vendredi 29 novembre 2013

De ma fenêtre.



Lorsque nous demeurons en ville, nous avons tendance à croire qu'il faut sortir de chez soi et parcourir plusieurs kilomètres afin de nous retrouver dans un milieu plus propice pour pouvoir observer une bonne variété d'oiseaux. Mais ce n'est pas tout à fait le cas. Pour peu que notre cour soit entourée d'arbres, d'arbustes ou de haies arbustives, et que nous ayons mis des graines dans des mangeoires à l'usage des oiseaux, nous pouvons espérer observer de quelques à plusieurs espèces selon la saison. Même si nos visiteurs réguliers ou occasionnels ne nichent pas directement dans notre cour, celle-ci peut leur servir de point d'arrêt pour s'abreuver, se nourrir, se reposer ou s'abriter. Grâce à leur capacité de vol, les oiseaux se déplacent plus rapidement et sur de plus longues distances que nous et nous pouvons les observer bien souvent dans des lieux où on ne les attendrait normalement pas. Et c'est d'autant plus vrai en période migratoire alors que des espèces nichant plus au nord, à l'est ou à l'ouest peuvent visiter nos cours lors des migrations printanière et automnale.

Anne et moi vivons ensemble depuis 2005 et notre maison se situe dans la ville de Québec, dans l'arrondissement de Sillery. Nous avons la chance d'habiter un quartier où il y a des arbres assez vieux. C'est calme et il y a des oiseaux. Nous avons installé un bain d'oiseau sur pied et trois mangeoires remplies uniquement de graines de tournesol noires. L'hiver, il nous arrive d'ajouter du gras (suif) dans une petite cage faite expressément pour ça ou de badigeonner une bûchette de bois avec du beurre d'arachide et nous la suspendons pour les pics, geais, mésanges et sittelles. Et c'est à partir de l'intérieur de la maison que je prends la majorité de mes photos. Il est bien évident que la distance et l'intensité de la lumière peuvent devenir des points négatifs en m'empêchant d'obtenir le maximum d'efficacité, mais c'est toujours un plaisir que de voler des instants de vie à toutes ces créatures que nous aimons voir s'activer si près de nous.

J'ai pensé vouer ce billet à ces oiseaux et ces animaux qui animent ma cour. Toutes les photos ont été prises à partir de l'intérieur de la maison.

Je commence par un oiseau de ville qui ne passe jamais inaperçu avec sa voix rauque. C'est un omnivore qui bouffe à peu près tout ce qui tombe sous son bec.

J'ai été très surpris, lors de mon arrivée en ville en 2005, de constater que la Corneille d'Amérique / Corvus brachyrhynchos brachyrhynchos / American Crow était si abondante en milieu citadin. Elle niche depuis quelques années dans des grandes épinettes sur le terrain de mes voisins et elle vient boire dans le bain d'oiseaux sur pied dans ma cour. Elle mange également les graines de tournesol noir tombées au sol. Photo prise à partir de la fenêtre de la cuisine.
À la campagne, l'espèce suivante est beaucoup plus commune, car elle se tient dans les bâtiments de ferme, autour des animaux. En ville, sa population a périclité lorsque l'usage des chevaux dans les rues a disparu.
Le Moineau domestique  / Passer domesticus domesticus / House Sparrow est très localisé en ville. J'en accueille à l'occasion dans ma cour, mais il est loin d'être régulier. Par contre, lorsqu'on en trouve, il se tient souvent en petits groupes pouvant compter une vingtaine d'individus. Il s'abrite alors dans des haies de cèdres ou des grands conifères afin de contrer les intempéries et les prédateurs comme les faucons, éperviers, pie-grièches et chats. Photo prise à partir de la fenêtre de la chambre à coucher.

La Tourterelle triste / Zenaida macroura carolinensis / Mourning Dove n'est pas très régulière non plus. Elle a de plus en plus envahi le Québec à partir de 1970 en provenance des USA. À l'instar d'autres espèces comme le Cardinal rouge, la tourterelle a su tirer profit de la mode toujours grandissante des mangeoires d'oiseaux pour agrandir son aire de distribution vers le nord. C'est toujours un plaisir de la voir atterrir dans mon gazon à la recherche des graines tombées par terre. Et la joie est encore plus amplifiée lorsqu'elle nous gratifie de son roucoulement doux et mélancolique qui lui a valu son nom. Photo prise à partir de la fenêtre de la chambre à coucher.


