samedi 23 juillet 2016

Les dindonneaux de la mi-juillet



Après notre rencontre, le 3 juillet dernier, de quelques poussins de Tétras du Canada / Spruce Grouse, voici que notre bonne fortune nous fait croiser aujourd'hui la route de 18 rejetons du plus gros de nos galliformes québécois, le Dindon sauvage / Meleagris gallopavo gallopavo / Wild Turkey. C'est la deuxième fois de notre vie qu'Anne et moi observons dans la nature une portée de dindonneaux sauvages. Il faut dire d'entrée de jeu que la présence aussi abondante du Dindon sauvage sous les cieux québécois, et surtout aussi largement distribuée, est très très récente.


Au Québec, les premières observations datent de 1976 et la nidification du dindon fut pour la première fois confirmée en 1984. Imaginez que ce poids lourd de la faune aviaire nord-américaine n'a osé traverser les frontières américaines que depuis 40 années. C'est très peu. Pour avoir la chance d'observer en nature cet oiseau très farouche, il fallait nous diriger au sud de Montréal, le long de la frontière étasunienne. Et c'est ce que je fis le 13 avril 1991 en allant observer sept dindons dans le rang Fisher, à Saint-Bernard-de-Lacolle. Le printemps est le moment idéal de l'année pour ce faire puisque le mâle émet de puissants "glouglou" qui s'entendent à plus d'un kilomètre et demi. Il est alors possible d'observer un mâle qui se pavane devant quelques femelles médusées par autant d'artifices.



Mâle de Dindon sauvage en captivité. Photo réalisée le 6 juillet 2013 au zoo de St-Félicien, Lac-St-Jean, Québec.



Le mâle ne ménage rien pour assurer sa descendance. Polygyne, il peut accoupler de 4 à 5 femelles. Il laissera ensuite les femelles construire le nid, couver et s'occuper d'élever la marmaille. Plusieurs femelles et leurs rejetons s'attroupent au cours de la saison estivale, mais dès la fin de l'automne, les mâles et les femelles se séparent et forment des groupes distincts jusqu'au printemps suivant. C'est un tel attroupement de quatre femelles et de 18 dindonneaux qui croise notre route. Nous sommes alors sur la route 273, au niveau de Saint-Apollinaire, en direction nord.



Cette femelle se tient à une dizaine de mètres de la route 273. Elle est accompagnée de trois autres. Je n'ai encore jamais réussi à m'approcher de cette espèce. Je demeure dans mon auto et je prends quelques clichés.



Et voilà que j'aperçois deux dindonneaux qui se fraient un chemin dans l'herbe longue. Ils se dirigent vers les adultes.



Ils vont rejoindre une femelle qui est déjà entourée de huit autres dindonneaux.



En Amérique du Nord, les milieux où l'on rencontre le Dindon sauvage ne sont pas entièrement forestiers. Par exemple, les champs cultivés, notamment les champs de maïs, les champs de foin et les pâturages occupent près de la moitié du territoire fréquenté par l'espèce dans le sud-ouest de la province. Les dindons occupent ces milieux ouverts au cours de l'été et de l'automne: adultes et jeunes y trouvent abri et nourriture. Ils y séjournent en hiver, car ils semblent y trouver plus aisément leur pitance.




Dindons sauvages dans un champ en hiver. Photo réalisée le 24 janvier 2016 à Saint-Gilles, comté de Lotbinière, Québec.



Dindons sauvages dans un champs à la fin de l'hiver. Réalisée le 27 mars 2016 à Saint-Édouard, comté de Lotbinière, Québec.


À la fin de l'Atlas de 1984-1989, les biologistes estiment qu'à cause de la rigueur des hivers québécois et de la barrière que constitue la vallée du Saint-Laurent, il est peu probable que l'aire de répartition du Dindon sauvage s'étende de façon appréciable vers le nord. Les décades subséquentes ont cependant dévoilé un autre scénario, une tendance imprévue. La régénération forestière et la popularité sans cesse grandissante de la culture du maïs ont été combinées à une réintroduction massive d'un cheptel provenant d'individus sauvages. Pas question de lâcher en liberté des dindons d'élevage qui s'accoupleraient et dénatureraient l'espèce sauvage originelle. Ces relâches connaissent un taux de succès effarant un peu partout dans la province. Les hivers moins froids et surtout moins neigeux peuvent contribuer au soutien d'une population en bonne santé.


