dimanche 2 février 2014

Un pic plutôt flamboyant...



Les oiseaux ne semblent pas toujours bien porter le nom que les taxonomistes ont accordé à chacun d'entre eux ou, du moins, l'évidence de ces choix n'est pas toujours facile à cerner. Cependant, s'il existe un nom qui convient à ravir à un oiseau, c'est bien celui que porte le Pic flamboyant / Colaptes auratus luteus / Northern Flicker. Malgré que son ancien nom de Pic doré était selon moi encore plus significatif. 

Le gourou de bien des ornithologues amateurs du monde entier, le Dr Roger Tory Peterson, a vu naître sa passion pour les oiseaux lorsqu'il a observé pour la première fois cette espèce. La femelle de ce pic était alors collée à un tronc d'arbre et elle ne lui présentait que son dos. Tout ce que Roger percevait à ce moment c'était un oiseau immobile, gris-brun et terne. N'eût été du regard vigilant de l'observateur, l'oiseau aurait très bien pu passer pour un simple renflement du tronc.



 
Mais quand le pic s'envola, alors ce fut l'éblouissement total. Le jaune éclatant sous ses ailes, les lisérés dorés des rachis des grandes rectrices de la queue et des plumes formant les primaires et les secondaires de ses ailes révélèrent tout à coup un oiseau tout à fait remarquable aux yeux du naturaliste en herbe.






Des espèces de pics communément observables au Québec, celle-ci est ma préférée. Son manteau est superbe avec ses stries, ses points, sa collerette et la moustache que porte fièrement le mâle. Elle est très vocale et agressive en période de nidification. Dès que nous faisons la repasse de son chant, elle se présente dans la minute devant nous, bien décidée à découvrir l'intrus qui ose s'époumoner dans son territoire.




L'agressivité entre les pics est très fréquente et il est souvent difficile de discerner si les interactions font partie ou non d'un comportement relié à la période de nidification. Dans plusieurs cas, cependant, cette agressivité est dirigée principalement contre des oiseaux de la même espèce et du même sexe. Et l'affrontement ne se termine que lorsque l'un des deux finit par quitter la zone de confrontation.




Cependant, toujours en période de nidification, il arrive que des espèces différentes de pics s'affrontent pour défendre les rares sites convenant à leur reproduction. Comme c'est le cas ici lorsqu'un Pic mineur / Picoides pubescens medianus / Downy Woodpecker  indique sans équivoque à son plus gros cousin, le Pic flamboyant, que la place est déjà occupée.




Où ici, alors qu'un Pic maculé / Sphyrapicus varius / Yellow-bellied Sapsucker ne tolère aucunement la présence d'un Pic chevelu / Picoides villosus villosus / Hairy Woodpecker.






Au Québec, nous rencontrons le Pic flamboyant dans des habitats diversifiés: forêts, boisés et jardins. Sa contrepartie de l'ouest d'Amérique du nord, le Pic chrysoïde / Colaptes chrysoides sp. / Gilded Flicker, anciennement Pic rosé (nom plus approprié quand à moi), préfère les habitats désertiques * alors qu'il niche dans les cactus. Une fois qu'il a excavé un trou dans un cactus vivant, il doit attendre que la sève à l'intérieur soit séchée avant de l'utiliser pour y pondre ses oeufs.

Environ 60% de toutes les espèces de picidés dans le monde incluent les fourmis dans leur diète **. Pour sa part, notre Pic flamboyant mange plus de fourmis que n'importe quelle autre espèce en Amérique du Nord. Il se nourrit principalement au sol, sur les surfaces gazonnées, dans les milieux ouverts en forêt ou dans les champs. Toujours à la recherche de fourmis. Environ 75% de sa nourriture est animale et les fourmis comptent environ pour 45%. Ses autres proies sont des coléoptères, des guêpes, des sauterelles, des criquets, des papillons et d'autres espèces variées qu'il peut même capturer en vol. Environ 25% de sa diète est végétale, principalement constituée de fruits et de baies sauvages ainsi que de graines de différentes plantes. Il fréquente volontiers les postes d'alimentation où il ingurgite le suif, le pain et les mélanges contenant du beurre d'arachide. Il va même jusqu'à se baigner dans les bains d'oiseau et il mange de la neige pour se désaltérer ***.

Même s'il arrive à quelques rares individus de rester avec nous l'hiver, il nous quitte habituellement en septembre et il nous revient à la mi-avril ou au début mai. Son cri résonnant est toujours l'un de ceux qui nous confirme que les beaux temps sont à venir et que nos forêts retentiront bientôt d'incessants tambourinements.





À bientôt...




Bibliographie

 

* Winkler, H., Christie, D.A. & Nurney, D. (1995) Woodpeckers: An Identification Guide to the Wodpeckers of the World, Houghton Mifflin Company,  Boston / New York.
** del Hoyo, J., Elliott, A. & Sargatal, J. eds. (2002) Handbook of the Birds of the World. Vol. 7. Jacamars to Woodpeckers. Lynx Edicions, Barcelona.
*** Terres, J.K. (1980) The Audubon Society  Encyclopedia of North American Birds, Alfred P. Knopf, Inc.







3 commentaires:

Noushka a dit…

Hello Laval,
En effet c'est une des merveilles que vous avez au Québec!
Un pic de toute beauté et bien différent des nôtres!
Tu des photos sensationnelles et de l'action, BRAVO pour cette superbe série!
Merci de tes passages chez moi, j'ai toujours un grand plaisir à te lire... je sais que tu bouges beaucoup! ;-)
Bonne continuation!

Sophie Labelle a dit…

Toujours un plaisir de te lire Laval. Les photos sont toujours superbes et appuient bien le propos au niveau comportemental également. Cela faisait trop longtemps que j'étais venu par ici :)

lejardindelucie a dit…

Magnifique ce pic qui porte merveilleusement son nom. Merci de cet article très intéressant et des photos qui illustrent la vie des pics du Nouveau Monde. Il y a de quoi éveiller des vocations!
Un grand merci pour le les infos concernant le Monarque, je vais me permettre de rajouter ton lien dans ma publication.
Bon voyage en vous souhaitant beaucoup de merveilleuses découvertes!