lundi 23 septembre 2013

Le magnifique branchu.

Il est de ces sorties en nature qui nous réservent des plaisirs incommensurables. Comme celle d'hier alors qu' Anne et moi décidons d'aller faire une petite marche de santé du côté de la Base de Plein air de Sainte-Foy, située dans la partie ouest de la belle ville de Québec. Un beau parc urbain qui a survécu tant bien que mal à différents maires à travers le temps. Il a perdu quelques plumes (pour ne pas dire quelques feuilles) sous la férule de feue la mairesse Andrée Boucher et il pourrait en perdre encore avec les projets de Régis Labeaume. Non, je n'embarquerai pas sur le plan politique, il y a trop d'autres belles choses à parler.

Sous un ciel incertain, nous entreprenons notre marche en nous dirigeant vers les petits points d'eau s'étendant à l'est du parc. À un détour de sentier, alors qu'un plan d'eau apparaît sur notre droite, Anne braque ses jumelles aussitôt dans cette direction à la recherche d'un possible Héron vert et elle me dit: "Wow, regarde ce magnifique branchu tout en couleurs !". Je lève mes jumelles à mon tour et je ne peux que partager son extase. En effet comment ne pas s'exclamer devant une telle beauté. À mon point de vue, la famille des anatidés recèle des espèces parmi les plus colorées de la gente ailée. Et comme une image vaut mille mots, je vous présente quelques photos réalisées à ce moment là.

Puisque le mâle Canard branchu / Aix sponsa / Wood Duck ne participe aucunement à la couvaison, son plumage n'est pas sujet aux même prérogatives de protection que l'est celui de sa femelle. Son manteau est brillamment coloré avec plusieurs reflets métalliques.
La femelle est plus brune et la zone colorée se situe souvent au niveau des ailes. Au repos ou lorsqu'elle est assise sur son nid, elle passe plus facilement inaperçue. Un caractère important à sa survie et à celle de la nichée.


Même un canard très coloré peut changer son aspect selon l'angle qu'il adopte lorsqu'il se présente devant un intrus ou une femelle. Le plumage légèrement gonflé amplifie des rondeurs qui sont elles-mêmes accentuées par des lignes blanches ou colorées. Le tout donne à ce mâle un aspect plus agressif. S'il ne défend pas un site de nidification à proprement parlé, il en est tout autrement pour la femelle élue. Un mâle va se battre bec et ongles contre tout autre mâle trop entreprenant qui aurait des visées particulières envers SA femelle.

En général, les canards barboteurs préfèrent des plans d'eau peu profonds. Ils privilégient des étendues d'eau entourées de végétations où ils peuvent trouver abri et lieu de nidification.

Le Canard branchu tire son nom de l'habitude qu'il a de se percher sur les branches des gros arbres pour s'y reposer. Il niche dans les cavités arboricoles naturelles ou celles creusées par le Grand Pic / Pileated Woodpecker  ou d'autres picidés de bonnes dimensions. Les premiers oeufs sont enfouis dans la litière accumulée au fond de la cavité et c'est à partir du quatrième oeuf que la femelle ajoute graduellement de son duvet. La couvée consiste habituellement de 9 à 14 oeufs blancs ivoire mesurant 51 X 39 mm.  Il s'accommode des nichoirs mis à leur disposition, comme ça pourrait bien être le cas à la Base de Plein Air de Sainte-Foy où des cabanes ont été installées depuis quelques années.

Le Canard branchu retourne habituellement au même endroit pour nicher. L'incubation des oeufs, d'une durée de 31 à 35 jours, se fait par la femelle uniquement. Le mâle accompagne la femelle lorsqu'elle quitte le nid pour se nourrir et il la suit jusqu'au nid lorsqu'elle y retourne, mais il s'éloigne aussitôt pour regagner l'endroit de guet habituel.


Même moins colorée que le mâle, la femelle du Canard branchu demeure spectaculaire par les dessins qui ornent son manteau. Son maquillage est excessivement bien réussi et on comprend facilement le mâle de succomber à un tel charme.

Le Canard branchu est reconnu pour sa beauté et il se situe bon deuxième dans mon livre après le Canard mandarin, une espèce malheureusement absente sous le soleil québécois.