Il est maintenant possible d'observer l'espèce un peu partout le long de la vallée du Saint-Laurent jusque dans la région de Québec. Cette réintroduction, tout comme celle du Cerf de Virginie, a pour but premier l'établissement d'une chasse sportive viable au Québec.



 



Je vous inscite à garder l'oeil bien ouvert lors de vos promenades dans les campagnes.



@ bientôt.





samedi 9 juillet 2016

Voyage voyage (partie 2)




«Partir, c'est quitter son cocon, ouvrir ses ailes et s'envoler. C'est s'apercevoir qu'on n'est pas les seuls sur la planète, qu'on ne sait pas tout comme on le pensait. On devient plus humble, plus tolérant, un peu plus intelligent.»

P. Fillit


Me revoici à l'âge de 33 ans (1984). Marié depuis 8 ans et père d'une adorable fillette de 3 ans, je suis toujours aussi passionné d'oiseaux et de nature. Je vis maintenant davantage en campagne, i.e. en dehors du village de 3 000 habitants qui m'a vu grandir. La petite famille possède une maison stratégiquement bien située en bordure du grand fleuve Saint-Laurent. Un peu pas mal maniaque, j'organise mon environnement immédiat pour accueillir et même retenir le plus d'espèces différentes d'oiseaux possible. Et ça fonctionne au-delà de mes espérances puisque je cumulerai une liste de cour comptant 192 espèces différentes en 29 ans. Des espèces aperçues ou entendues alors que j'ai les deux pieds bien plantés dans les limites de mon terrain de 2 500 mètres carrés. Quelques unes font notre bonheur en nichant dans notre environnement immédiat, d'autres le font en se perchant bien en vue ou en survolant notre demeure.

C'est ainsi qu'un certain soir d'août 1984, nous accrochons un drap blanc sur un grand mur non encore peinturé, dans une pièce que nous venons de faire bâtir et qui deviendra notre futur salon. Les meubles neufs ne sont même pas encore livrés et nous déposons le projecteur à diapositives sur une boite de carton vide. Assis par terre, nous éteignons les lumières et le show commence. Notre ami Dom commente les diapositives de son dernier voyage fait à la Péninsule de Valdès, dans le sud de l'Argentine. Il profite de la présence de l'une de ses soeurs à Buenos Aires pour y séjourner quelques jours. Il planifie ensuite de continuer sur le pouce vers cette péninsule où il compte camper pour revenir avec des photos des éléphants de mer qui y mettent bas.  Dès la première photo montrant un oiseau, je lui demande d'arrêter et je cours chercher un guide que je viens de me procurer et qui traite des oiseaux d'Amérique du Sud. Pas question que les oiseaux projetés sur l'écran ne passent sous mes yeux sans être identifiés. Dom est un mordu de nature en général, de photographie et d'activités de plein air, mais il n'est pas un ferré en ornithologie. Et comme il s'agit d'oiseaux exotiques, inconnus encore pour nous tous, c'est ensemble que nous tentons d'identifier ce qu'il a réussi à immortaliser sur la pellicule. Le premier oiseau présenté est un Tyran quiquivi / Pitangus sulphuratus argentinus / Great Kiskadee, une  photo prise dans la cour même où sa soeur habite à Buenos Aires.


Le Tyran quiquivi est l'un des oiseaux colorés les plus faciles à observer à partir du Mexique, au nord, jusqu'en Argentine, au sud. Il est très vocal et le cri fort qu'il émet est facilement interprété par les francophones sous la forme d'un "Qu'est-ce-qui-dit !" ou par un "kiskadee" par les anglophones. Photo prise le 15 février 2014 à Huatulco, Mexique.


Il est suivi d'autres photographies prises dans la pampa de la Patagonie ou sur le bord de l'Atlantique.

