mardi 29 octobre 2013

Une rencontre inespérée avec une légende vivante.



Nous sommes le 6 novembre 2005. Nous venons de prendre le vol en transit qui nous amène de Newark NJ à Quito EC. Au bout d'une heure, je décide de prendre mon guide "The Birds of Ecuador de Robert S. Ridgely" afin de me remémorer les oiseaux que nous verrons dès le lendemain alors que nous serons en Amazonie.

À un moment donné, l'homme qui est assis à ma droite tend sa main gauche vers moi et il prend mon guide, le retourne et, en pointant la photo à l'endos du livre, il me chuchote:"That's me !". Je regarde la photo, la compare avec l'homme et je constate que c'est bien lui. De plus, son billet d'avion excède la poche de son veston et je lis Robert S. Ridgely. Je n'en reviens tout simplement pas. J'ai à côté de moi un homme qui a consacré sa vie à l'étude des oiseaux d'Amérique du Sud et qui a écrit de nombreux articles ainsi que des livres qui ont permis à des milliers d'ornithologues à travers le monde d'en connaître plus sur la richesse aviaire de cette partie de la planète bleue. Je connaissais Robert à travers ses écrits et surtout en étudiant son guide "A Field Guide to the Birds of Panama with Costa Rica, Nicaragua and Honduras". Lors de mon premier voyage au Costa Rica, en mars 1989, c'est le livre que j'avais utilisé (i.e. la première édition de ce livre), car celui de Alexander Skutch devait paraître plus tard la même année. J'en avais également entendu parler par l'entremise d'un ami commun, Martin H. Edwards, de Kingston ON. Ce dernier avait fait partie du premier voyage de groupe que j'avais organisé à Cuba en mars 1988. Martin, un professeur de physique au collège militaire de Kingston ON, est un grand voyageur qui a été le premier ornithologue au monde à voir un représentant de chacune des familles d'oiseaux. Il avait déjà établi son record en 1988, lors du voyage à Cuba. Je me souviendrai toujours que j'étais à ses côtés, lors de ce voyage, alors qu'il avait coché sa 4,600ième à vie, un Hibou maître-bois / Asio stygius siguapa / Stygian Owl.

Toujours est-il qu'après Cuba, il s'était rendu en Équateur où il avait coché près de 800 espèces en cinq semaines alors qu'il accompagnait Robert Ridgely. Martin m'avait écrit pour me raconter ses péripéties et il n'en revenait tout simplement pas de la connaissance extraordinaire de Robert concernant les chants d'oiseau. Comme il me l'écrivait: "...he knows every chip, every call of all the birds". Dans mes rêves les plus fous, je n'aurais jamais cru que je serais assis un jour à côté de Robert Ridgely et que je pourrais m'entretenir avec lui. 


Robert S. Ridgely et Laval Roy. 6 novembre 2005



Cet homme est d'une amabilité et d'une simplicité peu communes. Il me raconte qu'il se rend à Quito pour aller superviser des études de terrain et qu'il se retrouvera même près du Sacha Lodge lorsque nous y serons. Nous parlons de nos connaissances communes. De Martin H. Edwards, de Jane Lyons, de Francisco "Pancho" Sornoza et finalement de Ted Parker III. J'ai toujours été un fan achevé de Ted Parker III et quand nous en avons parlé, j'ai vu dans ses yeux passer une ombre de tristesse facilement compréhensible. Ted et Robert ont travaillé longtemps de concert lors de leurs expéditions scientifiques.


Un nouvelle espèce de grallaire a été découverte en 1997 et décrite scientifiquement en 1999. Elle a été nommée en l'honneur de Robert Ridgely, la Grallaire de Ridgely / Grallaria ridgelyi / Jocotoco Antpitta.


