lundi 25 mai 2020

Les moucherolles du Domaine Joly-de-Lotbinière (DJL)



Les moucherolles sont de petits passereaux, en général plus petits que le Moineau domestique. Ce sont des insectivores qui se nourrissent essentiellement d'insectes volants, mais aussi d'insectes rampants ainsi que d'autres arthropodes comme les araignées. Au Québec, les neuf différentes espèces habituellement rencontrées appartiennent toutes à la famille des tyranidés. Elles partagent le même mode de chasse. Bien installées sur une perche, elles peuvent demeurer de longs moments immobiles, ne bougeant que la tête pour détecter des insectes volants qui passeraient à portée d'un vol court et rapide. Une fois la proie repérée, l'oiseau s'envole, attrape l'insecte et revient se percher sur la même branche ou tout près. Cette méthode de chasse très caractéristique peut expliquer la robe très sobre que portent ces oiseaux insectivores. Des couleurs trop éclatantes seraient néfastes pour ces oiseaux qui pourraient alors se faire trop facilement repérer autant par leurs proies que par leurs prédateurs.

À la fin-mars ou au début-avril, la première espèce à se présenter au DJL est le Moucherolle phébi / Sayornis phoebe / Eastern Phoebe. Si sa livrée brunâtre lui permet de passer inaperçu, il en est autrement lorsqu'il émet le cri qui lui a valu son nom: un "phé..bi" dont le "bi" est légèrement tremblotant. Il affectionne la proximité de l'eau et il construit son nid en dessous de la structure des ponts qui enjambent les rivières. Il l'installe aussi sur les cadres de portes ou les pièces de bois horizontales des différentes bâtisses environnantes. Ceci leur permet de se tenir à l'abri des intempéries (grand vent et pluie). Voilà qui explique pourquoi on observe cette espèce tout autour de la bâtisse principale du domaine. À ma connaissance, l'espèce est présente depuis plusieurs décennies à cet endroit. Une autre caractéristique aidant à son identification est le mouvement nerveux de la queue qu'il exécute lorsqu'il est perché.


Moucherolle phébi / Sayornis phoebe / Eastern Phoebe



Moucherolle phébi / Sayornis phoebe / Eastern Phoebe


En 1804, un Moucherolle phébi devint le premier oiseau à porter une bague en Amérique du Nord. John James Audubon attacha des fils argentés à la patte de cet individu de façon à suivre son retour dans les années subséquentes.

La mi-mai souligne l'arrivée d'un autre moucherolle de petite taille au DJL, le Moucherolle tchébec / Empidonax minimus / Least Flycatcher. Il se différencie du Moucherolle phébi par sa couleur plus grisâtre, ses deux bandes alaires plus évidentes et le cercle oculaire bien apparent. Comme pour bien des moucherolles, c'est son cri qui le trahit immédiatement. Il émet un "tché-bec" bref, sonore et répétitif. Il accompagne chaque cri par un mouvement nerveux de la queue. Il s'observe principalement sur le plateau no 2 au DJL, ainsi que dans l'érablière située au plateau no 3. Les différentes espèces de moucherolles sont très territoriales autant sur leur territoire de reproduction qu'en dehors. Chaque espèce est très agressive et envers toutes les autres espèces de moucherolle, c'est tolérance zéro. Pourtant le Moucherolle tchébec peut à l'occasion tolérer la présence d'un autre congénère.


Moucherolle tchébec / Empidonax minimus / Least Flycatcher



Moucherolle tchébec au nid en juin 2012


Les deux dernières espèces de moucherolles nichant sur le site du DJL arrivent aussi en mai, environ une semaine plus tard que le Moucherolle tchébec. Il s'agit du Pioui de l'Est / Contopus virens / Eastern Wood-Pewee et du Tyran huppé / Myiarchus crinitus / Great Crested Flycatcher.  Les deux espèces sont forestières et fréquentent souvent les érablières d'où leurs présences plus fréquentes au plateau no 3 du site du domaine. Il est cependant possible de voir et d'entendre les deux espèces peu importe où on se situe sur le site. Il s'agit de tendre l'oreille car, comme tout bon moucherolle, les deux sont vocaux et leurs cris sont caractéristiques et ils portent loin.

Si ce n'était de son sifflement fluctuant et aigu (d'où il tire son nom) "pi-ou-IIIII", le pioui passerait la plupart du temps inaperçu. Il se nourrit d'insectes dans la strate supérieure des arbres et sa petitesse, ainsi que sa couleur terne, font qu'il est difficile à repérer. N'oublions pas son mode de chasse particulier qui comporte peu de déplacement. Bien perché sur une branche pendant de longs moments, il poursuit une proie volante qui passe trop près et il revient se percher au même endroit. Il faut donc être très attentif si on veut l'observer. Une étude a démontré qu'il peut accomplir une moyenne de 68 envolées par heure lorsqu'il nourrit ses jeunes. Il se différencie du Moucherolle phébi par son cercle oculaire et ses bandes alaires très faibles ainsi que par sa tête nettement plus pointue. Les deux ont environ la même taille.


Pioui de l'Est / Contopus virens / Eastern Wood-Pewee.

Le plus grand des moucherolles présents au DJL est le Tyran huppé / Myiarchus crinitus / Great Crested Flycatcher. Plus gros que ses cousins, il n'en demeure pas moins difficile à observer car il vit dans la canopée des arbres. Lui aussi y va d'acrobaties aériennes pour attraper ses proies. Son cri distinctif ressemble à un sifflet d'arbitre: un "prrrit" roulé, fort et sec qu'il peut répéter en cascades s'il est vraiment excité. À l'instar des autres tyranidés, il est agressif et un rien l'énerve. D'où ses cris souvent entendus qui comprennent également un "ouip". À noter la huppe ébouriffée, la tête foncée ainsi que le haut de la poitrine grisâtre qui tranche nettement avec le jaune du ventre. En vol, le roux des ailes et de la queue est très apparent. Le Tyran huppé est le seul de nos tyrans au Québec qui nichent dans des cavités naturelles ou dans des nichoirs et il a la particularité d'apporter une ou des mues de couleuvre à son nid.


Tyran huppé / Myiarchus crinitus / Great Crested Flycatcher



@ bientôt.



samedi 9 mai 2020

L'oiseau acériculteur



C'est à partir du mois de mars que reviennent progressivement NOS oiseaux migrateurs. La pluie, les écarts de températures marquées entre le jour et la nuit et les rayons de plus en plus ardents du soleil auront bientôt réussi à faire disparaître toute trace de l'hiver. La végétation, atrophiée depuis de longs mois sous un linceul blanc, nous montre sa résilience à travers ces pousses végétales qui surgissent un peu partout autant du sol que des branches des arbres et des arbustes. La sève engourdie par les grands froids se remet à circuler. Le phénomène de la coulée de la sève est étroitement lié à la température de l’air. Des conditions de gel la nuit suivies de températures plus élevées pendant le jour sont indispensables. La coulée se déroule en deux phases : une phase d’absorption, qui a lieu pendant les nuits froides (au minimum -5oC), et une phase d’exsudation, qui se déroule lors du réchauffement des températures. La sève est attirée vers le sommet des arbres lorsque les branches les plus exposées au froid gèlent. Au moment où la température passe au-dessus du point de congélation (environ 5oC), la sève redevient liquide et descend par gravité vers le bas de l’arbre.