Au gré des diapositives, des espèces toutes aussi exotiques les unes que les autres apparaissent et s'évanouissent devant mes yeux ébahis: Cygne à cou noir, Tinamou élégant, Manchot de Magellan... Mon degré d'excitation est à son comble. Je sais maintenant, au fond de moi-même, que j'irai un jour dans ces endroits et que je les verrai, à mon tour, tous ces oiseaux d'ailleurs. Dom vient d'ouvrir mon esprit à la planète des oiseaux. Je lui en serai toujours redevable.

Jeter sur papier, en quelques lignes, les étapes de toute une vie n'est certainement pas la chose la plus facile à faire. J'essaierai donc d'être le plus concis possible. Vous me pardonnerez si je déborde un peu. La passion est tellement difficile à contrôler.

Le voyage qui a littéralement changé ma perception des voyages a lieu en mars 1987 alors que nous nous rendons à Cuba, une destination très populaire et l'une des plus économiques à l'époque. C'est un voyage de famille et je suis accompagné de mon épouse et de ses parents, de ma fille de 6 ans, de mon frère Clodin, de ma soeur Sylvaine et d'un ami ornithologue, Louis-Sarto Carrier. Nous sommes logés à Playa Giron, près de la péninsule du Zapata. Il s'agit d'un tout inclus où nous côtoyons beaucoup de russes. Cuba constitue en effet l'endroit "dans le sud" de la Russie puisque les deux sont des pays communistes et qu'ils obéissent aux mêmes règles.  Après quelques jours, Louis-Sarto apprend qu'un groupe d'une dizaine d'Ontariens logent à Playa Larga (à 20 minutes de route) et que nous pouvons nous joindre à eux pour quelques jours. C'est ainsi que pour la somme dérisoire de $50.00 US par personne, mon frère, notre ami et moi-même, nous nous joignons au groupe pour les deux journées qui suivront. Je n'ai jamais compris ce bout-là, mais il faut croire que ma bonne étoile brillait déjà dans mon firmament de voyageur en devenir. C'est là que je découvre l'existence des voyages de groupe et je veux en savoir davantage. Le leader du groupe n'est nul autre que Tom Hince, le directeur du centre d'administration de Pointe Pelée, dans le sud ouest de l'Ontario. Sa grande amabilité n'a d'égale que sa générosité. Il me dit comment procéder si je veux organiser un groupe de Québécois.

Un an plus tard, en mars 1988, je reprends l'avion pour Cuba, mais je ne suis pas seul. Je suis accompagné de 15 autres personnes qui ont répondu à mon offre d'un voyage de groupe sur cette île populaire des Caraïbes. Je n'ai malheureusement pas de photos personnelles potables d'oiseaux de toutes ces années entre 1988 et 2010. Mais je peux quand même vous donner une idée des voyages de groupes ou personnels faits à partir de 1989.


Costa Rica: mars 1989, mars 1990,  juin 1991, décembre 1991, mars 1993, décembre 1993, mars 1994, mars 1995, mars 1996, mars 1997, mars 1998, mars 1999,  mars 2000, mars 2001, février 2005, mars 2009, mars 2010.

Cuba: mars 1987, mars 1988, mars 2008.

Floride: décembre 1989, mai 2015.

Californie: décembre 1990.

Vénézuéla: juillet 1992,  décembre 1994, novembre 2008.

Colombie:  juillet 1991, décembre 1993. 

Jamaïque: avril 1993, mars 2007.

Mexique:  décembre 1995, février 2014, mai 2016.

Équateur / Galapagos: août 2000, novembre 2005, novembre 2010.

Espagne: mai 2001.

Panama: mars 2002, mars 2003, mars 2004.

Kénya / Tanzanie: novembre 2003.

Thaïlande: novembre 2004, février 2013.

Bélize: mars 2006.

Argentine: octobre 2006.

Afrique du sud: novembre 2007.

Pérou: décembre 2009, novembre 2010.

Brézil: août 2011.

Australie / Tasmanie: octobre 2011.

Madagascar: septembre 2012.

Sud de l'Inde / Sri Lanka: novembre 2014.

Ghana: novembre 2015.


Des Québécois(e)s à Cuba en avril 2008. Seriez-vous capable de reconnaître Jean Dubé, Jacques Pépin, Richard Yank, Richard Alan Jones, Leah Den Besten, André Charbonneau, Daniel Barrette, Johanne Barrette et Laval Roy ?
     

