mercredi 13 novembre 2013

L'autre zoo.



Après six semaines passées en forêt boréale, du nord du réservoir Gouin jusqu'à Chapais à l'est et jusqu'à Waswanipi à l'ouest, quoi de mieux pour Xavier Francoeur et pour moi même que de nous changer les idées en allant visiter un zoo qui se consacre à la nature boréale. Question de voir de plus près ce que nous avons observé lors de nos recherches ou de voir ce que nous avons manqué. C'est donc le 6 juillet 2013 que nous décidons de passer une journée de relâche au Zoo de Saint-Félicien situé au nord ouest du Lac-Saint-Jean.

Je passe au moins une fois annuellement devant cet endroit et je me promettais depuis longtemps de m'y arrêter.

Xavier et moi avons été ravis de cette visite. Nous avons aimé l'approche adoptée par ce zoo d'un autre genre. Le concept de zoo ne rencontre pas l'approbation de tous. Et il me laisse moi-même quelque peu perplexe. Bien sûr, tous les animaux devraient être libres de vivre leur vie animale et on a trop souvent en tête ces cages exiguës où l'animal peut à peine bouger, où il a été totalement coupé de son habitat naturel. Je dois avouer ne pas avoir visité plusieurs jardins zoologiques. J'ai visité le défunt Jardin Zoologique de Québec à quelques reprises seulement et je suis bien content qu'il soit fermé. Les infrastructures étaient vieilles et mal adaptées pour assurer un environnement idéal pour les animaux en général. J'ai encore en tête l'image de ce pauvre Ours polaire qui répétait le même vas-et-vient pendant des heures.

J'ai visité également le Jardin Zoologique de San Diego, situé dans le Balboa Park en Californie et j'avais été beaucoup plus impressionné. Les enclos étaient plus grands, plus aménagés et, surtout, plus adaptés à l'animal qu'ils encadraient. Avec ses 4 000 animaux (800 espèces) hébergées dans un espace boisé de 40 hectares, c'est l'un des plus importants zoos du monde. C'est l'un des leaders en matière de bien-être animal et de protection des espèces menacées. L'une des priorités est la mise en place d'infrastructures les plus naturelles possibles tant pour les animaux que les visiteurs. On y trouve notamment des tigres, des pandas, des ours et des gorilles, une importante collection d'oiseaux et de reptiles, ainsi qu'un arboretum contenant des essences rares. Le zoo a sa propre plantation de bambous pour nourrir les pandas et d'eucalyptus pour les koalas.


Mais voilà que notre visite à Saint-Félicien nous a fait écarquiller les yeux.


Le Cygne trompette / Cygnus buccinator / Trumpeter Swan est le plus pesant des oiseaux natifs d'Amérique du Nord et il est, en moyenne, l'espèce de sauvagine la plus grande sur terre. C'est la contrepartie nord américaine du Cygne chanteur / Cygnus cygnus / Whooper Swan et ils ont même déjà été considérés par certaines autorités comme étant la même espèce.


Cette belle espèce fait d'ailleurs courir bien des ornithologues de partout au Québec alors qu'un individu se retrouve présentement parmi des milliers de Bernaches du Canada à Saint-Jean-sur-Richelieu.


Le Zoo sauvage de Saint-Félicien, un vaste complexe animalier de 485 hectares, offre à ses visiteurs un contact privilégié avec  plus de 1 000 animaux, dont 75 espèces indigènes et exotiques, comme les Macaques japonais, les Tigres de l’Amour et les Chameaux de Bactriane. Le Parc des sentiers de la nature, sillonné par un train, balade les visiteurs sur un parcours de sept kilomètres où cohabitent les grands mammifères nord-américains en liberté dans le parc. Et même si le train n'arrête pas, il est quand même possible d'observer les animaux en liberté et nous pouvons même espérer prendre des photos tout en essayant d'éviter les têtes des autres touristes bien installés dans le véhicule tout comme nous.


Le gros mammifère qui m'a le plus impressionné est le Bison d'Amérique / Bison bison bison / American Bison. Il est en fait le plus gros mammifère terrestre des trois Amériques.





Le parc abrite plusieurs dizaines de ces bovidés et nous pouvons en observer de différents âges dont des jeunes de l'année ou leurs aînés d'un an ou deux.



Les pauvres bêtes n'arrivent pas à se débarrasser tout à fait des mouches qui les harcèlent constamment.


Dans la même grande prairie où se retrouvent les énormes bisons, nous pouvons observer des petits mammifères terrestres qui sont inféodés au même type d'habitat. On se croirait dans les prairies de l'ouest canadien.