Le Roselin familier / Carpodacus mexicanus frontalis / House Finch a connu une expansion plus au nord quelques décennies après la tourterelle, mais pour la même raison. Je me souviens qu'Yves Aubry, au Service Canadien de la Faune, m'avais annoncé autour des années 1990 que le premier nid de ce roselin venait d'être confirmé à Québec. C'était toute une fête lorsqu'un individu était observé à ce moment-là. Maintenant, c'est un oiseau commun en ville et il visite quotidiennement nos mangeoires. Photo prise à partir de la fenêtre de la chambre à coucher.

Année après année, le Bruant chanteur / Melospiza melodia melodia / Song Sparrow nous fait l'honneur de venir égayer notre cour par sa présence et surtout par son chant mélodieux. Granivore, il vient se nourrir au sol des graines de tournesol et du maïs concassé que je mets à la disposition des bruants. Photo prise à partir de la fenêtre du salon.

J'ai toujours adoré cet oiseau. Le Junco ardoisé / Junco hyemalis hyemalis / Dark-eyed Junco passe dans notre cour lors des migrations annuelles. Il reste une dizaine de jours, autant au printemps qu'à l'automne. Son trille doux retentit tôt le matin et les interactions entre les individus de cette espèce sont nombreuses. C'est un oiseau actif et énergique qui ne passe jamais inaperçu. Photo prise à partir de la fenêtre de la chambre à coucher.

Et voici notre "petit Frédéric", le Bruant à gorge blanche / Zonotrichia albicollis / White-throated Sparrow. Qu'il est beau avec ses belles rayures noires et blanches sur la tête et cette tache jaune entre l'oeil et le bec. Dès l'instant de son arrivée dans la cour, il trahit sa présence avec son cri de contact court et aigu. Il s'agit alors de fouiller attentivement les lieux pour le surprendre au sol, en train de gratter les feuilles mortes à la recherche de nourriture. Photo prise à partir de la fenêtre de la chambre à coucher.

En voici un qui passe plutôt furtivement dans plusieurs cours sans se faire repérer. Le Bruant fauve / Passerella iliaca iliaca / Fox Sparrow est très timide et il ne se montre en milieu ouvert qu'avec circonspection. Nous avons eu la chance d'en avoir deux dans notre cour lors de la migration automnale. Nous le voyons habituellement lors des deux migrations, mais il ne demeure pas longtemps. Photo prise à partir de la fenêtre de la chambre à coucher.

Voici probablement l'espèce la plus convoitée par toutes les cours du Québec. Le Cardinal rouge / Cardinalis cardinalis cardinalis / Northern Cardinal. Cet oiseau apporte beaucoup de couleur et d'animation dans une cour. Super timide, on ne le voit souvent qu'à l'aube et qu'au crépuscule. Cependant, dès qu'il niche dans le secteur, on a la chance d'entendre ses sifflements caractéristiques à toute heure du jour. Il annonce toujours son arrivée par un "tchic" métallique. C'est d'ailleurs grâce à ce son que nous pouvons estimer plus facilement le nombre de cardinaux dans notre entourage. Une petite marche dans les environs permet d'avoir une bonne idée de sa présence. Nous avons la chance d'avoir au moins deux couples tout près de chez nous. Photo prise à partir de la fenêtre de la cuisine.

La Mésange à tête noire / Poecile atricapillus atricapillus / Black-capped Chickadee est sans doute l'espèce la plus répandue en ville. Elle est commune et toute cour offrant des graines est assurée d'en attirer. Il est très difficile de connaître le nombre exact de mésanges visitant notre cour. On dirait que ce sont toujours les mêmes, mais c'est trompeur. J'ai lu qu'un ornithologue amateur croyait d'abord avoir cinq ou six individus à ses mangeoires avant qu'il ne commence à les baguer. Il en a finalement bagué plus d'une trentaine. L'an dernier, nous avions une mésange avec toutes les plumes de la queue blanche. Il était alors facile de la différencier des autres. Cette année, voici une autre mésange avec un plumage anormal. Les plumes de sa queue sont blanches. Les primaires et les secondaires sont blanches, ainsi qu'une partie des grandes couvertures alaires. Elle a le corps plutôt beige et sa calotte est brune au lieu d'être noire. Je dois avouer que ça lui donne un air exotique plutôt intéressant. Elle vient irrégulièrement et j'ai été très chanceux de pouvoir prendre cette photo à partir de la fenêtre de la cuisine. Heureusement, il faisait soleil ce jour-là.