«Un bon voyageur ne doit pas se produire, s'affirmer, s'expliquer, mais se taire, écouter et comprendre.»
Paul Morand



Les îles Galapagos constituent des paradis abritant des espèces endémiques qu'elles soient minérales, végétales ou animales. Poser les pieds sur le sable blanc de quelques unes des différentes îles relève du fantasme. Nous voyons ici Anne en compagnie d'un Moqueur des Galapagos / Mimus parvulus / Galapagos Mockingbird et d'Otaries / Otaria flavescens / Eared seal. Comme pour bien des endroits à travers le monde, il est impossible de revenir tout à fait la même personne de ces lieux mythiques. Photo prise sur l'île de Floreana, le 23 novembre 2005.



«On voyage pour changer, non de lieu, mais d'idées.»
H. Taine




La passion des oiseaux amène ces Québécois(e)s à Bueng Boraphet, la plus grande zone humide du centre de la Thaïlande, avec une superficie de 224 km2.  Nous sommes le 13 février 2013.



«La vie est un long champ à cultiver. Voyager, c'est y semer la diversité de la Terre. Voyager, c'est l'embellir des couleurs du monde.»
L. Lesven



Il faut se rendre à un autre endroit mythique, l'île de Madagascar, pour espérer rencontrer le plus petit caméléon du monde, Brookesia minima. J'ai eu la chance de le tenir sur l'index de ma main gauche le  17 octobre 2012 au parc national de Masoala. Photo prise par mon ami Jean Jacques Gozard.


Je vous souhaite bien des voyages sur la route des oiseaux.


@ bientôt.

 


jeudi 7 juillet 2016

Les poussins du début juillet




Les premiers jours de juillet offrent les meilleures chances pour observer les poussins des galliformes qui habitent les forêts québécoises. Des espèces de la famille des tétraonidés, il n'en existe pas des tonnes au Québec. En fait, il y en a trois.  Les travaux réalisés dans le cadre des deux Atlas des oiseaux nicheurs du Québec de 1984 à 1989 et de 2010 à 2015, ont permis de mieux délimiter les aires de distribution de chacune des espèces. J'ai eu la chance de participer à ces deux Atlas et c'est le dernier qui m'a amené en forêt boréale sur la Côte Nord, en Abitibi et au Lac Saint-Jean. Ceci m'a permis de côtoyer les trois espèces.


L'espèce la plus commune et la plus répandue est la Gélinotte huppée / Bonasa umbellus togata / Ruffed Grouse. Elle habite principalement les peuplements feuillus et mixtes. L'hiver, elle s'abrite dans les conifères pour se protéger des intempéries. Sédentaire et plutôt solitaire, la gélinotte passe toute sa vie dans un domaine habituellement inférieur à 100 hectares. Ainsi, la présence d'un individu dans un lieu donné indique qu'il y niche probablement. Sauf en hiver, elle se tient généralement au sol et s'envole surtout pour fuir et se percher dans les arbres. Son vol est bref et rapide.



Gélinotte huppée se nourrissant de bourgeons. Photo réalisée le 14 février 2016 sur le rang Petrée, Lévis, Québec.




Le deuxième rang en terme d'abondance revient au Tétras du Canada / Falcipennis canadensis canadensis / Spruce Grouse. On le retrouve dans les forêts de conifères et dans les tourbières. Associé à la forêt boréale, les habitats fréquentés varient selon les saisons. Au Québec, il préfère les peuplements forestiers dominés par l'Épinette noire et le Sapin baumier. En période de pré-reproduction, il choisira un habitat un peu moins dense où il pourra accomplir les rituels liés à la formation des couples. Il optera ensuite pour un habitat plus dense où la femelle pourra nicher et élever sa couvée en toute sécurité, et où le mâle sera protégé des prédateurs lors de la mue.




Cette femelle de Tétras du Canada se nourrit au sol parmi la mousse, les lichens et la végétation basse, éléments propres à la forêt boréale. Photo réalisée 03 juillet 2016 le long du chemin de la Pinède, Parc des Grands Jardins, Québec.