Grallaire de RidgelyC'est donc en 1997 que Robert Ridgely découvrit cette nouvelle espèce tout à fait par hasard. Il était alors accompagné par un guide local, Lelis Navarette, et ils déambulaient dans un sentier pas très loin d'une route supportant un trafic commercial. Quand Robert entendit un "hoot" distant, mais fort, différent de celui d'un strigidé, il s'arrêta net. Il n'arrivait pas à associer le son à un oiseau qu'il connaissait. Quelques minutes plus tard, un oiseau d'assez bonne dimension sortit brusquement de la végétation et Robert ne parvenait pas à l'identifier. Il avait devant lui un oiseau inconnu de la science, une nouvelle et très distincte espèce de grallaire qu'il baptisa peu après "Jocotoco", d'après le son qu'elle émettait. Ainsi Robert Ridgely ajoutait une autre espèce au livre qu'il était en train d'écrire. En son honneur, on lui attribua le nom latin de Grallaria ridgelyi et le nom français de Grallaire de Ridgely. C'était bien mérité par un homme qui a tant contribué à faire connaître les oiseaux de l'Amérique centrale et du nord de l'Amérique du Sud. Au moins une douzaine de paires de Grallaires de Ridgely sont réputées vivre dans la réserve de Cerro Tapichalaca entre 2200 et 2700 mètres d'altitude. Tout de suite après la découverte de l'espèce, Robert Ridgely a mis sur pied la Fondation Jocotoco afin d'amasser des fonds pour acheter cette forêt et la soustraire à tout projet futur de déforestation. La réserve de Tapichalaca a donc constitué le premier projet d'investissement de la fondation dès 1998. Plusieurs autres sites ont été achetés depuis lors, garantissant la pérennité d'un grand nombre d'êtres vivants. 

J'ai eu le bonheur d'observer cette grallaire cinq ans après notre rencontre, soit le 4 décembre 2010, au même endroit où Robert l'avait d'abord découverte en 1997. J'étais accompagné de Anne, Jean-Jacques Gozard et Richard Yank alors que nous participions à un voyage de groupe dont le but était d'observer le plus d'espèces de grallaires possibles dans un périple qui nous menait du nord du Pérou jusqu'à Quito, la capitale de l'Équateur. Nous visions 15 espèces et nous avons terminé avec 19 espèces. Il y aurait bien d'autres billets à écrire sur ce voyage extraordinaire. 


Grallaire de Ridgely. Photo Trevor Feltham.
L'endémique Grallaire de Ridgely / Jocotoco Antpitta / Grallaria ridgelyi.  Photo de Trevor Feltham  prise le 4 décembre 2010 à la réserve de Tapichalaca,  dans le sud de l'Équateur, près de la frontière avec le Pérou, à 2460 mètres d'altitude.


  
À bientôt !






jeudi 17 octobre 2013

Île-aux-Basques: du 11 au 14 octobre 2013


11 octobre 2013

Il est 03h45 en ce vendredi matin. La sonnerie du cadran nous signale qu'il est l'heure de quitter le lit douillet. Nous regrettons encore l'heure tardive du coucher de la veille. Mais, que voulez-vous, c'est toujours comme ça. La fébrilité de retrouver NOTRE île nous fait coucher tard, mal dormir et la levée du corps en est d'autant plus affectée. Une heure plus tard nous traversons le pont Pierre Laporte, direction le Bas-Saint-Laurent.

Contrairement à notre visite en septembre, les prévisions météorologiques sont tout simplement fantastiques. Du soleil, du soleil et du soleil jusqu'à lundi. La dernière fois, on nous annonçait de la pluie et nous avions eu du très beau temps. Impossible quand même que ce soit encore le contraire qui arrive !  Et bien, oui. Le soleil tant annoncé se fera très timide et il s'amusera à jouer à cache-cache en arrière des nuages. Le manque de lumière rend les observations plus difficiles et je ne parle pas de la prise de photo qui s'avère beaucoup plus problématique. Mais qu'à cela ne tienne, on en a vu d'autres.

C'est en compagnie de 16 autres personnes, toutes membres du Club des Ornithologues de Québec (C.O.Q.), que nous entreprenons un autre séjour sur notre île magique. En mettant le pied sur l'île, nous jasons avec d'autres personnes qui la quittent après un séjour de quelques jours. Nous apprenons que c'est plutôt tranquille autant en nombre d'espèces qu'en nombre d'individus. Cependant, la nuit dernière a apporté une vague de migrateurs et c'est plus visible ce matin.

Dès 08h30, Anne et moi accrochons la paire de jumelles à notre cou et c'est parti vers la partie ouest de l'île. Notre première journée appartient aux centaines de Roitelets à couronne dorée / Golden-crowned Kinglet que nous rencontrons autant en milieu forestier qu'en milieu ouvert. Même si habituellement ils se tiennent haut dans le faîte des conifères, ils se présentent maintenant à hauteur des yeux et même tout près du sol.