Le Chien de prairie à queue noire / Cynomys ludovicianus / Black-tailed Prairie Dog est un rongeur qui se nourrit d'insectes et de plantes herbacées. C'est un animal grégaire, en d'autres termes, il vit en groupe, et ne semble véritablement s'épanouir qu'au contact de ses congénères.  Ils creusent de vastes galeries souterraines organisées. L'entrée est munie d'un petit dôme afin de permettre une meilleure visibilité, ces chiens de prairie étant d'excellents sentinelles prêtes à déclencher l'alerte au moindre danger.


Un autre bovidé emblématique de la boréalie, le Boeuf musqué / Ovibos moschatus / Muskox se retrouve beaucoup plus au nord où il se nourrit de plantes herbacées, de mousses, de lichens, de feuilles et de ramilles. Son nom provient de la forte odeur que le mâle émet lors de la période d'accouplement. Nous l'observons en petits groupes à Saint-Félicien.




Le Bœuf musqué est un animal massif protégé par une longue toison très isolante. Sa laine, appelée qiviut, est plus fine que le cachemire. Il est appelé omingmak par les Inuits, ce qui signifie « l’animal dont la fourrure est comme une barbe ».



Un peu plus loin voilà que ce sont les ursidés qui sont en vedette. Nous repérons d'abord un Ours grizzli / Ursus arctos horribilis / Grizzly Bear qui déambule nonchalamment à moins de 100 mètres du train. Bien content de ne pas être placé à découvert à une telle distance de ce grand prédateur. Même s'il n'est pas un prédateur reconnu de l'homme, ce gros nounours est plutôt imprévisible et mieux vaut se tenir à une bonne distance.




L'Ours grizzli est un mammifère omnivore de la famille des ursidés, considéré comme une sous-espèce de l'Ours brun, commune au nord des États-Unis et au Canada. À l'état sauvage il existe entre 30 000 et 45 000 individus. Cette espèce est absente de nos forêts nordiques québécoises.



Et voilà qu'un ursidé plus commun pour nous, un gros Ours noir / Ursus americanus / Black Bear, apparaît après une grande courbe de la route. Il est plus près de nous que ne l'était son gros cousin, mais il évoque chez nous moins de crainte. D'ailleurs, bon an mal an, c'est une moyenne d'environ sept ours par année que j'ai renco



Omnivore, l'Ours noir se nourrit principalement de végétaux, de baies, de larves, d'insectes, de petits mammifères, de poissons, d'animaux morts, de déchets et parfois d'oiseaux. Il est très craintif de l'homme et on observe plus souvent son arrière-train que son museau.



Comme nous nous déplaçons en pleine nature, dans des habitats idéaux pour les animaux, nous devons ouvrir l'oeil, car ils peuvent se cacher à notre vue tout comme ils le feraient envers leurs prédateurs naturels. C'est ainsi que j'ai pu prendre des clichés d'un couple de Cerfs de Virginie / Odocoileus virginianus / White-tailed Deer.



Cette femelle Cerf de Virginie se tient debout dans une végétation très haute et elle ne laisse voir que sa tête. Lorsqu'elle se tient immobile, elle n'est pas évidente à repérer.  La seule partie qui trahit sa présence se situe au niveau du pavillon de son oreille qui change continuellement de position à la recherche d'un bruit suspect.




Ce mâle Cerf de Virginie est observé plus loin et parmi une végétation bien différente et plus fournie que la femelle. Aux États-Unis, on estime que suite à une gestion de contrôle des populations, la population américaine de Cerf de Virginie est passée d'environ 300 000 individus vers 1930 à 30 millions aujourd'hui, soit une multiplication par 100, ce qui a notamment pu profiter aux tiques, lesquelles diffusent la maladie de Lyme.



Le dernier des cervidés présent sur le site est le Caribou des bois / Rangifer tarandus caribou / Woodland Caribou. À l'instar du Boeuf musqué, on le trouve plus au nord où il se nourrit de lichens, de mousses, d'herbes, d'écorces, de feuilles et de ramilles. À cause de la chaleur et de la présence des insectes piqueurs lors de notre visite, beaucoup d'individus se tiennent dans l'eau et trop loin pour une photo. Finalement, une femelle s'approche, accompagnée bien sûr de ses petits amis ailés.



Le Caribou des bois vit en faible densité (d'un à trois individus par 100 km2) dans toute son aire de répartition, laquelle se situe généralement entre le 49e et le 52e parallèles, dans l’est du Canada. Il constitue une proie avantageuse pour le loup en termes de temps de manipulation et de risques (blessures ou de mortalité) associés à la capture, ce qui pourrait expliquer ses faibles densités en milieu forestier, particulièrement en présence de l’orignal, cette espèce soutenant les populations de loups.



