équilibre en étendant les ailes d'un côté ou de l'autre...



ou simultanément.


L'oiseau est tellement occupé à se nourrir qu'il ne se préoccupe aucunement de notre présence. Ce qui me permet une prise rapprochée de son cou et de sa tête.






Des lieux moins attrayants peuvent souvent cacher des êtres d'une grande beauté. Suffit d'ouvrir l'oeil et d'être attentif à leur présence pas toujours évidente.


Je vous souhaite de les découvrir à votre tour.


@ bientôt.