Et voici maintenant le troisième et le plus rare des représentants, le Tétras à queue fine / Tympanuchus phasianellus phasianellus / Sharp-tailed Grouse. Il fréquente les tourbières dégagées, les brûlés et les coupes forestières en régénération, parfois aussi les champs abandonnés du nord et de l'ouest du Québec méridional. Il est le seul de nos gallinacés à constituer des arènes (leks) lors de l'accouplement. Les mâles se regroupent sur des terrains, utilisés dans certains cas depuis des générations, où ils exécutent des danses destinées à gagner la faveur des femelles. Cet oiseau est considéré encore aujourd'hui comme un nicheur résident rare dans le nord du Québec méridional, comme le signalait Normand David dès 1980.



Femelle de Tétras à queue fine photographiée le 6 juillet 2012 près de Matagami, en Jamésie, dans la région administrative du Nord-du-Québec.


L'espoir de rencontrer une petite famille de Tétras du Canada, nous amène, Anne et moi, à nous rendre dans le Parc des Grands Jardins où la forêt boréale règne en maîtresse absolue. Nous sommes le 3 juillet, donc en pleine période où les femelles sont accompagnées de leurs poussins nouvellement nés. Pour ce faire, il s'agit tout simplement de se promener très lentement en empruntant les chemins forestiers. Les femelles aiment amener les poussins le long des chemins où la nourriture est plus variée qu'en pleine forêt. Dans un délai de deux heures, nous rencontrons deux petites familles de tétras. Les deux sont composées d'une femelle et de deux poussins. Les nichées comptent généralement de six à huit poussins, mais il arrive que le nombre atteigne la dizaine. La prédation sur les poussins est très grande et il est normal que seulement un faible pourcentage de la nichée survive à cette première étape de leur vie.



Poussin de Tétras du Canada.  Réalisé le 03 juillet 2016 dans le sentier de la Pinède, Château Beaumont, Parc des Grands Jardins, Québec.




Les poussins sont d'une grande beauté et nous pouvons les approcher à condition bien sûr d'y aller avec patience et respect. Alors que les poussins pépient sans arrêt, la femelle glousse faiblement afin de leur faire connaître où elle se trouve. Elle ne se tient jamais très loin et elle se montre assez ostensiblement afin d'attirer notre attention plus sur elle que sur les petits. Si nous restons vraiment immobile, elle peut même continuer à se nourrir comme si nous n'y étions plus. Ceci m'a amené à réussir ce portrait de la femelle.



Portrait d'une femelle de Tétras du Canada réalisé le 03 juillet 2016 dans le sentier de la Pinède, Château Beaumont, Parc des Grands Jardins, Québec.



Ce poussin de Tétras du Canada est juste assez âgé (environ une semaine) pour s'envoler à  partir du sol afin d'atteindre les branches basses d'un conifère. D'instinct, il sait qu'il doit rester immobile pour échapper à l'attention d'un prédateur potentiel. Quoi demander de mieux pour un photographe ?  Réalisé le 11 juillet 2012 en Abitibi, Québec.


Voici maintenant un poussin de Gélinotte huppée rencontré le 06 juillet 2012 en Abitibi.



Même en très bas âge, une petite crête de plumes orne le front du poussin de la gélinotte.


Il est plus difficile d'approcher un poussin de gélinotte, car la mère les force à rejoindre la végétation aussitôt qu'elle note la présence d'un prédateur potentiel. Ensuite, elle vient vers nous pour nous attirer le plus loin possible de l'endroit où se trouve sa progéniture.


Il en est de même pour le Tétras à queue fine. En fait, je n'ai la chance d'une rencontre avec une petite famille qu'une seule fois. La femelle accompagne six à huit poussins. Ça se passe le 06 juillet 2012, à Matagami, et je suis accompagné du biologiste François Gagnon. Ça se fait très vite. D'abord, nous apercevons la femelle en bordure du chemin. Nous ne réalisons pas qu'elle puisse accompagner des poussins. Dès qu'elle nous aperçoit, elle entrouvre les ailes et se met à courir dans notre direction. Je crois qu'elle agit alors comme une femelle de gélinotte. Mais voilà qu'à mi-distance entre nous et elle, trois ou quatre petits oiseaux s'envolent sur une courte distance. Elle change alors de direction et fait s'envoler environ le même nombre d'oiseaux. Nous comprenons alors qu'elle vient de chasser ses poussins du site. Je n'ai donc pas eu la chance d'observer un poussin de ce rare tétras.