Après une heure de balade en train sur une distance de sept kilomètres, nous revenons dans la partie du parc ressemblant davantage à un jardin zoologique traditionnel. Différentes espèces sont dans des enclos, mais érigés avec un souci de reproduire le plus possible leur habitat naturel.


Les deux bovidés qui suivent ne se rencontrent pas au Québec. Pour espérer les observer, il faut se rendre dans l'ouest canadien. Ce sont des herbivores qui affectionnent les endroits rocheux où ils se déplacent à une vitesse remarquable et avec une agilité incroyable. Le mouflon peut grimper à une vitesse de 50 km/hre.




Le Mouflon canadien / Ovis canadensis / Bighorn Sheep constitue l'une des deux sous-espèces de mouflons nord-américains. Son pelage peut aller du gris-brun clair au gris-brun foncé voire brun chocolat. Les mâles ont des grandes cornes incurvées, alors que celles de la femelle sont courtes et à peine incurvées.



La Chèvre des montagnes Rocheuses / Oreamnos americanus / Mountain Goat est un caprin (i.e. de la sous-famille des caprinés) qui habite les montagnes nord-américaines. Elle possède une robe blanche, une barbe, une courte queue et de fines cornes noires. Malgré son apparence trapue, elle est très habile dans les rochers.



L'Ours grizzli / Ursus arctos horribilis / Grizzly Bear possède une force phénoménale. Il est le roi des prédateurs en boréalie. On l'a ainsi observé chasser des bœufs musqué adultes, des bisons, jeunes ou adultes, s'attaquer à des ours noirs et les tuer. Il n'hésite absolument pas à aller disputer aux loups leurs proies. D'une manière générale, les grands grizzly mâles adultes arrivent à dominer une meute complète de loups. Ainsi, dans le parc de Yellowstone on a observé un grizzly prendre le contrôle d'une carcasse où 14 loups se trouvaient. 




L'Ours blanc / Ursus maritimus / Polar Bear et l'Ours grizzli ont divergé génétiquement il y a 200 000 ans, mais peuvent encore s'hybrider pour donner un animal connu dans les pays anglophones sous le nom de grolar ou de pizzly, « ours polaire » se disant « polar bear » en anglais. Il est un grand mammifère carnivore originaire des régions arctiques. C'est, avec l'Ours kodiak, le plus grand des carnivores terrestres et il figure au sommet de sa pyramide alimentaire. Pourvu d'une courte queue et de petites oreilles, il possède une tête relativement petite et fuselée ainsi qu'un corps allongé, caractéristiques de son adaptation à la natation. L'ours blanc est un mammifère marin semi-aquatique, dont la survie dépend essentiellement de la banquise et de la productivité marine. Il chasse aussi bien sur terre que dans l'eau. Son espérance de vie est de 20-25 ans.




Garder un oiseau de proie en captivité est soumis à autorisation. Seules les institutions publiques à vocation éducative sont autorisées à posséder cet oiseau. Elles montrent des animaux qui ont été blessés et qui ne peuvent survivre dans le milieu naturel.




Le Pygargue à tête blanche / Haliaeetus leucocephalus washingtoniensis / Bald Eagle, malgré son nom anglais et son nom vernaculaire d'Aigle à tête blanche, n'est pas un aigle du genre Aquila mais d'un pygargue du genre Haliaeetus : il s'en distingue par son régime alimentaire, essentiellement composé de poissons, mais aussi par son bec massif et par le fait que ses pattes ne sont pas recouvertes de plumes jusqu'aux serres, l'un des caractères propres aux vrais aigles. Alors que l'aigle vit dans les massifs forestiers et les montagnes, le pygargue préfère les lacs, les rivières et les zones côtières où il peut trouver sa nourriture..




La Buse rouilleuse / Buteo regalis / Ferruginous Hawk est le plus gros représentant des rapaces nord-américains du genre Buteo. Parmi les 36 représentants de ce genre au niveau mondial, seule la Buse de Chine / Buteo hemilasius / Upland Buzzard d'Asie peut atteindre des dimensions comparables. Les adultes possèdent des ailes longues et larges et une queue grise, rouille ou blanche. À l'instar de la Buse pattue / Buteo lagopus / Broad-winged Hawk, les pattes sont emplumées jusqu'aux serres. Son plumage possède également deux formes de coloris. 