En résumé, lors du dégel, au printemps, l’érable transforme l’amidon en sucre. Le sucre se mélange avec l’eau absorbée par les racines de l’érable et sucre légèrement sa sève. Et voilà arrivé le populaire temps des sucres. Les acériculteurs entaillent les érables afin de recueillir la sève qui sera bouillie à différentes températures pour obtenir tantôt du sirop, tantôt de la tire ou tantôt du sucre d'érable. Un délice incomparable pour les bibittes à sucre que nous sommes tous à au moins un moment donné de nos vies. Mais il n'y a pas que les humains qui profitent de la manne printanière. À la fin avril, une balade dans le secteur de l'érablière au Domaine Joly-de-Lotbinière nous permet d'entendre et de voir un oiseau revenu depuis peu de ses quartiers d'hiver situés plus au sud. Il s'agit du Pic maculé / Sphyrapicus varius / Yellow-bellied Sapsucker.


Le mâle du Pic maculé est reconnaissable à sa gorge rouge (la gorge est blanche chez la femelle) et à son plumage plus contrastant  que celui de la femelle.


En fait, nous n'avons pas besoin de l'entendre ni de le voir pour savoir s'il est présent ou non dans un milieu donné. Il laisse des artéfacts ostensibles de son passage sur le tronc des arbres, des artéfacts non seulement permanents, mais qui prennent de l'expansion avec le temps.  Il a cette particularité de forer dans le tronc des séries de petits trous qui traversent l'écorce de l'arbre pour atteindre le phloème, ce tissu conducteur de la sève élaborée. Dans un premier temps, ces trous, appelés puits de sève, permettent à l'oiseau d'absorber un liquide hautement nutritif. Ils sont creusés en série et de façon très ordonnée, voire symétrique. Les cicatrices imprimées dans l'écorce s'agrandissent à mesure que l'arbre grossit. Les petits trous bien ronds à l'origine, s'élargissent, se déforment et deviennent oblongs avec les années. 


Exemple de puits de sèves. Les différentes formes de ces trous nous démontrent les plus anciens (plus grands et oblongs) versus les plus récents (plus petits et bien ronds).



Aux États-Unis, des études (McAtee, 1926) ont démontré que le Pic maculé peut agir ainsi sur au moins 258 espèces d'arbres, d'arbustes et de vignes. Oui, cette action peut provoquer un affaiblissement ou la mort de certains arbres ou causer des imperfections dans la culture de bois d'œuvre. Mais cette préoccupation est beaucoup moindre au Québec alors que l'oiseau ne passe que la moitié de l'année avec nous. Ces puits ne sève peuvent servir à au moins 32 autres espèces nord-américaines tels les colibris, roitelets, sittelles, parulines, jaseurs et fringillidés. Ces espèces viennent se sustenter de sève, mais également des insectes attirés par le sucre et emprisonnés dans le liquide gluant. Le pic offre également un approvisionnement alimentaire à d'autres oiseaux qui ne peuvent pas ingurgiter de sève. De nombreux insectes sont attirés par le fluide sucré suintant et ils viennent s'en nourrir: papillons, mites, coléoptères, frelons, mouches des fruits et autres mouches. Certains d'entre eux peuvent se rassembler dans les puits de sève ou former des nuages dans l'air autour d'eux, ce qui attire les insectes mangeurs d'insectes ainsi que les oiseaux insectivores que sont les moucherolles, les viréos et certaines parulines.

Une autre particularité de ce pic est sa façon de tambouriner qui est très caractéristique. Alors que les pics réalisent un tambourinement à un rythme régulier, en cascade (toc.toc.toc.toc.toc.), celui du Pic maculé retient plutôt du code morse (toc.toc.toc...toc...toc...toc) et il ralentit à la fin. Le tambourinement est un élément important dans l'établissement d'un territoire de reproduction. En plus d'indiquer sa présence auprès d'une possible partenaire, il indique aux autres mâles qu'il compte bien défendre bec et ongles cette zone particulière. Afin de se faire entendre encore mieux, il va jusqu’à frapper des pièces en acier pour accentuer la résonnance. Les pancartes métalliques, les garde-fous le long des routes et les tuyaux des cheminées font très bien l’affaire.

@ bientôt.


dimanche 3 mai 2020

Des oiseaux au Domaine-Joly-de-Lotbinière



Quel site extraordinaire que ce Domaine-Joly-de Lotbinière (DJL) pour favoriser la contemplation et la découverte des beautés naturelles ! Il est reconnu pour son souci de perpétuer l'histoire au temps des seigneurs, pour ses grands jardins de fleurs, pour ses Noyers noirs et pour l'accès privilégié qu'il permet au grand Fleuve Saint-Laurent. En parcourant ses sentiers forestiers ou ses allées piétonnières savamment positionnées, le visiteur traverse une diversité impressionnante d'habitats différents pour des lieux si restreints. Quel endroit peut se vanter d'avoir un fleuve, des plans d'eau aménagés, des milieux ouverts, des jardins fleuris, une forêt mixte, un milieu humide, une érablière... le tout réparti sur trois plateaux éloignés en altitude d'une vingtaine de mètres les uns des autres. Et qui dit habitats différents dit biodiversité accrue.

Un administrateur du site m'a fait une offre que je pouvais difficilement refuser soit d'écrire une série de billets sur les oiseaux vedettes qui nichent sur le site. La très grande majorité nous quitte à l'automne pour nous revenir en mai afin d'y établir un territoire, y nicher et assurer ainsi la pérennité de l'espèce. C'est ainsi que je mettrai en ligne sur mon blogue, ainsi que sur les différents média du DJL, de courts billets sur ces bijoux ailés qui ajoutent la beauté des sons à celle des images.

En exergue, je voudrais vous présenter une vue aérienne du site telle que présentée sur Google Earth. À cette prise aérienne, j'ai ajouté différents points utiles pour la découverte d'espèces spécifiques lors de vos randonnées futures sur le site. J'indiquerai ces points selon l'espèce décrite.


Vue aérienne du site du Domaine-Joly-de-Lotbinière

  • Zone intertidale: zone entre les marées les plus hautes et celles les plus basses.
  • Plateau # 1: plateau au niveau du fleuve contenant une forêt riparienne (1), des champs ouverts, des grands pins et une plantation de Noyers noirs (2).
  • Plateau # 2: plateau central du domaine avec le bâtiment principal (3), les jardins fleuris (4), des plans d'eau aménagés (5) et la maison du jardinier (6). Ce plateau est environ une vingtaine de mètres plus élevé que le plateau # 1 et une vingtaine de mètres plus bas que le plateau # 3.
  • Plateau # 3: grande érablière avec des sentiers bien balisés qui passent par des zones humides et une zone coniférienne.