Le Roitelet à couronne dorée / Regulus satrapa satrapa / Golden-crowned Kinglet est parmi les plus petits des passereaux, identifiable souvent par la taille seulement. Cette petitesse est adaptative, car elle lui permet d'exploiter les ressources alimentaires se trouvant en périphérie des conifères. Leur taille lilliputienne est avantageuse parce qu'elle leur permet de manoeuvrer dans les espaces réduits entre les aiguilles des conifères ou de se percher sur ces mêmes aiguilles *.
 
À l'automne, les oiseaux ne défendent plus un territoire de nidification spécifique. Par contre, lorsque le nombre d'individus est important sur un même lieu d'alimentation, les altercations se font plus fréquentes. On ne se tolère pas lorsque la promiscuité est trop grande. Ici un mâle, à droite, chasse un individu qui s'est trop approché.

Dans le secteur dit "de la source", Anne repère un oiseau immobile, accroché au tronc d'un petit feuillu, et visible entre les branches d'une épinette. Une observation rapide permet d'identifier un Pic maculé / Sphyrapicus varius / Yellow-bellied Sapsucker. Un coup d'oeil plus approfondi nous fait réaliser que cet individu n'est pas normal. Il est affublé d'un bec aux mandibules trop longues et trop étroites qui se croisent aux deux tiers de leur longueur. Bien maladroitement, il essaie de picosser le tronc, mais ça ne fonctionne pas. Il part en vol et il se perche dans un sorbier rempli de fruits rouges.

Ce type de déformation du bec est nommé "trouble de la kératine aviaire". La kératine est une protéine essentielle à la formation du bec, semblable à celle qui compose les ongles et cheveux humains. Ce trouble consiste en un surdéveloppement anormal de la couche de kératine du bec, ce qui a pour effet de rendre les becs trop longs ou croisés - parfois les deux ensembles - chez les oiseaux infectés. Occasionnellement, certains oiseaux ont été aperçus avec des pattes, des serres, ou des plumes anormales **.

Tant bien que mal, il réussit à en saisir un et à l'avaler tout rond.


Ces déformations ont souvent un impact important sur les oiseaux, car elles les gênent pour chasser et se nourrir correctement. La forme du bec d’un oiseau étant directement liée à son régime alimentaire, un bec déformé implique des changements de comportements dans la collecte de nourriture. Par exemple, il est courant qu’un oiseau déformé doive incliner la tête pour attraper la nourriture. Dans certains cas, ces oiseaux ne pouvant plus récolter la nourriture par eux-mêmes, ils deviennent alors dépendants des sources humaines (mangeoires, poubelles...). Dans tous les cas, ces modifications de comportement entraînent une dépense accrue d’énergie pour la collecte de la nourriture, et donc une plus grande vulnérabilité aux prédateurs et aux maladies. Une déformation du bec peut également empêcher les oiseaux de lisser leurs plumes, action indispensable pour maintenir leur isolation thermique et survivre au froid. Pour toutes ces raisons, un bec déformé entraîne une mortalité accrue pour les oiseaux. Enfin, il apparaît que les déformations modifient aussi le comportement sexuel des oiseaux et impacte sur leur capacité à se reproduire et à élever leurs petits, peut-être autant à cause d’un dérèglement hormonal qu’une impossibilité physique **.

Je doute très fortement que cet individu pourra survivre à l'hiver qui s'en vient. C'est toujours triste à voir, mais ça fait partie de la vie où la maladie et les difformités peuvent survenir et frapper certains individus.

Le petit matin a vu apparaître sur l'île une vague de turdidés parmi lesquels le Merle d'Amérique / Turdus migratorius migratorius / American Robin, la Grive solitaire / Catharus guttatus faxoni / Hermit Thrush et la Grive à joues grises / Catharus minimus minimus / Gray-cheeked Thrush. Ils se nourrissent goulûment dans les sorbiers bien chargés de fruits rouges dans la région de la source. Le manque de lumière m'empêche de prendre des photos, mais je me reprendrai plus tard.

De retour près du chalet Matte, où nous sommes hébergés, un petit elfe emplumé se matérialise devant moi et je ne peux m'empêcher d'essayer de le pixelliser.


