mardi 1 mars 2016

Voyage voyage (partie 1)




"N'ayez jamais peur de la vie, n'ayez jamais peur de l'aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d'autres espaces, d'autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît."(Henry de Monfreid)


Il y a différentes façons de voyager et les voyages ne revêtent pas la même forme selon notre âge et selon notre expérience de la vie. Si je partage ce récit aujourd'hui c'est juste pour montrer que tout est possible à l'homme qui croit en lui et en la vie.


Je découvre la beauté des oiseaux à l'âge de 12 ans, alors que je suis en 8ième année (en secondaire 2 pour les Québécois). Étant le 14ième enfant d'une famille en comptant 16, il est facile de comprendre que la situation immédiate ne me prédispose pas à pouvoir un jour seulement espérer voyager autour de la planète. La maison paternelle se situe en campagne, dans un petit village où vivent encore des agriculteurs. La cour arrière jouxte un champ où pacagent des bovins. En fait, ce ne sont que des champs agricoles qui nous séparent d'une forêt située à un peu moins d'un kilomètre. Je me revois appuyé à la fenêtre de ma chambre, située au deuxième étage et qui donne sur les champs, écoutant au printemps le chant envoûtant d'un Merle d'Amérique / Turdus migratorius migratorius / American Robin.



Le chant du Merle d'Amérique est l'un des plus enchanteurs à entendre dès les premiers jours printaniers au Québec. Photo réalisée le 26 janvier 2012 à Sillery, ville de Québec, Québec.


C'est me laissant bercer par ses ritournelles que mes rêves de voyage naissent. Ils me portent au-delà de cette forêt que je peux voir à l'horizon, toujours à partir de cette même fenêtre, et qui représente le plus loin où je pourrai un jour espérer m'aventurer. Du moins, c'est ce que je crois à cette époque de ma vie. Mon regard est captivé par les oiseaux qui passent en vol au-dessus de la maison. Quelques uns, non pas tous, se dirigent vers ces limites visuelles. Ils les atteignent, les dépassent et disparaissent au-delà de l'horizon. Je rêve au jour où je transgresserai moi-même ces limites pour découvrir ce qui se cache derrière.



Quelques années plus tard,  je me rends seul en raquettes dans cette forêt par une très froide matinée de janvier. Enfin, me voilà arrivé au bout de MON monde. J'observe alors pour la première fois de ma vie un oiseau bleu d'une grande beauté. Un magnifique Geai bleu / Cyanocitta cristata bromia / Blue Jay se fait d'abord entendre puis arrive en vol pour finalement se percher dans un arbre dépourvu de feuilles. Combien de fois je l'avais regardé ce bel oiseau dans mon premier guide d'identification des oiseaux tout en me disant que je ne le verrais peut-être jamais ? Dans les années 1960, l'alimentation des oiseaux dans les arrière-cours n'est pas encore répandue de sorte que les geais ne s'approchent pas des maisons comme ils le font aujourd'hui. En le voyant apparaître devant moi, en pleine forêt, je comprends à ce moment que partir à l'aventure peut comporter son lot de belles surprises.






Heureusement le village où je grandis est situé tout près du grand fleuve Saint-Laurent. La région est agricole et les milieux ouverts sont circonscrits par des forêts plus ou moins vastes. La monoculture extensive n'est pas encore à la mode et les différents habitats apportent leur lot de bio-diversité. Il y a de quoi s'amuser amplement pour un passionné de nature en herbe. Comme mes parents ne possèdent pas d'automobile, mes premiers "voyages d'exploration" se font à pied, à bicyclette ou en raquettes.


Mon intérêt pour les oiseaux s'éveille donc à l'aube de l'adolescence alors qu'un jeune professeur de sciences naturelles des plus enthousiastes, Gabriel Allaire, présente à tous les élèves de la classe des petites cartes "Red Rose" sur lesquelles sont représentés les oiseaux chanteurs du Québec. Sa passion pour la nature est contagieuse et il n'en suffira pas plus pour qu'une grande amitié naisse entre nous. Une amitié qui perdure encore aujourd'hui en 2016, après 53 ans. C'est à lui que je dois mes premières excursions en dehors des limites imposées par ma situation d'alors. Grâce à ces sorties, je découvre des espèces inconnues pour moi et moins communes comme la Tourterelle triste !!!!  Et oui, elle commençait seulement à envahir le Québec au milieu des années '60. Aujourd'hui, elle est très abondante. Et voici une photo de cette espèce prise au poste d'alimentation de Gabriel le 2 février 2016, à Cap Rouge, Québec.






Si mon père biologique m'a donné la vie, Gabriel, mon père ornithologique, a donné un sens à ma vie. Et, pour éviter toute ambiguïté, je me sens aussi redevable à l'un comme à l'autre. Chef de département de biologie d'une polyvalente, Gabriel me permet d'obtenir un poste d'appariteur. Et c'est à partir de là que mon âme de voyageur s'éveille. Avec l'aide d'un autre ami professeur, Denis Lacroix, le Club des Ornithologues de Pamphile Lemay et les Jeunes Naturalistes du Comté de Lotbinière voient le jour. Alos que le COPL est actif durant la période scolaire, le JNCL l'est durant l'été.



27 dessins ont été présentés au CA du JNCL pour le choix d'un sigle et c'est Denis Rousseau qui a gagné le concours.