Avant de quitter le site, Anne me fait remarquer qu'une bernache bizarre se tient parmi un groupe d'une cinquantaine de Bernaches du Canada / Branta canadensis / Canada Goose. Même si c'est très loin, je prends quelques photos et voici ce que ça donne:

Des cas d'hybridation d'espèces différentes d'oiseaux se retrouvent souvent dans la famille des anatidés. Ici, nous pourrions être devant un rejeton provenant de l'accouplement d'une Bernache du Canada avec une Oie cendrée / Anser anser anser / Greylag Goose ou avec une Oie cygnoïde / Anser cygnoides / Swan Goose.

Comme je ne suis pas tellement ferré dans les hybrides, je pense d'abord faussement qu'il doit s'agir d'un hybride Bernache du Canada X Oie rieuse. J'envoie le tout à Louise Simard qui s'occupe du site des oiseaux rares et elle transfère la photo à Michel Gosselin au Musée d'Histoire naturelle à Ottawa. Ce dernier pose le pronostic suivant:

"Effectivement, le blanc à la gorge, au flanc et aux primaires indique un x oie domestique (cendrée ou cygnoïde).

Même chose pour la grande taille, le cou épais et le croupion relevé, qui pointent dans le même sens."

Je remercie Louise et Michel pour leur aide à résoudre cette énigme.

 À bientôt !

Bibliographie
Handbook of the Birds of the World. Lynx Edicions, 1992. Volume 1.
Wildfowl of the World. Blandford Press Ltd,1988.

samedi 7 septembre 2013

Île-aux-Basques: du 30 août au 2 septembre 2013




30 août 2013

Il est 05h45 lorsque nous quittons notre demeure de Sillery pour un voyage d'une durée de deux heures trente minutes vers Trois-Pistoles. Nous sommes vendredi matin. Les prévisions météorologiques ne sont pas très prometteuses pour les jours à venir et nous partons résignés à passer plus de temps que souhaité à l'intérieur du chalet Provancher, sur l'Île-aux-Basques. "Bah!", qu'on se dit, "nous serons sur l'île et là, tout peut arriver". Nous quittons le quai de Trois-Pistoles vers les 9h15 et le bateau passe d'abord par les chalets Meredith et Matte afin de déposer des gens. Vient ensuite notre tour et nous sommes prêts à commencer l'exploration dès 10h15. Il fait soleil et nous nous disons qu'il faut profiter de cette belle température, car il est supposé pleuvoir une bonne partie de la journée du samedi.

Nous nous dirigeons donc vers la pointe est de l'île dans l'espoir d'y observer quelques limicoles et autres migrateurs. La température est superbe, le vent de très léger à inexistant et les oiseaux sont présents. Deux  vagues successives de passereaux nous permettent de cocher: les Paruline à tête cendrée, Paruline à collier, Paruline obscure, Paruline à joues grises, Paruline à croupion jaune, Paruline à gorge noire et Paruline flamboyante.

Paruline à gorge noire mâle / Setophaga virens / Black-throated Green Warbler

Les oiseaux marins ne sont pas légion dans la région du gros quai de pierres. Cependant, nous pouvons y ajouter les Eider à duvet, Harle huppé, Plongeon huard, Fou de Bassan, Cormoran à aigrettes, Pluvier semipalmé, Chevalier grivelé, Goéland marin, Goéland à bec cerclé, Goéland argenté,



Goéland argenté / Larus argentatus / Herring Gull

Mouette tridactyle, Guillemot à miroir et Grand Héron.
En après-midi, entre 15h00 et 18h00, nous explorons la partie ouest de l'île pour aboutir en fin de journée à la pointe où les limicoles ont l'habitude de s'attrouper en plus grand nombre. Chemin faisant, notre route croise différentes nouvelles espèces: Faucon pèlerin, Pic mineur, Viréo aux yeux rouges, Corneille d'Amérique, Grand Corbeau, Sittelle à poitrine rousse, Troglodyte mignon, Roitelet à couronne dorée, Merle d'Amérique, Moqueur chat, Jaseur d'Amérique,



Photo prise près du chalet Meredith le 1er septembre



Paruline à croupion jaune, Paruline à poitrine baie, Paruline rayée, Bruant fauve,
  

Le Bruant fauve est toujours difficile à saisir sur son terrain de nidification. Il est furtif et il ne reste bien à vue que quelques secondes. Photographié le 31 août à l'Anse d'en Bas (partie est de l'île).

Cet individu s'est montré plus coopératif. Photographié près du quai à l'ouest de l'île le 1er septembre.
 