Aucune paruline ne visite notre cour en dehors des périodes migratoires. Nous en observons plus au printemps alors qu'elles sont en plumage nuptial. C'est par une journée froide et pluvieuse, le 22 mai dernier, que cette belle Paruline tigrée / Setophaga tigrina / Cape May Warbler est venue fouiller sous les feuilles d'un érable à quelques mètres seulement de la fenêtre de notre salon. J'ai été chanceux de pouvoir réaliser ce cliché. 

Notre liste de cour contient maintenant 105 espèces différentes d'oiseaux et je ne peux tous vous les présenter dans cet article. Cependant, avant de terminer, voici deux chapardeurs professionnels qui ne cessent de vider les mangeoires de NOS oiseaux. Je les ai pris en flagrant délit cet après-midi même.

Le premier est petit, roux, agressif et d'une vitesse désarmante. Il garde jalousement sa provision de nourriture et il chasse tout autre sciuridé qui songerait seulement à s'approcher. Heureusement, il passe de longues minutes loin de la mangeoire alors qu'il chasse les intrus et les oiseaux ont amplement le temps d'en profiter pour se nourrir.

Et voilà mon ami l'Ecureuil roux nord-américain / Tamiasciurus hudsonicus / North American Red Squirrel en train de se nourrir à une mangeoire dite "anti écureuils". Il ne semble pas savoir qu'il ne peut s'y nourrir. Photo prise à partir de la fenêtre de la cuisine.
   

Et voilà son gros cousin l'Écureuil gris / Sciurus carolinensis / Eastern Gray Squirrel qui ne ménage pas les efforts, lui non plus, pour vider une mangeoire dans un temps record. Photo prise à partir de la fenêtre de la cuisine.

Rien ne les arrête quand vient le temps d'aller chercher la nourriture. Nous voyons son tour d'oeil dans l'ouverture du haut de la mangeoire.

Mais l'oiseau le plus bizarre à être venu à cette mangeoire est celui-ci.




Selon la littérature consultée, il s'agirait d'une sous-espèce du Chardonneret jaune qui aurait un long coup de girafe: le Chardonneret jaune à cou de girafe / Giraffe-necked American Goldfinch. Je  ne l'ai jamais vu arriver à la mangeoire et je ne l'ai pas vu repartir non plus. Avouez que c'est intriguant. Je me demande bien quelle allure il peut avoir en vol ? Gardez l'oeil ouvert, on ne sait jamais.


À bientôt !






mercredi 13 novembre 2013

L'autre zoo.



Après six semaines passées en forêt boréale, du nord du réservoir Gouin jusqu'à Chapais à l'est et jusqu'à Waswanipi à l'ouest, quoi de mieux pour Xavier Francoeur et pour moi même que de nous changer les idées en allant visiter un zoo qui se consacre à la nature boréale. Question de voir de plus près ce que nous avons observé lors de nos recherches ou de voir ce que nous avons manqué. C'est donc le 6 juillet 2013 que nous décidons de passer une journée de relâche au Zoo de Saint-Félicien situé au nord ouest du Lac-Saint-Jean.

Je passe au moins une fois annuellement devant cet endroit et je me promettais depuis longtemps de m'y arrêter.

Xavier et moi avons été ravis de cette visite. Nous avons aimé l'approche adoptée par ce zoo d'un autre genre. Le concept de zoo ne rencontre pas l'approbation de tous. Et il me laisse moi-même quelque peu perplexe. Bien sûr, tous les animaux devraient être libres de vivre leur vie animale et on a trop souvent en tête ces cages exiguës où l'animal peut à peine bouger, où il a été totalement coupé de son habitat naturel. Je dois avouer ne pas avoir visité plusieurs jardins zoologiques. J'ai visité le défunt Jardin Zoologique de Québec à quelques reprises seulement et je suis bien content qu'il soit fermé. Les infrastructures étaient vieilles et mal adaptées pour assurer un environnement idéal pour les animaux en général. J'ai encore en tête l'image de ce pauvre Ours polaire qui répétait le même vas-et-vient pendant des heures.