Dans le cadre de Perspectives Jeunesse, un programme gouvernemental permettant de créer de l'emploi aux étudiants durant l'été, Denis Lacroix, au nom du JNCL, fait l'acquisition d'un vieil autobus scolaire que les membres du club transforment pour qu'il puisse servir de local à des fins pédagogiques. L'idée première est de monter une bibliothèque de sciences naturelles ambulante ainsi qu'un petit laboratoire où seront mis en démonstration des microscopes, des binoculaires, des jumelles, des télescopes et autres instruments afin de les rendre disponibles aux élèves des petits villages d'alentour qui n'offrent pas ces infrastructures au niveau municipal. L'idée est merveilleuse et notre enthousiasme est sans limite.



Labo mobile du JNCL à la fin  des années 1970. Photo Denis Lacroix, Sainte-Croix-de-Lotbinière, Québec.



Nous montons une bibliothèque intéressante à partir des contributions personnelles des membres du club. Malheureusement, l'autobus-labo est vandalisé et nous nous retrouvons gros Jean comme devant i.e. avec l'obligation de tout recommencer. Ayant moi-même fourni des livres auxquels je tenais, je dois accuser la perte et je ne peux même pas penser à les remplacer. C'est alors que Denis suggère une idée un peu folle. Pourquoi ne pas récompenser les élèves qui s'impliquent vraiment durant la période scolaire en leur offrant l'occasion de voyager durant la saison estivale ?  Ouais, encore une idée intéressante, mais que faire si les parents des jeunes n'ont pas les moyens financiers pour couvrir les dépenses inhérentes à ce projet ?  "Pas de problème" de répondre Denis, "nous organiserons des activités de levée de fonds". Un berce-ton et des collectes de papiers journaux plus tard, nous offrons aux jeunes méritants des occasions exceptionnelles de voyager. Grâce aux contacts de Denis, nous pouvons aussi compter sur l'aide financière des Caisses Populaires et des Clubs Optimistes des villages aux alentours. Les voyages forment la jeunesse, paraît-il ? Il n'y a pas meilleure façon, ajouterai-je !   


C'est ainsi que je vis mes premiers voyages mémorables "à l'étranger": Pointe Pelée en Ontario, Jamaica Bay à New York, l'île du Cap Breton, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et des coins du Québec comme la Gaspésie (5 fois avec le club) et la côte nord. Nous faisons également des sorties à Baie-du-Febvre, à la Commune de Berthier, au Cap Tourmente...


"Les grands voyages ont ceci de merveilleux que leur enchantement commence avant le départ même. On ouvre les atlas, on rêve sur les cartes. On répète les noms magnifiques des villes inconnues..."(Joseph Kessel)
 

Grâce à l'enthousiasme de Denis Lacroix, cette belle aventure dure près d'une dizaine d'années. De mon côté, je décide de retourner aux études au niveau collégial et je dois prendre pension durant toute la semaine. Mon implication en souffre. Et une réforme du programme scolaire fait que les professeurs ne peuvent plus s'impliquer en dehors de leur horaire régulier de cours auprès des passionnés des sciences. Les laboratoires ne sont plus accessibles en dehors des cours réguliers et les coupures de budget administratives occasionnent la fin des activités du midi. Tout cela provoque un manque d'intérêt auprès des jeunes. Et c'est le début de la fin pour le JNCL. Je ne remercierai jamais assez Denis Lacroix pour tout ce qu'il a fait auprès des jeunes. Toujours disponible, toujours souriant, toujours spirituel et, surtout, éternellement optimiste devant le boulot ou les murs à abattre. Les hommes de sa trempe sont rares.


@ bientôt pour la suite des voyages vers l'international.


"Le voyage pour moi, ce n'est pas arriver, c'est partir. C'est l'imprévu de la prochaine escale, c'est le désir jamais comblé de connaître sans cesse autre chose, c'est demain, éternellement demain." (Roland Dorgelès)





3 commentaires:

Suzanne Labbé a dit…

Quel magnifique billet ce matin Laval. Merci du partage.

lejardindelucie a dit…

La naissance d'une vocation nait souvent d'une rencontre! Il est ainsi des personnes qui savent développer l'intérêt des jeunes ou des enfants.
Ce fut le cas pour moi à 7 ans avec la rencontre d'une institutrice . J'ai su ainsi très jeune que je voulais enseigner!
Quant à mes premiers voyages ils se sont fait à charrette tirée par un cheval à l'autre bout de la commune dans des champs bordés de forêts où l'on rencontrait parfois des sangliers et de beaux papillons!
Mais il faudra attendre longtemps pour que je puisse aller voir les endroits dont je rêvais en suivant mes cours de géographie!
Merci pour cet intéressant partage.

Anonyme a dit…

Bonjour Laval, comme tu en as fait du chemin...toujours aussi mordu.... WOW!! Et bien moi, c'est toi qui fait partie de mes souvenirs de mes premières sorties d'oiseaux vers l'âge de mes 20 ans. Que de plaisir j'ai eu en ta compagnie.... tu as su me transmettre ta passion, ta curiosité, ta patience, ton intérêt à partager tout ce que tu connais. Merci d'avoir été sur ma route des oiseaux... aujourd'hui,quelques dizaines d'année plus tard, je suis toujours aussi passionnée et te lire continu à alimenter ma passion!!! Merci Laval !!!! Carole Bergeron (St-Apo),amoureuse des oiseaux