mercredi 14 décembre 2011

De ce côté ci de la Grande Barrière de Corail

En ce 21 octobre 2011, nous sommes à notre deuxième journée en sol australien, dans la belle ville de Cairns. Nous quittons notre hôtel, le Discovery Cairns, vers 07h30 pour nous diriger vers le quai. Nous embarquons sur le Sea Star I pour faire une sortie en mer à la Grande barrière de corail (Great barrier reef). Un autre vieux rêve va bientôt se réaliser.

Photo aérienne de la Grande barrière de corail. Photo
internet.
Cet endroit constitue le plus grand récif corallien du monde. Il est situé au large du Queensland. Il s'étend sur 2 600 kilomètres, de Bundaberg (au sud) à la pointe du Cap York (au nord). D'une superficie de 350 000 kilomètres carrés, il peut être vu de l'espace. À titre de comparaison, le Québec a une superficie de 1 667 441 kilomètres carrés. La superficie du récif équivaut donc à environ 21% de celle de la Belle Province. La Grande barrière de corail compte plus de 2 000 îles et près de 3 000 récifs de toutes sortes. On peut en apercevoir près des côtes, mais les plus spectaculaires se trouvent à quelque 50 kilomètres  du large. Elle est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

C'est finalement autour de 08h30 que l'embarquement se fait sur le Sea Star I. Nous ne sommes pas les seuls sur ce bateau. La plupart des autres participants sont là pour faire de la plongée en apnée ou pour profiter de la sortie en mer.

Voici le Sea Star I. Nous nous installons au deuxième pour mieux scruter les environs.
Le ciel est très couvert ce matin, mais le vent est inexistant sur le quai. La météo locale prévoit des averses légères en début de journée avec un ciel qui se dégage en fin d'avant-midi. C'est ce que nous connaissons finalement. Même si la publicité mentionne qu'il est très rare que des participants à ce tour soit malade, je crains un peu la houle qui s'amplifie, le vent aidant, à mesure que nous nous éloignons de la rive. Vous connaissez maintenant mon affection pour les balades au large. Après un certain temps, je dois me résoudre à descendre au premier étage où ça tangue pas mal moins. Je rejoins à cet endroit quelques touristes asiatiques qui sont drôlement plus mal en point que moi. Finalement, mes malaises disparaissent et je peux même me permettre de remonter au niveau supérieur avant que nous atteignons notre premier arrêt soit Michaelmas Cay.



Michaelmas Cay est un îlot frangé d'une plage constituée de sable blanc très fin. Photo internet.

Le voyage à Michaelmas Cay prend environ une heure et demie et lorsque nous y arrivons, nous découvrons une petite île sablonneuse envahie par une horde d'oiseaux de mer. Ce site est un sanctuaire protégé pour les 20 000 oiseaux de mer migrateurs, et l'un des plus importants sites de nidification dans l'hémisphère Sud. L'extérieur du récif est entouré d'un jardin de vie marine exotique à couper le souffle, de magnifiques coraux et des palourdes géantes. Il existe plus de variétés de poissons là-bas que dans tout l'océan Atlantique. C'est également un endroit privilégié pour espérer rencontrer la Tortue verte / Green sea Turtle (Chelonia mydas). Les espèces nicheuses les plus abondantes sont les Sterne fuligineuse / Sooty Tern, Noddi brun / Brown Noddy et Fou brun / Brown Booby. Nous cherchons (et trouvons) alors à travers les milliers d'oiseaux des espèces intéressantes comme les Sterne voyageuse / Lesser Crested Tern, Sterne huppée / Great Crested Tern, Sterne bridée / Bridled Tern, Sterne diamant / Black-naped Tern, Sterne rosée / Dougall's Tern, Noddi noir / Black Noddy, Fou à pattes rouges / Red-footed Booby, Frégate du Pacifique / Great Frigatebird et Frégate ariel / Lesser Frigatebird.

Ce site offre des occasions uniques pour prendre des photos de très près d'espèces rencontrées habituellement en mer.
À la fin d'octobre, les espèces nicheuses sont à nourrir les jeunes et elles se préoccupent peu de notre présence.


Cette Sterne bridée / Bridled Tern est le seul individu de son espèce observé durant notre court séjour. 

La Sterne huppée / Great Crested Tern est commune à Michaelmas Cay.

La Sterne diamant / Black-naped Tern est une autre espèce très recherchée dans cette région.

La Sterne voyageuse / Lesser Crested Tern est moins commune que la Sterne huppée.