J'ai visité également le Jardin Zoologique de San Diego, situé dans le Balboa Park en Californie et j'avais été beaucoup plus impressionné. Les enclos étaient plus grands, plus aménagés et, surtout, plus adaptés à l'animal qu'ils encadraient. Avec ses 4 000 animaux (800 espèces) hébergées dans un espace boisé de 40 hectares, c'est l'un des plus importants zoos du monde. C'est l'un des leaders en matière de bien-être animal et de protection des espèces menacées. L'une des priorités est la mise en place d'infrastructures les plus naturelles possibles tant pour les animaux que les visiteurs. On y trouve notamment des tigres, des pandas, des ours et des gorilles, une importante collection d'oiseaux et de reptiles, ainsi qu'un arboretum contenant des essences rares. Le zoo a sa propre plantation de bambous pour nourrir les pandas et d'eucalyptus pour les koalas.


Mais voilà que notre visite à Saint-Félicien nous a fait écarquiller les yeux.


Le Cygne trompette / Cygnus buccinator / Trumpeter Swan est le plus pesant des oiseaux natifs d'Amérique du Nord et il est, en moyenne, l'espèce de sauvagine la plus grande sur terre. C'est la contrepartie nord américaine du Cygne chanteur / Cygnus cygnus / Whooper Swan et ils ont même déjà été considérés par certaines autorités comme étant la même espèce.


Cette belle espèce fait d'ailleurs courir bien des ornithologues de partout au Québec alors qu'un individu se retrouve présentement parmi des milliers de Bernaches du Canada à Saint-Jean-sur-Richelieu.


Le Zoo sauvage de Saint-Félicien, un vaste complexe animalier de 485 hectares, offre à ses visiteurs un contact privilégié avec  plus de 1 000 animaux, dont 75 espèces indigènes et exotiques, comme les Macaques japonais, les Tigres de l’Amour et les Chameaux de Bactriane. Le Parc des sentiers de la nature, sillonné par un train, balade les visiteurs sur un parcours de sept kilomètres où cohabitent les grands mammifères nord-américains en liberté dans le parc. Et même si le train n'arrête pas, il est quand même possible d'observer les animaux en liberté et nous pouvons même espérer prendre des photos tout en essayant d'éviter les têtes des autres touristes bien installés dans le véhicule tout comme nous.


Le gros mammifère qui m'a le plus impressionné est le Bison d'Amérique / Bison bison bison / American Bison. Il est en fait le plus gros mammifère terrestre des trois Amériques.





Le parc abrite plusieurs dizaines de ces bovidés et nous pouvons en observer de différents âges dont des jeunes de l'année ou leurs aînés d'un an ou deux.



Les pauvres bêtes n'arrivent pas à se débarrasser tout à fait des mouches qui les harcèlent constamment.


Dans la même grande prairie où se retrouvent les énormes bisons, nous pouvons observer des petits mammifères terrestres qui sont inféodés au même type d'habitat. On se croirait dans les prairies de l'ouest canadien.


Le Chien de prairie à queue noire / Cynomys ludovicianus / Black-tailed Prairie Dog est un rongeur qui se nourrit d'insectes et de plantes herbacées. C'est un animal grégaire, en d'autres termes, il vit en groupe, et ne semble véritablement s'épanouir qu'au contact de ses congénères.  Ils creusent de vastes galeries souterraines organisées. L'entrée est munie d'un petit dôme afin de permettre une meilleure visibilité, ces chiens de prairie étant d'excellents sentinelles prêtes à déclencher l'alerte au moindre danger.


Un autre bovidé emblématique de la boréalie, le Boeuf musqué / Ovibos moschatus / Muskox se retrouve beaucoup plus au nord où il se nourrit de plantes herbacées, de mousses, de lichens, de feuilles et de ramilles. Son nom provient de la forte odeur que le mâle émet lors de la période d'accouplement. Nous l'observons en petits groupes à Saint-Félicien.




Le Bœuf musqué est un animal massif protégé par une longue toison très isolante. Sa laine, appelée qiviut, est plus fine que le cachemire. Il est appelé omingmak par les Inuits, ce qui signifie « l’animal dont la fourrure est comme une barbe ».



Un peu plus loin voilà que ce sont les ursidés qui sont en vedette. Nous repérons d'abord un Ours grizzli / Ursus arctos horribilis / Grizzly Bear qui déambule nonchalamment à moins de 100 mètres du train. Bien content de ne pas être placé à découvert à une telle distance de ce grand prédateur. Même s'il n'est pas un prédateur reconnu de l'homme, ce gros nounours est plutôt imprévisible et mieux vaut se tenir à une bonne distance.