Malgré ces altitudes très peu marquées, vous découvrirez en lisant les billets qui suivront que des espèces s'observent plus sur un plateau que sur les autres. Bizarre me direz-vous ? Pas tant. Si cette réalité s'observe dans une zone aussi restreinte, imaginons l'impact négatif que la déforestation a sur la biodiversité à l'échelle mondiale.

Les milieux naturels ont beaucoup été chamboulés depuis les années 50 et le cheptel animalier a subi des baisses catastrophiques de ses populations allant jusqu'à 95% pour des espèces fréquentant les milieux ouverts. Catastrophiques et irrécupérables vu l'ardeur que l'Homme met à détruire les habitats considérés "inutiles" aux besoins oppressants exacerbés par la mondialisation. Ce qui s'observe à l'échelle mondiale, s'observe nécessairement (et malheureusement) à l'échelle locale.

Merci à toute l'équipe du domaine d'ajouter un plus à toute cette beauté en aménageant intelligemment ce site tout en préservant la nature telle qu'elle est. 

Pour en savoir plus sur le Domaine-Joly-de-Lotbinière. 


@ bientôt.
 

lundi 27 avril 2020

Mars et Avril 2020 en temps de pandémie




Depuis le tout début du confinement édicté par la santé publique, la nature a retrouvé une quiétude qu'elle connaissait dans les années 50.  Moins de trafic automobile, moins de trafic humain, moins de bruit, moins de polution... tout un répit. Malheureusement, les populations d'oiseaux (toutes espèces confondues) ont périclité de façon alarmante au cours des dernières 70 années. Je vous présente des photographies d'espèces rencontrées lors de sorties faites en tout respect des consignes de santé sociale. J'ai bien hâte que les régions fermées ouvrent à nouveau. Le Québec recèle des endroits extraordinaires pour l'observation de la nature. Je m'ennuie particulièrement du Bas-Saint-Laurent.

19 mars 2020

 

Pygargue à tête blanche (adulte) / Haliaeetus leucocephalus washingtoniensis / Bald Eagle

 

28 mars 2020

 

Bécasse d'Amérique / Scolopax minor / American Woodcock

 

31 mars 2020

 

 
Buse à épaulettes / Buteo lineatus lineatus / Red-shouldered Hawk
 

31 mars 2020

 

Bec-croisé bifascié (mâle) / Loxia leucoptera leucoptera / White-winged Crossbill

 

06 avril 2020

 

Merle d'Amérique (mâle) / Turdus migratorius migratorius / American Robin

 

11 avril 2020

 

Dindon sauvage (mâle et femelles) / Meleagris gallopavo silvestris / Wild Turkey

 

11 avril 2020

 

Gélinotte huppée / Bonasa umbellus togata / Ruffed Grouse

 

15 avril 2020

 

Moucherolle phébi / Sayornis phoebe / Eastern Phoebe

 

16 avril 2020

 

Troglodyte des forêts / Troglodytes hiemalis hiemalis / Winter Wren

 

20 avril 2020

 

Roitelet à couronne dorée (mâle)  / Regulus satrapa satrapa / Golden-crowned Kinglet

 

21 avril 2020

 

Raton laveur / Procyon lotor / Raccoon

 

21 avril 2020

 

Oie des neiges / Chen caerulescens atlantica / Snow Goose

 

24 avril 2020

 

Paruline des pins (mâle) / Setophaga pinus pinus / Pine Warbler

 

24 avril 2020

 

Carouge à épaulettes (mâle) / Agelaius phoeniceus phoeniceus / Red-winged Blackbird

 

26 avril 2020

 

Bruant à gorge blanche / Zonotrichia albicollis / White-throated Sparrow

 

26 avril 2020

 

Canard colvert (femelle) / Anas platyrhynchos platyrhynchos / Mallard
 
@ bientôt.




lundi 30 mars 2020

S'adapter pour survivre.




La crise sanitaire vécue actuellement au niveau planétaire nous le démontre très bien: pour survivre, un être vivant doit s'adapter à toute nouvelle situation qui peut affecter son milieu de vie. Les êtres vivants ont ceci de particulier qu'ils sont continuellement en changement. Mon corps est différent présentement de ce qu'il était quand j'ai commencé à écrire ce billet, tout comme le vôtre et celui de tous les autres être vivants sur la planète. Et ce corps en perpétuelle évolution a su, au fil de ses années de vie, se protéger des dangers extérieurs que sont les virus, les bactéries ou les parasites en fortifiant son système immunitaire. Mais lorsqu'un virus mal connu de la science apparaît, comme la  Covid-19, il arrive qu'aucun remède ne soit disponible dans l'immédiat. Vue la dangerosité de ce virus et la vitesse fulgurante de sa propagation, il devient évident que des mesures exceptionnelles doivent être prises et le gouvernement du Québec le fait de façon magistrale. Sans tomber dans la démesure, des règles strictes de comportement social sont édictées et elles sont heureusement suivies par la grande majorité des citoyens. C'est bien clair, il faut éviter tout rassemblement social où la promiscuité procure inévitablement des contacts pouvant mener à la dispersion du virus. On demande de rester chez soi, de faire une "quatorzaine" obligatoire si on est de retour de voyage depuis peu. Notre préoccupation doit porter continuellement sur notre sécurité sanitaire et celle des autres personnes avec qui nous pourrions établir des contacts. Pour Anne et moi, dont la "quatorzaine" est terminée sans aucun signe de contamination à la Covid-19, il n'est pas question de rapprochement "social" avec la famille et les amis tant que l'avis de confinement ne sera pas levé. Par contre, nous nous réservons le droit de sortir de la maison pour profiter de la nature, en évitant bien entendu tout contact avec quiconque nous pourrions rencontrer ce faisant. C'est très clair et sans compromis.

Dernièrement, j'ai publié sur mon compte facebook la photographie d'une Bécasse d'Amérique que j'avais prise le 10 avril 2017 dans la région de Saint-Nicolas, près de la ville de Québec. Suite à cette parution, mon ami Daniel Gagné de Victoriaville m'a écrit pour mentionner qu'il avait entendu la veille au soir au moins quatre bécasses près de chez lui. Le 28 mars 2020 correspondant à la fin de notre confinement volontaire (devenu obligatoire par la suite par le gouvernement) de quatorze jours, nous avons décidé d'aller vérifier si la bécasse était arrivée dans notre région. Anne en a repéré à deux endroits différents et c'est au deuxième endroit que nous avons été en mesure de prendre les photos qui vont suivre. En examinant les photos, ça m'a rappelé comment, à l'instar de tous les autres êtres vivants, la bécasse est si bien adaptée à son style de vie.