Les Noddi brun et Sterne fuligineuse sont les deux espèces formant la presque totalité des 20 000 individus qui viennent nicher sur Michaelmas Cay.
Le Noddi brun / Brown Noddy est le plus commun et le plus gros des deux espèces de noddi. Nous n'observons finalement qu'un seul Noddi noir / Black Noddy et je ne peux le photographier parce que perché trop loin sur une bouée. Il est alors accompagné de Noddis bruns, ce qui facilite la comparaison du plumage, du bec et de la grosseur. 

Fou brun / Brown Booby

Sterne fuligineuse / Sooty Tern

Frégate du Pacifique / Great Frigatebird
Nous passons quelques heures ici. Quelques personnes peuvent en profiter pour faire de l'apnée, mais l'ensemble de notre groupe de Québécois ne le fait pas, car nous avons une occasion de le faire un peu plus tard. En deux groupes différents, nous faisons plutôt le tour de l'île à tour de rôle. Ceci nous donne l'occasion d'observer une belle grosse Tortue verte qui vient nager près de l'embarcation. De l'autre côté de l'île, nous pouvons observer une Sterne pierregarin / Common Tern et une Sterne naine / Little Tern posées côte à côte.

C'est en zodiac que nous faisons le tour de l'île en 2 groupes différents.
Après la balade en zodiac, nous regagnons le Sea Star I pour le dîner à bord du bateau. Nous nous dirigeons ensuite vers un récif (le Hastings Reef) où la plongée en apnée et/ou un bateau avec un fond vitré nous permettent de découvrir toute une variété de poissons très colorés. Pour les personnes non intéressées à se livrer à ces activités aquatiques, il reste encore à tenter de voir le Fou masqué / Masked Booby qui survole souvent la région. Quelques participants font de l'apnée, d'autres embarquent sur le bateau avec un fond vitré et personne ne voit finalement le Fou masqué / Masked Booby .

Il est 15h00 lorsque le bateau entreprend le retour et il s'accoste au quai vers 17h00. Dès notre retour à Cairns, nous reprenons nos bagages laissés en consignation à l'hôtel Discovery Cairns et nous nous dirigeons vers Kuranda pour la nuit.

jeudi 8 décembre 2011

Aux antipodes et parmi les puffins.




Nous nous trouvons présentement à quelques milliers de kilomètres à l'est de la région la plus aux antipodes avec le Québec. Malgré ce qui nous a été raconté moultes fois depuis notre tendre enfance, non, ce n'est pas en Chine que nous aboutirions si nous creusions un trou en droite ligne, directement sous nos pieds, et qui traverserait le globe de part en part. Non, ce serait plutôt en Australie, plus précisément à l'extrémité ouest de cette immense île continent.








L'action se déroule en fait en Tasmanie, une île située à 300 kilomètres au large de Melbourne et qui appartient à l'Australie. L'État de Tasmanie comprend l'île de Tasmanie et mille autres petites îles. L'île s'étend sur 364 kilomètres du nord au sud et 306 kilomètres d'ouest en est. Plus du tiers du territoire de la Tasmanie est classé en réserves naturelles, parcs nationaux et sites du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Aujourd'hui, le 6 novembre 2011, nous nous trouvons près de Port Arthur, situé au sud est de l'île, à une heure trente de route de Hobart, pour une balade en mer. Nous sommes une dizaine de québécois bien motivés qui partons pour vivre une expérience unique, dans un endroit qui l'est tout autant. Cependant, cette sortie ne s'adresse pas seulement aux ornithologues et notre groupe constitue environ le tiers du nombre de passagers. L'activité proposée n'est pas très longue, environ trois heures, et il n'est pas prévu de nous rendre bien loin au large. Alors qu'habituellement nous devons nous éloigner d'une trentaine de kilomètres des côtes, ici, c'est différent puisque la limite du plateau continental se trouve à quelques kilomètres seulement de la rive. On sait que c'est à cet endroit que se concentre le plancton, donc les poissons qui s'en nourrissent et les oiseaux qui se nourrissent des deux. Le fait de partager le bateau avec des non ornithologues refroidit un peu nos espoirs de "courir" après les oiseaux, mais nous nous fions à nos guides, Sam et Susan,  qui nous disent que le capitaine s'organise habituellement pour approcher l'embarcation des oiseaux marins quand nous en apercevons.





Il est 13h00 et nous arrivons en avance à notre rendez-vous. Nous attrapons quelque chose à manger au petit restaurant dépanneur à côté, puis nous nous régalons tout en attendant que les participants à la sortie en mer précédente reviennent avant de commencer la nôtre. Avec quelques minutes de retard, un gros autobus arrive, les touristes en débarquent et nous prenons leur place. Une balade de cinq minutes nous amène au quai où nous embarquons tous. Le bateau est confortable, la vision est bonne peu importe où nous sommes assis et les paysages sont spectaculaires.