L'Ours grizzli est un mammifère omnivore de la famille des ursidés, considéré comme une sous-espèce de l'Ours brun, commune au nord des États-Unis et au Canada. À l'état sauvage il existe entre 30 000 et 45 000 individus. Cette espèce est absente de nos forêts nordiques québécoises.



Et voilà qu'un ursidé plus commun pour nous, un gros Ours noir / Ursus americanus / Black Bear, apparaît après une grande courbe de la route. Il est plus près de nous que ne l'était son gros cousin, mais il évoque chez nous moins de crainte. D'ailleurs, bon an mal an, c'est une moyenne d'environ sept ours par année que j'ai renco



Omnivore, l'Ours noir se nourrit principalement de végétaux, de baies, de larves, d'insectes, de petits mammifères, de poissons, d'animaux morts, de déchets et parfois d'oiseaux. Il est très craintif de l'homme et on observe plus souvent son arrière-train que son museau.



Comme nous nous déplaçons en pleine nature, dans des habitats idéaux pour les animaux, nous devons ouvrir l'oeil, car ils peuvent se cacher à notre vue tout comme ils le feraient envers leurs prédateurs naturels. C'est ainsi que j'ai pu prendre des clichés d'un couple de Cerfs de Virginie / Odocoileus virginianus / White-tailed Deer.



Cette femelle Cerf de Virginie se tient debout dans une végétation très haute et elle ne laisse voir que sa tête. Lorsqu'elle se tient immobile, elle n'est pas évidente à repérer.  La seule partie qui trahit sa présence se situe au niveau du pavillon de son oreille qui change continuellement de position à la recherche d'un bruit suspect.




Ce mâle Cerf de Virginie est observé plus loin et parmi une végétation bien différente et plus fournie que la femelle. Aux États-Unis, on estime que suite à une gestion de contrôle des populations, la population américaine de Cerf de Virginie est passée d'environ 300 000 individus vers 1930 à 30 millions aujourd'hui, soit une multiplication par 100, ce qui a notamment pu profiter aux tiques, lesquelles diffusent la maladie de Lyme.



Le dernier des cervidés présent sur le site est le Caribou des bois / Rangifer tarandus caribou / Woodland Caribou. À l'instar du Boeuf musqué, on le trouve plus au nord où il se nourrit de lichens, de mousses, d'herbes, d'écorces, de feuilles et de ramilles. À cause de la chaleur et de la présence des insectes piqueurs lors de notre visite, beaucoup d'individus se tiennent dans l'eau et trop loin pour une photo. Finalement, une femelle s'approche, accompagnée bien sûr de ses petits amis ailés.



Le Caribou des bois vit en faible densité (d'un à trois individus par 100 km2) dans toute son aire de répartition, laquelle se situe généralement entre le 49e et le 52e parallèles, dans l’est du Canada. Il constitue une proie avantageuse pour le loup en termes de temps de manipulation et de risques (blessures ou de mortalité) associés à la capture, ce qui pourrait expliquer ses faibles densités en milieu forestier, particulièrement en présence de l’orignal, cette espèce soutenant les populations de loups.



Après une heure de balade en train sur une distance de sept kilomètres, nous revenons dans la partie du parc ressemblant davantage à un jardin zoologique traditionnel. Différentes espèces sont dans des enclos, mais érigés avec un souci de reproduire le plus possible leur habitat naturel.


Les deux bovidés qui suivent ne se rencontrent pas au Québec. Pour espérer les observer, il faut se rendre dans l'ouest canadien. Ce sont des herbivores qui affectionnent les endroits rocheux où ils se déplacent à une vitesse remarquable et avec une agilité incroyable. Le mouflon peut grimper à une vitesse de 50 km/hre.




Le Mouflon canadien / Ovis canadensis / Bighorn Sheep constitue l'une des deux sous-espèces de mouflons nord-américains. Son pelage peut aller du gris-brun clair au gris-brun foncé voire brun chocolat. Les mâles ont des grandes cornes incurvées, alors que celles de la femelle sont courtes et à peine incurvées.



La Chèvre des montagnes Rocheuses / Oreamnos americanus / Mountain Goat est un caprin (i.e. de la sous-famille des caprinés) qui habite les montagnes nord-américaines. Elle possède une robe blanche, une barbe, une courte queue et de fines cornes noires. Malgré son apparence trapue, elle est très habile dans les rochers.