Bruant chanteur, Junco ardoisé et Quiscale bronzé.

Dès notre arrivée à la pointe, nous repérons les limicoles suivants:

Tournepierre à collier

Tournepierre à collier / Arenaria interpres / Ruddy Turnstone

Bécasseau semipalmé et Bécasseau sanderling.


Bécasseau semipalmé / Calidris pusilla / Semipalmated Sandpiper

Nous terminons la journée avec les espèces suivantes: Macreuse à front blanc, Macreuse noire (à bec jaune), Garrot à oeil d'or et Pluvier argenté (entendu seulement). Pour un total de 44 espèces pour ces 5 heures d'ornithologie. Ça promet, quoique la température annoncée est inquiétante.

31 août 2013

Le cadran sonne à 6h30 et je vais vérifier tout de suite à l'extérieur pour voir s'il pleut ou non. Pas de pluie, mais un brouillard à couper au couteau. Je ne vois même pas le quai à 30 mètres du chalet. Comme le plan initial était de nous diriger vers la pointe est pour l'observation des oiseaux pélagiques au large, nous décidons de profiter de quelques minutes supplémentaires de sommeil. Une trentaine de minutes plus tard, il nous semble que le soleil est bien présent derrière la brume et que la journée s'annonce plus ensoleillée que prévue. Et c'est le cas. Même si nous partons avec une heure de retard sur l'horaire prévu, nous sommes très heureux, car le beau temps sera de la partie et ça s'annonce pour toute la durée de la journée. Alors que j'attends Anne sur la galerie du chalet, voilà qu'une femelle de Colibri à gorge rubis vient faire son tour à quelques mètres devant moi. Et j'ai même la chance d'entendre la ritournelle printanière du Grimpereau brun avant qu'Anne apparaisse. Les absents ont toujours tort, comme on dit (non, je me suis bien gardé de lui dire ça).

Dès notre arrivée à la pointe pierreuse, nous observons: Canard noir, Sarcelle d'hiver, Macreuse brune et un Épervier brun vient se poser sur une grosse roche en face de nous. Anne repère une Mouette de Bonaparte parmi les laridés présents sur les rochers.




Une Mouette de Bonaparte survole un Goéland à bec cerclé alors qu'ils sont occupés à saisir des insectes en vol. Prise le 1er septembre du côté sud ouest de l'île



En après-midi, nous retournons du côté ouest et nous y ajoutons d'abord un Bécasseau minuscule. Mais nous ne sommes pas au bout de notre surprise. Notre recherche du Bécasseau violet est vaine. Probablement trop tôt en saison. C'est partie remise pour octobre. Pendant que je m'amuse à photographier les limicoles, voilà que je repère l'espèce-vedette du voyage: le Bécasseau roussâtre. Il est loin. Très loin. Trop loin à mon goût. Vais-je avoir la patience de l'attendre ?  Oh! que oui ! D'ailleurs, je n'ai que ça à faire. Ne sachant pas s'il va s'approcher ou non, je ne prends pas de chance et je clique au fur et à mesure qu'il se dirige dans ma direction. Je cliquerai 210 fois, jusqu'à ce qu'il se retrouve à environ cinq mètres. Quel beau limicole élancé et tout en grâce. Il a vraiment du panache. Constatez par vous-mêmes.



 

Et ce qui est merveilleux dans son cas, c'est que je l'avais photographié le 2 septembre 2012 au même endroit, soit presque une année passée jour pour jour. La seule différence c'est qu'ils étaient alors deux individus, arborant d'ailleurs le même plumage juvénile que celui de cette année. Anne et moi nous nous sentions réellement au paradis des ornithologues. 

Avant de quitter, nous entendons une bande de sternes venant du large et nous identifions sept Sternes arctiques qui passent en vol. En quittant la pointe ouest, j'aperçois un Pygargue à tête blanche de 1ère année et Anne a le temps de le mettre dans ses jumelles. Son frère Yves en avait également observé un en juillet et j'espérais vraiment pouvoir l'imiter. C'est la première fois que j'en observe un à l'île en plusieurs visites. Même chose pour Anne qui dépasse maintenant les cinquante séjours à cet endroit. Près du B-20, je repère un Bruant de Lincoln très furtif qui ne se laisse pas observer bien longtemps. Juste assez pour une identification assurée. Revenus sur la galerie de notre chalet, nous entendons un Grand Chevalier sans cependant parvenir à le voir.