Si vous désirez observer de visu des beaux poussins de gallinacés forestiers, je vous invite à ne pas trop tarder à partir à leur recherche. Dans quelques semaines, la période magique sera passée. Si vous vous décidez à y aller, je vous exhorte à le faire de façon très respectueuse.


@ bientôt.





vendredi 1 juillet 2016

Des oiseaux en juin 2016



Et oui, le temps passe vite. Juin 2016 est maintenant derrière nous. Au Québec, le mois de juin est le mois le plus fébrile pour les oiseaux nicheurs. Nombre d'espèces néo-tropicales atteignent leurs quartiers de reproduction nordiques seulement en début juin et ils les quittent en août ou septembre. Ceci donne le temps à certaines espèces de rendre à terme une deuxième nichée... qui se fera en juillet... et même une troisième selon des conditions exceptionnelles de température et d'accessibilité à des sources alimentaires. Les troisièmes nichées sont plus normalement observées pour les espèces qui nous reviennent au début d'avril comme le Merle d'Amérique ou celles qui restent au Québec toute l'année comme la Tourterelle triste. Des espèces dont nous pouvons observer des immatures assez tard à la fin de l'été.


Anne et moi avons profité de ce mois de juin 2016 en nous échappant à chaque fin de semaine pour explorer différents coins de la province. Ceci dans le but de lister le plus d'espèces possibles dans une même année. Cette activité se répercute d'année en année et elle est l'apanage de bien des ornithologues Québécois(es) un peu plus passionné(e)s que la moyenne. Les endroits visités sont en majorité les mêmes à chaque année, car ils accueillent les mêmes espèces selon des habitats particuliers, et nous ajoutons les spécialités annuelles dont nous obtenons la présence en consultant la plateforme informatique Ebird pour le Québec. Je mentionne régulièrement cet outil dans mes billets, car il est de plus en plus utilisé par les ornithologues amateurs actifs qui y téléchargent leurs observations très rapidement. Ceci aide grandement à la diffusion de l'information et j'en remercie tous les observateurs d'oiseaux désireux de partager la bonne nouvelle avec leurs pairs.


Voici par ordre chronologique un bref compte-rendu photographique de nos sorties.


4 Juin 2016:  Port-Saint-François et Baie-du-Febvre


Le Port-Saint-François se situe près de Nicolet et c'est un site de plus en plus visité par les ornithologues. Une longue passerelle surélevée traverse un milieu marécageux et l'observation de la gente ailée s'en trouve grandement facilitée. Au fil des années, ce lieu a accueilli des espèces pour le moins spéciales et 2016 s'avérera (du moins jusqu'ici) comme l'année de la Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler. Une paruline dont l'aire de distribution se retrouve à partir du sud-ouest de l'Ontario vers le sud. Elle migre jusqu'au nord de l'Amérique du Sud. Personnellement, je l'ai observée au parc de Rondeau (près de Pointe Pelée en Ontario) et souvent au Costa Rica où il hiverne en bon nombre. L'individu du Port-Saint-François est considéré comme un égaré qui ne s'accouplera probablement pas en 2016. La seule pensée qu'une femelle de la même espèce se soit égarée au même endroit relève de la plus pure fiction. Ce mâle chante sans arrêt et il va même jusqu'à creuser un tronc pourri pour y préparer un nid bien douillet, tout comme il le ferait sur son terrain de reproduction normal.



Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler



Paruline orangée / Protonotaria citrea / Prothonotary Warbler


Alors que nous suivons des yeux la paruline, un photographe me dit qu'un couple de Marouette de Caroline / Porzana carolina / Sora est occupé à construire un nid et que le tout s'observe très bien à partir de la passerelle. Une occasion à ne pas manquer.


Marouette de Caroline / Porzana carolina / Sora

Un autre site qui agit comme un véritable aimant pour les oiseaux est Baie-du-Febvre, aussi situé près de Nicolet. Un grand marais, des plans d'eau, des champs ouverts, un peu de forêt et la proximité du fleuve: tout ce qu'il faut pour inciter nos amis ailés à y faire une pause. Pour Anne et moi, c'est l'endroit où nous ajoutons annuellement la Guifette noire / Chlidonias niger surinamensis / Black Tern qui y niche en très grand nombre.