L'Ours grizzli / Ursus arctos horribilis / Grizzly Bear possède une force phénoménale. Il est le roi des prédateurs en boréalie. On l'a ainsi observé chasser des bœufs musqué adultes, des bisons, jeunes ou adultes, s'attaquer à des ours noirs et les tuer. Il n'hésite absolument pas à aller disputer aux loups leurs proies. D'une manière générale, les grands grizzly mâles adultes arrivent à dominer une meute complète de loups. Ainsi, dans le parc de Yellowstone on a observé un grizzly prendre le contrôle d'une carcasse où 14 loups se trouvaient. 




L'Ours blanc / Ursus maritimus / Polar Bear et l'Ours grizzli ont divergé génétiquement il y a 200 000 ans, mais peuvent encore s'hybrider pour donner un animal connu dans les pays anglophones sous le nom de grolar ou de pizzly, « ours polaire » se disant « polar bear » en anglais. Il est un grand mammifère carnivore originaire des régions arctiques. C'est, avec l'Ours kodiak, le plus grand des carnivores terrestres et il figure au sommet de sa pyramide alimentaire. Pourvu d'une courte queue et de petites oreilles, il possède une tête relativement petite et fuselée ainsi qu'un corps allongé, caractéristiques de son adaptation à la natation. L'ours blanc est un mammifère marin semi-aquatique, dont la survie dépend essentiellement de la banquise et de la productivité marine. Il chasse aussi bien sur terre que dans l'eau. Son espérance de vie est de 20-25 ans.




Garder un oiseau de proie en captivité est soumis à autorisation. Seules les institutions publiques à vocation éducative sont autorisées à posséder cet oiseau. Elles montrent des animaux qui ont été blessés et qui ne peuvent survivre dans le milieu naturel.




Le Pygargue à tête blanche / Haliaeetus leucocephalus washingtoniensis / Bald Eagle, malgré son nom anglais et son nom vernaculaire d'Aigle à tête blanche, n'est pas un aigle du genre Aquila mais d'un pygargue du genre Haliaeetus : il s'en distingue par son régime alimentaire, essentiellement composé de poissons, mais aussi par son bec massif et par le fait que ses pattes ne sont pas recouvertes de plumes jusqu'aux serres, l'un des caractères propres aux vrais aigles. Alors que l'aigle vit dans les massifs forestiers et les montagnes, le pygargue préfère les lacs, les rivières et les zones côtières où il peut trouver sa nourriture..




La Buse rouilleuse / Buteo regalis / Ferruginous Hawk est le plus gros représentant des rapaces nord-américains du genre Buteo. Parmi les 36 représentants de ce genre au niveau mondial, seule la Buse de Chine / Buteo hemilasius / Upland Buzzard d'Asie peut atteindre des dimensions comparables. Les adultes possèdent des ailes longues et larges et une queue grise, rouille ou blanche. À l'instar de la Buse pattue / Buteo lagopus / Broad-winged Hawk, les pattes sont emplumées jusqu'aux serres. Son plumage possède également deux formes de coloris. 




Dans la chaîne alimentaire de la toundra, le Harfang des neiges / Bubo scandiacus / Snowy Owl occupe avec le renard la place la plus élevée : celle du prédateur. Cependant, dans ce système vivant très simplifié, ces carnivores spécialisés sont aussi très vulnérables ; très efficaces lorsque les lemmings sont abondants, ils sont voués à la famine ou à l'exil quand se raréfie ce gibier qui constitue l'essentiel de leur menu. Si le père harfang disparaît pendant la période de croissance des jeunes, jamais la mère ne pourra les alimenter seule.



Le volet éducatif est un élément important lorsqu'on pense à un jardin zoologique, de facture traditionnelle ou non. En plus d'avoir la chance d'observer des animaux nord-américains, la pensée de pouvoir voir évoluer des animaux de régions éloignées, qu'on ne visitera probablement jamais, est un facteur qui porte bien des gens à visiter les différents zoos. De ce point de vue, le zoo de Saint-Félicien a bien fait ses devoirs. À titre d'exemple, je vous présente deux animaux d'une grande beauté dont la survie n'est pas assurée à très long terme.




La population mondiale estimée de la Grue du Japon / Grus japonensis /  Red-crowned Crane est de seulement 2 750 à l'état sauvage, incluant environ 1 000 individus constituant la population résidente du Japon. De la population migratrice, environ 1 000 hivernent en Chine et le reste en Corée. On a accordé le statut d'espèce en danger le 2 juin, 1970. C'est l'une des plus grandes et des plus rares espèces de gruidés. Partout où elles s'observent, elle est un symbole de chance, de longévité et de fidélité. Tout ce qu'on peut dire aujourd'hui c'est que, par ses actions destructrices, l'homme est loin de lui être fidèle et qu'il lui donne vraiment peu de chance de connaître la longévité.