1er septembre 2013

Lever à 06h30. Il a plu une bonne partie de la nuit, souvent avec intensité. Avec un peu d'appréhension, je regarde par la fenêtre pour constater que le brouillard ne se limite qu'à tout près de la côte. Il vente un peu et, selon les dires de notre capitaine Jean-Pierre, ce dimanche devait être très venteux. Le ciel est bleu en grande partie. J'en parle à Anne et nous décidons de ne rien changer à nos plans. Après un frugal déjeuner, nous nous dirigeons avec nos télescopes dans l'espoir d'ajouter des oiseaux plus pélagiques à notre liste. En fin de compte, il fait beau et notre passage à l'Anse-d'en-bas est très excitant. Une petite vague migratrice nous apporte comme nouvelles espèces ce matin un Moucherolle tchébec et deux Parulines noir et blanc. Et dire que je n'avais pas réussi à voir cette paruline durant mon séjour de six semaines en forêt boréale !!! Non pas qu'elle y était absente, car mon partenaire Xavier Francoeur l'a observée à quelques reprises. Non, bien souvent le fait de rencontrer une espèce précise n'est qu'une question de chance. Certaines espèces éludent nos recherches. Le passage d'un voilier d'une trentaine de Bernaches du Canada en provenance de la rive nord nous comble. D'autant plus que le groupe est complètement silencieux. Un peu plus et il passait tout simplement inaperçu.





Notre sortie d'après-midi nous réserve encore quelques surprises. En passant au Lac salé, près du quai du chalet Meredith, voilà que nous surprenons nos premiers Courlis corlieu. Une vague de passereaux dans la région de la source, nous procure notre seul Viréo de Philadelphie du voyage. Il est accompagné d'une couple de Viréos aux yeux rouges, du Moucherolle tchébec et de différentes espèces de parulines déjà toutes observées antérieurement. Ensuite, c'est une femelle de Canard Colvert qui s'envole à notre arrivée à la pointe ouest. Je passe du temps à photographier la dizaine de Pluviers semipalmés qui se nourrissent dans la vasière et le varech. Ils sont très actifs et plusieurs sortent des petits vers qu'ils étirent afin de les extirper de la boue.


Sur cette photo, nous voyons bien la semi palmure entre les 2 doigts externes de l'oiseau qui lui valent son nom.

Sur le chemin du retour, c'est une femelle de Paruline tigrée qui nous ravit alors qu'elle vient se percher quelques secondes dans une Épinette noire en arrière du chalet Meredith.

2 septembre 2013

Nous ne changeons rien à notre routine en nous levant à 6h30. C'est notre dernière journée sur l'île et nous devons prendre le bateau à 12h00. Ce matin, le ciel est couvert, mais il ne vente que légèrement. Nous savons bien que nous devrions ajouter encore quelques espèces à notre liste cumulative et ça ne manque pas. En raison du manque de temps, nous ne planifions qu'une sortie sur la pointe est de l'île.

Notre longue et patiente observation au large ne nous permet, hélas, que d'ajouter une seule espèce soit le Grèbe jougris, trouvé qu'en un seul exemplaire. Mais c'est une première pour nous en 2013. Malgré que nous savons que notre prochain séjour à l'île en octobre nous permettra de voir cette espèce en plusieurs copies, nous sommes quand même excités par la découverte. Apparaît ensuite, comme par magie, un Faucon émerillon bien perché sur l'un des seuls perchoirs disponibles près du quai de pierre. Nous ne l'avons jamais vu arriver, mais c'est bien différent lorsqu'il décolle, alertant par le fait même une dizaine de limicoles cachés en arrière des gros rochers.

Nous en sommes à 69 espèces sur notre liste de ce séjour à l'île. Nous sommes super satisfaits et c'est sous le regard de deux Phoques communs, les espions de Jean-Pierre Rioux (notre capitaine) comme je les appelle, que nous quittons à regret ce lieu magique. Mais ce n'est que partie remise puisque nous revenons dans un mois avec les membres du C.O.Q. (Club des Ornithologues de Québec).