Guifette noire / Chlidonias niger surinamensis / Black Tern


En passant, j'observe ce Tyran tritri / Tyrannus tyrannus / Eastern Kingbird qui garde l'oeil bien ouvert sur son territoire. Gare à l'oiseau qui osera passer trop près.


Tyran tritri / Tyrannus tyrannus / Eastern Kingbird




5 Juin 2016:  Marais Léon Provancher à Neuville



Un autre incontournable près de la ville de Québec est le Marais Léon Provancher. Un endroit qui réserve souvent de belles surprises ornithologiques. Un des joyaux de l'endroit est le Petit Blongios / Ixobrychus exilis exilis / Least Bittern qui y niche depuis quelques années. Avec un peu de chance et beaucoup de patience, il est possible de voir évoluer le plus petit des ardéidés québécois à quelques mètres de nous. Lorsqu'il est en mode nourriture, il vaque à ses occupations sans tenir compte de notre présence, à condition bien évidemment que nous restions silencieux et immobiles.


Petit Blongios / Ixobrychus exilis exilis / Least Bittern



Petit Blongios / Ixobrychus exilis exilis / Least Bittern


En juin, l'eau libre du marais voit apparaître plusieurs petites familles d'anatidés. Une femelle de Canard colvert / Anas platyrhynchos platyrhynchos / Mallard passe tout près avec sa petite famille de canetons duveteux. Trop mignon pour que je résiste à l'envie de prendre quelques photos.



Caneton de Canard colvert / Anas platyrhynchos platyrhynchos / Mallard




11 Juin 2016  Gros-Cacouna et St-Fabien-sur-mer



La découverte d'une Aigrette neigeuse / Egretta thula brewsteri / Snowy Egret dans le petit marais du port de Gros-Cacouna nous attire aujourd'hui vers le Bas-Saint-Laurent. Dès notre arrivée au site, nous l'observons alors qu'elle se nourrit près de la végétation. 



Aigrette neigeuse / Egretta thula brewsteri / Snowy Egret


Nous poursuivons notre route jusqu'à Saint-Fabien-sur-mer où une autre belle surprise nous attend. Tout près de la rive, un mâle d'Eider à tête grise / Somateria spectabilis / King Eider accompagne quelques Eiders à duvet. Cette photo ne rend pas hommage à la beauté de cet eider qui s'appelait autrefois l'Eider remarquable. Malgré le fait que cette espèce se retrouve sur la liste annuelle des ornithologues actifs, il est rare d'en observer plus d'un individu à la fois et la région du Bas-Saint-Laurent est l'endroit pour l'observer.



Eider à tête grise / Somateria spectabilis / King Eider



12 Juin 2016:  Baie-du-Febvre



Et oui, nous voilà de retour à cet endroit puisqu'une observation plutôt étonnante y a été rapportée dans les derniers jours. Une espèce d'oiseau qui s'observe habituellement au large des côtes et que je n'avais pas encore eu la chance de croiser au Québec. Un Labbe à longue queue / Stercorarius longicaudus  / Long-tailed Jaeger se tient dans un champs en culture où il se nourrit d'insectes au sol. C'est bien le dernier endroit où j'aurais pensé trouver cette espèce pélagique.




Labbe à longue queue / Stercorarius longicaudus  / Long-tailed Jaeger



Alors qu'il commence à pleuvoir, nous nous dirigeons vers la Halte Sarcelle où un plan d'eau héberge des Érismatures rousses et un Canard siffleur. Nous les observons, mais le manque de lumière et la distance rendent impossible la prise de photo. Par contre, une rencontre plutôt spéciale sur la digue surprend autant ce Cerf de Virginie / Odocoileus virginianus / White-tailed Deer que nous-mêmes.