Habitat et adaptation du plumage

Si vous désirez trouver une espèce spécifique dans la nature, rendez-vous dans son habitat de prédilection et ouvrez l'oeil. Une consigne simple me direz-vous, mais dans le cas de la bécasse, la recherche la plus exhaustive n'équivaut pas toujours à la détection de l'oiseau. Elle établit sa niche écologique dans les forêts humides mixtes ou à feuilles caduques avec des ouvertures éparses (40% de la surface de survie semble être minimale). De préférence dans les jeunes forêts et les terres agricoles abandonnées liées à la forêt; souvent des zones à couverture végétale herbacée. Tôt au printemps, au retour de sa migration, elle est principalement crépusculaire et nocturne, mais elle doit se nourrir de jour pour refaire le plein d'énergie. C'est un oiseau qui se déplace peu et très lentement. Il recherche les zones dégagées de neige. Son plumage est cryptique i.e. qu'il se marie très bien aux feuilles mortes et aux végétaux qui tapissent le sol des sous-bois.

Lorsque Anne repère le premier individu, nous sommes en train de déambuler très lentement en auto sur une route secondaire. Je recule lentement l'auto et je vois à mon tour l'oiseau sur ma droite lorsque nous arrivons à sa hauteur. Je recule un peu plus et nous observons l'oiseau avant de sortir lentement de l'auto. Une fois rendu au niveau de l'oiseau, nous le cherchons à l'oeil nu, mais impossible de le retrouver. Nous scrutons les environs à la jumelle, sans plus de succès. Nous ne bougeons pas. Nous nous trouvons à environ cinq mètres de l'endroit où nous avons d'abord localisé l'oiseau. Nous nous disons qu'elle a dû se déplacer au sol ou s'envoler pendant que nous sortions du véhicule. Nous avons tellement fait attention pour ne pas effrayer la bécasse que nous l'avons quittée des yeux pendant une bonne dizaine de secondes. Et alors que nous cogitons sur les possibilités, voilà qu'elle s'envole devant nous et qu'elle s'éloigne en forêt accompagné d'un sifflement produit par ses ailes courtes et rigides. En fait, ce sont les 3 primaires externes qui produisent ce sifflement lorsque l'oiseau décolle brusquement de terre ou lorsqu'il exécute ses envolées lors de la parade nuptiale. Nous sommes pour le moins confondus et grandement déçus de notre incapacité à la repérer.  

Il faut vraiment être attentif pour trouver une Bécasse d'Amérique immobile sur un lit de feuilles mortes. Photo prise le 28 mars 2020 à Leclercville, comté de Lotbinière, Québec.


Alimentation et adaptation du bec


Quand ils sont disponibles, les lombrics (vers de terre) forment de 68 à 86% de sa diète. La bécasse peut ingurgiter deux fois son poids en vers de terre sur une période de 24 heures. Elle complète avec des diptères, des coléoptères, des hyménoptères, des lépidoptères, des limaces, des araignées et d'autres arthropodes. Elle va plus rarement ingurgiter des matières végétales. Elle diversifie sa diète lorsque la terre est trop gelée au printemps ou lorsqu'elle est trop sèche et compactée au cours de ou à la fin de l'été. Elle utilise trois façons de se nourrir. Elle peut enfouir son long bec à l'aveugle dans la terre meuble, elle peut voir, chasser et capturer des proies qui se déplacent à l'air libre ou elle peut soulever la végétation morte au sol afin de s'y nourrir des matières vivantes qui y ont trouvé abri.

Son long bec est un outil de haute technologie, car il allie à la fois la rigidité, la flexibilité et la sensibilité. Rigide, il peut pénétrer la terre afin d'y déloger des proies qui ne pourraient être atteints d'autres façons.  Flexible est la mandibule supérieure qui peut s'écarter pour pincer les proies sans devoir ouvrir tout le bec, autant au-dessus qu'en dessous du sol. Et le nec plus ultra de cet appendice est la présence de récepteurs nerveux à sa terminaison qui peuvent détecter la présence d'une proie sans même la voir. Et voilà pour la sensibilité.



La rigidité et la forme de son bec lui permet de s'enfoncer facilement dans le sol meuble.
     
  
La flexibilité de sa mandibule supérieur lui permet de pincer une proie sans devoir ouvrir complètement le bec. Ce caractère est de première importance quand le bec est enfoui complètement sous la terre.
 

Les vers de terre constituent de 68 à 86% de sa diète. Grâce à des récepteurs nerveux présents au bout du bec, la bécasse peut détecter les proies sous terre sans les voir.


Une autre adaptation du bec pour permettre la recherche de proies bien enfouies se remarque au niveau des narines. Ces dernières sont situées très haut sur la mandibule supérieure, à égalité avec la commissure du bec. L'image suivante montre ce trait.




Le positionnement des narines permet à l'oiseau de bien respirer après qu'il ait enfoui son bec dans le sol.



Adaptation au niveau du positionnement des yeux


La dernière photo montre également un autre trait morphologique très important. Les yeux sont placés hauts et vers l'arrière du crâne, près de la nuque. C'est certain que la vision binoculaire frontale, telle que les humains la connaissent, est impossible pour la bécasse, mais est-elle forcément handicapée pour autant ? Elle n'a pas besoin de voir très près en avant d'elle car son bec sensible lui permet de trouver de quoi se nourrir. Par contre, lorsqu'elle est occupée à se nourrir avec le bec bien planté dans le sol, il est important pour elle de bien voir tout ce qui l'entoure y compris les dangers qui pourraient provenir de l'arrière, au-dessus et de chaque côté. Le hibou, dont les yeux sont situés vers l'avant de sa tête, a un champ frontal total d'environ 60-70 °; cependant, les hiboux peuvent faire tourner leur tête très rapidement d'environ 270 °, ce qui compense leur vision monoculaire insuffisante. La bécasse, grâce à ses yeux situés près du sommet de la tête, peut voir de façon binoculaire vers l'arrière et vers le haut ainsi que vers l'avant et vers le haut. Son champ monoculaire est de près de 180° de chaque côté. Oui, la bécasse voit très bien et ça ajoute à la difficulté de la surprendre.

J'ai essayé de trouver dans la littérature une explication au balancement de tout le corps qui accompagne ses déplacements lorsqu'elle est en recherche de nourriture. Personnellement, j'ai tendance à voir un rapport entre ces mouvements, autant latéralement que verticalement, avec le besoin de focaliser sur son environnement. La vision binoculaire est très utile dans l'estimation précise des distances. Pour vous le prouver, regardez un objet près de vous. C'est facile d'estimer la distance qui nous sépare de lui parce que nous avons deux angles différents de vision qui permettent au cerveau de la calculer instantanément. Ça se fait naturellement. Par contre, regarder maintenant le même objet, mais en fermant un oeil. Oups ! Petit problème. Beaucoup plus difficile maintenant. On peut comparer ce comportement avec celui des petits rapaces comme le Faucon émerillon ou la Crécerelle d'Amérique, avec celui de certains strigidés qui contorsionnent leur tête de multiples façons ou avec d'autres limicoles comme les chevaliers. En bougeant rapidement leur tête de bas en haut ou de chaque côté, ils peuvent observer la même image sous différents angles et leur cerveau enregistre les données et effectue les bons calculs.