Phoque commun / Phoca vitulina / Harbor Seal  aka  "les espions de Jean-Pierre"


À bientôt !



vendredi 6 septembre 2013

Des animaux rencontrés en boréalie




La forêt boréale est la zone forestière la plus septentrionale et la plus froide de l'hémisphère Nord. Elle forme, du nord au sud, une ceinture continue de 1000 km de largeur qui s'étend en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Il s'agit de la plus vaste zone de végétation du Canada, et elle couvre de grandes étendues dans chacune des provinces et territoires. Au Canada, la forêt boréale et ses boisés sont généralement peuplés de conifères, dont l'épinette noire, l'épinette blanche, le pin gris, le pin de Murray et le sapin baumier, et de mélèzes ou d'essences à petites feuilles caduques, comme le bouleau, le tremble et le peuplier baumier.*





Au cours de mes balades en forêt boréale québécoise, j'ai eu l'occasion de rencontrer, en plus des oiseaux, des animaux fascinants pour lesquels j'éprouve le plus grand des respects. On a beau dire que tous ces animaux sont bien équipés pour faire face à la rigueur de la température très changeante en forêt boréale, je ne peux tout de même m'empêcher de penser à tout ce qu'ils doivent endurer pour survivre et se reproduire. L'adulte de l'Élan d'Amérique ou Orignal (Alces alces) peut perdre 15 à 17 % de son poids net chaque hiver, voire plus lors d’hivers difficiles.***

La saison froide dure très longtemps comparativement à celle vécue aux alentours du 49ième parallèle.Au début juin, il n'est pas rare que la gelée couvre le sol avant le lever du jour. Les nuits peuvent être de froides à très froides, la température pouvant descendre en bas du point de congélation. Dès que les rayons du soleil apportent une chaleur réconfortante, ce sont les insectes piqueurs qui apparaissent. D'abord les maringouins (culicidés), puis les mouches noires (simulies), les mouches à chevreuil (tabanidés) et les brûlots (cératopogonidés). Il faut passer toute la journée (et quelques fois, une partie de la nuit) en compagnie de ces insectes pour mesurer tout le stress qu'ils peuvent occasionner aux êtres vivants qui les entourent.

Les moustiques piqueurs sortent surtout au coucher et au lever du soleil, lorsque les vents sont faibles, la température chaude et le niveau d’humidité élevé. Les principaux facteurs susceptibles de les exciter sont le mouvement, la chaleur que nous dégageons, les vêtements sombres, les odeurs corporelles et le gaz carbonique que nous produisons.**

Si j'étais un Orignal ou un Ours noir, je commencerais à m'inquiéter, car je correspondrais assez bien au portrait ci-avant décrit. Il est donc peu surprenant de constater que les orignaux et les ours circulent tôt le matin en bordure des chemins forestiers. Ces endroits plus ouverts sont pour eux une façon de fuir les insectes indésirables.

J'ai surpris cet Ours noir / Ursus americanus / American Black Bear  alors qu'il déambulait lentement le long d'un chemin forestier. Cet animal aime bien se nourrir des feuilles tendres des jeunes arbres qui repeuplent les bordures de route. Lorsqu'il vente, les mammifères profitent de ces milieux ouverts afin de se débarrasser des insectes piqueurs.

Il n'y a pas une seule parcelle de 100 km² en forêt boréale où je n'ai pas vu des traces d'orignaux le long des chemins construits pour atteindre les points de coupe forestière ou les mines. Par contre, mes rencontres avec le plus gros des cervidés du monde se comptent sur les doigts d'une seule main.

Un Orignal mâle quitte la route et regagne la végétation dense dès qu'il m'aperçoit.


Les mâles pèsent entre 500 kg et 700 kg, et les femelles pèsent entre 350 kg et 580 kg. Les petits pèsent environ 15 kg à la naissance mais grandissent rapidement. La hauteur à l’épaule peut dépasser deux mètres. Seuls les mâles possèdent des bois, qui peuvent dépasser 1,60 m de largeur et 20 kg ; ils sont larges et plats avec de petites pointes. Un élan découvert en Alaska en 1897 détient le record du plus grand cervidé connu : ce mâle atteignait 2,34 m à l’épaule, pour 816 kg. L’envergure de sa ramure était de 1,99 m

Malgré sa taille imposante et ses déplacements fréquents, il est très difficile à localiser. Sa vue n'est pas bonne, mais il peut compter sur son ouïe et son odorat pour repérer des sources de danger. L’Orignal supporte très bien le froid, mais souffre de la chaleur. Durant l’été, surtout en pleine saison des moustiques, il peut passer plusieurs heures par jour dans l’eau. L’Orignal est très à l’aise dans l’eau. Il plonge parfois à 5,5 m ou plus pour extirper des plantes au fond d’un lac ou d’un étang, et il peut nager sur 19 km. De tous les cervidés nord-américains, seul le Caribou / Rangifer tarandus caribou / Caribou est un nageur plus puissant. Très tôt, le petit de l'Orignal est capable de suivre sa mère à la nage sur une grande distance, posant à l’occasion son museau sur le dos maternel pour y prendre appui.

