lundi 23 septembre 2013

Le magnifique branchu.

Il est de ces sorties en nature qui nous réservent des plaisirs incommensurables. Comme celle d'hier alors qu' Anne et moi décidons d'aller faire une petite marche de santé du côté de la Base de Plein air de Sainte-Foy, située dans la partie ouest de la belle ville de Québec. Un beau parc urbain qui a survécu tant bien que mal à différents maires à travers le temps. Il a perdu quelques plumes (pour ne pas dire quelques feuilles) sous la férule de feue la mairesse Andrée Boucher et il pourrait en perdre encore avec les projets de Régis Labeaume. Non, je n'embarquerai pas sur le plan politique, il y a trop d'autres belles choses à parler.

Sous un ciel incertain, nous entreprenons notre marche en nous dirigeant vers les petits points d'eau s'étendant à l'est du parc. À un détour de sentier, alors qu'un plan d'eau apparaît sur notre droite, Anne braque ses jumelles aussitôt dans cette direction à la recherche d'un possible Héron vert et elle me dit: "Wow, regarde ce magnifique branchu tout en couleurs !". Je lève mes jumelles à mon tour et je ne peux que partager son extase. En effet comment ne pas s'exclamer devant une telle beauté. À mon point de vue, la famille des anatidés recèle des espèces parmi les plus colorées de la gente ailée. Et comme une image vaut mille mots, je vous présente quelques photos réalisées à ce moment là.

Puisque le mâle Canard branchu / Aix sponsa / Wood Duck ne participe aucunement à la couvaison, son plumage n'est pas sujet aux même prérogatives de protection que l'est celui de sa femelle. Son manteau est brillamment coloré avec plusieurs reflets métalliques.
La femelle est plus brune et la zone colorée se situe souvent au niveau des ailes. Au repos ou lorsqu'elle est assise sur son nid, elle passe plus facilement inaperçue. Un caractère important à sa survie et à celle de la nichée.


Même un canard très coloré peut changer son aspect selon l'angle qu'il adopte lorsqu'il se présente devant un intrus ou une femelle. Le plumage légèrement gonflé amplifie des rondeurs qui sont elles-mêmes accentuées par des lignes blanches ou colorées. Le tout donne à ce mâle un aspect plus agressif. S'il ne défend pas un site de nidification à proprement parlé, il en est tout autrement pour la femelle élue. Un mâle va se battre bec et ongles contre tout autre mâle trop entreprenant qui aurait des visées particulières envers SA femelle.

En général, les canards barboteurs préfèrent des plans d'eau peu profonds. Ils privilégient des étendues d'eau entourées de végétations où ils peuvent trouver abri et lieu de nidification.

Le Canard branchu tire son nom de l'habitude qu'il a de se percher sur les branches des gros arbres pour s'y reposer. Il niche dans les cavités arboricoles naturelles ou celles creusées par le Grand Pic / Pileated Woodpecker  ou d'autres picidés de bonnes dimensions. Les premiers oeufs sont enfouis dans la litière accumulée au fond de la cavité et c'est à partir du quatrième oeuf que la femelle ajoute graduellement de son duvet. La couvée consiste habituellement de 9 à 14 oeufs blancs ivoire mesurant 51 X 39 mm.  Il s'accommode des nichoirs mis à leur disposition, comme ça pourrait bien être le cas à la Base de Plein Air de Sainte-Foy où des cabanes ont été installées depuis quelques années.

Le Canard branchu retourne habituellement au même endroit pour nicher. L'incubation des oeufs, d'une durée de 31 à 35 jours, se fait par la femelle uniquement. Le mâle accompagne la femelle lorsqu'elle quitte le nid pour se nourrir et il la suit jusqu'au nid lorsqu'elle y retourne, mais il s'éloigne aussitôt pour regagner l'endroit de guet habituel.


Même moins colorée que le mâle, la femelle du Canard branchu demeure spectaculaire par les dessins qui ornent son manteau. Son maquillage est excessivement bien réussi et on comprend facilement le mâle de succomber à un tel charme.

Le Canard branchu est reconnu pour sa beauté et il se situe bon deuxième dans mon livre après le Canard mandarin, une espèce malheureusement absente sous le soleil québécois.

Avant de quitter le site, Anne me fait remarquer qu'une bernache bizarre se tient parmi un groupe d'une cinquantaine de Bernaches du Canada / Branta canadensis / Canada Goose. Même si c'est très loin, je prends quelques photos et voici ce que ça donne:

Des cas d'hybridation d'espèces différentes d'oiseaux se retrouvent souvent dans la famille des anatidés. Ici, nous pourrions être devant un rejeton provenant de l'accouplement d'une Bernache du Canada avec une Oie cendrée / Anser anser anser / Greylag Goose ou avec une Oie cygnoïde / Anser cygnoides / Swan Goose.

Comme je ne suis pas tellement ferré dans les hybrides, je pense d'abord faussement qu'il doit s'agir d'un hybride Bernache du Canada X Oie rieuse. J'envoie le tout à Louise Simard qui s'occupe du site des oiseaux rares et elle transfère la photo à Michel Gosselin au Musée d'Histoire naturelle à Ottawa. Ce dernier pose le pronostic suivant:

"Effectivement, le blanc à la gorge, au flanc et aux primaires indique un x oie domestique (cendrée ou cygnoïde).

Même chose pour la grande taille, le cou épais et le croupion relevé, qui pointent dans le même sens."

Je remercie Louise et Michel pour leur aide à résoudre cette énigme.

 À bientôt !

Bibliographie
Handbook of the Birds of the World. Lynx Edicions, 1992. Volume 1.
Wildfowl of the World. Blandford Press Ltd,1988.

2 commentaires:

David Gascoigne a dit…

Photos fantastiques! Tous les canards sont beaux membres de la faune ailée.

lejardindelucie a dit…

Le plumage de ces canards branchus est magnifique. Quel plaisir de voir ces photos. Le départ dans la vie des canetons est tout aussi surprenant. Il y a toujours des merveilles à découvrir lors d'une promenade.
Sur les plans d'eau urbain on voit parfois des individus issus de croisement et c'est une vraie énigme de retrouver les ascendants!