Cerf de Virginie / Odocoileus virginianus / White-tailed Deer




18 Juin 2016:  Montérégie (de Huntingdon à Dundee)



Notre sortie annuelle en Montérégie nous permet d'aller observer des espèces habituellement absentes ou peu fréquentes près de la ville de Québec: Bruant des champs, Tohi à flancs roux, Viréo à gorge jaune, Grive des bois, Troglodyte à bec court, Paruline à ailes bleues, Paruline à ailes dorées, Paruline de Brewster, Bruant vespéral...


La montée Biggar, près de Huntingdon, est l'endroit idéal pour observer la Paruline à ailes bleues / Vermivora cyanoptera / Blue-winged Warbler, la Paruline à ailes dorées / Vermivora chrysoptera / Golden-winged Warbler et la Paruline de Brewster /  Brewster's Warbler. Cette dernière espèce n'en est pas une à part entière parce qu'elle est le fruit de l'hybridation des deux premières. 

 

Paruline à ailes bleues / Vermivora cyanoptera / Blue-winged Warbler




Paruline de Brewster /  Brewster's Warbler


C'est sur le chemin Shearer que nous entendons le Viréo à gorge jaune / Vireo flavifrons / Yellow-throated Vireo. Comme les autres membres de la famille, ce viréonidé préfère le sommet des arbres où il se nourrit dans le feuillage dense. Il est très vocal, mais il doit descendre vers nous si nous voulons l'observer. Quelques chuintements l'attirent et il descend presque à notre niveau. 



Viréo à gorge jaune / Vireo flavifrons / Yellow-throated Vireo


C'est à la montée Gordon de Dundee que nous trouvons l'habitat idéal recherché par le Troglodyte à bec court / Cistothorus platensis stellaris / Sedge Wren. Ce chemin est en fait un cul-de-sac qui mène à quelques maisons. Il est très important d'y aller avec beaucoup de respect autant pour les gens qui y vivent que pour l'habitat bien particulier. Il n'est pas question de s'aventurer dans les champs pour s'approcher des oiseaux. Toute observation ou photographie doit se faire à partir du chemin. 




Troglodyte à bec court / Cistothorus platensis stellaris / Sedge Wren



26 juin 2016:  Saint-Édouard-de-Lotbinière



Une tournée dans le comté de Lotbinière est un circuit que nous aimons faire régulièrement. Nos cibles de la journée sont un Bruant des plaines / Spizella pallida / Clay-colored Sparrow rapporté à Saint-Antoine-de-Tilly, une Tourterelle turque / Streptopelia decaocto decaocto / Eurasian Collared-Dove rapportée dans le village de Saint-Édouard-de-Lotbinière et un Moucherolle à côtés olive / Contopus cooperi / Olive-sided Flycatcher possiblement nicheur le long du rang Juliaville, toujours à Saint-Édouard. Si nous sommes chanceux pour la première espèce, les deux autres éludent nos recherches. Cependant, chaque sortie apportant son lot de belles rencontres non planifiées, voici une belle Bécassine de Wilson / Gallinago delicata /Wilson's Snipe perchée sur un piquet de cèdre en bordure du rang des Plaines, à Saint-Antoine-de-Tilly.




Bécassine de Wilson / Gallinago delicata /Wilson's Snipe



Bécassine de Wilson / Gallinago delicata /Wilson's Snipe


Alors que nous sommes à la recherche du Moucherolle à côtés olive, voilà qu'apparaît une Paruline à couronne rousse / Setophaga palmarum hypochrysea / Palm Warbler. Cet individu est de la race hypochrysea, celle qui a les dessous très jaunes et dont la distribution est attribuée à la province de Québec. Pourtant, sur leur aire de reproduction, elle est rencontrée beaucoup moins fréquemment que la race palmarum qui, elle, est attribuée plus à l'ouest du Québec (Ontario vers l'ouest du pays). Parmi les centaines d'individus de cette espèce répertoriés sur leur terrain de nidification au-dessus du 49ième parallèle dans le nord du Québec, je n'ai jamais rencontré la race hypochrysea, mais toujours la race palmarum. Ce fait m'a toujours troublé. Pourtant, au cours des migrations, les deux races sont observables. Si vous avez de l'information supplémentaire à ce sujet, j'apprécierais beaucoup la lire. N'hésitez pas à laisser un commentaire.



Paruline à couronne rousse / Setophaga palmarum hypochrysea / Palm Warbler





@ bientôt.