Voici une petite boule d'énergie sans pareille, le Troglodyte des forêts / Troglodytes hiemalis hiemalis / Winter Wren. Une visite à l'île ne se fait jamais sans rencontrer cette espèce. Cependant, l'automne est le meilleur temps pour l'observer de près et avec une plus grande facilité. Le printemps, il se tient bien haut à la cime des grands conifères et on l'entend beaucoup plus qu'on ne le voit. Il est le membre de la famille des troglodytidés ayant la distribution la plus vaste mondialement et il est le seul présent dans le vieux monde où il est connu sous le nom de Troglodyte mignon / Troglodytes troglodytes / Eurasian Wren. C'est un oiseau commun fréquentant divers habitats et quelques individus migrent plus au sud lorsque l'hiver est trop sévère. Sa propension à se disperser sur différents continents, et à atteindre des îles lointaines, a conduit à la description de 44 races distinctes, faisant de cette espèce la plus polytypique du monde ***.

En après-midi, nous couvrons la partie est et la partie ouest de l'île, à la recherche surtout des laridés et des limicoles. C'est aussi tranquille de ce côté et nous finissons la journée avec une liste de 46 espèces pour la première journée.


12 octobre 2013


Il est 07h30 lorsque nous pointons nos télescopes vers le large à partir de la pointe ouest de l'île. Ce matin, pas de soleil, mais une belle vision sur l'eau étale. Ça bouge terriblement en dedans d'un kilomètre de la côte. Nous nous délectons des trois espèces de macreuses, des deux espèces de garrots et des centaines de Harles huppés / Mergus serrator / Red-breasted Mergansers et d'Eiders à duvet / Somateria mollissima dresseri / Common Eiders.


À l'automne, l'Eider à duvet arbore un plumage varié et variable à mesure qu'il vieillit. Ce mâle en devenir en est une preuve éclatante. Lors de ma première visite à l'île, au début des années 1970 (ça fait quand même plus de 40 ans), ce canard de mer était beaucoup plus nombreux. Je me souviens avoir vu des dizaines de femelles assises sur leur nid.

Un Grèbe jougris, deux Plongeons huard / Gavia immer / Common Loon et une douzaine de magnifiques Hareldes kakawi / Clangula hyemalis / Long-tailed Ducks nous procurent de très beaux moments. Nous observons au moins 350 Mouettes tridactyles / Rissa tridactyla tridactyla / Black-legged Kittiwakes parmi une grosse bande de laridés. Aucun labbe. Ce n'est que partie remise.

En revenant au chalet, c'est encore Anne qui repère une nouvelle espèce en vol, un magnifique Faucon pèlerin / Falco perigrinus anatum / Peregrine Falcon qui fait s'envoler un groupe d'une centaine de limicoles, toujours à la pointe ouest.

C'est en après-midi que nous retournons toujours dans la partie ouest de l'île. Nous y demeurons entre 15h00 et 17h30. Nous observons les limicoles suivants: Pluvier argenté / Pluvialus squatarola / Black-bellied Plover, Bécasseau sanderling / Calidris alba / Sanderling, Bécasseau semipalmé / Calidris pusilla / Semipalmated Sandpiper, Bécasseau variable / Calidris alpina hudsonia / Dunlin et Bécasseau à croupion blanc / Calidris fuscicollis / White-rumped Sandpiper. Juste avant de quitter, voilà que nous sommes confrontés avec la dure réalité que l'hiver n'est pas si loin alors qu'un Plectrophane des neiges / Plectrophenax nivalis nivalis / Snow Bunting se promène sur les immenses roches plates présentes sur la partie nord de l'île.

Notre premier Plectrophane des neiges / Plectrophenax nivalis nivalis / Snow Bunting de l'automne 2013.

Cette deuxième journée complète sur l'île se termine avec 50 espèces observées par le groupe.

13 octobre 2013
Ce matin, nous nous rendons à la pointe est de l'île avec l'espoir que quelques nouveautés vont profiter des premiers rayons chauds du soleil pour s'animer dans les rosiers qui bordent l'Anse-d'en-Bas. Pour ce faire, nous empruntons le sentier des Basques qui s'étirent sur toute la longueur de l'île. La marche en forêt démontre que ça risque d'être très tranquille aujourd'hui. En aboutissant à l'anse, voilà qu'une surprise nous attend. Une Bernache du Canada / Branta canadensis / Canada Goose marche lentement sur la rive. Elle semble en parfaite condition, mais elle est peu farouche. Elle passe à environ six mètres de nous en nous jetant un oeil. Comme nous ne bougeons pas, elle n'est pas effarouchée par notre présence. J'ai l'impression que cette bernache est tout simplement épuisée et qu'elle se nourrit et s'hydrate pour pouvoir continuer.