L'Orignal n'est pas un animal agressif, sa première réaction est d'éviter la confrontation. Mais une femelle accompagnée d'un veau peut attaquer un intrus qui s'approcherait en dedans d'une 20aine de mètres de distance. Quand j'ai aperçu cette mère Orignal, j'étais à au moins 50 mètres. La femelle s'est arrêtée dans le chemin, est restée une 30aine de secondes sans bouger et elle a décidé de rebrousser chemin, suivie de son veau.
Une belle surprise pour moi a été mes quelques rencontres avec ce chat surdimensionné qu'est le Lynx du Canada / Lynx canadensis / Canada Lynx. Nos ancêtres l'ont affublé du surnom de Loup-cervier. Comme le loup n'a jamais eu bonne presse auprès des hommes, il est fort à parier que sa présence n'était pas souhaitée et appréciée près des habitations humaines.

Ma première rencontre a lieu le 14 juin 2011 au nord de la réserve atikamekw d'Obedjiwan (au nord du réservoir Gouin en Haute Mauricie). J'en suis à ma deuxième participation à l'Atlas des Oiseaux Nicheurs du Québec et mon coéquipier est François Gagnon. Alors que ce dernier monte sa tente près d'un cours d'eau, je décide de m'éloigner et de me diriger vers un barrage de castors. Caméra en bandoulière, je tiens à profiter de toutes les occasions données afin de capter des images de cette belle nature. Après un quart d'heure, je décide de retourner vers le site de camping quand un gros chat sort de la végétation devant moi et il commence à marcher lentement dans la même direction que moi. Il est bien clair qu'il ne m'a jamais vu, ni senti car une légère brise caresse mon visage, indiquant un vent de face. Je suis tellement surpris par cette apparition que j'en oublie de vérifier les ajustements de ma caméra. Dès les premiers clics de la caméra, le félin s'arrête, pivote sur 270° et il me jette un regard au-dessus de son épaule droite. Il semble tout aussi surpris que moi. Il reste sur place à peine une couple de secondes et il s'enfonce dans la végétation... pour sortir à quelques mètres seulement de François et de sa tente. Et j'entends aussitôt François crier  "Laval, viens vite, il y a un lynx juste devant moi". "Je sais", lui dis-je, "c'est moi qui te l'ai envoyé". Voici la piètre photo qui a résulté de mon manque de sang-froid.


Par la suite, j'ai expérimenté cinq autres rencontres avec ce bel animal. Alors que pour quatre d'entre elles, l'animal était loin et trop peureux pour s'approcher, ma rencontre de l'an passé restera gravée à jamais dans ma mémoire.

On est le 10 juillet 2012 dans la parcelle 17PQ67, en Abitibi. Je suis occupé à observer un Viréo à tête bleue très en voix et également très agité (un beau code A), lorsque je tourne la tête et j'aperçois un lynx en plein milieu du sentier à environ cinquante mètres de distance. Il est arrêté et il me fixe. Je me dis qu'il a dû être attiré par l'agitation du viréonidé et qu'il vient constater la raison du brouhaha. Je me dirige vers le camion afin de saisir ma caméra. Je vais lentement, car je ne veux pas faire fuir l'animal. Il ne bouge pas. Je m'installe à l'extérieur du 4X4, accoté sur la porte du côté passager, la lentille de mon appareil bien appuyée sur le miroir du véhicule. Je ne bouge pas d'un poil et j'attends. Je prends des clichés de loin, car je suis certain que le lynx va faire comme d'habitude et qu'il va s'enfuir. Mais non, il me regarde et il se dirige vers moi très lentement.

Sa couleur, sa grosseur, les pattes arrières immenses faisant office de raquettes dans la neige, l'abondance de poils entre ses doigts, les longs poils fins ornant la pointe de ses oreilles et ceux pendant sous sa gorge indiquent bien qu'il s'agit du Lynx du Canada / Lynx canadensis.


