lundi 1 février 2016

Oiseaux d'hiver 2015-2016



Après un Noël 2015 sans abondance de neige, l'hiver s'est finalement implanté de façon très timide. Avec seulement 4 journées affichant une température de - 20°C pour tout le mois de janvier 2016, les Québécois frileux (et oui, ça existe) n'ont pas à se plaindre. Si habituellement une température douce annonce de la neige, ce ne fut même pas le cas. Les déplacements routiers ont donc été facilités par une chaussée sèche et une circulation fluide.

Anne et moi ne participons pas à une activité hivernale populaire au Québec, soit l'Avicourse. Elle consiste à observer le plus d'espèces possible au Québec entre le 1er décembre et la dernière journée de février de l'année suivante. En plus d'inciter les ornithologues à sortir durant la saison froide, elle s'avère une source intéressante d'informations sur la présence des espèces habituelles et sur celle d'espèces dites égarées. En fait, l'égarement peut se traduire à divers niveaux dont celui du point de vue géographique ou celui du point de vue saisonnier. S'il n'est pas "normal" d'observer sous nos cieux un Solitaire de Townsend / Myadestes townsendi townsendi / Townsend's Solitaire, espèce qui vit dans l'ouest de l'Amérique du Nord...


Photographie réalisée le 29 février 2012 à Charlesbourg, ville de Québec.

... il n'est pas plus "normal" d'observer une Sarcelle d'hiver / Anas crecca carolinensis / Green-winged Teal au début janvier dans la région de la ville de Québec. Cette espèce devrait normalement avoir migré plus au sud pour la saison hivernale et nous revenir en avril.



Un mâle en devenir de Sarcelle d'hiver présent le 5 janvier 2016 au Domaine de Maizerets, ville de Québec, Québec.


Cette femelle de Sarcelle d'hiver accompagne le mâle. Sa petite taille est facile à estimer quand on la compare à celle de la femelle de Canard colvert en arrière-plan. Photo prise le 30 janvier 2016 au Domaine de Maizerets, ville de Québec, Québec.


Même si nous n'hésiterons pas quelques fois à étirer le pas dans l'espoir d'observer une espèce discordante sous nos cieux hivernaux, le but premier de nos sorties est vraiment de profiter de la présence des oiseaux dits nordiques avant qu'ils ne nous quittent pour regagner leur site de reproduction au printemps ou au début de l'été. Voici un aperçu des différentes espèces rencontrées en janvier 2016.


L'année commence en lion, le 1er janvier 2016, avec la rencontre d'un adulte de Pie-grièche grise / Lanius excubitor borealis / Northern Shrike sur le chemin Aubin, Lévis, Québec.


Au Québec, nous avons deux espèces de pie-grièche: la Pie-grièche migratrice et la Pie-grièche grise. Si la grise vient nous visiter de façon régulière entre les mois de novembre et de mars, la migratrice est devenue extrêmement rare. Même si la pie-grièche se nourrit de petits rongeurs, de gros insectes ou d'autres petits oiseaux, elle n'est pas un rapace, mais bien un passereau. Ses pattes étant trop faibles pour tuer un animal, elle peut compter sur un bec muni d'un crochet puissant qui lui permet de déchirer les chairs de ses victimes. Elle se sert des épines naturelles des aubépines et des fils barbelés pour empaler ses victimes. Elle peut ainsi se constituer un garde-manger.


Cette pie-grièche est arrivée de nulle part alors que j'essayais de photographier un Bruant hudsonien / Spizelloides arborea arborea / American Tree Sparrow perché à l'intérieur d'un arbuste très branchu.





Elle s'est posée à environ 3 mètres de moi et elle était absorbée par le bruant en contrebas.






Après plusieurs essais pour atteindre le bruant qui demeurait stratégiquement bien à l'abri à l'intérieur des branchages, elle a dû se résoudre à repartir. Non sans m'avoir permis de réaliser ces clichés.


Quelques heures plus tard en après-midi, une Buse à épaulettes / Buteo lineatus lineatus / Red-shouldered Hawk était bien agrippée à une grosse branche le long de l'autoroute Félix Leclerc, ville de Québec, Québec. Il reste toujours au moins un individu dans les parages en hiver et elle est plus facile à observer durant la saison froide.





La forêt Montmorency est un de nos endroits privilégiés en début d'année. Notre visite du 05 janvier 2016 ne passera jamais à l'histoire. D'abord, il s'agit du premier matin vraiment froid de l'hiver avec une température de -23 °C (sans tenir compte du facteur éolien). Les oiseaux ne sont pas au rendez-vous. En une heure, seulement deux individus observés de deux espèces différentes. Un Geai bleu et un Mésangeai du Canada. Et le mésangeai nous gratifie de sa présence alors que nous embarquons dans l'automobile pour le retour. Je le vois de très loin et j'essaie d'émettre des sons afin d'attirer son attention vers nous. Ma mâchoire est gelée et j'ai toutes les difficultés à siffler quelque chose d'invitant pour l'oiseau. Mais, Dieu merci, le voilà qui s'envole et qui se dirige vers nous.



Ce Mésangeai du Canada / Perisoreus canadensis nigricapillus / Gray Jay a fait une envolée de près d'un kilomètre avant de venir se poser au bout d'une épinette juste au-dessus de nos têtes. Après quelques secondes, il est reparti sans demander son reste.