Le plumage de cette bernache est en parfaite condition et sa démarche démontre qu'elle n'est pas blessée.

La bernache broute i.e. qu'elle mange la végétation en surface et non les racines comme le fait l'Oie des neiges. Les mandibules de son bec sont frangées de petites saillies en pointe qui font office de dents et qui l'aident à bien saisir la végétation afin de l'arracher.

 Nous nous rendons ensuite au quai de pierres où se dresse le phare. La marée est fine basse et je me rends jusqu'à ce phare. De là, malgré le peu de lumière, je prends quelques photos.

Les trois espèces communes de goélands se reposent sur cet îlot rocheux près de la pointe de roches à l'est de l'île.

Un Goéland argenté passe en vol en transportant un oursin dans son bec. Selon son habitude, il devrait le laisser tomber sur les roches afin qu'il se brise et qu'il puisse manger l'intérieur. Je n'ai pas eu la chance d'assister à ce comportement.

Alors que le ciel de l'avant-midi est plutôt ennuagé, voilà que le tout se dissipe en après-midi et nous avons droit alors à une belle lumière. J'en profite pour aller prendre des photos des turdidés qui se nourrissent dans les sorbiers.

Mais où sont les fruits ?  semble se demander cette magnifique Grive solitaire.

Tout comme pour les roitelets, les grives ne sont pas enclines à partager les victuailles avec leurs congénères. Ici, deux des trois Grives solitaires présentes s'affrontent afin de savoir qui va profiter des beaux fruits rouges du sorbier.


Les Merles d'Amérique sont plus généreux à partager la manne et je n'ai vu aucune interaction entre eux durant les longues minutes où je suis resté à les observer tout au long de la fin de semaine.

Nous continuons ensuite jusqu'à la pointe où je saisis d'autres photos de nos amis ailés.

Un superbe Bécasseau variable fait des ronds dans l'eau tout en me montrant les plumes de ses ailes.

Ce Junco ardoisé / Junco hyemalis hyemalis / Dark-eyed Junco profite des rayons du soleil de fin d'après-midi.

14 octobre 2013
En ce dernier matin, nous ne disposons que de deux heures d'observation avant de vaquer aux préparatifs de départ. Nous décidons donc de faire un dernier essai à la pointe ouest afin de trouver des nouveautés au large. En nous y rendant, nous faisons une autre belle découverte qui nous fait encore réaliser à quelle saison de l'année nous sommes rendus. C'est encore Anne qui pointe un oiseau perché tout en haut d'un conifère. Le voici.
Une autre espèce qui nous suggère fortement que l'hiver est à nos portes: la Pie-grièche grise / Lanius excubitor borealis / Northern Shrike.
Et au large deux belles nouveautés nous ravissent. Un Labbe parasite / Stercorarius parasiticus / Parasitic Jaeger harcèle tellement bien une Mouette tridactyle que cette dernière finit par lâcher le poisson. Le labbe le récupère à la surface de l'eau où il reste posé pendant de longues minutes. Ensuite, ce sont trois Plongeons catmarins / Gavia stellata / Red-throated Loon qui finissent enfin par se montrer. Un peu plus et nous repartions sans en observer un seul.

Nous terminons notre séjour avec 63 espèces, ce qui est peu si on les compare aux 106 espèces de l'édition automnale de 2010 (du 8 au 11 octobre). Mais qu'importe les nombres et les statistiques. Ce séjour a encore été mémorable et nous avons tellement hâte d'y retourner au printemps 2014.


À bientôt !


Bibliographie consultée


*      del Hoyo, J., Elliott, A. & Christie, D.A. eds (2006). Handbook of the Birds of the World. Vol 11.  Old World Flycatchers to Old World Warblers. Lynx Edicions, Barcelona.
**     http://recherchespolaires.inist.fr/?La-mysterieuse-augmentation-des
***   del Hoyo, J., Elliott, A. & Christie, D.A. eds (2005). Handbook of the Birds of the World. Vol 10.  Cuckoo-shrikes to Thrushes. Lynx Edicions, Barcelona.






mardi 1 octobre 2013

Ornitho-photo dans le Bas Saint-Laurent: 28 et 29 septembre 2013



28 septembre 2013

La température s'annonce extraordinaire pour la fin de semaine qui s'amorce. C'est donc avec beaucoup de fébrilité qu'Anne et moi quittons Québec vers les 7h30 en ce samedi matin pour nous diriger vers une région du Québec que nous adorons, soit le Bas-Saint-Laurent. Anne a connu des ennuis de santé le printemps dernier, ce qui l'a empêché de passer autant de temps qu'elle l'aurait souhaité dehors à observer les oiseaux. Elle se sent en déficit d'observations en nature et cette escapade de deux jours promet de pallier à ce manque.