Il est maintenant à vingt cinq mètres et il s'assied sans arrêter de me fixer. Il est tout à fait semblable à mon chat Phébi dont il partage la robe, les rayures et la même indifférence dans le regard. Ah ! ces félidés !

Remarquer la grosseur de ses "pantoufles".
 
Et il recommence à marcher, toujours dans ma direction. Il est maintenant à environ quatre mètres de moi et je m'avance devant le camion, car je vais le perdre de vue. Il s'arrête encore, me jette un regard un peu plus intéressé, mais dépourvu de toute agressivité.Quelle belle bête !


Je regarde ces photos et j'en suis encore ému. Un très grand moment et un très beau cadeau de cette belle nature.

Et voici maintenant la proie préférée de notre ami le lynx: le Lièvre d'Amérique / Lepus americanus / Snowshoe Hare.

Photo prise le 9 juillet 2012 dans la parcelle 17PQ75 en Abitibi.
Il est également une proie très recherchée par l'Aigle royal / Aquila chrysaetos, le Grand-duc d'Amérique / Bubo virginianus et l'Autour / Accipiter gentilis. Le Renard roux / Vulpes vulpes, le Coyote / Canis latrans et le Loup gris / Canis lupus sont également de bons consommateurs. Avec autant de prédateurs, il n'est pas surprenant de constater l'abondance de ce léporidé. 

Le Lièvre d’Amérique est l’un des herbivores dominants et une importante espèce-proie de la forêt boréale; à ce titre, il contribue à la diversité de cet écosystème. Puisqu’ils servent souvent de proie, les lièvres sont essentiels au maintien du réseau alimentaire de nos forêts. En fait, des recherches menées au Yukon ont montré que cet animal pourrait être une espèce clé ou centrale. L’exploitation forestière, les incendies de forêt, la conversion de l’habitat et le réchauffement de la planète modifient la répartition et la qualité des habitats forestiers. Le cycle de 10 ans du Lièvre d’Amérique et de ses prédateurs est un modèle unique, dominant et à grande portée dans les forêts canadiennes, et nous ne savons pas jusqu’à quel point la modification de l’habitat influera sur ce modèle.****

Une autre belle rencontre, et toujours surprenante, est celle faite avec un animal unique sous de multiples facettes: le Porc-épic d'Amérique du nord /Erethizon dorsatum / North American Porcupine. Comme l'Ours noir, il est plantigrade i.e. qu'il marche avec la plante du pied fermement posée sur le sol. Ce qui lui donne une démarche lourdaude et hésitante. Myope et très lent dans ses déplacements, il décampe, allant même jusqu'à galoper très maladroitement, dès qu'il s'aperçoit d'un danger potentiel.

Muni de milliers de piquants, le Porc-épic est bien protégé de ses prédateurs. Contrairement à la pensée populaire, l'animal ne peut lancer ces piquants vers un intrus. Il faut que l'agresseur touche le piquant pour que celui-ci s'incruste dans sa peau. Ces piquants sont remplis d'air à l'intérieur. Pour les enlever, il est recommandé de couper l'extrémité externe afin de faire sortir l'air.

Le Porc-épic se nourrit de végétation (feuilles, brindilles, écorces) et il n'est pas rare de le surprendre bien installé dans un feuillu. On peut alors l'approcher sans problème.
La chair de cet animal peut être manger crue, ce qui le rend très utile pour une personne qui serait perdue en forêt, sans nourriture et sans possibilité de se faire un feu. Comme pour bien d'autres animaux, il suffit de le frapper fermement sur le museau pour le tuer.

Un autre rongeur beaucoup plus commun que le porc-épic est le Castor du Canada / Castor canadensis / North American Beaver. Même s'il fait rager des gens qui, comme nous les Atlaseurs, doivent emprunter des chemins forestiers trop souvent endommagés ou littéralement mis hors d'usage par leurs barrages, il faut rendre à César ce qui revient à César. Les castors jouent un rôle très important en forêt, car ils aident à maintenir une plus grande biodiversité en créant des milieux humides qui attirent des espèces animales et végétales qui y sont inféodées. À chaque jour, cette évidence nous sautait au visage et nous faisions de longues haltes dans ces habitats.