Le Tigre de l'Amour / Panthera tigris altaica / Siberian Tiger se trouve au bord de l'extinction dans les années 1930 avec une estimation des individus sauvages comprise entre 20 et 30 individus. Dans les années 1980, on compte 250 à 430 individus et l'ouverture de chasse sportive est même proposée afin de réguler la population qui s'attaque au bétail car elle n'aurait pas assez de gibier pour survivre. De plus, le braconnage, la déforestation et l'exploitation minière sauvage accroissent la pression humaine sur le félidé. Entre 1992 et 1994, quarante à soixante tigres sont braconnés chaque année pour leur peau et leurs os, à destination du marché chinois. En 1994, la population mondiale retombe entre 150 et 200 individus. En 2010, l'UICN considère qu'il reste entre 18 et 22 tigres de Sibérie en Chine, 331 à 393 tigres en Russie (tigres adultes et subadultes, la population fertile approcherait 250 individus) et qu'il est possible que des tigres survivent en Corée du Nord. Fin 2009, on estime à 500 le nombre de tigres vivant à l'état sauvage en Corée du Sud, tandis que 421 sont élevés en captivité.



Le Tigre de Sibérie ou Tigre de l'Amour est la plus grande sous-espèce du tigre. Il est le troisième plus gros prédateur terrestre derrière l'Ours kodiak et l'Ours blanc. L'Amour est un fleuve d'Asie qui s'étend sur 4 354 km depuis la source de l'Argoun, ce qui en fait le premier fleuve de Sibérie et le quatrième d'Asie pour la longueur de son cours. La province du Heilongjiang en Chine où il s'écoule doit son nom au nom chinois de l'Amour.




Xavier et moi-même avons découvert d'autres espèces durant cette courte visite d'environ quatre heures, mais je crois vous en avoir assez montré pour vous donner le goût d'aller y faire un tour.




À bientôt !









jeudi 7 novembre 2013

Une marée de crabes.


Nous sommes le 6 avril 2008. Je suis accompagné de Anne et de 14 autres Québécois(es) lors d'un voyage organisé par moi et guidé par Jean Jacques Gozard de Amazilia Tours. Nous nous trouvons sur la côte sud de Cuba entre Playa Larga et Soplillar. Nous sommes alors témoins d'un phénomène inusité. Une marée de crabes déferle sur la route devant notre véhicule. J'en suis à mon troisième voyage à Cuba, mais c'est la première fois que je m'y retrouve au début d'avril, soit tout près du début de la saison des pluies.


Gecarcinus ruricola est une espèce de crabe terrestre. Il est le plus terrestre des crabes se trouvant dans les caraïbes. Il est présent dans la partie ouest de Cuba, à travers les Antilles et aussi loin que la Barbade vers l'est. Les noms anglais communs incluent: purple land crab, black land crab, red land crab et zombie crab.



Chaque printemps, des millions de crabes terrestres rougeâtres émergent des forêts humides jouxtant la Baie des cochons, au sud-ouest de l’île de Cuba, afin d’aller déposer leurs œufs dans la mer toute proche. Cette « migration massive » cache les véritables origines de ces crabes considérés aujourd’hui comme « terrestres », mais qui ne l’ont pas toujours été.


Cette espèce de crabe possède quatre formes de couleur: noire, rouge, jaune et verte. La carapace de Gecarcinus ruricola croît d'environ 25 mm (1 pouce) par année. Il atteint sa maturité après 5 ans et il vit environ 10 ans.**


Il faut reculer de quatre millions d’années pour retrouver les ancêtres de ces crabes, connus des scientifiques comme appartenant à la famille des Gécarcoidés et qui vivaient en mer. Lentement, comme le commande l’évolution des espèces, ils ont évolué pour survivre dans un endroit diamétralement opposé soit à l’air libre, dans les sous-bois sombres de la forêt tropicale humide. Humide parce que les crabes terrestres, à l’instar des crabes marins, respirent à travers des branchies qui doivent demeurer… humides. Pour assurer cette humidité continue, ils creusent des terriers et y demeurent lors des grandes chaleurs. Aussi, sont-ils plus nocturnes que diurnes. Ils profitent d’ailleurs de la saison humide, avec les pluies fréquentes qui y sont associées, pour se reproduire. Quelques semaines plus tard, les crabes femelles gonflées d’œufs transportés dans une poche interne, une étude a établi le nombre d'oeufs moyen à 85 000 par femelle *, se dirigent vers la mer toute proche. Ce périple, pouvant s’étendre sur une dizaine de kilomètres, peut prendre des jours à se réaliser. Et ce ne sont pas les obstacles qui manquent. Il faut traverser les routes et contourner les aménagements humains. Au cours des journées ensoleillées et chaudes, les crabes recherchent l’ombre, car ils peuvent se déshydrater et mourir.