Un premier arrêt se fait au quai de Rivière-Ouelle, le fief de Jean-François Rousseau, de Claude Auchu et de Christiane Girard. Nous arrivons au quai à 9h00 et nous croisons justement Christiane et Claude qui sortent du site. Rien à signaler de leur côté. Nous nous installons quand même pour les trente minutes qui suivent. Le ciel est rempli des cris de vol des Pipits d'Amérique / Anthus rubescens rubescens / American Pipit, des Alouettes hausse-col / Eremophila alpestris alpestris / Horned Lark et de différents passereaux en migration. Un voilier d'une trentaine d'Oies de neiges / Chen caerulescens atlantica / Snow Goose passent un vol en faisant entendre leur habituel babillage.




Les balayages incessants de lunettes d'approche vers le large nous permettent de localiser quelques Plongeons catmarin / Podiceps grisegena grisegena / Red-necked Grebe. Pour nous deux, il s'agit d'une première observation de cette espèce en 2013 et nous sommes très heureux.

Notre deuxième arrêt se fait dans le village de Kamouraska, plus précisément au bout de la rue Saint-Louis. Il s'agit d'un cul-de-sac qui donne sur le stationnement d'un petit parc aménagé. À partir de cet endroit, nous pouvons emprunter un sentier pour une marche en bordure du fleuve ou dans un boisé. Nous avons également une vue sur la zone intertidale et c'est cette zone qui nous attire ce matin. Depuis quelques semaines, ce site héberge plusieurs espèces de limicoles dont la Barge hudsonienne / Limosa haemastica / Hudsonian Godwit, un oiseau spectaculaire, observable seulement durant les périodes migratoires. À notre arrivée, la marée est passablement haute et nous voyons des photographes qui sont accroupis près de grosses roches. Un coup de lunette me permet de repérer une barge, posée à quelques mètres seulement des observateurs. Nous décidons alors de nous approcher lentement et avec beaucoup de précaution.

Environ une soixantaine de limicoles se tiennent sur les roches. Les oiseaux ne sont pas nerveux du tout. Je m'accroupis un peu en retrait des quatre personnes présentes et je profite des moments incroyables que nous offrent les Bécasseau variable / Calidris alpina hudsonia / Dunlin, Bécasseau maubèche / Calidris canutus rufa / Red Knot , Bécasseau semipalmé / Calidris pusilla / Semipalmated Sandpiper, Bécasseau sanderling / Calidris alba / Sanderling,  Tournepierre à collier / Arenaria interpres interpres / Ruddy Turnstone et Pluvier argenté / Pluvialis squatarola / Black-bellied (Gray) Plover. Nous passons une bonne heure à partager la vie de nos amis emplumés. Ils sont occupés à deux tâches bien précises; soit qu'ils se reposent, le bec bien enfoui sous les plumes du dos, soit qu'ils font le ménage de leur plumage. Deux activités essentielles pour des oiseaux en migration. Et puis, sans raison apparente, tout le groupe s'envole en même temps.


C'est entourée de Bécasseaux maubèches et de Bécasseaux variables que la Barge hudsonienne s'envole en toute hâte.


Nous nous regardons tous pour savoir lequel d'entre nous a fait un faux mouvement qui aurait causé la fuite des volatiles. Et non, il ne s'agit pas de nous, mais de ce point dans le ciel qui vient en notre direction à toute vitesse.


Le Faucon émerillon / Falco columbarius columbarius / Merlin est régulièrement observé sur les rivages des plans d'eau lors des migrations printanières et automnales. En fait, il suit les passereaux et les limicoles dans leur migration de masse. C'est un véritable bolide qui provoque toute une frénésie dans les rangs des petits oiseaux qui le voient arriver.