Dans la chaîne alimentaire de la toundra, le Harfang des neiges / Bubo scandiacus / Snowy Owl occupe avec le renard la place la plus élevée : celle du prédateur. Cependant, dans ce système vivant très simplifié, ces carnivores spécialisés sont aussi très vulnérables ; très efficaces lorsque les lemmings sont abondants, ils sont voués à la famine ou à l'exil quand se raréfie ce gibier qui constitue l'essentiel de leur menu. Si le père harfang disparaît pendant la période de croissance des jeunes, jamais la mère ne pourra les alimenter seule.



Le volet éducatif est un élément important lorsqu'on pense à un jardin zoologique, de facture traditionnelle ou non. En plus d'avoir la chance d'observer des animaux nord-américains, la pensée de pouvoir voir évoluer des animaux de régions éloignées, qu'on ne visitera probablement jamais, est un facteur qui porte bien des gens à visiter les différents zoos. De ce point de vue, le zoo de Saint-Félicien a bien fait ses devoirs. À titre d'exemple, je vous présente deux animaux d'une grande beauté dont la survie n'est pas assurée à très long terme.




La population mondiale estimée de la Grue du Japon / Grus japonensis /  Red-crowned Crane est de seulement 2 750 à l'état sauvage, incluant environ 1 000 individus constituant la population résidente du Japon. De la population migratrice, environ 1 000 hivernent en Chine et le reste en Corée. On a accordé le statut d'espèce en danger le 2 juin, 1970. C'est l'une des plus grandes et des plus rares espèces de gruidés. Partout où elles s'observent, elle est un symbole de chance, de longévité et de fidélité. Tout ce qu'on peut dire aujourd'hui c'est que, par ses actions destructrices, l'homme est loin de lui être fidèle et qu'il lui donne vraiment peu de chance de connaître la longévité.




Le Tigre de l'Amour / Panthera tigris altaica / Siberian Tiger se trouve au bord de l'extinction dans les années 1930 avec une estimation des individus sauvages comprise entre 20 et 30 individus. Dans les années 1980, on compte 250 à 430 individus et l'ouverture de chasse sportive est même proposée afin de réguler la population qui s'attaque au bétail car elle n'aurait pas assez de gibier pour survivre. De plus, le braconnage, la déforestation et l'exploitation minière sauvage accroissent la pression humaine sur le félidé. Entre 1992 et 1994, quarante à soixante tigres sont braconnés chaque année pour leur peau et leurs os, à destination du marché chinois. En 1994, la population mondiale retombe entre 150 et 200 individus. En 2010, l'UICN considère qu'il reste entre 18 et 22 tigres de Sibérie en Chine, 331 à 393 tigres en Russie (tigres adultes et subadultes, la population fertile approcherait 250 individus) et qu'il est possible que des tigres survivent en Corée du Nord. Fin 2009, on estime à 500 le nombre de tigres vivant à l'état sauvage en Corée du Sud, tandis que 421 sont élevés en captivité.



Le Tigre de Sibérie ou Tigre de l'Amour est la plus grande sous-espèce du tigre. Il est le troisième plus gros prédateur terrestre derrière l'Ours kodiak et l'Ours blanc. L'Amour est un fleuve d'Asie qui s'étend sur 4 354 km depuis la source de l'Argoun, ce qui en fait le premier fleuve de Sibérie et le quatrième d'Asie pour la longueur de son cours. La province du Heilongjiang en Chine où il s'écoule doit son nom au nom chinois de l'Amour.




Xavier et moi-même avons découvert d'autres espèces durant cette courte visite d'environ quatre heures, mais je crois vous en avoir assez montré pour vous donner le goût d'aller y faire un tour.




À bientôt !









3 commentaires:

Noushka a dit…

Eh bien voilà un parc animalier magnifique qui fait oublier la mauvaise image donnée par les zoos à l'ancienne!
Sandiego est le nec plus ultra pour sauver des espèces en danger critique, leur travail pour le vautour des Andes a été tout à fait remarquable; nous avons suivi cela de près lorsque mon mari s'est s'y est rendu pour rencontrer leurs vétérinaires au sujet de nos perroquets.
Et cette visite t'a permis quelques photos formidables de bison, yack et tigre entre autres..
Bizzz et bonne continuation... pour mon plus grand plaisir!!

lejardindelucie a dit…

Une jolie visite, très agréable à faire depuis mon fauteuil. Certains parcs jouent le rôle qu'on attend d'eux pour sauvegarder et protéger les espèces en danger. Il y a beaucoup de progrès qui ont été faits.
J'ai apprécié la superbe Grue du Japon et suis étonnée de la couleur des mouflons!

Noushka a dit…

Coucou!
J'ai vu ton magnifique Bec-croisé sur FOW.... J'ai voté pour lui! ;-)
Voilà bien une espèce que j'aimerais rencontrer, peut-être un jour en Espagne!
Bizzz et bonne continuation!