Le castor m'a plusieurs fois surpris alors que j'écoutais religieusement tous les sons émis par les oiseaux aux alentours d'un barrage. Il a comme habitude d'aviser les environs d'un danger en frappant la surface de l'eau d'un coup sec de sa queue plate et musclée. En fait, il le fait en projetant son corps vers l'avant et en plongeant. Le bruit ainsi produit est puissant et il fait penser à un coup de feu.  De quoi provoquer tout un soubresaut !

Je n'ai croisé la Mouffette rayée / Mephitis mephitis / Striped Skunk qu'à deux reprises en quatre ans. On peut expliquer cet état de fait par ses habitudes de vie nocturne. Ce mustélidé vit aussi bien dans les zones boisées que dans les terres cultivées ou les zones urbaines. La présence de la Mouffette rayée est souvent dévoilée par son odeur caractéristique. Les glandes anales sont bien développées et peuvent projeter une sorte de musc d'une odeur nauséabonde et tenace lorsque la mouffette se sent menacée. Elle est capable de projeter son musc à près de 6 m de distance. La mouffette est connue sous le nom de bête puante par les francophones du Canada.*****

Quand j'ai pris cette photo la mouffette venait juste de se rendre compte de ma présence. L'effet de surprise s'est traduit par cette pose assez caractéristique. Elle se tient presque sur le bout de ses doigts, prête à orienter son postérieur vers moi. Devant mon immobilisme, elle va se détendre peu à peu pour continuer à fouiller le sable à la recherche d'insectes ou d'autres invertébrés.

Pour finir ce billet, voici maintenant un petit acrobate roux présent en forêt boréale: l'Écureuil roux d'AmériqueTamiasciurus hudsonicus / American Red Squirrel. Ce petit rongeur mue deux fois par année. En été, ses flancs ainsi que son dos prennent une teinte olive foncée et sont séparés de sa gorge ainsi que de son ventre de couleur blanche, par un mince trait noir. Sa tête, son postérieur et ses pattes sont colorés de divers tons de brun. En hiver, la couleur fauve de la queue atteint le dos et les traits noirs disparaissent. La tête, le postérieur et les pattes prennent des teintes plus pâles allant du brun très clair au marron. Le ventre se colore d'une teinte grise argentée.****** 

Ce petit démon roux n'endure aucun autre animal sur son territoire. Malgré son intelligence et sa grande persévérance, sa confiance excessive, son arrogance et sa grande curiosité lui coûtent souvent la vie. Il n'a pas l'avantage non plus lors d'un feu de forêt puisque son instinct lui dicte de grimper le plus haut dans les arbres au lieu de s'enfuir.


Sa nourriture préférée sont les cônes et elle y trouve son compte en forêt boréale. La grandeur du territoire d'un Écureuil roux est de 0.75 hectare. Un hectare équivaut à un quadrilatère de 100 m X 100 m (10 000 m²). Il est bruyant, peu sociable et très territoriale. Dès que nous pénétrons à l'intérieur des limites de son territoire, il nous le fait savoir en émettant des "chips chips" nerveux et insistants. À l'instar du lièvre, l'écureuil semble avoir été mis sur la terre pour servir de nourriture aux autres. Ses principaux prédateurs ailés sont l'Épervier brun / Accipiter striatus, l'Autour / Accipiter gentilis et la Crécerelle d'Amérique / Falco sparverius. Du côté mammifères, ce sont la Martre / Martes americana, le Vison d'Amérique / Neovison vison, le Lynx d'Amérique / Lynx canadensis et le Lynx roux / Lynx rufus.


J'ai également eu l'occasion de croiser deux fois un Loup gris, le Renard roux à plusieurs reprises et quelques Visons d'Amérique. Mais le tout s'est fait tellement vite que je n'ai pu prendre de photos.

J'espère profiter de la cinquième saison de l'Atlas des Oiseaux Nicheurs du Québec pour remédier à ces manques.

À bientôt.
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Bibliographie consultée

*  http://www.thecanadianencyclopedia.com/articles/fr/foret-boreale
**  http://synapse.uqac.ca/2011/face-aux-moustiques-soyez-fine-mouche/
***  http://www.hww.ca/fr/especes/mammiferes/l-orignal.html
****  http://www.hww.ca/fr/especes/mammiferes/le-lievre-d-amerique.html
***** http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouffette_ray%C3%A9e
****** http://educ.csmv.qc.ca/mgrparent/vieanimale/mam/ecureuilroux/ecureuilroux.htm