En revenant à la maison, nous arrêtons à notre cher Domaine de Maizerets où une belle surprise nous attend.



Un Grand-duc d'Amérique / Bubo virginianus virginianus / Great Horned Owl est perché à hauteur des yeux, bien accoté au tronc principal d'un grand arbre s'élevant le long de la petite rivière du domaine. Cet oiseau a malheureusement l'oeil droit bien amoché. Pour un strigidé, la perte d'un oeil rend la survie bien incertaine.


Le 11 juillet 2015, la cour arrière de la maison voisine jouxtant notre propre cour arrière accueille une espèce bien spéciale. En fait, une nouvelle espèce à ajouter à notre liste de cour. Un son inconnu m'attire et je vois apparaître un Troglodyte de Caroline sur une pile de bois. Il demeure dans le secteur pendant une couple de jours pour finalement disparaître. De petite taille, il est très furtif et, s'il n'était pas si vocal, il passerait probablement inaperçu. Je n'arrive pas à le photographier durant l'intervalle. Mais, voilà qu'un autre individu de cette espèce est repéré en décembre dans une cour à environ 2 kilomètres de notre demeure. Vu les probabilités qu'un deuxième individu d'une espèce aussi rare se retrouve dans le même secteur sont plutôt faibles, je croirais que nous avons affaire au même oiseau. Le "mien" était également très en voix et il ne se gênait pas pour émettre son chant à intervalles réguliers. Après une couple de visite à cet endroit, c'est le 23 janvier 2016 que je réussis ce cliché.


Troglodyte de Caroline / Thryothorus ludovicianus ludovicianus / Carolina Wren.


Un autre bon secteur pour trouver des oiseaux en hiver est la région de Tewksbury, au nord est de la ville de Québec. Et c'est le 24 janvier que nous nous y rendons.



Une flopée du très coloré Gros-bec errant / Coccothraustes vespertinus vespertinus / Evening Grosbeak



Le Tarin des pins / Spinus pinus pinus / Pine Siskin n'est pas très abondant dans nos régions en cet hiver 2016.


De même que le Sizerin flammé / Acanthis flammea flammea / Common Redpoll...



et le Durbec des sapins / Pinicola enucleator leucura / Pine Grosbeak.


La Sittelle à poitrine rousse / Sitta canadensis / Red-breasted Nuthatch n'est pas rare dans notre région, mais je suis tout à fait incapable de ne pas la photographier quand l'occasion se présente.


De retour vers la maison, je propose à Anne de nous rendre sur la rive sud vers Saint-Gilles où le Dindon sauvage est rapporté régulièrement. Dès notre arrivée dans le secteur, Anne repère un groupe de 25 individus qui se nourrissent au beau milieu d'un vaste champs. Même si c'est trop loin pour une photo potable, je tiens quand même à documenter l'observation.



4 des 25 Dindons sauvages / Meleagris gallopavo silvestris / Wild Turkeys occupés à se nourrir activement dans un champs de culture en dormance.


Avant de terminer ce billet, je voudrais vous entretenir d'une première pour moi en ce mois de janvier 2016. Au cours des années, j'ai lu les mentions de rapports d'observation de très gros groupes de Jaseurs boréaux. Dans mes souvenirs, ces rapports provenaient soit du Bas-Saint-Laurent, soit de la Gaspésie ou soit du Lac-Saint-Jean. Et bien voilà qu'en ce 16 janvier 2016, je vois arriver dans les grands arbres en face de la maison un groupe de jaseurs que j'estime à environ 750 individus. Wow !  Il faut ajouter qu'un tel groupe détone d'autant plus que les oiseaux sont moins abondants en hiver. Je m'empare vite de ma caméra Lumix et je prends ce cliché à partir de la vitrine du salon. Je ne peux prendre qu'une partie du groupe, mais ça donne quand même une idée de la féerie du moment.






Le Jaseur boréal / Bombycilla garrulus pallidiceps / Bohemian Waxwing est, avec le Gros-bec errant, une des 5 espèces que l'on aime retrouver hiver après hiver. Les deux espèces sont peu farouches, gracieuses et colorées. Très réconfortant sous des températures peu clémentes.



@ bientôt.



2 commentaires:

Anonyme a dit…

Quel beau voyage que je viens de faire!! Belle histoire en ce mois de février!!! Merci !!!

lejardindelucie a dit…

Bravo pour ces belles découvertes hivernales et surtout bravo pour avoir le courage de sortir par des températures aussi rigoureuses( nous qui avons froid dès que le thermomètre ose descendre sous les 10°!)
Heureusement que je reconnais quelques cousins de nos oiseaux!Les petites sarcelles d'hiver qui nous rendent visite en Camargue sont parmi nos favorites. Les Jaseurs boréaux font parfois des incursions en France, mais ne s'aventurent guère jusqu'au bord de la Méditerranée.
Si le froid arrive jusqu'à nous, ce qui est exceptionnel, je vois aussi de nouveaux visiteurs qui descendent des monts environnants.
Cet hiver, j'ai vu peu d'oiseaux nordiques dans le jardin, un seul Pinson du Nord a représenté ce groupe alors qu'il y a 3 ans ils étaient une vingtaine.Mais les températures très douces ont facilité la vie de bien des oiseaux, la nourriture abondante restant accessible.
Merci encore de partager ces belles rencontres!