Daniel Barrette, Jean Dubé et Jean Jacques Gozard marchent parmi les crabes sur la route. Les crabes ne sont aucunement agressifs, ils poursuivent leur route vers la mer toute proche.



Ceux qui atteignent la mer se retrouvent devant un dernier défi soit celui de pondre leurs oeufs tout en évitant d’être emportés par les vagues qui viennent lécher le rivage. Ces crabes sont maintenant des créatures terrestres à part entière et ils ne sauraient survivre dans la mer. Alors qu’ils sont sur le point d’éclore, les œufs sont déposés dans l’eau où ils libèrent presque immédiatement leur contenu. Après quelques semaines, les bébés crabes regagnent la terre et ils se dirigent vers la forêt pour commencer le cycle de vie qui les fera revenir un jour en tant qu’adultes. 

 
Ces invasions annuelles qui durent quelques semaines perturbent la vie normale des habitants de cette région de l’île. Les routes se recouvrent rapidement de milliers de cadavres écrasés de crabe qui les rendent glissantes et nauséabondes. Plusieurs véhicules, surtout les motocyclettes, connaissent de nombreuses crevaisons dues au comportement inné des crabes. Ces derniers, à l’approche du danger, s’appuient sur leurs pattes postérieures en dirigeant leurs pinces de façon bien ostentatoire vers l’intrus qui se présente devant eux. Lorsque l’angle d’impact est parfait, la carapace est assez dure et pointue pour pénétrer dans les pneus. Tous ces cadavres et leurs œufs servent de nourriture pour les oiseaux et les animaux qui profitent de la manne. Cependant, les locaux n’ingurgitent pas ces crabes parce qu’ils contiendraient une toxine néfaste pour l’homme.
Cuba n’est pas la seule île à expérimenter ces invasions de crabes. D’autres espèces apparentées de crabes sont distribuées à travers d’autres îles des caraïbes.





Une espèce similaire se retrouve aussi sur Christmas Island dans l’océan indien chaque automne. À cet endroit, on estime à plus de 100 millions le nombre de crabes rouges qui envahissent les plages pour une petite romance. Le mâle part le bal et il prend plusieurs semaines avant d’atteindre la mer. Lorsqu’il y arrive, il se bat avec ténacité afin de réserver le meilleur territoire pour la reproduction. Les femelles suivent pour s’accoupler avec les mâles et, quelques semaines plus tard, elles sont gonflées d’œufs. Comme à Cuba, les œufs éclosent dès qu’ils sont en contact avec l’eau et les bébés crabes prennent le chemin du retour vers la forêt quelques semaines plus tard.  


Sur les deux îles, les autorités font des efforts pour protéger les crabes en fermant des routes ou des trottoirs pour créer des « traverses de crabes ». En partie parce que ces grandes migrations sont devenues des attraits touristiques intéressants. Pour certains, la vue d’un millier de crabes se déplaçant en rangs serrés sur le sol peut représenter l’évènement d’une vie.


Si jamais vous vous rendez sur l'île de Cuba au début avril, n'hésitez pas à vous rendre dans la région du marais du Zapata (Playa Giron ou Playa Larga). En plus de vous donner l'occasion de voir plusieurs endémiques de l'île, vous pourrez assister à un phénomène naturel des plus extraordinaires. 


À bientôt ! 

 


Bibliographie consultée

* Richard G. Hartnoll, Mark S. P. Baine, Arne Britton, Yolima Grandas, Jennifer James, Alejandro Velasco & Michael G. Richmond (2007). "Reproduction of the black land crab, Gecarcinus ruricola, in the San Andres Archipelago, Western Caribbean". Journal of Crustacean Biology  27 (3): 425–436. doi:10.1651/S-2772.1 

** "Why do we see Crabs in the Quill?". St Eustatius: National and Marine Parks and Botanical Gardens Newsletter: 5. 2009.