J'espère que ce billet aura su vous plaire. Je vous invite à suivre toutes les règles de sécurité qui s'imposent vu la situation exceptionnelle que nous vivons présentement. Éviter tout contact rapproché avec les autres humains et restez chez vous au maximum. Cependant, si vous décidez de sortir, faites le de façon responsable. Demeurez dans votre véhicule le plus possible et lorsque vous sortez à l'extérieur pour une petite randonnée, assurez-vous de ne pas être un vecteur de contamination. Pas de repas au restaurant, pas d'arrêt dans les dépanneurs. Apportez avec vous ce qu'il faut et tout ira bien.

@ bientôt.


      

lundi 23 mars 2020

Le Vietnam à l'heure du Covid-19



Non, je ne vous parlerai pas de statistiques. Tous les médias d'information le font mur à mur présentement et c'est bien comme ça. Juste partager avec vous notre expérience personnelle, à Anne et à moi, lors de notre voyage récent au Vietnam. D'abord, quelle idée bizarre, me direz-vous, que celle de nous déplacer vers l'Asie en pleine pandémie de coronavirus !  Pour comprendre cette décision, il faut nous reporter au moment de la prise de décision. D'abord, un voyage comme celui-ci demande une certaine planification et c'est ainsi que le tout a débuté alors que rien ne laissait présager quelque problème que ce soit au niveau de la santé planétaire. C'est ainsi que nous réservons le 14 août 2019 nos places pour faire partie d'un groupe de 6 personnes qui passera 22 jours au Vietnam du 6 mars au 27 mars 2020. Le reste du petit groupe est constitué d'un couple d'Américains et d'un autre de Suisses. Nous serons accompagnés d'un guide ornitho professionnel et d'un chauffeur durant toute la durée du séjour. Le tout sous la supervision de la compagnie Wildtour Co, Ltd, basée au Vietnam et opérée par des Vietnamiens. Je n'ai aucun doute sur la qualité des services qui seront offerts et l'avenir me donnera raison.

Environ un mois avant le départ, je contacte par courriel Bao Hoai Nguyen, notre guide attitré, et je lui demande si le Coronavirus pourrait causer un problème menant même à l'annulation de notre voyage au Vietnam. Après vérification, ce dernier me confirme que rien n'est changé. À ce moment-là, rien ne laisse présager la propagation exponentielle du virus qui suivra. Deux semaines avant le départ, après le désistement du couple d'Américains, Bao nous écrit pour nous offrir la possibilité de  canceller ou de remettre le voyage à une date ultérieure. Lui croit encore qu'il n'y aura aucun problème, mais l'offre nous est quand même offerte. À ce moment-là, 16 cas avaient été découverts dans le nord du Vietnam, dans la région d'Hanoi, mais tous avaient été soignés et annihilés. Notre périple débute dans le sud du pays, à Hô-Chi-Minh-Ville (anciennement Saigon), et il se termine à Hanoi, mais nous n'y serons que pour prendre le vol de départ vers le Québec le 27 mars. Donc, comme Bao ne voit pas de problème, nous nous disons que nous pouvons continuer et le couple Suisse fait de même. Et nous nous disons également que si jamais nous devions prolonger notre séjour là-bas, nous en profiterions pour explorer plus longuement le Vietnam. Le coût de la vie n'est pas élevé et les gens sont très amicaux. Nous étions prêts mentalement à l'éventualité de ne pouvoir quitter le pays tout-de-suite après la terminaison de notre périple, mais la réalité remettra les pendules à l'heure.



Pomatorhin à tête ardoise / Pomatorhinus schisticeps annamensis / White-browed Scimitar-Babbler. Réalisé le 12 mars 2020 à Di Linh, Vietnam.


Plus l'heure du départ approche et plus notre niveau d'anxiété monte. Le coronavirus se répand à la vitesse grand V, mais ce qui nous réconforte est le fait que le Vietnam a peu de cas, ils sont concentrés à Hanoi et ils sont tous sous contrôle. Mais ce sont les aéroports de transfert de vol que nous redoutons le plus. Nous nous procurons des masques N-95 et nous les mettrons lors de nos transferts. Notre cédule de vols pour le départ le 4 mars 2020 est la suivante: Dorval à Washington (USA), Washington à Doha (Qatar) et Doha à Hô-Chi-Minh-Ville (Vietnam).  Le premier segment est assuré par Air Canada, les deuxième et troisième par Qatar Airways. HEUREUSEMENT, nous avons fait affaires avec une agence de voyage, les Voyages Interconseil Inc, pour la réservation de nos billets. Pourquoi HEUREUSEMENT ?  Vous allez comprendre.

À cause de la disponibilité des vols internationaux, nous quittons de Dorval le 4 mars et nous revenons à Québec le 27 mars. Donc, nous décidons de prendre le premier autobus d'Orléans Express à 07h00, le 4 mars au matin. Au réveil, à 5h30, Anne prend ses courriels et nous apprenons que Air Canada a annulé le vol Dorval/Washington et, naturellement, aucune raison mentionnée et aucune alternative proposée. Mais qu'allons-nous faire ?  Nous vérifions si un autre vol au départ de Dorval pourrait nous amener à Doha (Qatar) pour rejoindre notre connexion sur le Vietnam. Il y a en effet un vol direct Dorval-Doha le jour même à 20h00. Si nous réussissons à le prendre, nous serons à temps pour le transfert prévu. Nous décidons donc de prendre l'autobus à l'intérieur duquel nous contacterons l'agence Interconseil Inc à son heure d'ouverture. Imaginez l'anxiété grandissante ! Nous envisageons la possibilité de revenir le jour même à Québec avec notre petit bonheur. Une petite balade en autobus Québec-Montréal en une journée grise et tristounette, rien de bien motivant.


Grive à tête orange / Geokichla citrina innotata / Orange-headed Thrush. Réalisé le 11 mars 2020 à Di Linh, Vietnam.

Agathe Dessemond, de Voyages Interconseil Inc, s'occupe de nous en championne et elle nous réserve deux beaux billets sur le vol du soir même vers Doha (Qatar), sans aucun frais additionnel. Wow ! L'inquiétude baisse de plusieurs crans. Le reste du périple se passe sans anicroche. À notre arrivée à Hô-Chi-Minh-Ville à 6h00 AM le 6 mars, un chauffeur nous attend à l'aéroport pour nous conduire à l'hôtel Victory où nous nous reposons en attendant la rencontre avec le reste du groupe prévue à 18h00 dans le lobby de l'hôtel.