Durant l'heure où je suis là, le faucon passe à trois reprises et son passage a le même effet sur la bande d'oiseaux: c'est la débandade générale.

Les limicoles se comportent la majeure partie du temps de la même façon. Ils passent et repassent devant l'endroit où ils décident finalement de s'arrêter. Il s'agit d'un modus operandi observable partout. Ça fait 50 ans que j'observe les limicoles et c'est toujours aussi fascinant de voir leur agissement. Ici la barge est facilement reconnaissable à sa taille plus grande et au motif bicolore du dessous des ailes.

Dès que le groupe atterrit, les oiseaux reprennent leurs activités comme si rien ne s'était passé. Cependant, certaines interactions se produisent entre oiseaux de même espèce ou d'espèces différentes.


À un moment donné, la barge déploie ses ailes, étire le cou et émet quelques cris. Quelques secondes plus tard, elle reprend sa pose de repos, entourée d'un Pluvier argenté et de deux Bécasseaux maubèches.


Le Bécasseau variable est l'espèce la plus active parmi ce groupe de limicoles.





Il porte bien son nom. Certains individus arborent un manteau où le gris prédomine.




 Pour d'autres, c'est le brun ou le roux...




ou un mélange de toutes ces couleurs.




En plumage juvénile, le Bécasseau sanderling est toujours aussi éclatant de blancheur. Ses yeux, bec et pattes sont d'un noir d'encre qui tranche sur le blanc presque immaculé des parties inférieures.




Les plumages des juvéniles du Pluvier argenté peuvent également être variables au niveau de la couleur. Certains individus peuvent être très jaunâtres aux parties supérieures lorsque le plumage est frais, mais cette couleur s'affadit et disparaît complètement avec l'usure des plumes.



Même si le plumage juvénile du Bécasseau maubèche semble terne comparativement à celui en période nuptiale, il n'en reste pas moins qu'il est très beau avec les plumes bien marginées de son dos.




Le seul oiseau en quête de nourriture est ce Tournepierre à collier qui circule lentement entre les roches.




Pendant tout le temps où nous avons été sur le site, je n'ai jamais senti de tension que les photographes présents aurait pu exercer sur les oiseaux. Tout s'est fait dans le respect et j'étais bien content de l'expérience vécue.

Après un arrêt rapide à Cacouna, nous faisons une escale le long de la rivière Trois-Pistoles, dans le village du même nom. Ici, une bande d'Oies des neiges est posée dans la zone intertidale et une brève recherche nous permet de repérer une Oie de Ross. Un peu plus loin, c'est un autre prédateur des grèves que nous trouvons. Un magnifique Faucon pèlerin / Falco peregrinus anatum / Peregrine Falcon quitte une grosse roche où il était perché et il se dirige vers nous. Sur la photo, la masse sombre à la droite est la tête de Anne.




Il est 16h00 lorsque nous arrivons à la Pointe-au-père, le secteur le plus à l'est de la ville de Rimouski. Avant de regagner le motel Bienvenue, situé en arrière du musée de l'Empress of Ireland, nous empruntons la vieille route qui longe les rives du fleuve Saint-Laurent. Après l'ajout de quelques nouvelles espèces, nous déclarons la journée terminée. Notre liste cumulative contient près de 60 espèces. Considérant le peu de passereaux observés, nous sommes bien contents de ce résultat.

29 septembre 2013 

Lever à 6h30 et départ aux environs de 7h15. Nous nous rendons à Sainte-Luce, à environ dix minutes en auto du motel. La température est extraordinaire et les oiseaux volent beaucoup au large. Deux Courlis corlieux / Numenius phaeopus hudsonicus / Whimbrel déambulent le long de la grande plage située dans la région la plus touristique du village. Ce secteur est encore en plein travaux de rénovation suite aux grandes marées d'il y a quelques années.

Quelques milliers d'Oies des neiges squattent les battures à l'ouest du sous-marin musée Onondaga .




La dernière nouvelle espèce de cette escapade se matérialise en un passereau qui quittera bientôt le ciel québécois pour se retrouver peut-être aussi loin que le sud du Mexique, dans la province de Oaxaca, où nous serons Anne et moi en février prochain. Qui sait ? Peut-être le retrouverons nous ?


Bruant des prés / Passerculus sandwichensis / Savannah Sparrow

Et maintenant un dernier coup d'oeil sur notre oiseau-vedette.






 À bientôt !