Nous commençons l'excursion en longeant les côtes. D'immenses falaises rocheuses nous dévoilent des formations géologiques uniques alors qu'elles sont constituées de strates superposées tantôt à l'horizontale et tantôt à la verticale. Il est facile d'imaginer la pression énorme qu'a dû subir la croûte terrestre pour en arriver à ce résultat. Les rochers ont des teintes beiges ocrées alors que l'eau est bleue turquoise foncée. Même un daltonien comme moi y trouve son compte.




Nous nous approchons ensuite de deux colonies d'otaries qui folâtrent sur les rochers:

l'Otarie à fourrure d'Afrique du sud (sous-espèce d'Australie) / Australian Fur Seal / Arctocephalus pusillus doriferus




l'Otarie à fourrure de Nouvelle-Zélande / New Zealand Fur Seal / Arctocephalus forsteri





Des Baleines à bosse / Humpback Whales / Megaptera novaeangliae, en provenance d'Afrique du Sud (selon le guide naturaliste du bateau), exécutent quelques pirouettes spectaculaires hors de l'eau. Au même moment, un premier Albatros à cape blanche / White-capped Albatross vient vers nous. Je suis le premier à le repérer et je me mets à crier pour que tous mes compagnons se préparent à l'observer. Il se dirige vers nous et il passe sur ma droite. Malgré le tangage du bateau, je réussis à en faire une photo





J'ai la chance de me reprendre avec deux autres albatros et on voit très bien les vagues d'environ un mètre qui compliquent énormément les prises de vue











Un très gros groupe de puffins est repéré au loin et nous nous en approchons. Ils sont là par milliers. Surtout des Puffins à bec grêle / Short-tailed Shearwaters /  Puffinus tenuirostris, mais nous pouvons également identifier quelques Puffins fuligineux / Sooty Shearwaters / Puffinus griseus. Les deux espèces se ressemblent énormément et, hormis la pâleur du dessous de l'aile du fuligineux, le critère d'identification se situe au niveau de la grosseur du bec. Pas évident avec ces grosses vagues et le tangage du bateau. Le capitaine du bateau manoeuvre tellement bien son embarcation que nous nous retrouvons bientôt littéralement parmi les puffins. C'est un moment impressionnant et inoubliable. Du jamais vécu encore par aucun des participants, incluant même notre guide de Tropical Birding,  Sam Woods.


Sous des mauvaises conditions de lumière, les puffins paraissent noirs alors qu'ils sont d'un brun doré lorsque les conditions de lumière sont idéales. Ceci dû à une qualité réfléchissante particulière au plumage de la plupart des procellariidés. Sur la photo qui suit, il est possible de reconnaître un Puffin fuligineux aux grandes plages blanches sous les ailes. Il s'agit d'un oiseau à gauche de l'image.





Grâce à des manoeuvres très habiles, le capitaine réussit à placer son bateau dans la ligne de vol des puffins. Nous sommes bientôt entourés de centaines d'oiseaux qui se posent sur l'eau, prennent quelques secondes de repos et ...





décollent en courant sur l'eau et en battant des ailes.





Sur cette dernière photo, nous pouvons voir un comportement des puffins que je ne connaissais pas. En plein milieu de l'image, nous voyons un oiseau qui semble tout simplement "trébucher" et tomber la tête première dans l'eau. En fait, c'est très volontaire et la plupart des oiseaux le faisait. Les oiseaux ne battent pour ainsi dire jamais des ailes, excepté lors du décollage, et ils volent regroupés souvent à quelques centimètres seulement au-dessus de l'eau. J'ai remarqué qu'ils se déplacent souvent perpendiculairement à la vague. Ils peuvent facilement attaquer cette vague en plongeant tête première et ils utilisent leurs ailes lorsque dans l'eau pour se propulser (à la manière des guillemots) afin d'attraper leurs proies. Après quelques secondes, ils se pointent hors de l'eau et ils reprennent leur course folle. Tout se fait si vite que c'en est presque étourdissant.





Cette photo démontre bien aussi les caractères distinctifs de ce puffin qui sont le bec court et mince (Puffin à bec grêle) et la queue tellement courte qu'elle permet un bon dépassement des pattes (Short-tailed Shearwater).


Cette sortie en mer constitue notre dernière excursion en Australie. Nous ne pouvions rêver mieux pour terminer sur une bonne note un si beau voyage.


@ bientôt,