mercredi 24 avril 2013

9-1-1 Mésange...



Si on m'avait demandé, avant dimanche matin dernier, quelle espèce d'oiseaux je serais susceptible de devoir aider après qu'elle se soit mise dans une situation difficile, jamais je n'aurais pensé à la Mésange à tête noire. Elle est petite, rapide, énergique, acrobatique, fouineuse et elle semble capable de s'adapter à toutes les circonstances que sa vie d'oiseaux peut lui amener. Cette boule de plumes hyperactive est l'un de mes oiseaux préférés. Quelle que soit la saison et les conditions météorologiques, elle est l'oiseau que nous sommes sûrs de rencontrer au Québec. Il fût un temps où j'aimais l'hiver et les sports d'hiver (il me semble que ça fait bien longtemps). Je partais seul en raquettes pour des promenades en forêt, parfois sous des froids assez mordants. Ce que je trouvais le plus difficile, c'était de traverser les milieux ouverts que constituaient les champs qui séparaient la maison paternelle de cette belle forêt de conifères située à environ un kilomètre en arrière de la maison. Devinez quel est l'être vivant qui m'accueillait dès que j'approchais la forêt. Bien sûr, la mésange qui faisait entendre son "chickadi-di-di-di" aussitôt qu'elle m'apercevait. Je n'avais qu'à siffler quelques notes pour voir l'oiseau voleter tout autour et redoubler d'ardeur à interagir avec moi si j'avais la bonne idée de poursuivre le dialogue. La chaleur interne qu'elle faisait monter à l'intérieur de moi était tout à fait réconfortante. Et pendant les quelques minutes que je prenais pour communiquer avec la belle, j'oubliais la fatigue du trajet, le vent cinglant qui avait frigorifié toutes les parties de mon visage qui étaient dénudées. Sans oublier les mains et les pieds que mes mitaines et mes bottes n'arrivaient jamais à protéger complètement d'un froid trop pénétrant.

Photo prise le 7 mars 2012 au Centre de Plein Air de Sainte-Foy.

Combien de fois j'ai été réconforté par sa présence alors qu'elle m'escortait tout au long de ma randonnée. Oh ! Je me doute bien que ce n'était pas toujours la même, mais j'ose croire que chacune se parlait et qu'elle relayait le message à la suivante de me suivre et d'égayer ma visite dans leur royaume boréale. Et que dire également de sa présence assurée aux postes d'alimentation que les membres de notre club d'ornithologie installaient chacun dans leur environnement respectif. Pour moi, la Mésange à tête noire incarne la fougue, le courage et la force de caractère qu'il faut pour survivre à nos hivers québécois et c'est toujours avec un grand respect que je la salue lorsque je la croise lors de mes sorties.

Et rien n'est différent en ce matin du 21 avril 2013. Je me trouve au Domaine de Maizerets et je prends avec plaisir des photos d'espèces que je vois pour la première fois de l'année au Québec. Voilà que j'arrive près d'un tronc mort où s'agitent deux mésanges. En fait, il y a deux trous sur le même tronc. Pendant que l'une s'occupe du trou plus haut, l'autre s'occupe de l'entrée par le sous-sol. C'est drôle de voir les deux sortir de leur trou respectif de la sciure de bois. Il fait super beau, c'est un beau matin de printemps et ça sent la nidification à plein nez. Alors que la mésange à l'étage ne semble plus intéressée de faire des rénovations, celle du sous-sol ne ménage aucun effort. Elle rentre sa tête très loin dans le trou et elle en ressort sans trop de problème. La voici à l'oeuvre.

 
 La mésange me jette un coup d'oeil une fois de temps en temps, mais je ne semble pas l'importuner outre mesure. Il faut dire également que les mésanges au domaine sont plutôt habituées aux humains. Après s'être débarrassée de la sciure de bois, elle replonge tête première dans la cavité.

    

Je crois que vous devinez la suite. Sur la photo du haut, on voit que sa patte gauche est à l'intérieur du trou et elle essaie de la ramener pour avoir une prise avec ses griffes, mais elle est coincée, sa patte n'a plus de prise et il ne lui reste que la droite pour s'agripper. 


Nous savons qu'un oiseau montre de l'anxiété ou du stress lorsqu'il défèque. C'est un comportement qu'on observe souvent sur le terrain. Nous voyons sur la photo du haut que son cloaque est bien visible. En réalité, il s'agrandit et se rétrécit à ce moment-là à un rythme assez rapide. Je me doute bien qu'il n'aime pas la situation et qu'il cherche une position pour se tirer de ces mauvais draps. Mais je laisse faire et je continue à documenter avec mon appareil photo. Une bonne vingtaine de secondes passent et l'oiseau ne bouge plus, il semble réfléchir à la façon de s'en sortir. Comme il ne peut reculer, il décide de plonger encore plus avant, probablement avec l'idée qu'il va se retourner au fond de la cavité. Voilà ce que ça donne.


Sa patte droite disparaît et le corps balance sur la gauche. 


Et là, c'est pire que pire. L'oiseau ne peut se retourner et ses pattes sont toutes les deux de l'autre côté d'un renflement dans le tronc qui l'empêche de reculer. Je laisse encore faire la nature pendant une minute, mais l'oiseau semble vraiment dans le pétrin et je décide que j'en ai assez vu. Au diable la nature que je me dis. Sans faire ni un ni deux, je place mes mains de chaque côté de la cavité et je fais éclater la partie de gauche libérant du même coup l'oiseau un peu "dépeigné" et sûrement soulagé. 

Et vous savez quoi. L'oiseau s'est perché à proximité et il s'est mis à chantonner un "chickadi-di-di-di" faible, mais qui venait du coeur. Ça se sentait. Je peux l'écrire sans même esquisser un sourire tellement j'y crois.

J'espère ne plus revivre une pareille expérience, mais je suis quand même heureux d'avoir eu l'occasion de rendre service à un oiseau qui m'a tant apporté jusqu'ici.

À bientôt ...







3 commentaires:

Noushka a dit…

Oh que voilà une histoire bien touchante et qui fait remonter des souvenirs de situations semblables!
Tu as bien d'intercéder, l'idée de laisser faire la nature coûte que coûte me rebute.
Par contre si un prédateur attrape une proie, pas d'intervention surtout!
C'est curieux quand même comme certains individus se mettent dans des situations inextricables!
Bravo pour ce post sympa, mais je comprends que tu n'aies pas envie de le revivre! ;-)
Mes amitiés, Laval, et bonne continuation!

Jean-Sébastien Guénette a dit…

Laval, je publicise tous tes billets sur la page Facebook du Regroupement QuébecOiseaux, et avec celui-ci je pense que tu en as fait pleurer quelques-uns(es)...! ;)

Laval Roy a dit…

Merci Noushka et Jean-Sébastien pour vos commentaires. Sincèrement, je ne m'interpose jamais lorsque deux animaux en liberté interagissent entre eux. Pas question d'essayer d'aller arracher la mésange des serres d'un Faucon émerillon, mais dans le cas relaté, c'était bien du moins que je "retourne l'ascenseur" à une espèce d'oiseau qui m'avait tant apporté. Belle continuité à vous deux.