Ah oui, en passant, Air Canada nous a fourni la raison de l'annulation du vol Dorval-Washington: "maintenance de l'appareil". Toute une raison pour s'en laver les mains sans avoir à faire face à des possibles réclamations. Qui est contre la vertu ? Nous ne pouvons, chers clients, mettre votre vie en danger. Nous pensons d'abord à vous, à votre sécurité. Ah OK, pour la suite de vos vols ? (Tu parles d'une question pas rapport !)   Ben....heu...

Anne l'a appris lorsqu'elle a contacté Air Canada afin de savoir s'il pouvait nous offrir une autre façon de nous rendre à Washington. La charmante dame à l'autre bout de la ligne a aussi expliqué que ce n'était pas à eux à trouver une alternative puisque c'est Qatar Airways qui les engageait pour rejoindre Washington. Il nous fallait donc contacter Qatar Airways. Tout un service à la clientèle, toute une préoccupation pour la clientèle !  Bravo Air Canada. Bravo. Et la dame, toujours aussi affable, a demandé à Anne à la fin de la conversation "Puis-je faire autre chose pour vous aider ?".



Le Vietnam à l'heure du Covid-19


6 mars 2020



À l'hôtel Victory, tous les préposés qui ont des contacts plus rapprochés avec la clientèle portent des masques. Cependant, les autres circulent sans masque. Sur la rue et dans les parcs, il est difficile de mettre une estimation en pourcentage, mais ce ne sont vraiment pas tous les gens qui portent des masques. Vu l'heure matinale de notre arrivée à l'hôtel, nous devons attendre qu'une chambre se libère. En attendant, nous nous rendons dans un grand parc municipal situé à seulement quelques minutes à pied. Nous y déambulerons une couple d'heures. Il y a des centaines de gens qui marchent, courent, jouent au badminton ou tout simplement socialisent comme si de rien n'était. D'autres suivent des cours de danse en plein air alors que des systèmes de sons portatifs assurent le tempo. C'est la vie "as usual". Nous ne sentons vraiment aucune inquiétude.


Moineau friquet / Passer montanus malaccensis / Eurasian Tree Sparrow. Réalisé au parc Tao Dan de Ho-Chi-Minh-Ville.

Nous rencontrons Bao et le couple Suisse à 18h00 au lobby de l'hôtel et nous nous rendons à pied dans un restaurant situé à deux minutes de l'hôtel. Ce restaurant est très populaire et il y a beaucoup de gens à l'intérieur. Un faible pourcentage portent des masques. Même l'homme qui vient prendre notre commande et la femme qui nous sert n'en portent pas. Agréable rencontre avec ceux qui nous accompagneront pour les prochaines journées. Bao est d'une grande gentillesse et les deux Suisses sont très sympathiques. Eux aussi à la retraite et heureux grand-parents de 6 petits-enfants. Ça nous ressemble pas mal. Ça promet.



7 mars 2020

 
Ce matin, nous partons vers 7h30 en direction du parc national de Nam Cat Tien. Nous l'atteignons après environ deux heures de route. Pour entrer dans ce parc, nous devons franchir un petit fleuve. Nous quittons donc notre véhicule avec nos bagages en mains pour prendre la traverse qui nous mènera de l'autre côté. Bao nous indique que nous reprendrons le véhicule dans trois jours seulement. Notre auberge se trouve directement dans le parc. Ceci nous plaît énormément. Le soir venu, nous réalisons que nous sommes le samedi soir. La fin de semaine attire naturellement sa horde de locaux qui viennent eux aussi profiter des installations du parc. Les asiatiques sont des personnes respectueuses des autres et le nombre plus grand de personnes ne nous dérange vraiment pas. Encore ici, nous ne sentons aucune pression concernant la Covid-19. Je vous rappelle que les seuls cas détectés au Vietnam jusqu'ici ne se retrouvent que dans le nord du pays.

Nos sorties ornitho se font après le déjeuner qui se situe aux environs de 5h30. Elles se continuent jusque vers 10h30. Nous faisons une pause à cause de la grande chaleur (près de 40°C avec un taux d'humidité élevé) et nous reprenons les activités vers les 15h00. Nous arrêtons vers les 17h00 et quelques fois nous faisons du "owling" avant le souper. Nous n'avons pas à aller bien loin puisque nous logeons directement dans le parc. Fantastique. Lorsque nous nous éloignons de quelques kilomètres de notre habitation, le parc fournit un véhicule ouvert avec chauffeur ce qui permet l'observation sans devoir quitter le véhicule si nous le désirons. Wildtour, la compagnie de Bao, entretient des caches le long du parcours proposé aux passionnés des oiseaux. C'est ainsi que nous profiterons de trois de ces caches dans le parc.



Bulbul de Finlayson / Pycnonotus finlaysoni eous / Stripe-throated Bulbul. Réalisé le 7 mars 2020 dans le parc national Nam Cat Tien.


Faisan prélat / Lophura diardi / Siamese Fireback. Réalisé le 08 mars 2020 dans le parc national Nam Cat Tien.



Shama à croupion blanc / Copsychus malabaricus macrourus / White-rumped Shama. Réalisé le 08 mars 2020 dans le parc national Nam Cat Tien.


Voici l'ancêtre de toutes les poules domestiques, Coq bankiva / Gallus gallus gallus / Red Junglefowl. Réalisé le 09 mars 2020 dans le parc national Nam Cat Tien.


Gobemouche d'Indochine /  Cyornis sumatrensis indochina /  Indochinese Blue-Flycatcher. Réalisé le 10 mars 2020 dans le parc national Nam Cat Tien.


C'est ainsi que nous passons les journées dans le parc Nam Cat Tien du 7 au 10 mars. Après le départ des touristes locaux le dimanche matin, le niveau de la circulation humaine baisse de façon drastique. Plutôt isolés dans ce beau parc, le temps passe très bien entre les expéditions, les moments de détente et les très bons repas servis au restaurant du parc. Encore là, peu de gens portent des masques et nous nous sentons bien loin du Covid-19. Mais nous ne pouvons faire autrement que de nous tenir bien au fait des développements de la propagation du virus. L'accès à internet est facile sur le site et Bao est le premier à s'enquérir de ce qui se trame dans le pays. Alors que nous n'en parlons pas lors des sorties, chaque repas est le moment d'échanges sur ce sujet et notre guide nous fait part d'une certaine inquiétude s'amplifiant peu à peu dans tout le pays. Wildtour a différents petits groupes comme nous qui nous précèdent dans le même itinéraire qui nous attend. Il sait donc en temps réel ce qui nous attend dans les journées qui viennent. Le 9 mars, il nous apprend que le parc national que nous devons visiter dans la région de Da Lat vient de fermer ses portes et que certains hôtels dans la ville où nous devons séjourner refusent de recevoir des touristes. Certains ont même été mis en quarantaine. Impensable pour nous de continuer le voyage plus vers le nord avec ce risque d'être mis en quarantaine à un endroit donné. Cependant, nous décidons de nous rendre jusqu'à Di Linh qui devait constituer notre prochain arrêt. Au lieu d'y demeurer une seule nuit, nous le ferons pour deux. Ceci nous donne le temps de contacter nos agences de voyage respectives afin qu'elles nous trouvent des billets de retour pour le 12 mars au soir à Hô-Chi-Minh-Ville.



10 et 11 mars 2020


Notre désir de continuer encore quelques jours est exacerbé par le fait que nous devrions découvrir des nouveaux habitats et une faune différente. Nous quittons la chaleur et l'humidité des basses-terres pour nous rendre en zone montagneuse où une température plus clémente, i.e. moins chaude et moins humide, nous attend. C'est aux environs de 1 000 mètres d'altitude que se feront les prochaines observations. La biodiversité est plus grande et elle garantit de très belles rencontres.



Brève bleue / Pitta cyanea willoughbyi / Blue Pitta. Réalisé le 11 mars 2020 à Di Linh, Vietnam.


Rossignol bleu (mâle) / Larvivora cyane cyane / Siberian Blue Robin. Réalisé le 11 mars 2020 à Di Linh.


Bulbul flavescent / Pycnonotus flavescens sordidus / Flavescent Bulbul. Réalisé le 11 mars 2020 à Di Linh.


Le 11 mars, nous recevons des nouvelles de nos agences de voyage respectives. Le couple Suisse a un vol le jeudi 12 mars en fin d'après-midi. Notre vol est planifié pour le vendredi 13 en milieu d'après-midi. Il est donc résolu de quitter vers les 10h00 le 12 pour nous rendre à l'aéroport pour nos compagnons et à l'hôtel Victory pour nous. À notre retour à l'hôtel, nous notons tout-de-suite que beaucoup plus de gens portent le masque. Il y a une nette différence avec la semaine dernière.



13 mars 2020



Nous appréhendons nos prochains transferts dans les aéroports de Hô-Chi-Minh-Ville, Taipeh (Taiwan), Vancouver et Montréal. Mais tout se passe très bien. Les aéroports sont peu fréquentés et les mesures de sécurité ne sont pas contraignantes, même du côté de l'Asie. Dans les avions, les agents de bord portent des masques en tout temps. Il est quand même intéressant (et inquiétant) de noter le degré de préoccupation qui décroit dans les aéroports à mesure que nous nous approchons du Québec. À Vancouver, quelques voyageurs portent des masques. À Montréal, peu de voyageurs portent des masques. De même dans l'autobus qui nous ramène enfin à Québec après 36 heures de déplacement entre le Vietnam et notre domicile.


En rétrospective, nous sommes contents d'avoir vécu l'expérience malgré les difficultés rencontrées. Dès notre décision de revenir au pays, il était clair que nous nous mettrions en "quatorzaine" volontaire afin de protéger nos proches d'une contamination possible au coronavirus. Nous avons fait ce qu'il fallait pour nous protéger le plus possible, mais rien n'est certain à 100%. Nous en sommes aujourd'hui à notre 9ième journée d'isolement sans aucun problème de santé apparent, mais j'ai bien l'impression que nous allons devoir continuer même après les 14 jours. En fait, nous en avons pour des mois avant de voir la situation se rétablir. Il faut oublier tous nos projets de sorties ou de voyages pour les mois qui viennent. Mais l'observation locale est tout-à-fait possible. Suffit de le faire en solo ou avec la personne avec qui nous partageons notre vie au quotidien. C'est ce que nous nous proposons de faire au cours de la migration printanière qui s'amorcera dans quelques semaines.


Merci de votre visite et @ bientôt. 


jeudi 27 février 2020

Enfin le printemps.



Peu importe la rigueur de la saison hivernale, qu'elle ait été clémente ou plus froide; peu importe le nombre de millimètres de neige reçu, une certaine excitation nous envahit en mars et elle grandit au rythme de la durée du jour qui s'étire de quelques minutes quotidiennement . Le printemps tant attendu s'implante inexorablement, apportant avec lui la promesse d'un retour à une nature trop longtemps réprimée sous un linceul blanc de neige. Pour nous, ornithologues de tout acabit, c'est le retour des oiseaux. De NOS oiseaux qui ont entrepris à l'automne précédent un long voyage vers des cieux plus cléments afin d'y trouver abri et nourriture. Et ils nous reviennent, fidèles au lieu qui les a vus naître, afin d'assurer à leur tour la pérennité de l'espèce. Alors que certains ne seront que de passage sous nos cieux, d'autres se mettront à la recherche d'un territoire où nicher.  Vous vous souvenez du calendrier des oiseaux que je vous ai présenté dans ce bulletin au printemps dernier ? Si vous avez commencé votre calendrier personnel, vous pourriez être surpris par la comparaison des dates d'arrivée entre 2019 et 2020.

Le territoire couvert par le Club des Ornithologues de Québec (COQ) est vaste et les oiseaux ne font pas nécessairement leur apparition la même journée et simultanément dans tous les secteurs. En tenant compte des points les plus distants du territoire, soient

à l'ouest: Sainte-Anne-de-la-Pérade

au nord: le Lac-Jacques-Cartier dans la Réserve des Laurentides

à l'est:    Baie-Sainte-Catherine

au sud:  Saint-Léon-de-Standon

nous arrivons à une distance d'environ 300 kilomètres d'est en ouest et de 175 kilomètres (à vol d'oiseau) du nord au sud. Des distances suffisantes pour connaître des conditions atmosphériques bien différentes d'une zone à l'autre. 

C'est en gardant cette réalité bien en tête que je me suis prêté à un petit jeu de prédictions. Et j'insiste sur le mot jeu, car rien de tout ça n'est coulé dans le béton. Il y a tellement d'éléments qui peuvent influer sur ce qui va se passer durant la migration printanière de 2020. Il me semble que les conditions climatiques n'ont jamais été aussi bizarres et imprévisibles qu'elles ne le sont présentement. Lorsque le froid et la neige perdurent trop longtemps, les oiseaux sont contraints de ralentir leur migration s'ils veulent trouver la nourriture nécessaire pour continuer. Il est normal d'observer à tous les printemps quelques individus d'espèces différentes que nous pourrions comparer à des éclaireurs même s'il n'en est rien en fait. En précédant la masse migratoire, ils faussent un peu les dates d'arrivée de la horde elle-même. La date qu'un individu d'une espèce "migratrice" est observée en un seul exemplaire et pour la première fois de l'année n'est donc pas un bon indicateur à l'élaboration d'un tableau d'arrivée. Il faut considérer aussi le fait que cet individu observé puisse en être un qui n'a pas migré à cause de problèmes de santé ou autres, mais qui a plutôt réussi à hiverner bien caché à l'abri des regards des observateurs.

Où glaner des sources d'information fiables qui permettraient d'établir des balises cohérentes à l'élaboration de mon tableau ?  Mes notes personnelles sont trop entrecoupées, incomplètes, et elles  ne traduisent pas la réalité contemporaine des changements climatiques et environnementaux vécus depuis 50 ans. J'ai ensuite pensé au Bulletin du COQ en raison de ses excellents rapports saisonniers faits depuis à peu près le même nombre d'années que j'observe les oiseaux. Et puis, j'ai pensé à Ebird où je peux faire des recherches en considérant des lieux, des saisons et des dates. Je me suis arrêté sur les trois dernières années, soit entre 2016 et 2019. Et après plusieurs heures de cogitation, voici à quoi je suis arrivé.

MARS  


Voici le mois stratégique où les arrivées sont plus difficiles à prédire. J'ai déjà observé des "oiseaux noirs" dès le 3 mars et beaucoup plus tard dans le mois d'autres années. 

du 1er au 7:  Bernache du Canada (BECA), Goéland argenté (GOAR), Alouette hausse-col (ALHC)

du 8 au 14:  Oie des neiges (OINE), Garrot à oeil d'or (GAOD), Harle couronné (HACO), Grand Harle (GRHA), Urubu à tête rouge (URTR), Carouge à épaulettes (CAEP), Vacher à tête brune (VATB) et Quiscale bronzé (QUBR)

du 15 au 21:  Canard colvert (CACO), Canard noir (CANO), Fuligule à collier (FUCO), Pluvier kildir (PLKI) et Goéland à bec cerclé (GOBC)

du 22 au 31:  Fuligule milouinan (FUMI), Eider à duvet (EIDU), Petit Garrot (PEGA), Aigle royal (AIRO), Buse à épaulettes (BUEP) et Merle d'Amérique (MEAM)


Au Québec, le Grand Corbeau construit son nid au début du mois de mars. C'est le 5 mars 2016 que j'ai photographié cet individu en train de transporter une branche et se dirigeant vers un lieu en forêt.


AVRIL


du 1er au 7:   Canard pilet (CAPI), Sarcelle d'hiver (SAHI), Petit Fuligule (PEFU), Harelde kakawi (HAKA), Harle huppé (HAHU), Grand Héron (GRHE), Busard des marais (BUMA), Épervier brun (EPBR), Buse à queue rousse (BUQR), Buse pattue (BUPA), Crécerelle d'Amérique (CRAM) et Bruant chanteur (BRCH)
du 8 au 14:  Grèbe à bec bigarré (GRBB), Bécasse d'Amérique (BEAM), Épervier de Cooper (EPCO), Pic maculé (PIMA), Pic flamboyant (PIFL), Faucon émerillon (FAEM), Faucon pèlerin (FAPE), Hirondelle bicolore (HIBI), Roitelet à couronne dorée (ROCD) et Grive fauve (GRFA)  

du 15 au 21:  Grue du Canada (GRCA), Bécassine des marais (BEMA), Grand Chevalier (GRCH), Plongeon huard (PLHU), Cormorant à aigrettes (COAI), Bihoreau gris (BIGR), Grimpereau brun (GRBR), Grive solitaire (GRSO), Bruant familier (BRFM), Bruant fauve (BRFA), Sturnelle de l'Est (STES) et Quiscale rouilleux (QURO)

du 22 au 30:  Macreuse à front blanc (MAFB), Grive à joues grises (GRJG), Foulque d'Amérique (FOAM), Mouette de Bonaparte (MOBO), Balbuzard pêcheur (BAPE), Petite Buse (PEBU), Martin-pêcheur d'Amérique (MPAM), Viréo à tête bleue (VITB), Hirondelle rustique (HIRU), Roitelet à couronne dorée (ROCR), Moqueur roux (MORO), Merlebleu de l'Est (MEES) et Bruant des prés (BRPR).


Les cris distinctifs du Pluvier kildir nous avisent en avril que les champs seront bientôt libérés de toute neige.
 

MAI


du 1er au 7:  Grèbe esclavon (GRES), Râle de Virginie (RAVI), Marouette de Caroline (MACA), Gallinule d'Amérique (GAAM), Maubèche des champs (MACH), Chevalier grivelé (CHGR), Petit Chevalier (PECH), Butor d'Amérique (BUAM), Troglodyte des forêts (TRFO), Paruline à couronne rousse (PACR), Paruline des pins (PAPI), Bruant à couronne blanche (BRCB) et Bruant des marais (BRMA)  

du 8 au 14:  Sarcelle à ailes bleues (SAAB), Macreuse à bec jaune (MABJ), Martinet ramoneur (MARA), Colibri à gorge rubis (COGR), Pluvier à collier (PLCO), Bécasseau minuscule (BEMI), Bécassin roux (BERO), Chevalier solitaire (CHSO), Sterne pierregarin (STPI), Hirondelle à ailes hérissées (HIAH), Hirondelle noire (HINO), Hirondelle des rivages (HIRI), Hirondelle à front blanc (HIFB), Troglodyte familier (TRFA), Moqueur chat (MOCH), Grive à dos olive (GRDO), Pic maculé (PIMA), Paruline à croupion jaune (PACJ), Cardinal à poitrine rose (CAPR), Passerin indigo (PAIN) et Goglu des prés (GOPR)

du 15 au 21:  Bécasseau variable (BEVA), Bécasseau semipalmé (BESE), Pioui de l'Est (PIES), Moucherolle à ventre jaune (MOVJ), Moucherolle des aulnes (MOAU), Moucherolle tchébec (MOTC), Viréo de Philadelphie (VIPH), Viréo aux yeux rouges (VIYR), Troglodyte des marais (TRMA), Grive des bois (GRBO), Paruline à collier (PACO), Paruline flamboyante (PAFL), Paruline tigrée (PATI), Paruline à tête cendrée (PATC), Paruline à poitrine baie (PAPB), Paruline à gorge orangée (PAGO), Paruline à flancs marron (PAFM), Paruline à calotte noire (PACN), Paruline à gorge noire (PAGN), Paruline des ruisseaux (PARU), Paruline du Canada (PACA), Paruline noir et blanc (PANB), Paruline à joues grises (PAJG), Paruline masquée (PAMA), Paruline jaune (PAJA), Paruline bleue (PABL),Bruant à gorge blanche (BRGB), Bruant vespéral (BRVE) et  Bruant de Lincoln (BRLI)

du 22 au 31:  Engoulevent d'Amérique (ENAM), Engoulevent bois-pourri (ENBP), Pluvier argenté (PLAR), Plongeon catmarin (PLCA), Petit Blongios (PEBL),  Héron vert (HEVE), Moucherolle à côtés olive (MOCO), Moucherolle des saules (MOSA), Grive à joues grises (GRJG), Jaseur d'Amérique (JAAM), Paruline obscure (PAOB), Paruline verdâtre (PAVE), Paruline rayée (PARA) et Passerin indigo (PAIN)
  


Autrefois commune, la Sturnelle des prés est l'une des espèces champêtres les plus recherchées dans les campagnes de Chaudières-Appalaches, de Portneuf et de Bellechasse. Son chant a été interprété par Roger T. Peterson comme disant "Spring is here again".

Je vous souhaite votre plus belle migration printanière à vie.

@ bientôt.